Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2002
Automne 2002 (volume 3, numéro 2)
Claire Stolz

Enjeux pragmatiques de la littérature

Ruth Amossy (dir.), Pragmatique et analyse des textes, Tel‑Aviv University, French Department, 2002, 300 p.

1Cet ouvrage fait suite à l’ouvrage collectif dirigé par Ruth Amossy, Images de soi dans le discours. La construction de l’ethos(Delachaux et Niestlé, 1999) et regroupe des contributions des chercheurs israëliens et français présentées lors d’un colloque et de séminaires dirigés par R. Amossy, Georges‑Elia Sarfati et Roselyne Koren entre 2000 et 2002, portant respectivement sur « Pragmatique et littérature », « Les hétérogénéités discursives », et « Subjectivité et prise de position dans le discours ».

2Selon les termes de R. Amossy dans l’avant‑propos,

les auteurs se penchent sur les questions d’énonciation dans leur rapport au récit, sur le discours rapporté et l’hétérogénéité discursive dans différents types de discours fictionnels et non fictionnels, sur les actes de discours et les problématiques qu’ils permettent actuellement de cerner au‑delà des premiers travaux inspirés de Searle, sur la question des rapports de place dans l’échange verbal et des modalités de l’interaction à l’écrit. Ils abordent ce faisant des genres de discours très divers, pour lesquels ils proposent une approche nouvelle inspirée des divers courants de la pragmatique : en plus des œuvres romanesques de Balzac, de Proust, de Pinget ou de Sartre, ce sont des catégories comme l’essai, le discours du témoignage ou la lettre qui sont abordées. (p. 6)

3Le volume contient quatre parties :

  • la première traite de l’ancrage énonciatif des textes de fiction : « L'énonciation : dispositifs et enjeux » (Gilles Philippe et Ruth Amossy),

  • la seconde s’intéresse à l’hétérogénéité discursive dans le discours rapporté et dans l’intertexte en s’appuyant sur des exemples de théâtre et de récit : « hétérogénéités discursives : questions de pragmatique, questions de style »(Anna Jaubert, Isabelle Serça, Galia Yanoshevsky),

  • la troisième étudie « les actes de discours : le factuel et le fictionnel » (Gisèle Valency, Carole Dornier et Roselyne Koren),

  • la quatrième partie est consacrée à l’apport de la pragmatique dans son versant interactionnel pour l’étude de l’épistolaire : « l’interaction épistolaire » (Sivane Cohen et Jürgen Siess).

4Ce travail est exemplaire du renouveau des études littéraires et stylistiques grâce aux apports de la pragmatique ; certaines questions anciennes, comme celles de la valeur, du rapport entre esthétique et éthique, par exemple, prennent une acuité nouvelle grâce à cette « refondation » linguistique. On laissera de côté ici la dernière partie (pourtant de grande qualité), consacrée à un corpus non littéraire.

L’énonciation : dispositifs & enjeux.

Gilles Philippe : L’appareil formel de l’effacement énonciatif et la pragmatique des textes sans locuteur (p. 17‑34)

5G. Philippe défend la possibilité d’un appareil formel de la non‑énonciation, qui bloque toute référence à la situation d’énonciation. Il cite comme marques de ce genre tout ce qui relève de l’expression du générique et du toujours vrai ; mais il y rattache les emplois de temps et surtout de personne en énallage (un JE ou un TU indéfini, équivalent d’un ON, type « je pense donc je suis » (G. Philippe n’utilise pas l’exemple de Descartes, mais un extrait de Merleau‑Ponty) ou intervenant dans une anecdote susceptible d’arriver à tout un chacun, et servant d’exemple : « ces textes n’ont de pleine pertinence philosophique que parce que la référence de leurs embrayeurs reste purement virtuelle : ainsi le premier texte est‑il perçu comme « abstrait », le second comme « fictif », puisqu’il décrit une scène à vocation exemplaire (p. 23). Les embrayeurs peuvent donc aussi appartenir à l’appareil formel de la non‑énonciation.

