Fabula, la recherche en littérature (appels)

« Dire les maux » (littérature et maladie) / Illness and/in Literature and the Arts

Appel à contribution

Information publiée le vendredi 17 mai 2013 par Perrine Coudurier (source : Marie-Lise Paoli)

Date limite : 10 juillet 2013

Appel à communications

19-20 décembre 2013

Colloque international à l’Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3

« Dire les maux » (littérature et maladie) / Illness and/in Literature and the Arts

EA CLIMAS-CLARE (ERCIF)

 

“Like anyone who has had an extraordinary experience I wanted to describe it . . . My initial experience of illness was a series of disconnected shocks and my first instinct was to try to bring it under control by turning it into a narrative.”

Anatole Broyard, Intoxicated by My Illness and Other Writings on Life and Death

Scroll down for English version

Pour George Canghilem, « la maladie n’est pas une variation sur la dimension de la santé ; elle est une nouvelle dimension de la vie. » Autrement dit, elle n’est pas seulement « un fait diminutif ou multiplicatif » mais « une expérience d’innovation positive du vivant », « remaniement d’un reste » et non « perte d’un avoir » (Le normal et le pathologique, 1966).

Après avoir été longtemps réservée au discours médical, depuis le début du XXe siècle, la maladie se dit de plus en plus tant dans la littérature que les arts (peinture et cinéma en particulier) — qu’elle soit physique, morale ou mentale. Même si elle reste le plus souvent perçue, vécue, comme une « catastrophe » (Pierre Zaoui, La Traversée des Catastrophes, 2010), elle n’est plus de l’ordre du secret, de la sphère privée ; au contraire, les malades (ou leurs proches) prennent la parole, les écrivains la mettent en mots, les cinéastes la montrent. Arthur W. Frank évoque « the need of ill people to tell their stories, in order to construct new maps and new perceptions of their relationship to the world (The Wounded Storyteller, 1995). Anne Hunsaker Hawkins utilise le terme « pathography » pour désigner ces autobiographies d’un genre particulier (Reconstructing Illness. Studies in Pathographies, 1993). Car ce sont souvent des récits autobiographiques, même si le narrateur n’est pas toujours le malade lui-même.

Pourtant, comme l’écrit Elaine Scarry dans son ouvrage The Body in Pain (1985) et avant elle Virginia Wolf dans son essai « On Illness » (1926), la douleur ne se laisse pas facilement appréhender par le langage : « Physical pain does not simply resist language but actively destroys it ». C’est ainsi que Nietzsche choisit d’appeler la sienne « chien » car, explique-t-il dans Le Gai Savoir, « je peux  l’apostropher et passer sur elle mes accès de mauvaise humeur ; comme d’autres font avec leur chien, leur domestique et leur femme ». Pour lui, il s’agit de reprendre le contrôle, ou du moins de tenter de le faire, par le biais d’une métaphore. D’autres utilisent des comparaisons pour dire leurs maux mais tous ont besoin des images « to externalize, objectify, and make shareable what is originally an interior and unshareable experience » (Scarry). Comme le corps parle par symptômes, qui exigent d’être décodés, le « Wounded Storyteller » (Frank) « talks around », « obliquely », et son récit impose un déchiffrage.

Proche de Canghilem, dont il a repris certains concepts, Gilles Deleuze a élaboré une philosophie dite « vitaliste » et, en regardant de près nombre de textes littéraires affectés de la même « fêlure » (dont la fameuse série « The Crack-Up » (1936) de Fitzgerald), « il a su aller vers le pire pour trouver le meilleur » (Zaoui). La santé serait-elle donc « asphyxiante », comme l’écrit Philippe Godin ? Et la littérature « une entreprise de santé » (Deleuze) ?

Autant de questions essentielles que ce colloque s’efforcera de poser et d’éclairer, en prenant en compte toutes les formes artistiques, les spécificités culturelles anglo-américaines (en particulier mais pas nécessairement) ou la notion de gender, par exemple.

Les propositions de communications (environ 300 mots), en français ou en anglais, devront être adressées pour le 10 juillet 2013 à Pascale Antolin (pascale.antolin@u-bordeaux3.fr) et Marie-Lise Paoli (ercif@u-bordeaux3.fr).

Réponse avant le 17 juillet.

 

English version

Illness and/in Literature and the Arts

 

“Like anyone who has had an extraordinary experience I wanted to describe it . . . My initial experience of illness was a series of disconnected shocks and my first instinct was to try to bring it under control by turning it into a narrative.”

Anatole Broyard, Intoxicated by My Illness and Other Writings on Life and Death

In his book The Normal and the Pathological, Georges Canghilem, a French physician and philosopher, writes that “disease is not a variation on the dimension of health, it is a new dimension of life.”

For centuries illness has been talked about mostly in medical literature. But since the beginning of the 20th century, it has increasingly become a subject for literature and the arts (painting and cinema in particular)—whether it be physical, mental or moral. Even if it is still perceived, experienced, as a “disaster”, it is no longer a secret belonging to the private sphere. Ill people (or their family) tell their stories, writers write personal or invented stories of illness, moviemakers show it on screen. A. W. Frank mentions “the need of ill people to tell their stories, in order to construct new maps and new perceptions of their relationship to the world” (The Wounded Storyteller, 1995). Anne Hunsaker Hawkins uses the term “pathography” to refer to this subgenre of autobiography, even if the narrator is not always the ill person.

However, quoting Virginia Woolf’s essay “On Being Ill”, Elaine Scarry in The Body in Pain points out that pain is difficult to express, let alone describe: “Physical pain does not simply resist language but actively destroys it.” In The Gay Science, Nietzsche gives it a name and calls it “dog,” explaining: “I can scold it and vent my bad mood on it, as others do with their dogs, servants, and wives.” It is a means for him to regain control, at least to try to do so, thanks to a metaphor; others use “as if” structures to describe their pain—but all need images “to externalize, objectify, and make shareable what is originally an interior and unshareable experience” (Scarry). While the body speaks in symptoms that require deciphering, the “Wounded Storyteller” “talks around”, “obliquely”, and his narrative needs decoding.  

Following Canghilem’s theories, Gilles Deleuze developed a so-called “vitalist” philosophy. He examined a certain number of literary texts presenting the same “crack-up” (Fitzgerald, 1936), and he managed to explore the worst and find the best in it. Does it mean that health is “asphyxiating” as Philippe Godin puts it? And that literature is “restorative”, as suggested by Deleuze?

The conference will address the above-mentioned questions. Papers can focus on all artistic forms in the English-speaking world. Cultural studies and gender studies are welcome.

Abstracts of about 300 words, in English or in French, are to be sent with a short biography (200 words maximum) to Pascale Antolin (pascale.antolin@u-bordeaux3.fr) and Marie-Lise Paoli (ercif@u-bordeaux3.fr) before July 10, 2013.

Notification of acceptance will be sent within the following week.


Responsable : Pascale Antolin et Marie-Lise Paoli

Url de référence :
http://clare.u-bordeaux3.fr

Adresse : UFR Langues et civilisations Université Michel de Montaigne, 33607 Pessac cedex



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