


Fabienne Jourdan, Orphée et les Chrétiens. La réception du mythe d'Orphée dans la littérature chrétienne grecque des cinq premiers siècles.
I. Orphée du repoussoir au préfigurateur du ChristÂ
Paris : Les Belles Lettres, coll. "Anagoge", 2010, 400 p.
Présentation de l'éditeur :
Depuis le VIe siècle avant J.-C., la légende fait d'Orphée le citharède qui séduit bêtes sauvages, arbres et pierres, l'amant désespéré qui descend aux enfers chercher Eurydice, le poète des dieux païens qui introduit à leurs mystères. À la fin du IIe siècle de notre ère, ce héros de la métamorphose en subit à son tour une des plus étonnantes : il devient une préfiguration du Christ. Le Protreptique de Clément d'Alexandrie (ca. 150-215) est l'oeuvre unique où se réalise pleinement cette mutation. Il constitue le lieu privilégié pour étudier le renouvellement d'une figure mythique à l'occasion d'une polémique religieuse.
Dans ce premier tome, une description du contexte historique, culturel et spirituel dans lequel s'inscrit le Protreptique et une définition du genre « protreptique » (exhortation) analysent le cadre de cette transformation d'Orphée : au coeur de la controverse entre chrétiens et païens, Clément d'Alexandrie exhorte les Grecs à embrasser la religion nouvelle, présentée comme seule voie prescrite par le Logos et menant à celui-ci. Il adopte à cette fin une méthode bien définie qui consiste à recourir aux images et au vocabulaire des traditions païennes familiers à ses destinataires. Il les passe au crible de sa critique et les christianise insensiblement pour transmettre les principes de sa religion et exalter ses grandes figures. Ainsi les notions de chant, de Parole et de mystère permettent-elles de rapprocher Orphée et le Christ. Fabienne Jourdan montre comment Clément d'Alexandrie, à partir de ces notions, élabore un portrait d'Orphée en repoussoir parfait du Christ avant de représenter ce dernier sous des traits orphiques sublimés et de « convertir » Orphée lui-même : le poète des dieux élève alors son chant au Dieu unique.
Par son examen minutieux des enjeux polémiques à l'oeuvre dans cette appropriation chrétienne du chantre païen, cet ouvrage relève non seulement de la critique littéraire des mythes, de leur genèse et de leur interprétation, mais de l'histoire des religions et de la philosophie.
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