Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2019
Novembre 2019 (volume 20, numéro 9)
titre article
Justine Dockx

Romans de Jean de Wavrin et de son atelier : un riche et savant héritage

Jean Devaux et Matthieu Marchal (dir.), L’Art du récit à la cour de Bourgogne. L’activité de Jean de Wavrin et de son atelier, Paris, Honoré Champion, coll. « Bibliothèque du XVe siècle, 2018, 401 p., EAN 9782745348807.

1Depuis les travaux de Georges Doutrepont1, l’intérêt pour les récits en prose de la fin du Moyen Âge et l’activité littéraire foisonnante à la cour de Bourgogne ne cesse de croître. Les travaux de recherche de Jean Devaux2 et Matthieu Marchal3 le confirment et justifient la tenue du colloque organisé à Dunkerque en octobre 2013, dont les contributions constituent ce volume. Cette rencontre avait pour sujet le chroniqueur et bibliophile du XVe siècle, Jean de Wavrin, et l’activité de son atelier de copie.

2C’est d’abord par les yeux que l’ouvrage propose d’entrer dans l’univers de Jean de Wavrin : les manuscrits sur papier issus de l’atelier et présents dans sa bibliothèque sont abondamment enluminés, reconnaissables par leurs dessins au trait rehaussés d’aquarelles4. Nous nous demandons alors ce qui est le plus admirable : le riche bibliophile, « Jehan Bastard de Wavrin, seigneur de Forestel », ou le chef d’atelier à l’origine d’une partie de cette bibliothèque, surnommé « le Maître de Wavrin » ?

3Jean Devaux et Matthieu Marchal offrent une introduction éclairante sur Jean de Wavrin et l’activité de l’atelier auquel il a eu fréquemment recours. Le lecteur fait connaissance avec l’homme de guerre avant de découvrir l’homme de lettres : issu d’une famille dont l’intérêt pour le métier des armes se transmet, Jean de Wavrin accompagne pendant vingt ans l’armée bourguignonne et celle de ses alliés anglais. Il participe très jeune5 à la bataille d’Azincourt, puis multiplie les campagnes militaires, notamment aux côtés de Philippe le Bon. En 1437, il met un terme à sa carrière militaire et, légitimé par le duc, il en devient le conseiller et chambellan. Dix ans plus tard, alors qu’il occupe une place de premier ordre dans la société curiale, il entame la longue rédaction de ses Croniques et anchiennes istories de la Grant Bretaigne a present nommee Engleterre en six volumes, lesquelles connaîtront le succès. Parallèlement, il constitue une bibliothèque remarquable d’une trentaine de volumes contenant romans de chevalerie, textes inspirés de l’histoire antique ou œuvres didactiques…

4Le préambule nous conduit vers ces questionnements qui ont animé les différentes contributions : quel est le véritable rôle de Jean de Wavrin ? N’est‑il qu’un simple collectionneur, ou peut‑on le considérer comme un commanditaire éclairé et soucieux de bâtir une librairie cohérente et à son image ?

5Le présent ouvrage s’organise en trois parties distinctes : les articles portant sur les Chroniques de Jean de Wavrin ; celles consacrées à son atelier et l’art de la mise en prose ; puis, celles relatives à l’esthétique du Maître de Wavrin.

Jean de Wavrin, chroniqueur engagé

6La première partie de l’ouvrage compte sept contributions relatives à l’unique œuvre attribuée à Jean de Wavrin : Croniques et anchiennes istories de la Grant Bretaigne a present nommee Engleterre. Chacune regrette le fait que ces chroniques soient encore inédites, malgré les travaux – fragmentaires ou inachevés – initiés au XIXe siècle par Émilie Dupont ou l’archiviste anglais William Hardy6. Mais les recherches consacrées au bâtard de Wavrin en tant que chroniqueur foisonnent actuellement, comme en témoignent ces actes de colloque. Les approches se veulent variées : ainsi, le lecteur perçoit assez précisément le contenu et les enjeux de ces Chroniques, puisqu’elles sont étudiées sur les plans thématique, social, linguistique, intertextuel et biographique.