6D’un point de vue discursif et pragmatique, un texte qui utilise un appareil formel de la non‑énonciation « bloque toute représentation d’un locuteur » (p. 28). Ainsi en est‑il par exemple des textes du Code Civil. Néanmoins, ces textes juridiques ont un ton « prêté au texte lui‑même et non à un locuteur » ;  d’où l’idée novatrice que ces textes présentent un ethos textuel, c’est‑à‑dire construisent une certaine idée d’eux‑mêmes : « ils seront jugés austères ou plaisants, élégants, sérieux ou pessimistes, sans que ces qualités soient forcément rapportées à une figure de locuteur » (p. 28).

7G. Philippe étend alors son analyse à des textes de fiction : une description sans observateur de Flaubert dans Herodias, et un récit de Sartre dans Le Sursis.

8« La désinscription énonciative relève encore de la linguistique de l’énonciation, et cela, à un double titre, celui des faits de langue (question de l’appareil formel de l’effacement énonciatif) et celui des effets de discours (question du fonctionnement pragmatique des textes sans locuteur) » (p. 31), conclut l’auteur.

9Il s’agit donc là de l’une des plus importantes contributions de ce recueil du point de vue théorique ; G. Philippe, en parlant d’ethos textuel, éclaire de façon novatrice la distinction entre l’appareil formel de l’énonciation ou celui de la non‑énonciation (l’ancrage énonciatif) et les marques de la subjectivité dans le langage. Mais peut‑il y avoir réellement un ton sans locuteur ?

Ruth Amossy : De l’énonciation à l’interaction ; l’analyse du récit entre pragmatique et narratologie (p. 35‑57)

10R. Amossy constate les contacts fructueux entre pragmatique et narratologie. Pour la pragmatique, « c’est en termes d’interaction, et non d’acte, qu’on tente désormais d’examiner le récit (…) en adoptant une approche qui voit dans le récit un ensemble complexe d’interactions, dont chacune possède ses objectifs et ses stratégies, et que le récit totalise dans une polyphonie plus ou moins riche. Il s’agit de retrouver les différents niveaux d’interaction sur lesquels se déploie le récit en passant des plans internes au plan externe » (p. 43).

11Elle s’appuie sur l’étude de Quelqu’un de R. Pinget ; à un premier niveau, il s’établit une pseudo‑conversation avec un lecteur virtuel, le locuteur ayant un ethos trivial (registre stylistique bas de la parlotte et de la médiocrité) ; mais à un second niveau, on peut déceler la présence d’un narrateur second, invisible, énonciativement effacé, qui s’adresse au lecteur réel et décelable par le biais du métatexte : le personnage tient en effet des propos ridicules sur la littérature. À un troisième niveau, le nom de l’auteur sur la couverture induit chez le lecteur un « imaginaire d'auteur » : ainsi, le nom de Pinget et la couverture des éditions de Minuit créent une attente de texte avant‑gardiste.

12Il y a donc trois plans interactionnels : l’un où le « je » s’appuyant sur des doxas largement répandues s’adresse à la fois à soi‑même et à un « vous » mal défini ; ainsi, le narrataire peut retrouver la mesquinerie de sa propre existence. L’autre où l’on a une narration extérieure à la diégèse, s’adressant à un lecteur maîtrisant les codes littéraires et capable de saisir la distanciation à effet comique du narrateur invisible par rapport au « je ». Le troisième niveau d'interaction « confirme et enrichit le déchiffrement sophistiqué qu’induisent la pseudo‑oralité et le métatexte du deuxième plan. » (p. 51)

13Ainsi, l’article en voulant montrer que la pragmatique interactionnelle étudie « la relation dynamique que le discours travaille à construire entre le texte narratif et le lecteur », participe de fait aux échanges fructueux entre les études narratologiques (les travaux de Genette sur les différents narrateurs), sémiostylistiques (les analyses actantielles de G. Molinié) et pragmatiques, au service des textes littéraires.

