Fabula, la recherche en littérature (appels)

Utopies contemporaines

Appel à contribution

Information publiée le vendredi 9 mars 2012 par Vincent Ferré (source : Emilie Lucas-Leclin)

Date limite : 12 avril 2012

[English version below

Versión española más abajo]

UTOPIES CONTEMPORAINES

 

En 1999, Claudio Magris ouvrait son essai Utopie et désenchantement par un constat : le temps présent se complaît dans un « pessimisme apocalyptique » lié à la fin du mythe de la Révolution, entériné par la chute du communisme. S’il est une question qui semble inactuelle, c’est bien celle de l’utopie : la critique littéraire ne cesse de discuter des critères définitoires de la « dystopie » ou de la « contre-utopie », notions très en vogue dans les littératures d’anticipation ou de science-fiction. Les récits apocalyptiques, ou post-apocalyptiques, envahissent les librairies comme les écrans de cinéma – ce dont témoigne le dernier film de Lars von Trier, Melancholia, symptôme, diraient certains, d’un état de l’art contemporain.

La disqualification de l’idée d’utopie, pour partie liée aux expériences totalitaires du XXe siècle, s’accompagne sans conteste d’un tropisme mélancolique qui touche à notre représentation du temps et de l’Histoire : une Histoire qui semble « à l’arrêt », quand elle n’apparaît pas tournée vers la catastrophe passée, dans « une pure et simple réversion du récit moderne de l’émancipation » (Rancière). Pourtant, il est des penseurs de « notre temps » qui portent encore l'idée d'utopie, une utopie pensée sur fond de désastre ou de désenchantement : Walter Benjamin développe l'idée d'un « messianisme sans messie », quand Georges Didi-Huberman travaille sur « la survivance des lucioles », titre de l'un de ses récents essais s’appuyant sur l’oeuvre de Pasolini. Pour l’historien d’art, les lucioles symbolisent la fragilité d'un avenir possible que doit prendre en charge l'imagination, inséparable du politique.

Nous aimerions, dans ce numéro, travailler sur la notion d’utopie en interrogeant sa problématique survivance dans la littérature et l’art contemporains – le terme « contemporain » étant pensé au sens large de l’après Deuxième Guerre mondiale. Pour Claudio Magris, alors que l’intellect est impuissant à explorer la contradiction entre utopie et désenchantement, la littérature, elle, peut s’installer dans l’espace qui les relie et les disjoint : car utopie et désenchantement ne doivent pas « s’opposer », mais « se soutenir et se corriger mutuellement ».

Comment la littérature et les arts contemporains font-ils jouer cette « contradiction », sans, peut-être, chercher à la résoudre ? Des romans comme La Fin des Temps de Murakami travaillent sur le montage étroit entre utopie et contre-utopie : les chapitres intitulés « Le pays des merveilles » alternent dans ce roman avec la série placée sous le signe de « La fin du monde ». La Perte de l’image, roman de l’écrivain autrichien Peter Handke, est entièrement construit sur la mise en regard de deux allégories, la ville utopique d’Hondareda s’opposant, du moins en apparence, à « la Zone », Nuevo Bazar, dont le nom suffit à suggérer le caractère contre-utopique. L’époque contemporaine invite peut-être aussi à redessiner la carte des « non-lieux » : l’utopie politique traditionnelle (explorée par More ou Campanella) cède peut-être le pas à des utopies d’autres natures, écologiques, spirituelles ou esthétiques : l’installation, dans l’art contemporain, ne dessine-t-elle pas une forme nouvelle de « non-lieu » ? 

C’est aussi, fondamentalement, le rapport entre art, éthique et politique qu’interroge la notion d’utopie : la littérature, et l’art, assument-ils encore le rôle de modéliser notre perception du temps et de l’avenir ? Interrogent-ils encore l’idée du commun et de la communauté ? Qu’en est-il au fond de ce lien entre politique et imagination, réaffirmé par Georges Didi-Huberman dans Survivance des lucioles ?

