


Compte rendu publié dans Acta fabula : "Les paroles sorties du silence" par Arnaud Genon.
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Nathalie Heinich, Sortir des camps. Sortir du silence. De l’indicible à l’imprescriptible
Bruxelles : Les impressions nouvelles, coll. « Réflexions faites », 2011
EAN : 9782874491214
224 p.
Présentation de l'éditeur :
À l’heure où disparaissent les derniers rescapés des camps nazis, subsiste malgré tout la parole de ceux qui ont réussi non seulement à survivre, mais à témoigner. À cette parole s’ajoutent les écrits des historiens, sociologues, psychanalystes, toujours plus nombreux à exhumer, éclairer, analyser les traces du plus terrible génocide qu’ait connu l’humanité. Les témoins, les savants ; la mémoire, l’histoire : autant de possibilités de sortir du silence, qui ont chacune leur spécificité et leur légitimité. Ce sont les diverses modalités de cette sortie du silence, et leurs répercussions indissociablement éthiques et épistémologiques, qu’analyse cet ouvrage. Nathalie Heinich tente d’éclairer les conditions auxquelles il est possible aujourd’hui de faire mentir la sinistre prophétie qui courait à l’époque de la « solution finale » : « Il n’y aura aucun héritier ni aucune mémoire ».
Dans ses différentes contributions à la question de la déportation et de son statut mémoriel, Nathalie Heinich a adopté la même posture de recherche que celle qu’elle applique à la question des valeurs esthétiques : combiner une approche empirique, factuelle, outillée par des enquêtes (entretiens, observations, analyse de corpus…) avec une visée de description des valeurs morales mises en oeuvre par les acteurs (et non pas de reconstitution des faits, ce qui est le travail des historiens et ne relève pas de sa compétence de sociologue). À l’opposé des perspectives soit théoriques soit normatives (et, le plus souvent, théoriques et normatives) habituellement adoptées à propos de l’éthique, Nathalie Heinich essaie de restituer concrètement les logiques qui animent le rapport effectif aux valeurs, en tâchant d’en comprendre les ressorts et sans prendre elle-même parti sur leur légitimité. Il s’agit donc de développer non pas une « sociologie morale » mais une « sociologie (empirique, descriptive et compréhensive) de la morale » – que ce soit à propos des représentations de la déportation ou à propos de l’art contemporain.
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