Essai
Nouvelle parution
J. Derrida, Séminaire. La bête et le souverain. Vol. II (2002-2003)

J. Derrida, Séminaire. La bête et le souverain. Vol. II (2002-2003)

Publié le par Matthieu Vernet

 

Compte rendu publié dans Acta fabula : "La souveraineté isolée" par Chistophe Premat.

 

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Jacques Derrida, Séminaire La bête et le souverain Volume II (2002-2003)

Édition établie par Michel Lisse, Marie-Louise Mallet, Ginette Michaud.


Paris : Editions Galilée, coll. "la philosophie en effet", 2010.

EAN 9782718608105

Prix 33EUR

424 p.
Présentation de l'éditeur :
Jacques Derrida a consacré, on le sait, une grande partie de sa vie à l’enseignement : à la Sorbonne d’abord, puis durant une vingtaine d’années à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm et enfin, de 1984 à sa mort, à l’École des hautes études en sciences sociales, ainsi que dans plusieurs universités dans le monde entier (aux États-Unis régulièrement). Très vite ouvert au public, son séminaire a rassemblé un auditoire vaste et plurinational. Si plusieurs de ses livres prennent leur point de départ dans le travail qu’il y conduisait, celui-ci demeure cependant une part originale et inédite de son oeuvre.
À partir de 1991, à l’ehess, sous le titre général « Questions de responsabilité », il a abordé successivement les questions du secret, du témoignage, de l’hostilité et l’hospitalité, du parjure et du pardon, de la peine de mort. Enfin, de 2001 à 2003, il a donné ce qui devait être, non la conclusion, mais l’ultime étape de ce séminaire, sous le titre « La bête et le souverain ».
Avec le premier volume du Séminaire La bête et le souverain, paru en 2008, nous inaugurions une vaste entreprise : la publication de ces séminaires. C’est le second volume de ce même séminaire que nous publions ici : l’année 2002-2003.

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Dans le premier volume,Jacques Derrida poursuivait ses recherches des années passées autour de la souveraineté de l’État-nation et de son fondement onto-théologico-politique, vaste réflexion portant en 2001-2002 sur les grandes questions de la vie animale (celle de l’homme « animal politique », disait Aristote, et celle des « bêtes ») et du traitement, de l’assujettissement de la « bête » par l’« homme ».
Ce travail se trouve infléchi l’année suivante dans une patiente lecture de deux textes qu’il qualifie lui-même d’« aussi hétérogènes que possible » : l’oeuvre de fiction de Daniel Defoe, Robinson Crusoe, d’une part, et le séminaire professé par Martin Heidegger en 1929-1930 (Les Concepts fondamentaux de la métaphysique. Monde-finitude-solitude) d’autre part, qui constitue selon lui « le traité le plus systématique et le plus riche de Heidegger sur l’animalité, plus précisément sur le monde pour l’animal », avec ses trois fameuses « thèses » : « la pierre est sans monde (weltlos), l’animal est pauvre en monde (weltarm), l’homme est configurateur de monde (weltbildend) ». Jacques Derrida décrit en ces termes les principales lignes de force de la réflexion ainsi engagée :

"Tantôt croisées, tantôt parallèles, ces lectures visaient un foyer commun : l’histoire (notamment l’histoire politique du concept de souveraineté y compris, inséparablement, celle de l’homme sur l’animal) dans l’Angleterre pré-coloniale de Defoe (avec son arrière-fond religieux étudié dans Robinson Crusoé) et à travers les nombreuses, diverses et passionnantes lectures de Robinson Crusoé au cours des siècles (Rousseau surtout, Kant, Marx et de nombreux économistes politiques du xixe siècle, mais aussi Joyce, V. Woolf, Lacan, Deleuze, etc.) et dans l’Allemagne moderne de Heidegger (le début des années 1930).
Ces deux livres sont aussi des livres sur la solitude, sur le prétendu « état de nature », sur l’histoire du concept de Nature (surtout chez Heidegger) dont nous avons commencé à suivre le lexique si essentiel (souvent associé à celui de physis), si peu remarqué et si peu traduisible de Walten (Gewalt, Umgewalt, Übergewaltigkeit, etc.) qui inondera les textes de Heidegger à partir de 1935, et désigne une force ou une violence archioriginaires, de « souveraineté » – comme on traduit parfois – au-delà de l’onto-théologie, c’est-à-dire du philosophico-politique comme tel ; ce qui n’est évidemment jamais le cas ni chez Defoe ni dans le riche contexte philosophique, politique et religieux qui détermine son livre.
Tels sont en gros les enjeux qui nous ont guidés dans des lectures aussi minutieuses que possible qui faisaient parfois appel à d’autres oeuvres des deux auteurs."