

L'épopée retrouvée.
Motifs, formes et fonctions de la narration épique du début du XXe siècle à l'époque contemporaine
24– 25 juin 2011
MISHA (Maison Interuniversitaire des Sciences de l'Homme en Alsace)
Depuis la fin du 18e siècle, on observe dans les littératures européennes deux tendances opposées, dont l'histoire littéraire fait en général peu de cas : à travers des structures narratives de plus en plus complexes, on cherche, d'une part, à rendre l'expérience du sujet moderne, confronté à la différenciation croissante de la société et à la contingence de l'existence, tout en interrogeant fondamentalement les conditions mêmes de la narration. L'envie reste vivace, d'autre part, de narrer et d'élaborer des récits qui intègrent le sujet dans une communauté et une entreprise collective. Cette aspiration s'exprime notamment dans des textes qui s'inscrivent dans la tradition épique européenne en reprenant, en variant ou en problématisant ses formes et ses thèmes. L'épopée reste donc un genre populaire dans la littérature moderne, même si Hegel la considère comme un genre révolu.
Le premier volet de la manifestation qui eut lieu à Strasbourg en novembre 2009 visait à décrire les formes et les fonctions de l'épopée et de l'épique dans les littératures européennes au XIXe siècle. Il ressortait des travaux que si, dans les théories esthétiques de l'époque mais aussi dans l'imaginaire collectif, la tradition épique européenne restait une référence incontournable, l'horizon par rapport auquel s'écrivent les épopées à partir du 19e siècle était, en revanche, celui des nouvelles réalités politiques, dans lesquelles les aspirations de la bourgeoisie ont remplacé les idéaux de la féodalité : le genre se « trivialise », s'ouvre aux conflits intérieurs des individus, à ceux qui sont en marge de l'Histoire. Le genre se nourrit encore de ses modèles canoniques, tout en s'ouvrant à de nouvelles problématiques esthétiques, politiques, anthropologiques.
Le second volet du colloque portera sur les littératures du XXe siècle et s'élargira aux civilisations non-occidentales. Il s'agira de se demander, dans cette perspective, quelle est la portée des bouleversements politiques du XXe siècle dans la conception que l'on se fait de l'épopée, mais aussi, plus largement, la part prise par les violences qui marquent l'Histoire du siècle dans la perpétuation d'une veine épique. Les césures que représentent les deux Guerres Mondiales, les totalitarismes, la fin de la guerre froide en 1989 puis les attentats du 11 septembre 2001 ébranlent le rapport au monde et à l'écriture. Elles suscitent de nouvelles formes de narration, littéraires mais aussi filmiques qui montrent le pouvoir de fascination que garde l'épopée, considérée à la fois comme un genre dont la force utopique implicite permet de compenser les crises de l'Histoire – si l'on songe notamment au monumentalisme de « films épiques » comme Dresden, Flucht ou Heimat qui visent à réinsuffler un souffle épique dans l'histoire allemande, au prix d'une « bagatellisation » des crimes, ou encore aux « grands » romans du réalisme socialiste visant à promouvoir l'Homme nouveau – et comme un modèle de narration « totalisant » qui, en combinant des éléments lyriques, dramatiques ou épiques, est susceptible de favoriser l'invention de modes d'écriture qui répondent aux réalités et aux besoins d'un monde global.
La réflexion consistera à interroger, à partir d'études de textes littéraires ou d'oeuvres artistiques, les conditions d'élaboration d'oeuvres épiques dans différentes cultures, la « permanence » de traits esthétiques ou de fonctionnalités, sinon de l'épopée, du moins de « l'épique », comme le suggère Pierre Brunel: [« L'épopée peut être considérés comme une forme figée, ennuyeuse, académique. Mais il existe une permanence de l'épique » (Pierre Brunel, Mythopoétique des genres, PUF, 2003, p.138] au-delà des frontières des genres littéraires ou artistiques et des civilisations.
Vos propositions sont à adresser jusqu'au 1er septembre 2010 à Sylvie Grimm-Hamen de l'Université de Nancy (sylvie.grimm-hamen@univ-nancy2.fr) et à Urs Urban de l'Université de Strasbourg (uurban@unistra.fr). Les exposés seront limités à 30 minutes. Les contributions feront l'objet d'une publication. Les communications pourront être en français, allemand et anglais.
Organisateurs :
Sylvie Grimm-Hamen (Nancy)
Charlotte Krauss (Strasbourg)
Thomas Mohnike (Strasbourg)
Urs Urban (Strasbourg)
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