Fabula, la recherche en littérature (appels)

La presse et l'invention littéraire

Appel à contribution

Information publiée le dimanche 14 août 2011 par Bérenger Boulay (source : Thomas Carrier-Lafleur)

Date limite : 30 avril 2012

« La presse et l’invention littéraire »

Appel de textes – 6e numéro de Chameaux

 

« Longtemps, longtemps, la voix humaine fut base et condition de la littérature. […] Un jour vint où l’on sut lire des yeux sans épeler, sans entendre, et la littérature en fut tout altérée », écrit Paul Valéry, dans Tel Quel. Mais qu’en est-il du journal ? C’est-à-dire, pourrait-on avancer que l’entrée des sociétés occidentales dans l’ère médiatique aurait altéré une seconde fois la littérature ? Avec l’arrivée de la presse de masse, on lit certes encore des yeux, mais le support, et le rythme, ont changé. L’imprimé est maintenant une chose quotidienne, accessible à tous. On assiste à la création d’un mode de lecture original qui convoque un nouveau lectorat, ainsi qu’à celle d’un support nouveau pour la plume des écrivains. En d’autres termes, on écrit différemment, et on lit autrement.

Au cours de la dernière décennie, les recherches sur l’histoire littéraire de la presse ont permis de mettre en évidence le rôle qu’a joué ce média, depuis le XIXe siècle, comme « laboratoire de la littérature[1] ». Ce rôle se décline des manières les plus diverses. Non seulement l’oeuvre de bon nombre d’écrivains de ce siècle (pensons à Balzac, Maupassant, Zola, pour ne citer que les plus célèbres d’entre eux) est-elle marquée par la poétique de l’écriture de presse et par l’imaginaire médiatique, mais le journal lui-même est le lieu d’une rencontre riche et foisonnante entre les contraintes et caractéristiques de l’écriture de presse et les formes préexistantes de la littérature. Comme permet de le constater l’étude du journal dans une perspective littéraire, cette rencontre est loin de se cantonner à la présence de romans-feuilletons dans la presse, mais s’observe dans la formation des rubriques et des genres journalistiques les plus divers, de la chronique au reportage.

C’est dans la foulée de ces recherches que l’équipe de Chameaux vous convie à participer à son sixième numéro : « La presse et l’invention littéraire ». Or, bien que les études littéraires sur la presse, encore récentes, se soient surtout penchées sur le corpus dix-neuviémiste, la presse actuelle demeure sans doute influencée par les poétiques journalistiques nées alors, et il est tout à fait possible d’y appliquer les questionnements évoqués plus haut. On pourrait ainsi interroger la posture d’écrivain d’un Pierre Foglia, d’un Gil Courtemanche ou d’une Denise Bombardier, pour reprendre quelques figures célèbres au Québec, et se demander si, et en quoi, ceux-ci sont bel et bien des auteurs, même si leur oeuvre est diffusée, en tout ou en partie, sur ce médium éphémère et particulièrement périssable qu’est le papier journal. Et qu’en est-il de la littérarité de leurs chroniques ou articles ? Sur quoi se fonde-t-elle ? Foglia serait-il un valeureux disciple des frères Goncourt, ou alors un écrivain nouveau genre ? Et Courtemanche, un successeur des écrivains-reporters des années trente ? On comprend pourquoi notre revue désire ouvrir ses pages aux contributions qui interrogeront, sans restriction quant à la période temporelle appréhendée, les liens entre presse et invention littéraire.

Les contributions pourront s’intéresser à un vaste spectre de sujets, dont voici une liste indicative :

― La littérarité dans la presse, la littérarité des genres journalistiques (procédés romanesques ou de fictionnalisation dans l’écriture de la chronique, le reportage comme feuilleton, ou à l’inverse une validation de la fiction par son rapport au réel), la rencontre paradoxale entre cette littérarité et la recherche et la formation d’une objectivité journalistique ;

― L’hybridité générique, l’influence de la presse dans les poétiques littéraires, l’intermédialité (une fiction qui transposerait certains « codes » journalistiques, ou encore l’illustration dans le journal) ;

― Les représentations médiatiques dans la littérature (figures du journaliste ou de l’éditeur, le journal comme véhicule narratif, l’intrigue à l’époque de l’ère médiatique) ;

― La presse comme réservoir d’imaginaire (l’imaginaire du fait divers et du crime, qui est à la base du roman d’enquête ou du roman policier moderne, l’imaginaire de la mondanité).

Nous sommes également ouverts à publier des textes de création qui s’inscriraient dans le thème du numéro, tels que des pastiches de genres journalistiques, des faux reportages, etc.

Pour terminer, nous aimerions rappeler le ton privilégié par le comité éditorial de Chameaux pour la sélection des articles. La revue Chameaux souhaite publier des essais critiques qui s’éloignent du ton « scolaire » adopté lors de l’écriture de la dissertation. Nous recherchons avant tout des réflexions personnelles et approfondies, qui traitent d’un sujet de manière fluide et plaisante. Nous ne faisons pas prévaloir le ton scientifique, objectif et spécialisé, mais plutôt une pensée autonome et libre qui, tout en ayant pour objectif le partage des connaissances, s’incarne dans un style travaillé. Une filiation directe entre le texte proposé et le thème du dossier est également importante.

La date de tombée de ce sixième numéro est le 30 avril 2012. Envoyez vos contributions, d’une longueur maximale de 5 000 mots, à chameaux@lit.ulaval.ca et n’hésitez pas à nous écrire à cette adresse si vous souhaitez obtenir plus d’information. Nous vous invitons à conformer votre texte au protocole éditorial de la revue (http://revuechameaux.wordpress.com/protocole-editorial). Veuillez prendre note que seuls les articles entiers seront évalués. Au plaisir de vous lire !


[1]Marie-Ève Thérenty, « Pour une histoire littéraire de la presse », dans Revue d’histoire littéraire de France, vol. 103, n° 3, 2003, p. 634.


Responsable : Revue « Chameaux »

Url de référence :
http://revuechameaux.wordpress.com

Adresse : Département des littératures Pavillon Charles-De Koninck, bureau 33071030, avenue des Sciences-Humaines Québec (Québec) G1V 0A6 Canada



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