Acta Fabula
ISSN 2115-8037

2017
Mars 2017 (volume 18, numéro 3)
titre article
Victor Toubert

Prise de notes & littérature : le carnet de lecture comme zone de transition

Andrei Minzetanu, Carnets de lecture, généalogie d’une pratique littéraire, Paris : Presses Universitaires de Vincennes, coll. « Manuscrits modernes », 2016, 352 p., EAN 9782842925260.

1Ce livre, issu d’une thèse de littérature comparée menée sous la direction de William Marx et de Thomas Hunkeler, soutenue à Nanterre en 2013, présente comme ambition de constituer le carnet de lecture comme un sujet d’étude à part entière, et se propose de mener une généalogie de « cette pratique intellectuelle un peu clandestine, apparemment banale et sans histoire » (p. 13). Andrei Minzetanu propose donc l’étude d’une pratique intellectuelle associée à ce qu’on a appelé en anthropologie les « écritures ordinaires1 », qui prend forme et « s’incarne » dans un objet (p. 24). Les carnets de lecture étudiés dans ce livre seront toutefois ceux de lecteurs bien particuliers, qui sont aussi des « lettrés ». La reprise de cette notion large, qui vise à éviter l’anachronisme que pourrait porter la notion d’écrivain, inscrit ce travail dans la continuité de celui de W. Marx2. La réflexion proposée est placée au croisement de plusieurs méthodes ou champs critiques : l’étude génétique, la linguistique, la théorie et l’histoire littéraire ou la sociologie offrent tour à tour des notions et des méthodes d’approches d’un objet complexe. Le carnet de lecture est en effet non seulement compris comme un objet matériel, support des traces de lecture, mais aussi comme un « objet mental » (p. 8) qui repose sur une construction littéraire, et donc comme une représentation qui informe à son tour un ensemble de pratiques. Ce livre propose à la fois une histoire littéraire du carnet de lecture, rattachée à l’« histoire matérielle de la culture savante » de Françoise Waquet3, et une théorie qui prend appui sur cette histoire. Il se termine sur une étude comparée de certains exemples de pratiques du carnet de lecture, de la fin du xixe siècle à l’époque contemporaine.

Le carnet de lecture comme objet théorique

2Dans la première partie de son travail qui présente une théorie du carnet de lecture, et le constitue non seulement comme un objet matériel mais aussi comme un objet épistémologique, A. Minzetanu se fixe comme objectif de « déchiffrer l’histoire, les formes et les enjeux du carnet de citations de quelques lettrés occidentaux et de le situer au sein d’une typologie des carnets de lecture » (p. 18). Le but est de comprendre la place du carnet dans la dialectique qu’il entretient éventuellement avec l’écriture du livre, et le rôle du recueil de citations dans la genèse de l’écriture. Le premier problème auquel on est confronté dans l’étude des carnets de lecture est celui de la généricité problématique du terme, qui désigne un objet aux contours extrêmement flous. A. Minzetanu tente de sortir de ce problème de la généricité en insistant sur le fait que le carnet, avant d’être un objet, est surtout une pratique particulière : « les frontières entre le carnet, le cahier, le journal (et l’essai) sont si difficiles à tracer et leurs rapports si forts que la notion de genre perd, à mon sens, tout son intérêt. » (p. 20). Pour mieux comprendre cette pratique littéraire du carnet de lecture, il propose de la rapprocher de celle des carnets de terrain des ethnologues et des éthologues, ou des fiches des historiens ou des sociologues. Le carnet peut alors apparaître comme « un processus dynamique et comme un objet épistémologique et méthodologique très significatif » pour les écrivains (p. 28), susceptible, selon A. Minzetanu, de produire un changement de perspective dans les études littéraires. Ce souci de comparer des pratiques littéraires à des pratiques scientifiques de la notation est l’un des plus grands mérites de l’ouvrage et permet d’envisager un dialogue fécond entre la critique génétique et d’autres recherches dans le champ des études comparées des savoirs et de la littérature, comme celles de Vincent Debaene qui s’intéressait déjà aux liens entre science et littérature dans L’Adieu au voyage4.