Hétérogénéités discursives : questions de pragmatique, questions de style

Anna Jaubert : Enonciation clivée et discours littéraire (p. 61-93)

14Cette étude est consacrée aux discours rapportés non signalés comme tels, c’est‑à‑dire au discours indirect libreet audiscours direct libre. L’article veut clarifier les « conditions d’émergence de la bivocalité selon les contextes, narratif ou discursif » (p. 65), puis montrer que le sentiment de l’hétérogénéité est lié à la reconnaissance de sa visée pragmatique.

15En contexte narratif au passé, c’est la nature du contenu des énoncés qui permet de distinguer récit et DIL. Dans les récits au présent, le DIL se marque seulement par la translation de personne. L’imparfait permet au DIL d’apprivoiser l’hétérogénéité énonciative ; il représente une négociation entre deux espaces énonciatifs.

16En contexte discursif, on trouve le DIL lorsqu’on reprend avec indignation les propos d’autrui, comme Silvia dans Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux : « Moi, j’y entends finesse ! moi je vous querelle pour lui ! j'ai bonne opinion de lui ! vous me manquez de respect jusque là ! » (II,7). La seule marque de translation, la modification de personne, se fait redondante, soulignant par une infraction symbolique aux lois du discours, le clivage de l'énonciation. Le DIL se marque par la dénormalisation d’une énonciation.

17Le DIL, par son côté insaisissable, interprétatif, « connote la capacité d’appropriation du discours porteur et le pouvoir de diffusion de l’altérité » (p. 80). Hétérogénéité montrée mais interprétative (J. Authier), il crée un faisceau de valeurs illocutoires.

18Le DDL (ponctuel, par opposition au monologue autonome) « mise au premier chef sur la surprise et l’effet corrosif d’une énonciation perçue comme étrangère, mais non présentée. » (p. 83). Ce mode d’insertion a un effet « décapant » (exemple de l’Amant de Marguerite Duras). L’actualisation énonciative détermine donc un mode de report, et prédispose aux valeurs illocutoires. Pour autant, il ne faut pas associer systématiquement DIL ou DDL avec ironie : ils la facilitent, mais ils ne l’imposent pas. « Certes, tout clivage énonciatif est potentiellement ironique, mais l’ironie en soi ne prétend pas rapporter des paroles. Elle vise directement à discréditer un point de vue. » (p. 90). Il s’agit non plus de double énonciation, mais de duplicité énonciative. L’énonciation clivée est bivocale et tend à « délégitimer l’énonciation première » (c’est‑à‑dire rapportée) ; l’ironie délégitime les contenus.

19Ainsi, il ne faut pas confondre le DIL et le DDL avec les manipulations de point de vue.

Isabelle Serça : Ponctuation et énonciation : guillemets, parenthèse et discours rapportés chez Proust (p. 95‑119)

20Isabelle Serça étudie le discours rapporté par le biais des italiques, parenthèses, tirets et guillemets dans l’œuvre de Proust dont le texte juxtapose les points de vue et produit un effet de polyphonie à travers lequel se laisse saisir la vision « kaléidoscopique » du monde propre à l’œuvre proustienne : les parenthèses commentent une citation par la description de sa mimique ou par une traduction d’une expression idiolectale ; les guillemets indiquent qu’un personnage utilise une expression dans une acception particulière ; enfin, des « incises polyphoniques », le plus souvent entre tirets donnent à entendre un autre point de vue sur le même objet. Ainsi, Isabelle Serça montre comment les guillemets de La Recherche exhibent les différents idiolectes dont les parenthèses font l’exégèse :la ponctuation (guillemets citationnels et incises métalinguistiques) participe à un « esthétique de la traduction ».

Galia Yanoshevsky : L’écriture polyphonique de l’essai littéraire : l’exemple de Robbe‑Grillet (p. 121‑152)

21Galia Yanoshevsky traite de l’appropriation du mot de l’autre dans le genre de l’essai‑manifeste (de Robbe‑Grillet). Il s’agit d’une étude des stratégies discursives du discours polémique pour assurer sa légitimité et donner un certain impact à sa parole propre. Cette étude montre donc la dimension argumentative du discours rapporté dans l’essai littéraire et son orchestration polyphonique particulière.

