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Rétif de La Bretonne, Le Palais Royal

Parution livre (édition)

Parution : septembre 2009.

Information publiée le dimanche 11 octobre 2009 par Camille Esmein (source : flb)



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Rétif de La Bretonne, Le Palais-Royal, texte établi, présenté et annoté par Pierre Testud, Houilles, Editions Manucius, 2009, 318p.

  • ISBN : 978-2-84578-103-0
  • 23 €.

 Prière d'insérer:

Avec Le Palais-Royal, élaboré de septembre 1789 à mars 1790, Rétif de La Bretonne esquisse le panorama d'un monde appelé à disparaître sous l'effet de la régénération morale induite par la Révolution.

Grâce aux spéculations immobilières du duc de Chartres, le Palais-Royal  est devenu, dans les dernières années de l'Ancien Régime, le coeur de Paris. Boutiques, cafés, salles de spectacles, jardins attirent promeneurs, curieux, amateurs de plaisirs divers et tout particulièrement de jolies femmes. Le narrateur que met en scène Rétif, Aquilin des Escopettes, nous présente ainsi successivement les « Filles de l'Allée des soupirs », les « Sunamites », les « Berceuses », les « Chanteuses » et les « Converseuses ». Si les premières rappellent, par l'enchaînement des misères qui les a conduites à se prostituer, la dureté et la brutalité des temps anciens, les autres annoncent la société à venir, où sexualité, santé et morale seront redevenues compatibles, conformément au rêve de Diderot et au voeu énoncé dès 1769 par Rétif dans Le Pornographe. Madame Janus est en effet une matrone bien particulière puisqu'elle « restaure » les vieillards grâce à ses « Sunamites », supposées aspirer, à la faveur d'un contact aussi étroit que chaste « les humeurs peccantes » du client ! Cette invention, précise Aquilin des Escopettes, « nous vient des Anglais, qui plus que nous ont des idées extraordinaires et bizarres... » Au bout d'un an, ces très jeunes filles deviennent, en fonction de leurs talents, berceuses, chanteuses ou converseuses. Celles-ci offrent à leur client le plaisir de fictions qu'elles puisent parfois dans les recueils d'un certain Rétif de La Bretonne...

Vaste recueil inscrit à la croisée des Contemporaines et des Nuits de Paris, Le Palais Royal est complété par d'autres nouvelles qui envisagent sous d'autres angles la place de la sexualité dans la France régénérée : les « Gentilshommes populaires » épousent de simples roturières, le « Curé patriote » laisse libre cours à un érotisme fécond tandis que les anecdotes rassemblées à la fin du volume établissent la nécessité du divorce.

L'édition procurée par Pierre Testud est tout à fait remarquable tant par le soin porté à l'établissement du texte, que par l'abondance et la qualité des notes ou encore par les éclairages fournis par la préface. On y découvre notamment pourquoi Rétif a fait de Grimod de La Reynière, sous le nom d'Aquilin des Escopettes, le cicérone de son Palais-Royal, qui était Madame Janus, et quel lien les nouvelles rassemblées dans cet ouvrage entretiennent avec la biographie et les idées de Rétif mais aussi avec l'actualité politique et sociale des années 1789-1790.

Dans le prolongement du colloque sur « Le Paris de Rétif de La Bretonne », Le Palais-Royal est à (re)découvrir absolument.

Quatrième de couverture: Depuis 1786, le Palais-royal est devenu, avec ses boutiques, ses cafés et ses théâtres le centre de la vie parisienne, politique, mondaine et libertine. Là se retrouvent écrivains, journalistes, avocats, badauds et curieux. On y discute, on s'y promène, on se plaît à détailler dans la foule les demi-mondaines, les grisettes et les filles publiques. Par son titre, l'ouvrage de Rétif est donc bien propre à attirer l'attention du lecteur. Le faux-titre, « Les Filles du Palais-royal », puis le titre de la première Partie, « Les Filles de l'Allée des Soupirs », précisent le sujet en annonçant un livre libertin. À vrai dire, il s'agit de tout autre chose que de ces almanachs ou catalogues de filles publiques, sortes de guides des plaisirs à l'usage des provinciaux débarquant à Paris. Le Palais-royal est avant tout le lieu d'un plaisir romanesque : le narrateur paye les filles non pour en obtenir des faveurs, mais pour entendre leur histoire. L'objet du livre est l'en deçà de la prostitution, non sa pratique. À la relation sexuelle est substituée une relation de parole et d'écoute.

Avec « Les Sunamites », un autre mode de prostitution est présenté : ici de jeunes vierges couchent chastement avec des vieillards pour leur redonner vitalité, par le contact de leur corps et la fraîcheur de leur haleine. L'état de sunamite est du reste provisoire : elles deviennent, selon leurs aptitudes, soit des « berceuses », soit des « chanteuses », soit des « converseuses ». Leur corps n'est plus en jeu, seul compte leur esprit. Les « berceuses » sont chargées d'endormir les vieillards par l'agrément de leur conversation, les « chanteuses » de soulager par la qualité de leur voix les maux de la vie, les « converseuses » de faire de même par leur talent à raconter des histoires. Ces « ex-Sunamites », dit Rétif, cessent d'être des filles publiques et deviennent des citoyennes. Ainsi, à mesure que l'ouvrage progresse, le monde du Palais-royal s'élève au-dessus du vulgaire et du sordide pour atteindre un niveau où la parole seule est le souverain remède à toutes les infortunes et les frustrations de la vie, où converser c'est conserver, où narrer des histoires est la fonction salvatrice par excellence. C'est en somme la célébration de l'écrivain.


Url de référence :
http://manucius.blog2b.net/



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