Le lettré excerpteur

3A. Minzetanu construit ensuite plus précisément la figure du lettré qui l’intéresse, qu’il baptise lettré « excerpteur ». Le lettré excerpteur est le « faiseur de citations » (p. 37), si l’on entend bien le double sens du déverbal : c’est celui qui pratique la citation, comme celui qui se prête à la citation, qui écrit pour être cité. Cette figure du lettré excerpteur emprunte en particulier à celle de « l’aphoriseur » développée par Dominique Maingueneau dans Les phrases sans texte5:

L’aphoriseur, une figure épistémologique et discursive très semblable à l’excerpteur si l’on prend en considération ses rapports aux textes et à la lecture, insère dans ses œuvres les aphorisations des autres, mais produit en même temps des « énoncés candidats à l’aphorisation », des phrases promises à rester sans texte, des phrases écrites et présentées d’une manière essentiellement détachable et citable, des phrases qui ne sont pas des phrases‑types (comme les proverbes ou les dictons), mais des phrases‑occurrences qui « pointent vers un événement énonciatif », de la même manière que les citations du lettré excerpteur renvoient toujours à un événement de la lecture. (p. 40)

4A. Minzetanu propose donc cette figure de l’excerpteur pour comprendre la manière dont les lettrés travaillent, lisent, écrivent, lisent pour écrire et écrivent en lisant. « L’ambition de ce livre est de déplacer la citation des études intertextuelles vers une théorie des notes, afin d’offrir un certain éclairage sur la lecture, et sur une interface lecture‑écriture, que l’on pourrait appeler la lettrure » (p. 49). La théorie de la lecture lettrée s’appuie ainsi sur une théorie génétique et linguistique de la prise de notes, et l’auteur défend ainsi l’hypothèse que « l’étude de la citation doit être réintégrée dans une poétique de la lecture et que la lecture elle‑même gagne à être considérée comme une perpétuelle prise de notes » (p. 42). Trois figures du lecteur prenant des notes sont constituées dans une typologie en partie empruntée à Daniel Ferrer6 : les « marginalistes », qui annotent les textes dans les marges, les « extracteurs », qui découpent le texte et le copient, auxquels A. Minzetanu propose de rajouter les lecteurs « paraphraseurs », « à savoir le lettré qui, pour s’approprier le texte, n’a besoin ni de le découper, ni de l’annoter, mais de le commenter et de le reformuler ailleurs, dans un carnet ou dans un journal intime » (p. 49). Ces trois grands types de lecteur offrent davantage des « points de repère au théoricien » (p. 50) qu’ils ne sont constitués en figures fixes. A. Minzetanu propose ainsi pour illustrer cette typologie une rapide étude des pratiques de lecture de Borges, chez qui se combinent ces trois figures, pour mieux insister sur le fait que cette typologie propose bien des modèles généraux permettant de comprendre l’activité de la lecture lettrée, davantage que des figures exclusives à l’intérieur d’une typologie rigoureusement fixée.

La « note‑citation »

5La deuxième notion proposée par l’auteur dans cette théorie de la pratique des carnets de lecture est la « note‑citation ». Il définit ainsi cette notion :

La note‑citation est un mouvement constitutif de la lecture elle‑même, une réponse, cognitive et émotionnelle, très simple et très fréquente, à la lecture ; mais elle est aussi, dans un deuxième temps et pour le critique, une « lexie » dans le sens barthésien du terme, c’est‑à‑dire une unité de lecture dont la dimension comprendra généralement (toute limite trop précise sera dans ce cas arbitraire) quelques mots ou quelques phrases. (p. 55).