22Plusieurs stratégies sont utilisées : tantôt Robbe‑Grillet cite Nathalie Sarraute, recourant ainsi à son autorité ; tantôt au contraire, il ne cite pas du tout son autorité de référence (par exemple Barthes), tout en utilisant ses idées, voire ses expressions, soit pour se montrer indépendant de toute tutelle intellectuelle, soit parce que les éléments citationnels sont connus de toute la communauté à laquelle il s’adresse et ne nécessitent pas de notification de ses sources. Pour attaquer ses adversaires, il a recours à diverses autres stratégies, qui vont du faux discours rapporté permettant l’ironie à une mise en scène de la polémique au moyen d’un DIL hyperbolique ridiculisant les adversaires, ou au moyen de la redéfinition d'un terme utilisé par l’adversaire, en passant par la dispositio de son discours (il établit d'abord un terrain d’entente avec le lecteur, puis attaque les idées de l’adversaire, avant de revenir sur son propre terrain). Robbe‑Grillet peut ainsi répondre aux critiques et repréciser ses positions théoriques.

Les actes de discours : le factuel et le fictionnel

Gisèle Valency‑Slakta : Actes de discours indirects et double adresse : malentendus et jeux de mots (p. 155‑178)

23Comme les actes de discours indirects, les jeux de mots ou malentendus reposent sur une divergence entre la signification explicite de l’énoncé et les conséquences perlocutoires. Mais en plus, dans les jeux de mots et malentendus, il y a une double adresse (comme l’avait déjà vu Freud) et donc un tiers interlocuteur. Ce phénomène d'une multiplicité masquée d’interlocuteurs, induite par une organisation particulière du discours n’est pas à confondre avec le clivage du sujet. Dans la littérature (l’auteur s’appuie sur un corpus balzacien), « le sens symbolique et caché, de la double entente de l’énoncé, imperceptible au personnage fictif, va à la double adresse, qui vise le lecteur, lui‑même autre de l’écriture. » (p. 176).

Carole Dornier : Verbes assertifs à la première personne et pragmatique du témoignage dans les mémoires de Valentin Jamerey‑Duval (p. 179‑202)

24La pragmatique de l’œuvre littéraire met en évidence la question de la crédibilité et de l’autorité du discours. La littérature de témoignage est exemplaire de ces questions de crédibilité et d’autorité du discours. Témoigner, c’est dire ce qu’on a vu ou entendu et s’engager sur la vérité de ce que l’on rapporte. L’auteur choisit « d’aborder la question des rapports entre pragmatique et littérature à travers l’étude des verbes assertifs à la première personne comme marqueurs de l’autodésignation et de l’attestation » (p. 183), voire du jugement.

25Dans les Mémoires de Valentin Jamerey‑Duval, texte antérieur aux Confessions de Rousseau, et qui témoigne de la misère paysanne, les nombreux verbes de perception (je découvris que, je remarquai que…) marqueurs focalisation interne, ont aussi pour fonction de souligner l’effet de certification obtenu par ces restrictions de champ, c’est‑à‑dire d’authenticité du témoignage (dans la fiction, ce sont des procédés d’illusion).

26Des stratégies d’attitude propositionnelle, de présupposition et de guidage de l’interprétation sont mises en place : ainsi une distance est établie entre le Je narrant et le Je narré, le premier confirmant ou infirmant la véracité des croyances du second (je savais que vs je croyais que/ j'ignorais que). Mais « l’ignorance du jeune Valentin apparaît à plusieurs reprises comme une façon d’opposer une réalité scandaleuse à des illusions fondées en raison » (p. 189). Les assertions contenues dans les subordonnées complétives (j’étais bien loin d’imaginer que…) sont présupposées : ce sont des opinions imposées au lecteur (par exemple, « j’ignorais que le plus terrible de tous les fléaux, la guerre,… » présuppose que la guerre est le plus terrible des fléaux). De plus, se dégage une idée de dette à l’égard des victimes et de promesse de les empêcher de sombrer dans l’oubli : l’œuvre se dresse comme un monument contre l’indifférence et l’oubli.

