

 "La Mastérisation ou l'offensive libérale du gouvernement à l'Ecole"
Par François Cocq et Francis Daspe, Marianne 2, 23/10/2010.
François Cocq et Francis Daspe sont respectivement Secrétaire national à l'Education du Parti de Gauche et Secrétaire général de l'AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche Républicaine et Sociale – Prométhée). Ils nous livrent leur analyse de la réforme dite de la « mastérisation » un mois et demi après sa mise en oeuvre.
"Une rentrée en souffrance et périlleuse pour profs et élèves ! Voilà ce
que relatent les nombreux témoignages des nouveaux enseignants qui ont
pris leur poste au 1er septembre. La faute à la « mastérisation »,
nouvelle modalité de recrutement et de formation pour le secondaire
tracées par les décrets du 28 juillet 2009 et la circulaire du 20 août.
Au-delà des conséquences désastreuses vécues au quotidien dans les
classes, la « mastérisation » offre un parfait condensé de
l'offensive libérale à l'oeuvre dans le secteur de l'éducation.
Et ce en plusieurs domaines.
D'abord en termes
d'économies budgétaires. Le néo-professeur doit désormais
assumer sans formation un temps quasiment complet variant autour d'une
moyenne de 15 heures selon les académies. Cela permet au
gouvernement de supprimer l'équivalent d'environ 8000 postes.
Dans le même temps, les stagiaires de première année préparant le
concours ont vocation à se substituer aux professeurs titulaires
remplaçants pour permettre de nouvelles économies de postes conformément
aux injonctions de la révision générale des politiques publiques.
En
termes d'attaque contre les statuts des personnels ensuite,
par l'organisation d'une précarisation institutionnalisée. La baisse du
nombre de postes offerts aux concours alimente l'existence d'un nombre
croissant de collés/reçus : collés au concours mais reçus au master. Se
constitue de la sorte un vivier de non-fonctionnaires qui pourront être
recrutés par les chefs d'établissement sur des statuts précaires, de
vacataires ou de contractuels. On devine aisément la pression qui pourra
alors s'exercer sur les enseignants titulaires par une mise en
concurrence avec des non-titulaires corvéables et fragilisés, afin de
leur faire accepter des régressions dont ils étaient jusqu'à présent Ã
l'abri de par leur statut.
En termes de dévalorisation du
concours ensuite. L'évolution de la nature des épreuves en
témoigne sans conteste : un écrit réduit à une exigence racornie et un
oral dominé par une épreuve ressemblant à un entretien d'embauche en
vigueur dans le privé, aux antipodes du concours républicain anonyme et
égalitaire. C'est aussi la négation de la valeur pérenne de la réussite Ã
un concours, puisqu'un candidat lauréat du concours mais ayant échoué Ã
l'obtention de la deuxième année de master perdra le bénéfice du
concours s'il ne parvient pas à rétablir l'équilibre dans l'année qui
suit.
En termes de marchandisation également. Après
qu'ait été organisée la pénurie en ce qui concerne le contenu de la
formation, et alimentée la crainte des nouveaux professeurs en passe
d'être jetés dans la fosse aux lions sans autre préavis, voilà que
surgissent à brûle pourpoint des stages de prise en main d'une classe,
proposés par des entreprises privées, aux tarifs tout sauf modiques
s'échelonnant de 600 à 800 euros la semaine !
Enfin en
termes de méthode. Elle consiste à orchestrer le dénigrement
pour ensuite jeter le bébé avec l'eau du bain. Profitant des débats et
critiques sur la formation jusqu'alors dispensée dans les instituts
universitaires de formation des maîtres, on en vient à décréter leur
quasi destruction. Au contraire, et plus que jamais, l'existence d'une
structure renforcée de formation correspond à un besoin impérieux.
Pour
ceux qui sont enclins à croire que l'Ecole est un domaine se situant en
dehors des enjeux fondamentalement idéologiques et politiques, l'examen
attentif de cette réforme de « mastérisation » apporte un démenti
cinglant. Elle s'inscrit dans le cadre d'une attaque de
l'idéologie dominante libérale visant à déstructurer l'Ecole comme
institution majeure de la République, et donc à abattre l'un des ultimes
remparts contre la toute puissance du Marché.
Sans chercher
beaucoup plus loin, apparaissent même des incidences sur le dossier des
retraites. En retardant le moment où l'étudiant devient fonctionnaire
stagiaire rémunéré, en diminuant la masse globale des cotisations par
une baisse drastique de l'emploi public ou le recours à des précaires
sous-payés, on fragilise d'autant plus le système par répartition pour
ouvrir la voie à l'introduction d'une part croissante de mécanismes de
capitalisation.
Décidément, tout se tient dans une stratégie
visiblement cohérente. Alors, l'Ecole une question en aucun cas
idéologique ? Imposture!" !
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