6Pour comprendre comment se forme une telle « note‑citation », en plus du terme de « lexie », A. Minzetanu emprunte largement des notions proposées par Barthes — toutes les citations placées en exergue du premier chapitre théorique de son ouvrage sont d’ailleurs empruntées à divers textes de Barthes, en particulier à son dernier cours au collège de France, repris dans La Préparation du roman7, et à son article « Écrire la lecture » de 19668. Parmi ces notions, on peut en particulier mentionner la distinction entre l’Album et le Livre, l’intensité, le plaisir, la tintinnabulation, ou encore la rencontre. Barthes est considéré comme « la figure tutélaire » du lettré excerpteur (p. 58), et c’est bien à partir des outils que Barthes a mis en place que A. Minzetanu propose une théorie de la lecture qui place en son centre la notion de note‑citation comme d’un « moment d’intensité dans la lecture » (p. 54) : « La note-citation révèle souvent le « plaisir du texte » et cristallise parfaitement cette « minute heureuse » de la lecture, cette expérience qui brouille les frontières entre lire et écrire, et qui réconcilie fort bien l’intelligence et l’affectivité. » (p. 67)

Histoire du carnet de lecture

7Après cette première partie théorique qui vise à constituer comme objets d’étude le carnet de lecture, en s’appuyant sur les deux notions du lettré excerpteur et de la note‑citation, A. Minzetanu se lance dans une histoire généalogique extrêmement érudite du carnet de lecture. Elle commence à l’humanisme compris comme « âge d’or de l’ars excerpendi » (p. 75) — et on pourrait se demander pourquoi ne pas avoir pris en compte des pratiques antiques comme les hypomnemata dont parle le dernier Foucault9, même si les pratiques de la Renaissance rejouent en partie ces manières de lire et de citer —, pour s’achever à l’époque contemporaine caractérisée, pour l’auteur, par un retour des pratiques citationnelles. Cette histoire généalogique du carnet de lecture a pour but d’établir un lien entre la pratique du carnet de lecture et celle d’une littérature compilatoire et des recueils de lieux communs, même si l’auteur admet qu’« il est très difficile de décrire de manière très précise les rapports culturels et épistémologiques qui réunissent ces deux univers de pratiques » (p. 113). Un des buts et des principaux intérêts de ce travail est donc de s’intéresser à la résurgence de pratiques citationnelles à l’époque contemporaine, sur laquelle cette généalogie aboutit dans un dernier chapitre très stimulant. La forme généalogique adoptée, qui vise à établir des liens entre diverses pratiques de la citation, se confronte aux risques de les unifier et d’occulter l’existence d’autres pratiques d’écriture et de lecture dans l’histoire littéraire, mais l’auteur est bien conscient de ce risque et souligne le caractère partiel de son étude, qui souffre peut‑être aussi de l’absence d’une réflexion plus anthropologique sur l’activité de la prise de note, qui aurait pu par exemple s’appuyer sur les travaux de Jack Goody10 pour donner encore plus d’ampleur à cette étude.

8Mais malgré ces quelques réserves éventuelles, le travail d’A. Minzetanu se distingue encore une fois par sa très grande ambition, adossée à sa volonté de comprendre la littérature dans ses rapports avec diverses institutions, politiques à la Renaissance, puis religieuses, et enfin scolaires au xixe siècle. Nous ne reviendrons pas ici sur les périodisations proposées dans cette seconde partie de l’ouvrage, qui sont très convaincantes, et qui font se succéder un moment dit classique de l’humanisme, la pédagogie jésuite, les premières tentatives de l’encyclopédisme, qui marqueront pour l’auteur une certaine décadence de l’art de l’extrait, poursuivies d’un maintien des pratiques citationnelles à l’intérieur de l’institution scolaire, qui assure ainsi leur continuité et le « triomphe de la fiche » au début du xxe siècle. On peut être saisi d’un mouvement de recul devant l’immense masse documentaire mobilisée et commentée par l’auteur, qui convoque de très nombreux manuels, traités de pédagogie, et discours critiques sur la citation, et craindre de se perdre dans la multiplicité des références convoquées par l’auteur, qui traversent l’histoire européenne de la Renaissance à l’époque contemporaine, avec une insistance particulière sur la France. Mais il faut reconnaître que cette partie généalogique se caractérise également par la précision constante de ses analyses, et par la diversité de ses appuis théoriques, empruntés à Anthony Grafton, Ann Moss, ou à Stanley Fish en particulier. Malgré l’impression elle‑même compilatoire de ce travail, un matériel considérable sur l’histoire des pratiques de la citation est ici rassemblé, et cet ouvrage se pose comme un outil extrêmement précieux pour qui veut étudier l’histoire des pratiques de lecture et de leurs rapports avec l’écriture. Des figures aussi importantes qu’Erasme, Montaigne, Francis Bacon, Descartes, Hyppolyte Taine, Fernand Brunetière, ou Antoine Albalat sont convoquées, et cette proposition de généalogie s’accompagne d’analyses d’exemples très précis. Pour ne citer qu’un exemple, le passage sur la pratique de la citation chez Montaigne, qui s’appuie en particulier sur le travail d’Alain Legros dans Montaigne manuscrit11, permet de bien centrer le propos sur la place des notes‑citations dans la composition des Essais, et d’en montrer certains enjeux problématiques à la Renaissance, et en particulier la place complexe occupée par les florilèges et les recueils de lieux communs dans la composition des ouvrages littéraires.