Roselyne Koren : Parole littéraire, légitimation et désengagement : de quelques paradoxes tout à fait admissibles (p. 203‑236)

27A partir d’une étude du narrateur réaliste, défini comme « miroir que l’on promène le long d’un chemin »,Roselyne Koren pose la question du suspens des valeurs illocutoires qui, selon Searle, serait à l’œuvre dans les récits de fiction, présentés comme des assertions feintes, le lecteur partageant ce jeu de son plein gré. Incontestable sur le plan de la narration, cette affirmation joue‑t‑elle sur le plan de l’éthique, et est‑ce à bon droit ?

28Le problème posé par Roselyne Koren est celui de la présentation impartiale de l’apologie de la violence dans la littérature, « présentation acceptée et donc validée par un lecteur qui adhère sereinement à l’axiome institutionnel selon lequel l’esthétique littéraire a le droit de se situer par‑delà le bien et le mal. » (p. 204). Elle démonte alors « le paradoxe de la neutralité affichée » : la description qui se veut objective nie la mise en mots subjective ; d’où les revendications de scientificité et d’exhaustivité de la part des auteurs réalistes et leur rejet (plus affiché que réel) du lyrisme. Mais une description qui contient forcément des termes évaluatifs ou axiologiques (beau/laid) peut‑elle être dénuée de tout parti‑pris ?

29Rejoignant les analyses de J. Authier, elle montre que la non‑coïncidence entre les mots et les choses est l’espace de la littérature, grâce au « fait paradoxal, mais incontournable, que le déjà‑dit conventionnel est le seul médiateur qui permette de dire le “non‑sens” et le “manque”, l’absence d’une langue uniquement et parfaitement subjective et créatrice » (p. 217). Cette non‑coïncidence fonctionne sur le mode d’une « légitimation réciproque des contraires solidaires » (p. 218). Elle montre que le « suspens de valeurs illocutoires » dans la fiction a en réalité un enjeu éthique : dans un article du Monde diplomatique consacré aux « terroristes dans la rue et dans le roman », les terroristes dans le roman (Les Cloches de Bâle d'Aragon, Les Possédés de Dostoïevski, La Condition humaine de Malraux, Les Thibault de Martin du Gard, Les Justes de Camus, etc.) sont « paré(s) de toutes les séductions de la geste héroïque », de « l’esthétique de la convulsion et exaltation des mythes » (p. 226). En outre, le journaliste présente des dialogues contradictoires sur la violence comme des textes à dimension argumentative (c’est‑à‑dire présentant le pour et le contre) et non à visée argumentative (c’est‑à‑dire tentant de convaincre du bien‑fondé d’une thèse). Or, « ne pas trancher dans le cas d’un débat pour ou contre le terrorisme peut être considéré par les terroristes et par une partie des lecteurs comme un mode de légitimation implicite » (p. 228).

30Après ces positions assez rigides (faut‑il rétablir la censure qui condamna Baudelaire et Flaubert pour immoralité ?), mais d’une cuisante actualité, Roselyne Koren conclut en rendant hommage à Searle pour « l’intégration du concept d’engagement dans le système de la langue et des interactions verbales », concept qui permet de mieux appréhender la spécificité du discours littéraire ; mais elle reconnaît aussi les limites de cette analyse : la pragmatique ne résout pas tous les aspects de la question de la responsabilité de l’énonciateur, puisqu’elle se limite au commitment (engagement) envers la vérité des faits relatés et qu’elle ne permet pas de rendre compte des énoncés axiologiques. Surtout, « cette approche ne permet pas de penser la contribution (…) de l’esthétique à la structuration interactionnelle du sens dans sa dimension éthique. » (p. 232). Elle reprend l’affirmation magistrale d’Alain Viala dans Approches de la réception pour qui « l’organisation esthétique décide de l'éthique » (p. 233).