Fabula, la recherche en littérature (actu)

Eugène Green, La Parole baroque

Parution livre

Information publiée le lundi 29 octobre 2001 par Aude Arcelin (source : Georges Forestier)


Eugène Green, La parole baroque (Desclée de Brouwer)

quatrième de couverture : Eugène Green est le seul écrivain et metteur en scène français à avoir fait pour le théâtre baroque ce que les musiciens ont fait pour la musique du Grand Siècle. Ses découvertes sur la déclamation, la gestuelle et la théâtralité baroque - incluant la peinture, l'architecture et la musique -, ont remis en cause bon nombre de dogmes reçus. En un mot, le théâtre européen du xvile siècle n'avait rien à envier aux grands théâtres orientaux : NÔ,Kabuki, Kathakali ou Kunqu. Il présentait - et peut à nouveau présenterpour qui voudrait l'entendre une conception du sacré intimement liée à l'esthétique : c'est dans la parole, à l'heure où la science a désenchanté le monde, que le « Dieu caché » se manifeste. Cette apparition paradoxale, « oxymore tragique », est la clé du baroque européen - que cet essai très illustré, rassemblant vingt ans de recherche et de pratique théâtrale, entreprend de décrire. Le disque joint au livre fait entendre des déclamations de La Fontaine, Racine et Théophile de Viau, du Tasse et de Shakespeare; des appendices précieux sont donnés sur la déclamation baroque française, la prononciation française du latin et l'anglais shakespearien. Eugène Green, écrivain, cinéaste et metteur en scène, dirige depuis vingt ans le Théâtre de la Sapience. Son film Toutes les nuits, sorti en avril 2001, a été unanimement salué par la critique. 22 E / 144,31 F Essai attendu depuis longtemps, il ne consiste pas seulement à fournir les preuves historiques des fondements de la pratique théâtrale d'Eugène Green (la déclamation baroque); il montre surtout comment la parole s'inscrivait dans un environnement baroque global (rhétorique, artistique et même social), se fondait sur une énergie inscrite dans le rapport de l'homme au cosmos, dans l'histoire même de la langue, dont elle donnait à voir les éléments cachés et originels (en rapport avec le Dieu caché, et originel, qui conférait à l'homme baroque sa structure paradoxale, oxymorique comme dit E. Green); il montre enfin, et peut-être surtout, combien la parole baroque est aujourd'hui non seulement essentielle à notre continuité culturelle, mais essentielle à une pratique renouvelée de l'art contemporain.

Ecrit en un moment où E. Green semble définitivement empêché par les résistances de toutes les institutions théâtrales de continuer son travail de metteur en scène de théâtre (tandis que le milieu cinématographique vient de saluer unanimement son premier film), ce livre à la fois très riche et très beau transfigure ce qui aurait pu être révolte contre l'indécrottable obscurantisme des milieux théâtraux dominants en une belle mélancolie dominée (typiquement baroque). On lira en ce sens les premières lignes de la conclusion :

"Comme je l'ai dit au départ, ce parcours à la recherche de la parole baroque part d'une expérience vécue, et prend sa valeur par rapport au présent. Le fait même d'avoir tenté de transmettre cette expérience sous forme d'un essai, d'un texte qui s'adresse à l'intellect, représente pour moi un échec. A l'époque baroque, de même que la passion féconde pouvait naître de l'intellect stérile, une défaite pouvait être une victoire, comme on le voit dans les figures emblématiques de dom Sébastien, de Sigismond, et de Clorinde. Or pour moi, la seule victoire possible, ce serait que la parole baroque devienne une parole présente."

Georges Forestier
E-mail : Georges.Forestier@paris4.sorbonne.fr

Eugène Green travaille depuis de nombreuses années sur la représentation des pièces du XVIIème siècle. On lui doit notamment la mise en scène de Mithridate joué en Sorbonne lors du tricentenaire de la mort de Jean Racine.




Derniers ouvrages parus :

P. E. Fobah, Introduction à une poétique et une stylistique de la littérature africaine

M.-C. Alexandrine-Sinapah, Itinéraire d'un esclave-poète à Cuba - Juan Francisco Manzano (1797-1854) entre littérature et histoire

Cl. Launchbury, Music, Poetry, Propaganda. Constructing French Cultural Soundscapes at the BBC during the Second World War 

O. Rosenthal, Ils ne sont pour rien dans mes larmes

A. Alciato, Il libro degli Emblemi, secondo le edizioni del 1531 e del 1534

Marc Azéma, La Préhistoire du cinéma

J. Milly, Au seuil de l'image

I. Mons, Lou Andreas-Salomé. En toute liberté

N. Redouane, Lecture(s) de Rachid Mimouni

Chr. Martin (dir.), Fictions de l'origine (1650-1800)

D. Brooks, The Sons of Clovis : Ern Malley, Adoré Floupette and a Secret History of Australian Poetry

Jean Richepin, Truandailles

C. Meyer-Plantureux, Romain Rolland - Théâtre et engagement

C. Aliberti, Du spasme existentiel à la quête de rédemption

M. Kadima-Nzuji, Théâtre et destin national au Congo-Kinshasa - 1965-1990

Jean-Yves Tadié, Le lac inconnu - Entre Proust et Freud

N. Frogneux (dir)., J. Patocka. Liberté, existence et monde commun

Verlaine, Romances sans paroles (éd. Arnaud Bernadet)

Sandrine Dubel et Alain Montandon (dir.), Mythes sacrificiels et ragoûts d'enfants

Jules Verne, Voyages extraordinaires (éd. J.-L. Steinmetz)

T. Karsenti, Le Mythe de Troie dans le théâtre français (1562-1715)

J. Verne, Les Enfants du capitaine Grant – Vingt mille lieues sous les mers

S. Courant, Approche anthropologique des écritures de voyage

M. Bandello, Novelle / Nouvelles III, 2e part., VI-XXXVIII

J. Pigeaud, Les Loges de Philostrate

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