9Un point sur lequel nous voudrions nous arrêter un moment est celui des rapports entre la pratique de la lecture citationnelle et l’institution scolaire. La mobilisation du concept bourdieusien de disposition permet à A. Minzetanu de concevoir la pratique de la lecture citationnelle après le xixe siècle comme

[u]ne disposition littéraire relativement autonome par rapport à son milieu d’origine, à savoir le milieu scolaire, qui la cultive dans l’apprentissage de la lecture à travers des méthodes comme le carnet de citations et les morceaux choisis, une disposition que le lettré peut conserver et réactualiser au moment des lectures qu’il entreprend plus tard et qui visent davantage la production d’un texte. (p. 127)

10Cette insistance sur le « moment scolaire des apprentissages » (p. 128) dans l’élaboration des théories de l’écriture et de la lecture, qui s’appuie à nouveau sur Barthes et ce qu’il a dit de l’importance de l’exercice de la dictée dans ses entretiens12, permet encore d’ouvrir la réflexion littéraire à un dehors, et d’assurer la tenue d’un débat important sur les relations entre la pédagogie et l’activité littéraire. Rapprochant ici le carnet de notes du cahier d’écolier, A. Minzetanu insiste sur la dimension rhétorique du prélèvement de citations, lié à d’autres exercices scolaires, comme la dictée, la traduction ou l’explication de texte, cette rhétorique structurant les pratiques lettrées européennes depuis le xixe siècle. Il mentionne en particulier les Cahiers d’écolier de Claude Ollier13, qui mettent en question ce lien entre la discipline scolaire et la pratique littéraire, en assurant la continuité d’un « régime de lecture » (p. 132) orienté par la prise de notes. Il nous permet ainsi de penser, à l’aide de la notion de lecture citationnelle, la pratique illustrée par certaines métaphores souvent associées à la lecture, comme le butinage, ou la cueillette. A. Minzetanu précise l’esthétique particulière produite par ce régime de lecture orienté vers l’écriture à l’aide de la notion de détail :

La lecture citationnelle s’inscrit effectivement dans une esthétique du détail parce que le texte n’est plus vu, comme c’est le cas dans le cadre des théories formalistes, comme un système, comme une hiérarchie de structures, comme un organisme où tout est important, où tout se répond et où chaque élément contribue à la cohérence de l’ensemble, mais comme un jardin où l’on vient cueillir les meilleures fleurs, les meilleurs arguments et les plus belles phrases. Le détail est vu comme une expérience de lecture et le texte comme une collection de citations et une superposition de détails, ou autrement dit, comme la somme de réponses émotionnelles du lecteur à la lecture du texte. (p. 135)

