Fabula, la recherche en littérature (agenda)

Temporalités non linéaires dans les arts

Evénement

Information publiée le vendredi 21 janvier 2005 par Marielle Macé (source : Laurent Zimmermann)

Du 18 février 2005 au 19 février 2005, ENS, 29 rue d'Ulm

Équipe « Recherches sur la pluralité esthétique »

JOURNÉES D'ÉTUDE

Vendredi 18 février et samedi 19 février 2005

Ecole Normale Supérieure, 29 rue d'Ulm, salle Paul Lapie

 

Temporalités non linéaires dans les arts

(Coordination : Martine Créac'h, Estelle Jacoby et Laurent Zimmermann)

La question des rapports entre l'art et le temps a fait l'objet de nombreux travaux. On se propose, au cours de ces deux journées d'étude, de la reprendre, en orientant le débat plus précisément vers le problème de l'émergence de temporalités non linéaires.

L'art ne contribue-t-il pas à contester la linéarité temporelle, en produisant des dispositifs qui autorisent, voire même imposent, une pensée et une expérience autres du temps ? Les concepts qui essaient de penser cette perturbation de la linéarité temporelle sont nombreux : celui d'« après-coup » (venu d'un autre champ que celui de la réflexion esthétique) étant peut-être le principal ; mais on peut songer également au concept d'« anachronisme », qui a fait l'objet de travaux récents (Jacques Rancière, Nicole Loraux, Georges Didi-Huberman), ou bien encore à ceux de survivance ou de rémanence par exemple. L'objectif de ces journées d'étude sera conjointement d'essayer de mettre en relief et de préciser certains de ces concepts, et de proposer des analyses d'oeuvres qui mettent en jeu des régimes de temporalité non linéaires.

 

Vendredi 18 février

 

9h30 / Présentation de la journée

9h45-10h30 / Marie-Claire Ropars (Université de Paris VIII) 

 « Le temps qu'il fait, le temps qui fut. Une ligne désaccordée »

10h30-11h15 / Laurent Zimmermann (Université de Paris VIII)

« Anachronismes »

11h15-12h / Jean-Louis Déotte (Université de Paris VIII) 

« Temporalité et appareils »

Pause-Déjeuner

 

14h30-15h15 / Martine Créac'h (Université de Paris VIII)

« Temps de l'écho »  

15h15-16h / Christian Doumet (Université de Paris VIII)

« Reconnaissance et prémonition dans le Wozzeck de Berg »

16h-16h45 / Tiphaine Samoyault (Université de Paris VIII)

« Autrefois, il y avait plus d'avenir »

 

Samedi 19 février

 

9h45-10h30 / Jean-Michel Rey (Université de Paris VIII)

« Quelques variations sur l'après-coup »

10h30-11h15 / Patrice Loraux (Université de Paris I)

« Philosopher en style indirect »

11h15-12h / Françoise Davoine (E.H.E.S.S.)

« La folie d'Aby Warburg, une recherche »

 

Pause-Déjeuner

 

 14h30-15h15 / Estelle Jacoby (Université de Paris VIII)

« Le temps feuilleté de la danse »

15h15-16h / Jérôme Game (Université Américaine de Paris)

« Durée et devenir dans l'oeuvre en prose de Hubert Lucot »

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Arguments

 

Martine Créac'h : « Temps de l'écho »


   Franck Venaille entend l'écho de voix futures dans le Pelléas et
Mélisande de Maeterlinck. J'analyserai les résonances de cet écho et
les temporalités spécifiques qu'il suscite à partir de l'oeuvre  poétique  de Venaille.

 

Jean-Louis Déotte : « Temporalités et appareils »

 

   Je distingue les arts (peinture, sculpture, danse, musique, etc.) et les appareils qui en sont la condition. Ce qui implique, par exemple, que la question de l'art soit indissociable de l'appareil muséal. Précisément parce qu'avant le XVIIIè siècle, les arts disparaissaient dans des cosmétiques. Je m'intéresserai à la temporalité des appareils "modernes", qui ont en commun une même assise, proto-géométrique, projective, mondialisée depuis la Renaissance italienne et l'invention de la perspective artificielle. Ces appareils (perspective, camera obscura, musée, photo, psychanalyse, cinéma, etc.) font surgir des temporalités spécifiques qui s'imposent aux arts.

