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L'héritage philosophique de Jankélévitch : entretien avec F. Schwab, par Yoann Colin (nonfiction.fr)

L'héritage philosophique de Jankélévitch : entretien avec F. Schwab, par Yoann Colin (nonfiction.fr)

Publié le par Marc Escola

La publication simultanée d'une biographie et d'un Cahier de L'Herne consacrés à Jankélévitch est l'occasion de revenir avec leur autrice, F. Schwab, sur l'héritage de ce penseur.

Vladimir Jankélévitch est sans conteste l’un des philosophes français les plus célèbres du XXe siècle. Françoise Schwab, qui en a été l’amie, a contribué à le faire connaître du grand public en rendant possible la publication d’un grand nombre de ses textes et en organisant, seule ou en collaboration, des colloques autour de sa pensée ou de sa réception.

On lui doit plus récemment une biographie détaillée de cet auteur, qui le présente non pas seulement comme un grand philosophe, mais comme un homme ancré dans des liens familiaux forts et profondément engagé dans les combats de son temps, en particulier dans la Résistance. La lecture de cet ouvrage permet de mesurer le degré d’exigence que cet homme a imposé à sa pensée et à ses actes, mais aussi d’évaluer ce qui demeure de lui encore aujourd’hui.

Nonfiction : Pourriez-vous préciser ce que garde de résolument actuel la philosophie de Jankélévitch ?

Françoise Schwab : Comme je l’ai écrit, Jankélévitch n’est pas « un philosophe de saison qui flaire le vent de l’actualité pour s’y engouffrer » ; pour autant, sa pensée résonne de manière singulière avec notre présent, est en prise directe avec les problèmes de notre époque.

Sa philosophie morale, en particulier mérite d’être lue à la lumière de l’actualité : l’attention extrême qu’il porte aux autres, son refus des compromissions délétères, son accueil de la diversité et son hospitalité contrastent fortement avec l’attitude de rejet quasi-systématique qui est pratiquée de nos jours dans les pays occidentaux. De manière générale, la morale de Jankélévitch n’est pas éthérée mais empreinte d’immanence ; elle est destinée à orienter nos pratiques de tous les jours, et c’est en ce sens qu’on peut aller jusqu’à la considérer dans un horizon politique.

En nous offrant le témoignage vivant d’une pensée à contre-courant, Jankélévitch rend plus aisées nos interrogations sur notre propre liberté. De quelle liberté disposons-nous qui ne soit dérisoire ? Que vouloir ? Bref, ne pas s’en tenir à des théories livresques mais agir en conformité avec ses dires, et ce en toutes circonstances, et surtout alors que la réalité du mal est à nos portes.

Philosophe de la morale, il se garde de tout moralisme et de toute prescription tout en insistant sur le fait que la morale n’est pas réservée à quelques uns. Il parle de nous tous, de chacun de nous, son unicité faisant appel à la nôtre. La visée de ses propos concerne l’homme ordinaire et son destin, sans propension à lui intimer des préceptes ou des injonctions. […]

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