7C’est d’abord à travers le prisme des femmes que nous entrons dans les écrits de Jean de Wavrin. Alain Marchandisse (L’image de la femme de pouvoir dans les Croniques de Jean deWavrin, p. 35‑50) reconnaît que le chroniqueur leur accorde une place bien restreinte quelle que soit leur importance dans la société. Il se contente de les mentionner sans en dresser le portrait ni faire de commentaire. Toutefois, trois figures féminines sont développées : Jeanne d’Arc, Jacqueline de Bavière et Marguerite d’Anjou ; ces deux dernières étant largement dépréciées. Chacune d’entre elles s’inscrit pleinement dans les événements qui lient la Cour de Bourgogne à l’Angleterre. Ainsi s’expliquent les développements concédés par le chroniqueur, même si nous aimerions comprendre plus précisément les raisons qui poussent Jean de Wavrin à leur accorder plus de place qu’aux autres femmes. J. Devaux (« L’âpre saveur de la vie » : passions et politique dans les Croniques de Jean deWavrin, p. 51‑62) propose ensuite d’étudier la place du « sentiment » – dont il rappelle la place, longtemps sous‑estimée, dans l’historiographie – dans la pensée narrative des Chroniques. Il procède en deux temps distinguant les passions individuelles des passions collectives en prenant appui sur de nombreuses occurrences. La colère anime le plus souvent les protagonistes et peut se muer en vengeance, voire en haine. Puis, ce sont l’envie et la convoitise qui sont étudiées. J. Devaux cherche à distinguer nettement ces deux sentiments ; toutefois il semble que cette classification ne soit pas toujours opérante pour le chroniqueur. De là, il observe les passions collectives et montre que les propos de Jean de Wavrin sont plus nuancés à ce sujet, notamment lorsqu’elles sont le résultat de fautes commises par les gouvernants. Cette écriture du sentiment serait proche de celle que l’on observe dans la production romanesque, bien connue du bibliophile.

8Le recueil de chroniques est ensuite abordé sur le plan social. Jonathan Dumont (Définir et organiser la mosaïque sociale : les trois ordres dans les Croniques de Jean deWavrin, p. 63‑81) tâche de montrer l’opinion de l’écrivain au sujet des trois ordres. Sans surprise, Jean de Wavrin « prend fait et cause » pour l’ordre auquel il appartient, la noblesse, mais il apparaît que son point de vue sur le peuple peut être nuancé. Les conclusions rejoignent alors celles de J. Devaux dans la mesure où les laboratores lorsqu’ils sont dirigés par leurs passions peuvent influencer positivement la politique curiale. Nous découvrons un chroniqueur qui prend nettement en compte la complexité avérée de ce troisième ordre à son époque et la vision proposée en est alors, sinon innovante, singulière.

9Nous nous immergeons ensuite dans les régionalismes ponctués des relevés pointus de Gilles Roques (Quelques régionalismes dans les Croniques de Jean deWavrin, p. 83‑100). Les traits picards sont incontestablement établis et le linguiste avance de nouvelles attestations et des rectifications importantes à apporter au DMF7. Il propose, par exemple, pour les verbes avolonter ; balluer ou l’expression avoir le fer au dos, des compléments aux définitions existantes.

10Enfin, les trois dernières contributions de cette première partie mettent en regard l’œuvre de Jean de Wavrin avec celles de ses contemporains. Loïc Collela‑Denis (Les Mémoires de Jacques du Clercq et les Croniques de Jean deWavrin, p. 101‑118) et Alexandre Grosjean (Un héritage repris dans les Anchiennescronicques d’Engleterre : les Mémoires de Toison d’or, source de Jean deWavrin ?, p. 119‑134) interrogent les sources des Croniques et anchiennes istories de la Grant Bretaigne a present nommee Engleterre. Le premier mène un parallèle avec l’addenda des Mémoires de Jacques du Clercq8 et avance que celui‑ci s’est probablement inspiré de Jean de Wavrin ; le second tisse les liens entre les Chroniques de Jean de Wavrin et les Mémoires de Jean Lefèvre de Saint‑Rémy9, et ajoute que la Chronique de Monstrelet10 serait leur véritable source. Les similitudes sont en effet incontestables, mais les suppositions, de l’aveu des contributeurs, quant à la source avérée – qui serait celle de Wavrin – restent incertaines. Livia Visser‑Fuchs (Ung anchien chevallier tres notable, prudent et moult grant voiagier : les dernières années de Jean deWavrin, p. 135‑148) puise dans divers témoignages et valide les éléments biographiques apportés par Jean de Wavrin lui‑même, ou en apporte de nouveaux qui confirment l’attachement du chroniqueur à la cour de Bourgogne et son actif rôle politique. Les chroniques et mémoires de ses contemporains nous renseignent sur les fréquentes ambassades qu’il a effectuées pour le compte du duc, il y est présenté comme un homme de bon sens, efficace et discret.

