Fabula, la recherche en littérature (actu)

W. Marx, Vie du lettré

Parution livre avec compte rendu publié sur Acta

Parution : 5 mars 2009.

Information publiée le lundi 29 décembre 2008 par Florian Pennanech



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Compte rendu publié dans Acta fabula : "Vingt-quatre heures de la vie d'un lettré ou la vie secrète du lettré : un essai de biographie collective" par Marie Gueden et "Portrait de l'intellectuel en sinthome" par Alexandre Gefen.

William Marx, Vie du lettré, Paris, Éditions de Minuit, coll. "Paradoxe", 2009, 244 p.

ISBN : 978-2-7073-2072-8

Prix : 18 €

Présentation de l'éditeur :

Ils lisent des textes, les rassemblent, les éditent, les commentent, les transmettent aux générations futures, produisent à leur tour d'autres textes : ce sont les lettrés, apparus parmi nous voici déjà quelques millénaires. Voués à l"écrit, ils forment le socle d'une civilisation, en garantissent la continuité, mais participent aussi à sa contestation. Le plus souvent invisibles ou méconnus, ils composent une communauté secrète, reliée à travers les temps et les lieux par des rites partagés, des habitudes analogues, des affinités mystérieuses.
Qui sont-ils ? Comment vivent-ils ? Où habitent-ils ? Que mangent-ils ? À quelles amours s'adonnent-ils ? Comment naissent-ils et meurent-ils ? À toutes ces questions et à bien d'autres, ce livre apporte des réponses précises et concrètes. Il peut se lire comme la description d'un mythe fondateur des civilisations à écriture, de Confucius à Barthes, en passant par Cicéron, Pétrarque et Freud. Mais peut-être vaut-il mieux le prendre comme une invitation à se détacher de l'existence ordinaire, pour entrer dans un autre rapport au monde et au temps. C'est un manuel de savoir-vivre. Ou de savoir-livre.

*  *  *

Voir sur le blog de F. Ferney un billet sur ce livre…

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Dans Le Monde des livres du 21/3/9, on pouvait lire un article de R. Solé sur cet ouvrage:

Critique "Vie du lettré", de William Marx : des vies entières dans les livres LE MONDE DES LIVRES | 20.03.09 |

Non, nous ne "dévorons" pas les livres : ce sont eux qui nous dévorent, prenant notre temps, mangeant notre espace et occupant notre esprit. Certaines victimes consentantes poussent très loin le sacrifice, finissant par ordonner toute leur existence autour de la chose écrite. William Marx les appelle "les lettrés".

Ils ne sont pas nécessairement écrivains. Un lettré se situe du côté du lecteur plutôt que de l'auteur : il a sacrifié sa vie pour faire entendre la parole d'autrui. Souvent, une parole ancienne, qu'il doit rendre accessible à ses contemporains. Car "le passé ne se transmet pas de lui-même, il faut l'y aider", l'apprivoiser, le réinventer en quelque sorte : "Le lettré jette des ponts par-dessus les époques ; il rend accessible le passé ; il le reconfigure à la lumière des exigences du présent."

Normalien, professeur de littérature française et comparée à l'université d'Orléans, après avoir enseigné notamment aux Etats-Unis et au Japon, William Marx s'était déjà distingué en dissertant sur Les Arrière-gardes au XXe siècle (PUF, 2004) ou en déclarant L'Adieu à la littérature (Minuit, 2005), qui se serait autodétruite au XIXe siècle en s'autonomisant et se repliant sur elle-même.

Cette fois, il aborde l'histoire littéraire de manière encore plus audacieuse, en nous promenant dans l'espace et dans le temps. Sous l'appellation non contrôlée de "lettré", il regroupe des individus d'époques et de cultures différentes - du scribe égyptien à l'intellectuel parisien post-soixante-huitard -, leur supposant une posture commune. C'est parfois tiré par les cheveux, souvent déroutant, mais toujours intelligent et formulé de manière brillante.

Par exemple, il vous assène que "les lettrés sont des gens de nuit". Ah bon ? Nous en connaissons beaucoup qui sont du matin, et ce devait être tout aussi vrai du temps de Cicéron, de Confucius ou de Zola. Mais William Marx balaye nos réticences deux pages plus loin en remarquant que le lettré n'est pas celui qui sait : "Il est celui qui veut savoir et sacrifiera pour cela, s'il le faut, le temps de son sommeil."

VAGABONDAGE ÉRUDIT

Ne prenons donc pas ce livre pour un essai scientifique, même si l'appareil de notes et la bibliographie peuvent en donner l'illusion. C'est un vagabondage érudit, tout en finesse, avec des exemples inattendus et des rapprochements séduisants, sinon toujours convaincants. A travers vingt-quatre chapitres, l'auteur parcourt la vie d'un lettré imaginaire, qui incarnerait tous ses semblables, de la naissance à la mort.

A en croire William Marx, le cabinet d'étude de tout lettré "recouvre la structure, la fonction et l'idéal d'un jardin". A moins que ce ne soit le contraire, puisque l'on y travaille, s'y délasse et y croît indifféremment. D'ailleurs, "le mot culture ne dit pas autre chose qu'une certaine augmentation de l'être, commune à la plante et à l'esprit". Vous ne marchez pas ? Admettez au moins que tout lettré a besoin de marquer son espace de travail et de le mettre en scène. Regardez-le s'entourer de divers accessoires, nécessaires à son inspiration ou sa concentration, et demandez-vous pourquoi il le fait. "Le toucher d'un papier fin ou la vue d'un bel objet, remarque l'auteur, forment autant de compensations sensibles à l'abstraction desséchante des métiers de l'esprit."

Le chapitre sur la mélancolie nous balade d'Aristote à Valéry, en passant par Erasme, Shakespeare ou Nietzsche. Choisit-on l'étude parce qu'on est mélancolique ou devient-on mélancolique à force d'étudier ? En tout cas, travail intellectuel et mélancolie semblent se renforcer mutuellement. Un lettré (mais comment ce mot s'accorde-t-il au féminin ?) ne vit pas entièrement dans son propre temps. Sa mélancolie vient sans doute de son sentiment "d'appartenir aux marges des siècles"...

Les lettrés, nous dit William Marx, sont à la fois le socle d'une civilisation et ce qui la menace. Car "rien n'est plus révolutionnaire que le passé" qui, en revenant, peut détruire le présent.

Les guerres, elles, détruisent... les lettrés, faisant des ravages dans leurs rangs. "En 1919, on recensa 450 écrivains français "morts pour la patrie", soit beaucoup plus de 450 livres qui ne virent jamais le jour. A côté des cimetières militaires devraient se dresser les bibliothèques des ouvrages qui ne furent jamais écrits et dont les auteurs reposent sous la dalle."

Cela dit, les lettrés ne meurent jamais tout à fait, puisqu'ils laissent des textes, un enseignement, des lecteurs, voire des disciples. Ils survivront à Internet, comme ils ont survécu à l'imprimerie : William Marx nous l'assure, sans le démontrer. Mais on ne demande qu'à le croire.

VIE DU LETTRÉ de William Marx. Minuit, "Paradoxe", 240 p., 18 €.
Robert SoléArticle paru dans l'édition du 21.03.09


Url de référence :
http://www.leseditionsdeminuit.com/f/index.php?sp=liv&livre_id=2605



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