Fabula, la recherche en littérature (debats)

"Des étudiants bloquent Normale Sup pour défendre les précaires" (Rue 89, 09/11/2010)

Points de vue et débats

Information publiée le mardi 9 novembre 2010 par Arnaud Welfringer


[occupations et blocages novembre 2010]

Lire aussi: Mouvement social à l'Ecole Normale Supérieure de Paris

"Des étudiants bloquent Normale Sup pour défendre les précaires" par David Perrotin, Rue 89, 09/11/2010

Pour lire l'article sur le site de Rue 89

Lundi n'était pas un jour comme les autres au 45 rue d''Ulm, adresse de la prestigieuse Ecole normale supérieure (ENS). La future élite française a en effet décidé, à 5h30 du matin, de bloquer l'établissement. Cantine, bureau de la direction, bibliothèque sont inaccessibles. Des banderoles décorent la façade et posent une question : « Et si enfin on s'insurgeait ? »

En cause, le droit du travail, le « harcèlement moral et physique » dont se plaignent certains salariés, le sous-effectif dans certaines activités d'entretien et de maintenance et les faibles salaires des agents contractuels (détenteurs d'un CDD) de l'établissement.

Ce mouvement normalien, qui mêle étudiants, techniciens du CNRS et employés de maintenance, est né il y a plus de deux semaines, et s'est substitué à la mobilisation contre la réforme des retraites.

L'occasion de vifs (et drôles) échanges entre les étudiants et l'administration, comme lorsqu'un huissier déboule pour constater le blocage de la cantine.

Une étudiante en sciences sociales, qui préfère rester anonyme par peur de représailles de la direction, résume la raison de sa présence à l'assemblée générale, organisée à midi et qui rassemblait une centaine de personnes :

« Nous sommes réunis et déterminés à poursuivre le blocage pour plusieurs raisons : onze employés travaillent depuis de nombreuses années et n'ont toujours qu'un contrat à durée déterminé (CDD).

Nous pensons que c'est inadmissible, et encore plus lorsque l'employeur est une école aussi réputée que Normal Sup. »

« J'accumule des CDD qui ne durent pas plus de dix mois »

En effet, certains employés -des jardiniers, des cuisiniers, le personnel de la bibliothèque et d'autres encore- travaillent depuis environ dix ans pour l'ENS et n'ont toujours pas de contrats à durée indéterminée.

Un cuisinier, ému par la solidarité étudiante et furieux contre la direction, témoigne :

« Je travaille ici depuis 2005 et j'accumule les CDD qui ne durent pas plus de dix mois. Aujourd'hui, j'ai cinquante ans et j'ai peur pour mon avenir.

Je dois faire face à ma banque qui me dit que je n'ai pas le droit d'obtenir un crédit, ni d'obtenir un logement parce que je n'ai pas de contrat de travail solide. Mais grâce au blocage et au mouvement solidaire, je me sens plus fort. »

Les étudiants, plutôt inexpérimentés mais de mieux en mieux organisés, ont mis en place une caisse solidaire des grévistes salariés pour compenser leurs jours de grève (elle s'élevait à 1 200 euros mardi). Le blocage des locaux a également une visée solidaire : les employés sont empêchés d'accéder à leur lieu de travail, sans qu'ils soient obligés de se déclarer gréviste.

Un étudiant explique :

« Nos revendications ne s'arrêtent pas au CDI. Nous voulons aussi qu'ils aient une augmentation de salaire. Nous, étudiants, sommes payés pour la plupart 1 380 euros quand les employés qui font un travail très dur ne perçoivent que 1 100 euros par mois, 1 300 euros pour ceux avec deux enfants. »

Les étudiants ont envoyé à la direction, il y a une semaine, une lettre détaillant les raisons de leur contestation. Ils exigent la titularisation et le passage en CDI des contrats précaires, l'augmentation des salaires et des effectifs et un accès au logement facilité pour les travailleurs contractuels.

La directrice, Monique Canto-Sperber, n'a pas voulu céder aux revendications, comme l'a rappelé Coralie Waluga, secrétaire générale de l'ENS, à l'assemblée générale :

« Nous donnerons la même réponse que la semaine dernière. S'agissant de notre politique pour les contractuels [salariés en CDD, ndlr], nous organiserons une réunion mi-novembre pour étdier les statuts de certains agents.

Nous acceptons d'ores et déjà d'embaucher une nouvelle personne, mais toujours à contrat à durée déterminée. »

« Des contrats de droit public »

Les étudiants sont furieux et remettent en cause le recrutement d'un nouveau contractuel qui ne fait que « rajouter de la précarité à la précarité, ce qui ne sert à rien ». Coralie Waluga précise :

« Les étudiants et employés réunis aujourd'hui, ne font pas la différence entre le droit privé et le droit public.

Nous délivrons des contrats de droit public, rien ne nous empêche donc, de renouveler plusieurs fois des CDD. On ne peut d'ailleurs pas accorder à ces personnes, des CDI car la loi nous l'interdit. »

Désabusés, les étudiants souhaitent contacter l'inspection du travail et certains syndicats pour vérifier la véracité de ces propos.