Ce sujet, qui se veut largement ouvert, n’est exclusif d’aucun genre littéraire (roman, nouvelle, théâtre, poésie, etc.), et peut ouvrir à des comparaisons avec les arts plastiques ou le cinéma : seule la perspective comparatiste est requise. Les propositions de communication (3000 signes), accompagnées d’une brève bibliographie et d’une courte présentation du rédacteur, doivent être envoyées avant le 12 avril 2012 en fichier word à l’adresse : lgcrevue@gmail.com. Les articles retenus seront à envoyer pour le 12 juin 2012. Nous rappelons que la revue de littérature générale et comparée TRANS- accepte les articles rédigés en français, anglais et espagnol.

 

CONTEMPORARY UTOPIAS

Claudio Magris’ 1999 work, Utopia e disincanto, begins with his observation that the present moment pleasures in apocalyptic pessimism. This pessimism is tied to the death of the myth of the Revolution, confirmed by the fall of communism. If there is a question of irrelevance, it is that of utopias. Current conversations in literary theory deal with finding definitive criteria for “dystopias” or “counter-utopias,” ideas which are very much in vogue in the science fiction genre. Apocalyptic narratives, or post-apocalyptic narratives, have been invading bookstores as well as movie screens – as seen most recently with Lars von Trier’s latest film, Melancholia. One could say that this is symptomatic of the state of contemporary art.

The disqualification of the idea of utopias is partly tied to the totalitarian experiences of the 20th century, as well as an inarguable melancholic tropism which colors our representation of History and time: a History which seems stalled when it does not appear to be focused on catastrophes of the past, in a “pure and simple revisionism of the narrative of emancipation.” (Rancière). And yet, there are thinkers of “our time” who keep the idea of utopias alive – imaginary utopias born out of either disaster or disillusionment. Walter Benjamin developed the idea of a “messianism without a messiah,” while Georges Didi-Huberman explores “the survival of the fireflies,” a title of a recent book which expands on the work of Pasolini. In art history, fireflies are symbolic of the fragility of a possible future which must take into account the imagination, inseparable from politics.

In this issue, we would like to explore the idea of utopias while interrogating the question of survival in contemporary art and literature – the term “contemporary” broadly understood as the moments after World War II. Claudio Magris believes that while the intellect is incapable of exploring the contradictions between utopias and disillusionment, literature can insert itself within the spaces which both connect and separate them. He believes that utopias and disillusionment should not “be opposed,” but should “mutually and simultaneously support and critique” each other.

How can contemporary art and literature play within these spaces of “contradiction” without necessarily working to resolve them? Novels such as Murakami’s Hard-Boiled Wonderland and the End of the World investigate the thin line between utopias and counter-utopias: chapters titled “Wonderland” are interwoven with “The End of the World” chapters. The Austrian author Peter Handke’s Der Bildverlust is entirely built around the comparison of two allegories: the utopic town of Hondareda is opposed, at least initially, to “The Zone,” Nuevo Bazar, whose name suggests its counter-utopic character. The contemporary moment invites us, perhaps, to redraw the map of “non spaces.” Do the traditional political utopias (explored by More or Campanella) give way to other types of utopias: ecological, spiritual, or aesthetic? Do installations, in contemporary art, offer the parameters for new “non spaces”?

It is, fundamentally, the links between art, ethics and politics which question the idea of utopias: can literature and art still help us imagine our idea of time and the future? Do they still investigate the ideas of commonality and the community? What is at the heart of this link between politics and the imagination, reaffirmed by Georges Didi-Huberman in The Survival of Fireflies?

This topic, which is intentionally open, is not exclusive to any literary genre (novel, short story, theater, poetry, etc.) and can include the plastic arts and cinema. It is only the comparative angle which is required.

Proposals (3000 characters) with a brief bibliography and biography of the author must be sent before April 12, 2012 in a WORD document to: lgcrevue@gmail.com. Accepted proposals must be submitted by June 12, 2012. A reminder that the general and comparative literature journal TRANS- accepts articles in French, English and Spanish.

