Fabula, la recherche en littérature (actu)

R. Muchembled, Une Histoire de la violence.

Parution livre

Information publiée le jeudi 18 septembre 2008 par Marc Escola



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Une histoire de la violence - De la fin du Moyen-Age à nos jours
Robert Muchembled


Paru le : 21/08/2008
Editeur : Seuil
Collection : L'Univers historique

EAN : 9782020818452
Nb. de pages : 498 pages

Prix éditeur : 21,50€


L'actualité place sans cesse la violence sur le devant de la scène.

Thème important pour les sociologues et les politiques, elle est aussi un objet d'histoire. À rebours du sentiment dominant, Robert Muchembled montre que la brutalité et l'homicide connaissent une baisse constante depuis le XIIIe siècle. La théorie d'une " civilisation des moeurs ", d'un apprivoisement voire d'une sublimation progressive de la violence paraît donc fondée. Comment expliquer cette incontestable régression de l'agressivité ? Quels mécanismes l'Europe a-t-elle réussi à mettre en oeuvre pour juguler la violence ? Un contrôle social de plus en plus étroit des adolescents mâles et célibataires, doublé d'une éducation coercitive des mêmes classes d'âge fournissent les éléments centraux de l'explication.

Progressivement, la violence masculine disparaît de l'espace public pour se concentrer dans la sphère domestique, tandis qu'une vaste littérature populaire, ancêtre des médias de masse actuels, se voit chargée d'un rôle cathartique : ce sont les duels des Trois Mousquetaires ou de Pardaillan, mais aussi, dans le genre policier inventé au XIXe siècle, les crimes extraordinaires de Fantômas qui ont désormais à charge de traduire les pulsions violentes.

Les premières années du XXIe siècle semblent toutefois inaugurer une vigoureuse résurgence de la violence, notamment de la part des " jeunes de banlieues ". L'homme redeviendrait-il un loup pour l'homme ?

Sommaire:

Qu'est-ce que la violence ?
Le spectaculaire déclin de la violence
Les fêtes juvéniles de la violence
La paix urbaine à la fin du Moyen Age
Caïn et Médée ; Homicide et construction des genres sexués (1500-1650)
Duel nobiliaire, révoltes populaires
La violence apprivoisée (1650-1960)
Frissons mortels et récits noirs (XVIe-XXe siècle)
Le retour des bandes ; adolescence et violence contemporaines

L'auteur:

Robert Muchembled, professeur à l'université de Paris-Nord, Visiting Professor à l'université du Michigan à Ann Arbor, ancien membre de l'lnstitute for Advanced Study de Princeton, il a écrit plus de vingt ouvrages traduits en une vingtaine de langues.
Il a notamment publié, au Seuil, Une histoire du diable (2000) et L'Orgasme et l'Occident (2005).

* * *

Le site nonfiction.fr a donné une recension de cet ouvrage: 

"Histoire de la violence ou comment civiliser les moeurs".

Dans Libération daté du 18/9/8, on pouvait lire un article sur cet ouvrage:

"Gestion des coups

Histoire. Robert Muchembled analyse crimes et châtiments depuis l'an 1300. JEAN-YVES GRENIER
Le recours à la violence physique est en constant recul en Europe occidentale depuis la fin du Moyen Age, malgré une légère remontée depuis les années 60. Norbert Elias, dans deux livres célèbres, expliquait cette spectaculaire évolution en évoquant un processus de «civilisation des moeurs» et de monopolisation de la violence par l'Etat. Explication éclairante mais pas entièrement satisfaisante selon Robert Muchembled, qui insiste sur la transformation radicale, entre 1300 et 2000, de la culture de la violence, qui passe du statut de «langage collectif normal producteur de lien social» à celui de tabou majeur. Surtout, il souligne la forte permanence dans l'identité des auteurs d'homicides : très peu de femmes (autour de 10 %) mais beaucoup de jeunes hommes entre 20 et 30 ans, c'est-à-dire des jeunes cherchant à s'insérer dans la société des adultes.

Fêtes.L'hypothèse de l'auteur est que la violence homicide est liée aux mécanismes de remplacement des générations. Les adultes installés s'efforcent de tenir les célibataires mâles à l'écart de la société, afin de retarder le moment où ils prendront leur place. La violence juvénile résulte de cette tension et de la concurrence exacerbée qu'elle provoque. En échange du fait qu'ils acceptent une longue et pesante attente, en particulier pour accéder au marché matrimonial, les jeunes ont obtenu le droit d'exercer une violence plus ou moins ritualisée, mais parfois mortelle. Une preuve de cette permission tacite est la mansuétude, voire l'indifférence, de la justice, au moins jusqu'au XVIIe siècle, à l'égard des coupables d'homicides, d'autant plus s'ils sont de sexe masculin. En revanche, un puissant interdit social pèse sur la violence féminine, longtemps perçue comme plus dangereuse et «anormale», donc plus souvent sanctionnée. Jusqu'au XVIIe siècle, au sein d'un monde saturé de brutalité, la mort violente semble donc assez ordinaire, voire admise, hormis les formes extrêmes comme l'assassinat délibéré ou le parricide.

