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L'espace descriptif (séminaire Anachronies)

L'espace descriptif (séminaire Anachronies)

Publié le par Frédérique Fleck

Séminaire « Anachronies : textes anciens et théories modernes »

 

Séminaire transversal DSA - LILA, en collaboration avec l’Équipe Fabula à l’ENS

Lire les actes du séminaire dans l'Atelier de Fabula: Anachronies.

 

Séance 2 : L’espace descriptif

Vendredi 28 octobre 2011, ENS, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris, salle Celan

Coordination : Nicolas Bertrand, Vincent Giraudet.

Intervenants : Nicolas Bertrand, Vincent Giraudet.

 

 

Lessing, dans son Laocoon, affirme avec force que la poésie est l’art de la succession temporelle par excellence et qu’à ce titre la représentation des corps dans l’espace lui est absolument impossible. Dans cette perspective, la poésie descriptive serait une aberration contre laquelle il faudrait lutter en suivant l’exemple d’Homère, considéré par Lessing comme le plus grand des poètes précisément parce qu’il évite toute suspension du récit, et fond notamment sa fameuse description du bouclier d’Achille dans la narration de sa fabrication.

À l’autre bout de la tradition épique, Nonnos de Panopolis semble avoir répondu par avance à cette réflexion de Lessing : si les poèmes homériques ont semblé dépourvus de toute description, ses Dionysiaques, pourtant imitées d’Homère, ont tout l’air d’un poème sans narration. Cela fait-il de Nonnos le plus mauvais poète de l’Antiquité ? Une lecture paradigmatique, et non pas syntagmatique, de l’oeuvre permettra d’en douter, la dislocation de la succession temporelle, linéaire se faisant au profit d’une structuration spatiale, thématique.

Dans le cadre de cette séance sur l’espace descriptif, entendu au sens micro-narratif (existe-t-il un espace dédié à la description chez Homère ?) et au sens macro-narratif (en quoi Nonnos réserve-t-il tout l’espace de son texte à la description ?), nous nous appuierons sur les théories de P. Hamon et J. Frank, afin de voir en quoi ces catégories modernes, mobilisées de manière anachronique à propos de textes anciens, permettent d’invalider la thèse de Lessing, elle-même anachronique, sur la représentation du temps et de l’espace dans le récit.

 

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Bibliographie

- * Frank, Joseph, « Spatial Form in Modern Literature: an Essay in Three Parts », Sewanee Review 53, 1945, p. 221-240, 433-456 & 643-653 ; repris dans The Idea of Spatial Form, New Brunswick & Londres : Rutgers University Press, 1991, p. 1-66. Traduction française (version abrégée de l’article original) : « La forme spatiale dans la littérature européenne », Poétique 10, 1976, p. 244-266.

- Genette, Gérard, Figures II (1969). Paris : Éditions du Seuil, coll. « Points Essais », 1979 ; voir « La littérature et l’espace », p. 43-48 et « Frontières du récit », p. 56-61.

- * Hamon, Philippe, « Qu'est-ce qu'une description ? », Poétique 12, 1972, p. 465-485.

- * Lessing, Gotthold Ephraim, Laocoon, 1766. Traduction française abrégée Paris : Hermann, 1990 ; voir p. 97-116

- Roberts, Michael, « The treatment of narrative in late antique literature », Philologus 132, 1988, p. 181-195.

 

NB: La bibliographie est restreinte à dessein pour que les participants puissent prendre connaissance de l'ensemble de ces textes, qui serviront de base commune à la discussion; les textes précédés d'un astérisque pourront faire l'objet d'un exposé lors de la séance.

 

Voir la présentation générale du séminaire et le programme des séances

 

illustration:

 

Alessandro Romano, Le bouclier d’Achille