 

UTOPIAS CONTEMPORÁNEAS

En 1999, Claudio Magris abría su ensayo Utopía y desencanto con una constatación: el tiempo presente se deleita en un “pesimismo apocalíptico” ligado al fin del mito de la Revolución, iniciado con la caída del comunismo. Si una pregunta parece inactual, es la de la utopía: la crítica literaria sigue discutiendo los criterios que definen la “distopía” o la “contras-utopía”, nociones que están a la moda en las literaturas de anticipación o de ciencia ficción. Los relatos apocalípticos, o post-apocalípticos, invaden tanto las librerías como las pantallas de cine - como lo demuestra la última cinta de Lars von Trier, Melancholia, síntoma, dirían algunos, de un estado del arte contemporáneo.La descalificación de la idea de utopía, en parte vinculada a las experiencias totalitarias del siglo XX, va acompañada sin lugar a dudas de un tropismo melancólico que afecta nuestra representación del tiempo y la Historia: una Historia que parece “detenida”, cuando no aparece vuelta hacia la catástrofe del pasado, en “una pura y simple inversión del relato moderno de la emancipación” (Rancière). Sin embargo, hay pensadores de “nuestro tiempo” que exploran todavía la idea de utopía, utopía pensada teniendo como trasfondo el desastre o el desencanto: Walter Benjamin desarrolla la idea de un “mesianismo sin mesías”, mientras que Georges Didi-Huberman explora “la supervivencia de las luciérnagas”, título de uno de sus últimos ensayos basado ​​en la obra de Pasolini. Para el historiador del arte, las luciérnagas simbolizan la fragilidad de un posible futuro que integre la imaginación, inseparable de lo político.

Para el siguiente número, deseamos explorar la noción de utopía, cuestionando su problemática supervivencia en la literatura y el arte contemporáneos - el término “contemporáneo” pensado en sentido amplio de la 2ª Guerra Mundial. Para Claudio Magris, mientras que el intelecto es incapaz de explorar la contradicción entre utopía y desencanto, la literatura puede instalarse por su parte en el espacio que los une y los desconecta: utopía y desencanto no deben “oponerse”, sino “apoyarse y corregirse mutuamente”.

¿De qué forma la literatura y el arte contemporáneos articulan esta “contradicción” sin, tal vez, tratar de resolverla? Novelas como El Fin de los Tiempos de Murakami exploran el montaje reducido entre utopía y contra-utopía: los capítulos titulados “El país de las maravillas” se alternan en esta novela con la serie situada bajo el signo de “El fin del mundo”. La pérdida de la imagen, novela del escritor austriaco Peter Handke, está construida por completo en la confrontación de dos alegorías, la ciudad utópica de Hondareda se opone, al menos en apariencia, a “la Zona”, Nuevo bazar, cuyo nombre basta para sugerir su carácter contra-utópico. La época contemporánea quizá también invita a dibujar de nuevo el mapa de los “no lugares”: la utopía política tradicional (explorada por More o Campanella) cede tal vez su lugar a utopías de otras naturaleza, ecológicas, espirituales o estéticas: la instalación en el arte contemporáneo, ¿no dibuja una nueva forma de “no lugar”?

La noción de utopía también interroga, de manera esencial, la relación entre arte, ética y política: la literatura, y el arte, ¿siguen asumiendo el papel de modernizar nuestra percepción del tiempo y del futuro? ¿Siguen interrogando la idea de lo común y de la comunidad? Al final, ¿qué validez hay en la conjunción entre política e imaginación, defendida por Georges Didi-Huberman en La supervivencia de las luciérnagas?

Este tema pretende ser lo más amplio posible, sin exclusión de forma, época o género, teniendo siempre en cuenta la perspectiva comparatista de la publicación. Las propuestas de artículo (3000 signos, 500 palabras) acompañadas de una breve bibliografía y de una corta presentación del redactor, deben ser enviadas antes del 12 de abril de 2012 en documento word o RTF a la dirección: lgcrevue@gmail.com siguiendo las pautas de redacción de la revista : http://trans.univ-paris3.fr/spip.php?article72. Los artículos seleccionados deberán enviarse antes del 12 de junio del 2012. Recordamos que la revista TRANS- acepta los artículos redactados en francés, inglés y español.


Responsable : Revue de littérature générale et comparée Trans-

Url de référence :
http://trans.univ-paris3.fr



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