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J.-L. Comolli, Cinéma contre spectacle

Parution livre

Parution : 10 septembre 2009.

Information publiée le mercredi 14 octobre 2009 par Laure Depretto



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Jean-Louis Comolli, Cinéma contre spectacle

Lagrasse: Verdier, 2009, 256 pages

  • ISBN:  978-2-86432-587-1
  • 18,50 euros

Présentation de l'éditeur:

La sainte alliance du spectacle et de la marchandise s'est réalisée. D'un pôle, d'un tropique à l'autre, le capital a trouvé l'arme absolue de sa domination : les images et les sons mêlés. Jamais dans l'histoire autant de machines n'avaient donné à autant d'hommes autant d'images et de sons à voir et à entendre. L'aliénation dévoilée par Marx n'est plus seulement ce qui dore la pilule amère de la misère, l'opium du peuple ; elle va au-delà du service rendu au capital.
Elle se sert elle-même. Les spectacles, les images et les sons nous occupent dans le but de nous faire aimer l'aliénation en tant que telle. Le spectacle ne se contente pas de servir la marchandise. Il en est devenu la forme suprême.
Se battre contre cette domination, c'est mener un combat vital pour sauver et tenir quelque chose de la dimension humaine de l'homme. Cette lutte doit se faire contre les formes mêmes que le spectacle met en oeuvre pour dominer. Il nous revient, spectateurs, cinéastes, de défaire maille à maille cette domination, de la trouer de hors-champ, l'ébrécher d'intervalles. Cinéma contre spectacle ? Mais c'est le cinéma qui, dans son histoire, a construit un spectateur capable de voir et d'entendre les limites du voir et de l'entendre ! Un spectateur critique.
Cette dimension critique était en jeu dans les six articles parus sous le titre « Technique et idéologie » dans les Cahiers du cinéma (1971-1972). Ils sont repris ici, pour la première fois depuis ces années cruciales, dans la deuxième partie de l'ouvrage.


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"Cinéma contre spectacle", de Jean-Louis Comolli : quand le spectateur construit son regard et sa liberté, par Jacques Mandelbaum LE MONDE DES LIVRES | 01.10.09 | Article paru dans l'édition du 02.10.09

http://www.lemonde.fr/livres/article/2009/10/01/cinema-contre-spectacle-de-jean-louis-comolli_1247675_3260.html 

Amateur de jazz, critique et théoricien de cinéma, enseignant et formateur, auteur d'une fiction méconnue et grand documentariste : le talent éclectique de Jean-Louis Comolli n'est plus à démontrer. En 2004, la compilation en ouvrage d'une série de textes sur le cinéma écrits entre 1988 et 2004 et glanés dans diverses revues (Voir et pouvoir, Ed. Verdier) avait enfin permis de prendre la mesure d'une des pensées les plus cohérentes, subtiles et stimulantes en la matière. De ce riche corpus, Cinéma contre spectacle tire un fil que son titre explicite.

L'ouvrage est cependant plus complexe qu'il n'y paraît, pour deux raisons. La première est qu'il substitue au pamphlet attendu un texte érudit et argumenté, mais non moins vigoureux, sur la nature et les enjeux du cinéma. La seconde tient dans son agencement déconcertant, composé d'une première partie inédite, puis de la réédition d'une série d'articles parus initialement du printemps 1971 à l'automne 1972 dans les Cahiers du cinéma, revue de référence de la cinéphilie française, sous le titre "Technique et idéologie".

Au programme du premier texte, on retrouve des motifs, une rage d'en découdre et une élégance d'écriture chers à l'auteur. Il s'agit de démontrer en quoi le cinéma, partie prenante désormais minoritaire de la profusion des médias et des images, offre, aujourd'hui plus que jamais, à ses spectateurs l'opportunité de construire leur propre regard, contre la logique dominante du flux continu. "La sainte alliance du spectacle et de la marchandise annoncée et analysée par Guy Debord dès 1967 s'est aujourd'hui réalisée, prévient l'auteur en introduction. Elle gouverne notre monde (...). Il nous revient de changer ces manières. De les remplacer par d'autres. Dans son histoire, il est arrivé plus d'une fois au cinéma de supposer et de construire un spectateur digne de ce nom, capable non seulement de voir et d'entendre (ce qui ne va déjà pas de soi) mais de voir et d'entendre les limites du voir et de l'entendre. Un spectateur critique. Celui que le spectacle veut faire disparaître." Tout est dit, et l'argumentation serrée qui suit, précisément parce qu'elle porte sur les rapports indissolubles entre technique et vision du monde, s'emploie à le prouver de manière très convaincante.

Le contexte de l'"après-68"

A cet égard, il était logique de ramener à la lumière "Technique et idéologie". Texte qui n'avait d'autre but que de prendre d'assaut le dernier sanctuaire résistant au "tout-politique" de l'époque : celui d'une histoire technique du cinéma, prônant la neutralité de son invention comme de ses développements. Texte lui-même tributaire de la passion théorique du moment, pour cette raison ardu et néanmoins passionnant à lire aujourd'hui. Il faut en évoquer le contexte. Dans le reflux de l'après-Mai-68, les Cahiers du cinéma se radicalisent à gauche. La critique y aspire à devenir une science matérialiste. L'impératif de l'engagement idéologique y crée tout à la fois un extraordinaire appel d'air intellectuel (de Marx à Derrida en passant par Foucault, Lacan et Althusser) et, à terme, une tentation dogmatique, la revue finissant de fait par passer avec armes et bagages dans la mouvance maoïste.

"Technique et idéologie" se situe au coeur de ce foisonnement général et de cette transition particulière. On y trouve donc deux choses à la fois. Une stratégie polémique qui vise à ne pas se laisser doubler sur la gauche par des revues concurrentes (Cinéthique en l'occurrence) tout en ferraillant avec l'approche "idéaliste" des figures tutélaires de la théorie du cinéma (André Bazin, Jean Mitry). Mais aussi bien une acuité d'analyse qui tient bon sur l'essentiel, à savoir le rapport critique au cinéma, et qui range ce texte parmi les quelques monuments de l'histoire de la revue. Sur les raisons du retard de l'invention du 7e art, sur la disparition de la profondeur de champ au moment où naît le cinéma parlant, ou sur la "transparence" de la mise en scène hollywoodienne, Comolli livre ici des hypothèses pénétrantes, qui en révèlent la détermination proprement idéologique : la recherche d'une illusion toujours plus parfaite.

La clé du livre réside donc dans la conjonction de ces deux textes, dans la réflexion qu'inspire leur articulation, dans la continuité qu'elle manifeste. Car, par-delà les mutations et les désillusions qui ont affecté et le cinéma et l'auteur en l'espace de trente ans, ce livre lucide et roboratif témoigne d'une espérance intacte. Au désarroi qui accompagne aujourd'hui la disqualification des utopies artistiques et sociales, il oppose la fidélité à une pensée du cinéma qui réaffirme la possible et nécessaire résistance du spectateur, et partant du sujet, à sa propre aliénation. Il n'échappera à personne - c'est d'ailleurs l'intérêt général de l'ouvrage - que ce credo sinon insurrectionnel, du moins émancipateur, intéresse un cercle beaucoup plus large que celui de la cinéphilie.


Url de référence :
http://www.editions-verdier.fr/v3/oeuvre-cinemacontrespectacle.html



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