11S’achève ainsi la première partie qui offre un panorama varié du contenu des Chroniques du bâtard de Wavrin pour laisser place au bibliophile.

Richesse des romans en prose issus de l’atelier de Jean de Wavrin

12Cette seconde partie s’attache à l’étude des œuvres issues de l’atelier et appartenant au seigneur de Forestel. Les codices sur papier répertoriés présentent des récits et une mise en page homogènes, l’iconographie typique du Maître de Wavrin et éventuellement les marques de propriété de Jean de Wavrin.

13Le travail foisonnant de l’atelier est mis en vedette par Annie Combes (La diversité des régimes de mise en prose dans l’atelier de Jean deWavrin, p. 151‑165) et Anne Schoysman (L’« atelier » de Jean deWavrin d’après les manuscrits de Jehan d’Avennes et de Gérard de Nevers : comparaisons et questions de méthode, p. 167‑178) qui étudient les techniques de dérimage et la « langue d’atelier ». Elles soulignent les points communs entre les différentes mises en prose qui présentent quelquefois mot pour mot les mêmes expressions. M. Marchal (De l’existence d’un manuscrit de la prose de Blancandin et l’Orgueilleuse d’amours produit dans l’atelier du Maître de Wavrin, p. 265‑292) développe également ce point lorsqu’il relève les nombreux échanges de lexique entre les textes copiés dans l’atelier. A. Combes étudie, à travers quatre récits, que les transpositions du vers à la prose sont variées au sein de l’atelier et qu’il n’est pas envisageable de parler d’« école littéraire », car le dérimage se fait davantage dans le respect du texte versifié. Elle distingue trois types de transpositions : « libre ; fidèle ; contrainte » qui peuvent d’ailleurs coexister dans une même mise en prose.

14D’un point de vue plus thématique, Danielle Quéruel (L’Angleterre dans les œuvres romanesques composées dans l’atelier de Jean deWavrin, p. 179‑191) analyse la place occupée par l’Angleterre et l’anglophilie dans les romans de la collection, et relève que la nation est peu représentée si ce n’est lorsqu’il s’agit de combats ou de tournois. C’est l’intérêt chevaleresque des Anglais qui prime, puisqu’ils affrontent fréquemment des chevaliers bourguignons et français. Cela permet de valoriser ces derniers et de divertir le lecteur, comme c’est le cas dans de nombreux récits de l’époque. Ce sujet fait écho à celui sélectionné par Anna Maria Babbi (Décrire la guerre dans les romans de la collection de Jean deWavrin, p. 193‑205) qui évoque la guerre dans ces mêmes romans. Il s’agit d’un thème omniprésent dans les mises en prose de la fin du Moyen Âge, qui renvoie aux intérêts des ducs de Bourgogne pour la croisade. Les combats romanesques sont le reflet d’un apprentissage réel des armes. Quant aux tournois, ils font partie des fêtes chevaleresques particulièrement appréciées à la Cour. A. M. Babbi souligne également l’attrait des scènes de guerre, et notamment des combats singuliers, dans les mises en prose dans la mesure où elles accentuent la vraisemblance.

