

LITTÉRATURE ET DÉMOCRATIE
MARC FUMAROLI, FRANÇOISE MÉLONIO, JOSEPH JURT, Michel. AUTRAND, Jérôme THÉLOT, Fritz NIES, Nelly WOLF
FLORENCE MAGNOT-OGILVY
L'économie de l'amitié dans la seconde partie des Confessions de J.-J. Rousseau : étude d'un fonctionnement du système du don
ANNE VIBERT
Fontanier : autour et au-delà La rhétorique dans le premier tiers du XIXe siècle
MATHILDE BERTRAND
Du « barbare à sensations » au « dilettante d'architecture ». Prose et poésie dans l'ouvre de Jules Barbey d'Aurevilly et de Marcel Proust.
RÉSUMÉS
« Une sorte de Pascal politique » : Tocqueville et la littérature démocratique
On a souvent souligné combien l'oeuvre de Tocqueville ouvrait, après celle de Montesquieu, la voie à la sociologie. Elle est ici analysée dans son rapport aux moralistes du XVIIe siècle, dont Tocqueville faisait une de ses lectures favorites. De la Démocratie en Amérique met en évidence les « contrariétés » des hommes démocratiques, livrés à l'incohérente activité de leurs désirs, mais capables de sublime. À ces hommes dont le goût se porte naturellement vers une littérature industrielle, vers l'outrance et le vague de la pensée, Tocqueville propose un essai qui renoue avec l'écriture des moralistes par la distance ironique et paradoxale qu'il prend avec le monde qu'il observe. La tradition moraliste est ainsi mise au service de l'art d'accommoder les démocraties.
FRANÇOISE MÉLONIO.
Guillaume Tell dans la tradition francophone
En Suisse, la figure de Guillaume Tell représentait la conscience de soi des confédérés et elle incarnait tous les opprimés. Dans la tragédie de Samuel Henzi primitivement intitulée Grisler ou l'Helvétie délivrée (1748), le protagoniste, figure du despote, s'oppose à Guillaume Tell ; quand la tyrannie est renversée, celui-ci proclame un programme républicain reposant sur l'égalité devant la loi. Tragédie encore, ou « pièce républicaine » (Laharpe), le Guillaume Tell d'Antoine-Marin Lemierre (1766) exalte la simplicité vertueuse des habitants des montagnes, et Guillaume y apparaît entouré des confédérés. Quand, sous la Révolution, Guillaume rejoint Brutus au panthéon républicain, la pièce de Lemierre, fraîchement accueillie à sa sortie, connaît un regain de succès. Schiller, à son tour, lie dans son Wilhelm Tell l'idée de la liberté suisse à une nature sublime, fidèle aux récits de voyage de l'époque ; mais sa pièce, réagissant contre la récupération de la figure de Guillaume par les Jacobins, célèbre d'abord une communauté reposant sur la fraternité et relayant un ancien modèle social dominé par la figure du Père.
JOSEPH JURT.
L'économie de l'amitié dans la seconde partie des Confessions de J.-J. Rousseau : étude d'un dysfonctionnement du système du don
L'article examine les relations entre le discours moral et le discours économique dans la seconde partie des Confessions pour mettre en évidence le schéma marchand que met en oeuvre Rousseau pour dire l'amitié. Au-delà d'un usage métaphorique du discours économique, c'est la relation économique elle-même qui apparaît comme une solution possible au problème douloureux de trouver une relation amicale satisfaisante. Il ressort de l'analyse conjointe des vocabulaires économique et moral que le texte des Confessions témoigne d'un refus radical du déséquilibre et de l'indétermination impliqués par la situation de dette en affirmant une exigence de symétrie entre les deux partenaires de la relation. La tentative de replier le don amical sur un rapport marchand à somme nulle se solde cependant par un échec, le marché étant lui aussi marqué par une part d'indétermination et d'obscurité.
FLORENCE MAGNOT-OGILVY.
Fontanier : autour et au-delà. La rhétorique dans le premier tiers du XIXesiècle
Si le Manuel classique pour l'étude des Tropes de Pierre Fontanier a pu être présenté par Gérard Genette comme l'«aboutissement le plus représentatif et le plus achevé » de la rhétorique classique, une meilleure connaissance de l'histoire de la rhétorique nous permet désormais de lui restituer une place beaucoup plus marginale. Le premier tiers du XIXe siècle connaît en effet une véritable renaissance de la rhétorique — restaurée dans toute son extension — et avec elle de l'éloquence qui retrouve un rôle actif dans la cité. Tandis que le manuel de Fontanier entendait proposer « une vraie Théorie des Tropes » et non former à l'art oratoire, d'autres manuels, plus représentatifs de leur époque, sont en quête de nouveaux modèles pour les orateurs. On assiste alors à la naissance d'une nouvelle éloquence fondée sur l'improvisation, qui mobilise les ressources de l'invention et de la disposition plutôt que celles de l'élocution.
ANNE VIBERT.
Prose et poésie dans l'oeuvre de Jules Barbey d'Aurevilly et de Marcel Proust
Tout occupé à signifier le mystère essentiel et l'opacité du réel, le roman, chez Jules Barbey d'Aurevilly comme chez Marcel Proust, est le lieu indécis d'une confrontation entre la poésie et le récit. Ainsi, quand la prose romanesque de Barbey prétend porter le deuil du poème pendu, la Recherche orchestre avec bonheur, au contraire, une unité retrouvée. Chez Proust, roman et recueil se confondent, prose et poésie se rejoignent et la question métaphysique trouve une réponse esthétique. Aux fondrières (en fait de fondations) sur lesquelles le « barbare à sensations » qu'est Barbey a bâti l'édifice jésuitique d'une oeuvre dont le catholicisme a souvent éveillé le soupçon, peut alors succéder la « cathédrale » immense élevée à la gloire de la littérature par le « dilettante d'architecture » qui fonde notre modernité.
MATHILDE BERTRAND
A. Cousin de Ravel, Quignard, Maître de lecture. Lire, vivre, écrire
P. Engel, Les Lois de l'esprit. Julien Benda ou la raison
M. Crouzet, M. Myself ou La Vie de Stendhal (nouvelle version)
Laurence Brogniez (dir.), Écrits voyageurs. Les artistes et l'ailleurs
O. Biaggini, B. Milland-Bove (dir.), Miracles d'un autre genre
Sévigné, Lettres de l'année 1671
A. Pope & J. Swift, Pensées sur différents sujets
H. Melville, Le Marchand de paratonnerres, suivi de La Véranda
S. Kierkegaard, La Crise et une crise dans la vie d'une actrice
E. Maigret et M. Stefanelli (dir.), La Bande dessinée : une médiaculture
I. Raynauld, Lire et écrire un scénario - Le Scénario de film comme texte
J.-F. Bédia, Les Ecritures africaines face à la logique actuelle du comparatisme
Eusèbe de Césarée, Histoire ecclésiastique. Commentaire - Tome I : Études d'introduction
P. Engel, Les lois de l'esprit, Julien Benda ou la raison
P. E. Fobah, Introduction à une poétique et une stylistique de la littérature africaine
O. Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes
A. Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534
Marc Azéma, La Préhistoire du cinéma