Le processus de pacification commence très tôt, selon Muchembled, dès le XVe siècle, et il n'est pas d'abord dû à l'État mais à l'essor des grandes villes, en particulier aux Pays-Bas et en Italie. La civilisation des moeurs est née dans un terreau urbain, la concentration croissante de population rendait indispensable une régulation de la violence. Les édiles réussissent à désamorcer l'agressivité juvénile de deux façons. D'abord en canalisant les énergies dans des fêtes et des compétitions ludiques organisées entre les cités, ce qui renforce par ailleurs la cohésion urbaine au détriment des étrangers et des marginaux. La violence alors n'est pas bannie, loin de là, mais elle est mieux contrôlée grâce à cette «invention de l'adolescence». Ensuite en multipliant les emprisonnements, et surtout les lourdes sanctions pécuniaires contre les petits actes de violence afin d'empêcher le cercle infernal des vengeances mortelles, selon une logique qui rappelle la «tolérance zéro» des villes américaines d'aujourd'hui. L'expulsion ou le bannissement des plus agressifs a cependant un coût, car cette pacification urbaine provoque une aggravation de l'insécurité hors des enceintes de la ville et sur les grands chemins.

Duel. C'est au souverain et à l'Etat de s'occuper de ces marges, en mettant en place un système répressif plus centralisé, souvent au détriment des justices municipales. C'est ainsi que, en Europe, une profonde mutation des pratiques judiciaires se produit entre 1550 et 1650. Elle conduit à une véritable criminalisation de l'homicide et de l'infanticide, qui apparaissent à partir des années 1630 dans tous les Etats, catholiques et protestants, comme de véritables abominations. Faute de moyens, la monarchie multiplie les châtiments publics, dont l'aspect spectaculaire doit éduquer les sujets par la terreur, en particulier les exécutions qui deviennent dans toute l'Europe «un véritable théâtre sacré». On retrouve ici les analyses classiques proposées par Michel Foucault dans Surveiller et punir. S'appuyant sur des recherches récentes, Muchembled s'en démarque cependant, en soulignant l'adhésion des petites gens à ces pratiques considérées comme nécessaires pour rétablir l'ordre de l'univers perturbé par le criminel. Cette pédagogie, particulièrement destinée aux adolescents, se montre redoutablement efficace, et elle provoque en deux ou trois générations une sensible réduction de la violence. Aussi observe-t-on, bien avant l'émergence des Lumières, un net recul de l'usage de la torture et des mutilations corporelles. Le célèbre démembrement de Damiens en 1757 étudié par Foucault n'est qu'une exception, motivée par l'exceptionnelle gravité du régicide.

Dans cette chronologie longue, il faut accorder une place à cette spécificité française qu'est le duel, «séquelle modernisée du droit de vengeance». Son importance historique tient au fait qu'il tend à autoriser à la noblesse le recours à la violence privée parce que la monarchie a besoin de guerriers aguerris pour ses conquêtes. Cette transformation d'une violence privée illégitime vers une violence publique et militarisée au service de l'Etat est un modèle qui servira d'exemple.

De 1650 à 1960, la violence est en effet à peu près apprivoisée en Europe grâce à l'expansion coloniale et les nombreuses guerres intestines qui permettent à la fois d'entretenir l'agressivité virile et de la canaliser afin qu'elle ne perturbe plus l'ordre public. Les bourgeoisies européennes du XIXe siècle peuvent ainsi s'enorgueillir d'avoir apprivoisé, grâce à l'armée mais aussi à l'usine ou à l'école, cette violence des classes populaires, de plus en plus perçues comme des classes dangereuses. Désormais, c'est le vol que la société ne tolère plus. Dès le XVIIIe siècle, en particulier en Angleterre, la justice sanctionne plus durement, parfois même de la peine capitale, ce qui n'était souvent perçu jusqu'alors que comme une affaire privée. «Le noeud du conflit symbolique» entre les générations montantes et les adultes est transféré vers la défense de la propriété.

«Rite».Les violences urbaines, en particulier celles de novembre 2005 en région parisienne, sont à comprendre dans cette longue perspective historique. Leur caractère «protopolitique», leur déroulement en dehors de tout cadre établi, rappellent les révoltes paysannes du XVIIe siècle, elles aussi animées d'un fort sentiment d'injustice contre les humiliations quotidiennes et remplies d'une dimension festive. «Que ce soit au village voici un demi-millénaire ou dans les banlieues d'aujourd'hui, le fossé entre les générations se creuse donc moins par la volonté des fils rétifs ou agressifs que par celle des pères, qui veulent imposer un long rite de passage avant d'accéder à la plénitude de l'existence.» La fermeture du marché matrimonial a certes été remplacée par le chômage des jeunes, mais l'engendrement de la violence par la marginalisation est identique. «La fin de la violence est-elle possible ?» se demande l'auteur en conclusion. L'affrontement des générations exacerbé par la concurrence libérale ne laisse guère aujourd'hui de raison d'espérer."




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