 

Christian Doumet : « Reconnaissance et prémonition dans le Wozzeck de Berg »

 

   Il s'agira de lire le commentaire que propose Pierre Jean Jouve du Wozzeck de Berg pour en tirer, au-delà des remarques qui concernent la structure de l'oeuvre, une réflexion sur le temps dans la musique et la poésie. 

 

Jérôme Game : « Durée et devenir dans l'oeuvre en prose de Hubert Lucot »

 

   La temporalité et ses régimes de conscience constituent la matière première de la prose romanesque de Hubert Lucot (notamment sous les formes de l'écriture du soi et de la chronique historique). En se référant à la notion bergsonienne de durée chère à Deleuze, la présente communication étudiera le régime de temporalité spécifique à l'écriture de Lucot et comment cette dernière parvient à emberlificoter la linéarité chronologique d'événements passés en un présent virtualisé où prennent sens les signes. La communication étudiera en détails Probablement, ouvrage publié en 1999 et remarquable exemple de la technique de monologue virtualisant le temps développé par Lucot. Plutôt que comme la recherche d'un point originaire à partir duquel déplier logiquement une autobiographie (traçant une esquisse rétrospective du "moi" comme trajectoire cohérente), il sera soutenu que la prose de Probablement développe une généalogie radicale de l'identité comme de la subjectivité qui pulvérise le "Moi/Je" chronologique au profit d'un "Moi/Je"-mosaïque, de surface, virtualisé.

 

Estelle Jacoby : « Le temps feuilleté de la danse »

 

La danse ne semble pas pouvoir s'échapper du présent. Je ferai pourtant l'hypothèse que le moment de la représentation se voit criblé d'autres temps, ceux que la mémoire des corps fait resurgir. Je m'intéresserai plus particulièrement à la question de la transmission du répertoire, très complexe pour la danse. En effet pour que se re-danse une oeuvre, pour que pour elle il y ait à nouveau un  présent, il est nécessaire de retrouver ce que pouvait être la mémoire des corps dansants.

 

Jean-Michel Rey : « Quelques variations sur l'après-coup »

 

   Il s'agira de réfléchir à l'expression forte proposée par Pierre Reverdy quand il évoque les oeuvres qu'on pourrait dire à retardement ; en vue de donner suite à un tel propos, d'imaginer ce qu'il implique et de voir comment il est à même de susciter des questions aujourd'hui dans le champ de la littérature, de la peinture ou ailleurs.

 

Marie-Claire Ropars : « Le temps qu'il fait, le temps qui fut. Une ligne désaccordée »

 

   Lorsque le peintre Constable découvre la classification des nuages de Luke Howard, il renonce à la peinture de paysages pour ne plus s'attacher, peu à peu, qu'à celle des nuées, multiples et changeantes. Lorsque Jacques Roubaud met en fiction la picturalité de Constable, il oppose ce modèle météorologique, marqué par la turbulence formelle (« le formel sans forme de la vapeur aérienne »), à celui, mémoriel mais fixe, du passé retrouvé. Deux orientations se partagent alors la pensée du temps, l'une mouvante et l'autre stable ; mais, tandis que le récit s'acharne à les réunir sur une même ligne chronologique, le texte météore, quant à lui, ne cesse de désavouer le raccord tissé après coup entre les deux modes de temporalité.

   Au sein d'une chronologie unique oeuvre la double logique d'un temps désaccordé. La fiction picturale de Ciel et terre et ciel et terre, et ciel relance les paradoxes de l'instant et de l'induction temporelle que La Boucle entendait résoudre par le recours à la pragmatique discursive. Elle invite à examiner ce qu'il en est d'une temporalité non linéaire qui loin de jouer sur la rencontre de plusieurs lignes temporelles prendrait comme vecteur et lieu d'exercice l'unique ligne d'un temps dont les contours se trouveraient à la fois tracés et déplacés : de cette formation esthétique, qui ébranle le principe de linéarité à même la ligne temporelle, l'insertion picturale au sein du texte narratif pourrait fournir les principes actifs de dérèglement.

(Bibliographie : Jacques Roubaud : La Boucle (Seuil, 1993) ; Jacques Roubaud : Ciel et terre et ciel et terre, et ciel, Flohic Editions, 1997)

 

Laurent Zimmermann :

 

   On essayera de confronter les pratiques de l'histoire littéraire usuelle à certaines propositions récentes qui les perturbent, en particulier par un usage résolu de l'anachronisme. On montrera dès lors comment les oeuvres résistent à leur regroupement en séries linéaires. 

  




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