15Les contributions qui suivent s’appuient sur un roman en particulier. Marie‑Madeleine Castellani (Entre merveille et histoire : la Méditerranée dans le Florimont en prose, p. 207‑222) et Catherine Gaullier‑Bougassas (Les renouvellements du Florimont bourguignon : seuil et clôture de l’œuvre, entre histoire et fiction, p. 223‑236) évoquent le Florimont en prose. Le premier article résume longuement le texte avant de montrer l’importance de la Méditerranée dans les nombreux voyages du protagoniste. La mer est un élément initiatique, quelquefois associé à la féerie, qui tend à être relégué au second plan lorsque Florimont est devenu chevalier et peut vivre des aventures terrestres. L’importance de la Méditerranée se justifie aisément, car elle est présentée comme un territoire des ducs de Bourgogne, lesquels sont nettement représentés derrière le héros. Nous notons également que le narrateur a une fine connaissance de la géographie. Catherine Gaullier‑Bougassas s’intéresse davantage aux liens entre fiction et réalité en comparant le début et la fin de ce roman dans ses deux mises en prose. L’une s’affranchit de l’auteur et narrateur des vers, Aimon de Varennes, alors que le prosateur de la version bourguignonne endosse le rôle d’Aimon. L’attrait de l’auteur des vers pour la Grèce est toujours présent mais adapté, et la prose insère les nouvelles villes grecques. Dans le récit en vers, l’objectif est de remonter aux origines d’Alexandre le Grand, et il est surprenant de constater que les deux mises en prose ont la même visée, mais qu’elles traitent différemment les personnages de Philippe II et d’Olympias : le dérimeur mêle les éléments imaginés par Aimon de Varennes aux adaptations latines de la vie d’Alexandre. Le personnage historique de Philippe II se confond avec celui, fictif, de Philippe Malcenus, et Olympias, épouse de Philippe II, devient la fille de l’émir de Carthage et d’une enchanteresse. En effet, il s’agit de rechercher une généalogie exemplaire aux ducs de Bourgogne : les prosateurs opèrent donc une gymnastique savante entre des données historiques et fictives.

16Ensuite, Maria Colombo Timelli (Le Livre du conte d’Artois et de sa femme : manuscrits, textes et images, p. 237‑249) veut faire redécouvrir le Livre du conte d’Artois et de sa femme : elle rappelle d’abord les flottements liés au titre, décrit les trois manuscrits qui nous sont parvenus, résume le récit et mène une intéressante analyse codicologique. Intitulé abusivement « Roman du comte d’Artois », le récit se présente plutôt comme un traittié, un livre et annonce deux protagonistes : le comte et sa femme. Des trois manuscrits, le codex bourguignon est sans doute le plus ancien, présente une mise en page très cohérente et ses enluminures offrent un complément d’informations11 : il s’agit là d’un témoin du développement de la lecture silencieuse. Nous terminons l’article avec l’envie de relire cette mise en prose.

17Élisabeth Gaucher‑Rémond (Gilles de Chin : nouveau « chevalier au lion », p. 251‑263) mène un parallèle attrayant entre Gilles deChin et le « chevalier au lion » de Chrétien de Troyes. Elle prouve que les similitudes sont frappantes en mettant en lumière le motif du lion. Au cours d’une croisade, le chevalier tue un premier lion qui ravage Jérusalem : la patte reste accrochée à son bouclier ; et dans un second épisode, il délivre un lion en proie à un serpent, qui se met à son service en signe de reconnaissance. Bien entendu, le personnage de Gilles de Chin est remanié pour s’inscrire dans son époque : il devient un croisé exemplaire et son lion tient une fonction narrative nécessaire à la « construction » du chevalier.

18Enfin, M. Marchal propose une approche inédite de la prose de Blancandin et l’Orgueilleuse d’amours. L’article est finement mené pour montrer que le manuscrit de Vienne, une version longue du récit, présente de nombreuses similitudes avec les mises en prose de l’atelier de Wavrin. M. Marchal s’appuie sur une comparaison codicologique, les éléments textuels tels que les motifs, le style ou les traits de langue ainsi que la description des scènes de bataille tout en montrant systématiquement les points de convergence et de divergence. Il conclut prudemment en indiquant que la fréquence de ces similitudes, plus que leur présence, est pertinente. Ce manuscrit de Vienne serait donc, d’après lui, une copie d’un manuscrit issu de l’atelier, plutôt qu’un authentique manuscrit issu de l’atelier.

19Les codices de la collection sont donc narrativement intéressants et restent de séduisants sujets de recherches. Le présent volume se termine sur une partie plus brève relative à l’iconographie de ces manuscrits.