Des cas de harcèlement physique et moral

Les revendications ne se limitent pas aux contrats de travail ni à l'augmentation des salaires. En effet, plusieurs employés rencontrés et qui veulent tous conserver leur anonymat se plaignent de harcèlement moral et physique de la part de leur hiérarchie.

Une technicienne du CNRS détaille son long combat pour que l'administration reconnaisse comme accident du travail le harcèlement moral qu'elle a subit.

« Mon directeur voulait me mettre à la porte pour des raisons politiques, mais de nombreux chercheurs m'ont soutenus. J'ai reçu de nombreuses menaces à propos du soi-disant devoir de réserve qui nous est imposé.

La direction faisait courir la rumeur selon laquelle j'étais folle. Je suis tombée malade et grâce notamment à la CGT, j'ai obtenu le statut d'accidentée du travail. »

Accusations d'insultes, d'humiliations et de violences

Un employé de la restauration assure qu'il s'était fait insulter et humilier par son chef. Il a rendez-vous dès demain avec son avocat pour entamer une
procédure judiciaire. Un de ses collègues se serait même, selon lui, fait « casser les dents » par son supérieur.

« Il a été violemment frappé, mais la direction de l'ENS a masqué l'affaire en accident du travail et lui a promis des compensations financières. »

Questionné sur ces nombreuses accusations de harcèlement physique et moral, la secrétaire générale minimise le problème :

« Il y a une employée du restaurant, en effet, qui nous a alertés à ce sujet. La plainte a cependant été classée sans suite par le procureur. Nous ne sommes donc à ce jour pas mis en cause. Et nous ne pouvons pas être responsables ni de l'interprétation de certains employés, ni de leur instrumentalisation. »

Menacés, les étudiants restent mobilisés

Les étudiants et les employés craignent les représailles de la direction. Leur statut de fonctionnaires ne semble pas les rassurer. Ils ont décidé lundi après-midi de continuer à bloquer l'accès à la cantine.

Alors que des membres du secrétariat prenaient en photo les étudiants bloqueurs pour « conserver des traces internes de ce mouvement », la direction a décidé d'envoyer une dizaine de policiers à 18 heures.

La directrice a également porté plainte et a rappelé, par l'intermédiaire de Coralie Waluga, que « l'administration se réserve le droit de retirer 1/30e du salaire des employés grévistes ».

Craignant des poursuites judiciaires, les jeunes bloqueurs ont préféré quitter les lieux. Cinq courageux sont tout de même restés dormir à l'ENS pour relancer le mouvement mardi matin.

Tous restent cependant déterminés à poursuivre ce mouvement solidaire et peu commun, jusqu'à « faire céder la direction » et empêcher, comme on peut le lire sur les murs, « l'exploitation des travailleurs ».


Url de référence :
http://www.rue89.com/2010/11/09/des-etudiants-bloquent-normale-sup-pour-defendre-les-salaries-en-cdd-175168



Points de vue et débats :

"Le changement à l’Université et dans la Recherche, c’est maintenant ?" (pétition, France)

Pétition contre le projet Peillon de casse des statuts des enseignants (mars 2014)

Une nouvelle loi sur l’école qui s’inspire de la LRU (SLU 09/03/14)

Non à l’austérité et au "pacte de responsabilité". Communiqué de l'intersyndicale de l'ESR. Grève et manifestation le 18 mars 2014

10e section du CNU : Motion sur le projet de décret portant sur le statut des enseignants-chercheurs  

Motions de la 11e section du CNU, 30 janvier 2014

Medef et gouvernement prêts au « copilotage » des formations" (entretien G. Fioraso-P. Gattaz)

"Les dessous de la Sorbonne à Abou Dhabi en procès" (Le Monde, 22/11/13)

Affaire de l'annulation de l'élection d'un professeur à l'univ. de Strasbourg: suite 

Newsletter de SLU, oct. 2013: "Brumaire, an VI de la loi LRU"

N'autre école n°36: La pédagogie contre le sexisme

L’Espace Numérique de Travail confié à une entreprise de conseil en GRH (Questions de classe(s), 26/09/13)  

R. Bodin, S. Orange, L'université n'est pas en crise

Communiqué de l’Inter-syndicale de l’ESR sur les retraites (02/09/13)

"L’imbroglio des Éspé (1), chronique d’un désastre annoncé", par Pedro Cordoba (20 mai 2013)

"N’y a-t-il que la question du CNU ?", Hélène Conjeaud, 25 juin 2013

Motion de la 10e section du CNU (Littératures comparées)

"ANR 2013: une certaine idée de la science", par SLU

Pétition pour la qualification par le CNU / communiqué de la CP-CNU

CNU, 10e section (littératures comparées) : deux motions

"AERES : en finir avec l’agence de notation de l’enseignement supérieur et de la recherche", par C. Topalov (16/5/13)

Lettre ouverte de la CNARELA au sujet du CAPES de Lettres classiques

"Un amour de Mme Fioraso", par A. Compagnon (liberation.fr)

Motion votée à l'université de Toulon le 2 avril 2013 au sujet du projet de loi sur la formation des enseignants

Motion des universités de l'académie de Créteil sur la formation des enseignants (22/3/13)

Fil d'informations RSS Fil d'information RSS   Fabula sur Facebook Fabula sur Facebook   Fabula sur Twitter Fabula sur Twitter