


Vincent Carraud, L'Invention du moi
PUF, collection Chaire Etienne Gilson
19 mai 2010, 334 pages
Présentation de l'éditeur:
Préalable à toute histoire du sujet que l'on prétendrait mener
sur la longue durée, la présente enquête part d'un fait textuel :
l'invention de la substantivation « le moi » par Pascal, qui lui-même
prend acte de l'expression cartésienne inédite d'ego ille.
Le
moi n'est pas un donné premier et intemporel, mais résulte du
doute porté à son point extrême — c'est pourquoi l'Antiquité et le Moyen
Âge l'ont ignoré. Aussi notre enquête ne s'inscrit-elle pas dans la
continuité des études sur les commentaires du De Anima. Elle ne
se confond pas davantage avec celles des origines de la subjectivité
puisque, avant même d'être déterminé comme sujet, c'est-à -dire comme
fondement, le moi est obtenu par le travail de ce que Husserl
appelle réduction phénoménologique.
Le moi n'est donc
identifiable ni à l'âme, ni à l'entendement, ni à la conscience, ni Ã
l'individu, ni à la personne, ni même au soi. Et ce n'est qu'en le
distinguant de tous ces avatars que l'on pourra répondre Ã
l'interrogation de Husserl : « Que peut-on entreprendre, dans une
perspective philosophique, avec l'ego ? »
Ce livre analyse
ce qui permet l'invention du moi, aussitôt occultée par
l'individu de Leibniz ou le soi de Locke, et met en lumière ce qu'elle
inaugure : car la première question posée au moi, par Pascal comme par
Descartes, n'est pas celle de savoir ce qu'il est mais celle,
existentielle, de savoir qui il est.
L'auteur
Vincent Carraud, ancien élève de l'École normale supérieure, est professeur à l'Université de Caen et y dirige l'équipe de recherche Identité et subjectivité. Il est l'auteur de Pascal et la philosophie (PUF, 2e éd. 2007), Causa sive ratio. La raison de la cause, de Suarez à Leibniz (PUF, 2002) et Pascal : des connaissances naturelles à l'étude de l'homme (Vrin, 2007).
Table des matières
Avant-propos. — Étienne Gilson, la métaphysique et l'histoire du moi
Première
leçon. — Le premier moi : Pascal
§ 1. Le moi haïssable
§
2. Ce qui fait le moi
Deuxième leçon. — Ce moi qui pense
§
1. La grammaire de la métaphysique : Descartes
§ 2. L'unité du moi :
de Fénelon à Rousseau
§ 3. Le moi en question : saint Augustin
Troisième
leçon. — Le moi et la substance : Leibniz
§ 1. Ce moi, qui
dit beaucoup
§ 2. Penser à ce qui s'appelle moi
Quatrième
leçon. — Le soi sans la substance : Locke
§ 1. The same
self
§ 2. Conscience et réflexion
Cinquième
leçon. — Le moi ou l'intellect
§ 1. Le moi de l'homme
volant : Avicenne
§ 2. Le moi de Socrate
§ 3. Le moi et le
menton : Chrysippe
§ 4. Le moi comme le mien : Épictète
§ 5. Le
moi et l'être pour moi : Thémistius
§ 6. « Dieses Ich » et « ce mien
moi » : de Maître Eckhart à Bérulle
Sixième leçon. — Qui
est le moi ?
§ 1. Réflexion ou réduction : Husserl et
Descartes
§ 2. L'ego sans privilège : Heidegger et Descartes
§
3. Die Werheit : de Pascal à Rousseau
Bibliographie
Index
nominum
A. Matei, Jean Echenoz et la distance intérieure
P. Citti, Taine, philosophe du récit
F. Parisot (dir.), Alejo Carpentier à l'aube du XXIème siècle
Chr. Chaulet Achour (dir.), À l'aube des Mille et Une Nuits. Lectures comparatistes
M. Méricam-Bourdet, Voltaire et l’écriture de l’histoire: un enjeu politique
J.-P. Cléro, E. Faye (dir.), Descartes, des principes aux phénomènes
D. Bellos, Le Poisson et le bananier. L'histoire fabuleuse de la traduction
J. Rancière, La Leçon d'Althusser
E. Zola, Mes haines (GF-Flammarion)
E. Zola, Correspondance (GF-Flammarion)
R. Le Menthéour, La Manufacture de maladies. La dissidence hygiénique de J.-J. Rousseau
C. Hammann, Déplaire au public : le cas Rousseau
A. Biancofiore, Pasolini - Devenir d'une création
N. Sabri, La Kahéna - Un mythe à l'image du Maghreb
N. Aubert, Christian Dotremont. La Conquête du monde par l'image
B. Joly, Descartes et la chimie
A. Dominguez Leiva, S Hubier, F. Toudoire-Surlarpierre, Le comparatisme, un univers en 3D?
L. Boltanski, Enigmes et complots - Une enquête à propos d'enquêtes