11Cette description du moment scolaire de l’histoire de la lecture orientée vers l’écriture entre également en résonnance avec certains débats contemporains autour de la « lecture créatrice », qui pourraient alimenter leur réflexion avec ce travail, pour comprendre en particulier les rapports de l’institution scolaire et d’un certain régime de lecture. Les pages suivantes de l’ouvrage, qui portent sur les rapports entre la pratique de la citation et la rhétorique, sur le commentaire de texte comme remplaçant progressivement l’exercice de l’extrait, sur la nouvelle valorisation du travail dans la création littéraire, sur les origines du « goût de l’archive » contemporain, ou sur la pratique de la fiche de lecture, présentent une histoire des pratiques pédagogiques françaises très stimulante, où la lecture apparaît plurielle, suivant différents régimes : tournée vers l’écriture d’autres textes dans le cadre de ce que Barthes appellera « l’ancienne rhétorique », elle est réorientée comme un approfondissement du texte original au début du xxe siècle, autour de l’exercice du commentaire de texte, et participe ensuite à la rencontre de l’art de la citation et de l’art de la documentation. À la suite de certaines remarques de Roger Chartier, A. Minzetanu fait remarquer que cette histoire du carnet de lecture invite à remettre en question la distinction entre lecture intensive et lecture extensive proposée par l’historien allemand Rolf Engelsing pour penser les modifications des pratiques de lecture en Allemagne au xviiie siècle. Dans les dernières pages de cette histoire du carnet de lecture, l’ère numérique est ainsi présentée comme celle d’un « resurgissement » (p. 194) des arts de la citation, et est comprise sous l’angle d’un nouveau rapport à la mémoire, davantage que sous celui du passage d’une lecture intensive à une lecture extensive.

Comparaisons de pratiques modernes

12A. Minzetanu étudie diverses pratiques de lecture, et s’intéresse aux habitus, aux systèmes de dispositions qui les gouvernent, en utilisant les notions qu’il a mises en place, de lettré excerpteur, de la note‑citation, de la lecture citationnelle, et la typologie proposée dans la partie théorique. On peut regretter que le glissement de l’habitus bourdieusien à la notion de posture, que l’on constate en particulier dans le chapitre consacré à Ortega y Gasset, ne soit pas davantage précisé et appuyé sur les travaux de Jérôme Meizoz en particulier14. Divers écrivains sont successivement étudiés, dans un corpus qui se caractérise par sa relative unité temporelle et spatiale : tous les écrivains étudiés sont européens, de langues romanes, et tous ont écrit au xxe siècle. Mais ce corpus présente aussi la particularité de mettre sur le même plan des lettrés très différents, philosophes, écrivains, romanciers, que l’auteur propose de classer dans sa typologie. Ortega y Gasset et Constantin Noica correspondent ainsi au « paraphraseur », Valéry endosse le rôle de « l’anti‑excerpteur », alors que Cioran, Mihail Sebastian et Enrique Vila‑Matas apparaissent comme des exemples de lecteurs excerpteurs, le dernier étant rattaché à une réhabilitation contemporaine des figures du copiste. A. Minzetanu nous montre ainsi, dans des études souvent remarquables dans leur précision, la fécondité de ses propositions théoriques, et parvient à rapprocher des postures auctoriales très différentes autour de leurs pratiques de lecture.


***

13À la fin de ce parcours, si l’on peut toutefois encore émettre certains doutes quant à l’unité de cette figure du lettré excerpteur, conçue comme « un modèle de lecteur, transnational et jusqu’à un certain point transhistorique » (p. 349), il faut rendre hommage à l’impressionnant travail proposé par ce livre, et saluer l’ambition d’Andrei Minzetanu, qui propose d’étudier à la fois l’histoire d’une pratique méconnue, d’en proposer une théorie valant à la fois pour les études de la réception des textes comme pour des travaux sur la poétique ou l’invention, et d’en étudier quelques exemples tirés d’un corpus moderne et contemporain. L’intérêt principal de ce travail est d’étudier le carnet comme une zone de transition, non seulement entre les notes et le texte publié, mais aussi comme un objet à la croisée de différents types de réflexions, particulièrement susceptible en conséquence de réunir divers domaines du savoir.