Fabula, la recherche en littérature (actu)

L. Canfora, Exporter la liberté.Echec d'un mythe

Parution livre avec compte rendu à paraître prochainement dans Acta

Information publiée le dimanche 20 janvier 2008 par Marc Escola (source : Ed. Desjonquères)



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Luciano Canfora

Exporter la liberté. Echec d'un mythe.

Desjonqueres


Date de parution janvier 2008
Collection Bon Sens
ISBN 2843211042

Eur: 9,50

Le mot de l'éditeur:


«La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d'un politique», dit Robespierre, «est de croire qu'il suffise à un peuple d'entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n'aime les missionnaires armés ; et le premier conseil que donnent la nature et la prudence, c'est de les repousser comme ennemis.»
Depuis toujours, les gouvernements ont masqué sous des motifs vertueux les vraies raisons qui les faisaient entrer en guerre.


À partir d'exemples empruntés de l'Antiquité à nos jours, Luciano Canfora dénonce cette «perversion morale, culturelle et politique» qui permet à un État de poursuivre une politique d'hégémonie tout en se drapant du titre de défenseur de la liberté.

Luciano Canfora : Né en 1942, Luciano Canfora est professeur de philologie classique à l'université de Bari et directeur de la revue Quaderni di Storia. Parmi ses principaux ouvrages, citons : La véritable histoire de la bibliothèque d'Alexandrie ; Une profession dangereuse, les penseurs grecs dans la cité ; La démocratie, histoire d'une idéologie.


Extrait du livre :
LIBERTÉ POUR LES GRECS

Alors qu'on abattait les remparts d'Athènes, au mois d'avril de l'an 404 av. J.-C., beaucoup pensèrent - comme on le lit dans l'Histoire grecque de Xénophon - «que de ce jour datait la liberté des Grecs». Sur ces mots, s'achève le récit de la «grande guerre» qui avait déchiré le monde grec pendant presque trente ans.
La «grande guerre du Péloponnèse» (431-404 av. J.-C.) avait vite acquis aux yeux des contemporains les plus avisés une très grande importance, bien supérieure à celle de tous les conflits précédents, y compris de la guerre semi-mythique contre Troie et des glorieuses guerres médiques. La raison de cette importance exceptionnelle en était la durée. Au fur et à mesure que les opérations militaires s'éternisaient, on prenait conscience du fait que cette guerre ne se résumerait pas à quelques combats, que la «bataille décisive» était encore loin. Mais pourquoi une telle durée, inconnue jusqu'alors ? Parce que l'enjeu de ce conflit était la lutte pour l'hégémonie.
Au lendemain des guerres médiques (478 av. J.-C.), Athènes s'était affirmée comme une grande puissance, pôle d'attraction pour un nombre considérable d'Etats, des îles surtout, qui avaient tiré le plus grand bénéfice de la victoire athénienne sur mer contre la flotte perse. Une «alliance» s'était donc créée, vite officialisée, avec Athènes pour «État-guide». Cette rupture des équilibres traditionnels du monde grec - Sparte, et elle seule avait été jusqu'alors la «grande puissance» incontestée - fut à l'origine du conflit avec cette dernière, qui éclata cinquante ans environ après la victoire athénienne sur les Perses. L'«alliance» se mua rapi dement en «empire» et les alliés devinrent de plus en plus des «sujets». À côté de la poursuite théorique de la guerre contre les Perses, visant à «libérer» les Grecs d'Asie mineure, Athènes, «État-guide», se consacra avec une fréquence croissante à réprimer ses propres alliés, tentés de lui faire défection. Tentation d'autant plus forte qu'Athènes s'efforçait de maintenir au pouvoir, dans les cités alliées, des gouvernements de même tendance que le sien : des gouvernements «démocratiques», vacillants ou ne disposant pas d'une supériorité numérique sur leurs adversaires (les oligarques et leurs partisans), mais soutenus par les armes de l'«État-guide».


Responsable : Editions Desjonquères



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