


Jean-Claude Milner, L'Amour de la langue, Verdier, coll. « Verdier poche », janvier 2009, 144 p.
Présentation de l'éditeur:
Une langue existe comme un objet matériel, dont on peut décrire la
substance (phonique, syntaxique, lexicale) et les lois. Cette
entreprise d'analyse et de description est au moins aussi ancienne que
le plus ancien document écrit, puisque l'écriture la suppose. Elle est
au moins aussi ancienne que la plus ancienne poésie, puisque la poésie
la suppose tout autant.
Elle a commencé comme un art, qu'on appelle
la grammaire ; à partir du savoir classique, elle s'est voulue une
science. Art ou science, il s'agit toujours pour celui qui décrit la
langue de se placer dans une position singulière : seul un être parlant
peut décrire la langue ; il ne peut la décrire qu'en langue et
pourtant, il doit mettre la langue à distance pour pouvoir la décrire.
Tous les êtres parlants le font à un moment ou à un autre de leur vie ;
l'enfant qui apprend à parler est grammairien. Mais cela ne dure que
quelques instants.
Restent les êtres parlants qui en font leur
spécialité. Ceux qui font ce choix décident de perpétuer un instant
instable et de se maintenir dans la position singulière
d'extérieur-intérieur que j'ai décrite. Il faut croire qu'ils en
éprouvent une jouissance.
Comment peut-on être grammairien ou
linguiste ? Pour être complète, la réponse doit essayer de serrer au
plus près cette jouissance, qu'ils ignorent ou gardent secrète.
On
est ainsi amené à déplier ce qui se cache sous la simplicité du nom
« la langue ». Il y a d'une part la langue, comme entité objective,
qu'on peut décrire et même formaliser ; il y a d'autre part cette
langue où l'être parlant inscrit son désir, son inconscient, sa
subjectivité. Elle ressemble à la première ; en fait, du point de vue
matériel, elle en est indistinguable, mais elle se déploie tout
autrement : dans les jeux de mots, dans la poésie, dans les
homophonies. Pour rendre compte à la fois de la ressemblance matérielle
et de la différence radicale, Lacan avait forgé en un seul mot :
lalangue.
Les grammairiens et les linguistes rencontrent lalangue en
un seul mot, mais ils ne veulent parler que de la langue en deux mots.
Quand ils parlent de la langue (en deux mots), la jouissance qui les
saisit leur vient de lalangue (en un mot). Bref, ils sont sans cesse
renvoyés d'un point à un autre. Dans ce battement, s'installe, tantôt
au départ, tantôt à l'arrivée, l'amour de la langue.
Jean-Claude Milner est né à Paris en 1941. Études à Paris et aux États-Unis. Universitaire.
Aux éditions Verdier:
Constat, 1992
Le Triple du plaisir, 1997
Mallarmé au tombeau, 1999
Existe-t-il une vie intellectuelle en France ?, 2002
Le Pas philosophique de Roland Barthes, 2003
Les penchants criminels de l'Europe démocratique, 2003
Théodore Augustin Mann, Mémoires sur les grandes gelées et leurs effets
L. Hébert & L. Guillemette (dir.), Performances et objets culturels. Nouvelles perspectives
A. Matei, Jean Echenoz et la distance intérieure
P. Citti, Taine, philosophe du récit
F. Parisot (dir.), Alejo Carpentier à l'aube du XXIème siècle
Chr. Chaulet Achour (dir.), À l'aube des Mille et Une Nuits. Lectures comparatistes
M. Méricam-Bourdet, Voltaire et l’écriture de l’histoire: un enjeu politique
J.-P. Cléro, E. Faye (dir.), Descartes, des principes aux phénomènes
D. Bellos, Le Poisson et le bananier. L'histoire fabuleuse de la traduction
J. Rancière, La Leçon d'Althusser
E. Zola, Mes haines (GF-Flammarion)
E. Zola, Correspondance (GF-Flammarion)
R. Le Menthéour, La Manufacture de maladies. La dissidence hygiénique de J.-J. Rousseau
C. Hammann, Déplaire au public : le cas Rousseau
A. Biancofiore, Pasolini - Devenir d'une création
N. Sabri, La Kahéna - Un mythe à l'image du Maghreb
N. Aubert, Christian Dotremont. La Conquête du monde par l'image
B. Joly, Descartes et la chimie
A. Dominguez Leiva, S Hubier, F. Toudoire-Surlarpierre, Le comparatisme, un univers en 3D?