Le Maître de Wavrin, savant enlumineur

20Les trois contributions de la dernière partie se rapportent aux enluminures attribuées au Maître de Wavrin. Il est question d’observer leurs fonctions dans l’Histoire de Gérard de Nevers12, le Roman de Florimont13 et Othovyen14, trois récits en prose. Chacune des intervenantes prouve minutieusement que le Maître de Wavrin est un lecteur attentif des romans qu’il a la charge d’illustrer, il ne se contente pas de proposer de simples représentations des rubriques, puisque les dessins ne les reproduisent pas scrupuleusement. Il faut chercher leur justification dans le corps du texte : l’enlumineur opère donc des choix qui, de fait, pose une interprétation subjective. Il oriente la lecture du texte, notamment lorsqu’il crée des cycles ou « séquences iconographiques15 ». D’une part, la mémorisation du lecteur est facilitée : Maud Pérez‑Simon (L’image narratrice dans le roman d’Othovyen, p. 331‑347) parle de « support mnémotechnique ». D’autre part, ces dessins suggèrent une organisation du texte qui n’est plus dictée par les rubriques et M. Pérez‑Simon avance que le lecteur se trouve influencé et orienté par ces représentations dans sa réception du récit : il s’agit de la fonction de communication. L’humour, par exemple, peut se déployer plus qu’il ne l’est dans le récit. En effet, l’image peut « suggér[er] les connotations d’un épisode » en ce sens où elle véhicule les comiques de caractère et de mœurs en montrant le personnage, et de situation en jouant sur la mise en scène.

21Rosalind Brown‑Grant (Pour une lecture juridique du texte : l’Histoire de Gérard de Nevers vue par le Maître de Wavrin, p. 295‑312) traite la question par le biais des scènes juridiques : en effet, elle démontre, à travers trois épisodes de l’Histoire de Gérard de Nevers, que les dessins accentuent l’aspect juridique du récit dans la mesure où ils reprennent minutieusement les codes iconographiques présents dans les textes judiciaires. L’enlumineur reproduit une véritable salle de justice, par exemple. Il propose un témoignage éclairant de la justice de son époque. R. Brown‑Grant montre ainsi la fonction didactique confiée aux enluminures, tandis que Sandrine Hériché‑Pradeau (Saisir, peindre sur le vif… : image, récit et narration dans Le roman de Florimont en prose, p. 313‑329) et M. Pérez‑Simon analysent davantage leur fonction narrative. Toutes deux – dont les contributions sont complémentaires – montrent que les liens tissés entre texte et image sont tout à fait pertinents : la temporalité d’un épisode narratif peut être reproduite visuellement ; un événement peut être retranscrit sur plusieurs enluminures qui en montrent la progression narrative ; une seule image peut représenter deux épisodes narratifs analogues de deux chapitres différents, tout comme une même enluminure peut illustrer deux épisodes différents, les mettant alors en valeur ; S. Hériché‑Pradeau relève que le Maître de Wavrin représente souvent des portes, symbole de transition, lorsque le récit relate un événement charnière.

22Cette dernière partie prouve habilement les apports des enluminures pour les trois récits étudiés. Il est d’ailleurs intéressant de suivre le propos au regard desdites illustrations placées en annexes : elles enrichissent les contributions tout en permettant au lecteur de découvrir les traits caractéristiques du Maître de Wavrin.

23L’ouvrage se clôt ensuite sur une riche bibliographie (p. 349‑373) répertoriant l’ensemble des travaux publiés sur Jean de Wavrin et son atelier, et de deux index (p. 375‑397) : l’un des noms propres et l’autre des manuscrits.


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24Cet ouvrage propose une large représentation du travail de Jean de Wavrin et des romans de chevalerie de sa librairie, et offre des perspectives de recherches intéressantes. L’édition critique, d’une part, des Chroniques n’a pas encore abouti, et l’influence du chroniqueur sur les récits de l’atelier copiés pour sa collection, d’autre part, anime bien des débats. Ces journées d’étude auront permis de mettre en lumière deux artistes qui méritent d’être encore étudiés. Ils présentent un intérêt historique tout autant que littéraire. Les romans de chevalerie de la fin du Moyen Âge restent, de fait, des sujets de réflexion à part entière.