

Autour des La Trémoille et du chartrier de Thouars.
Défendre ses droits, construire sa mémoire : Les chartriers seigneuriaux (XIIIe s. - XXIe s.)
Colloque de Thouars (8, 9 et 10 juin 2006).
Le chartrier de Thouars, déposé dans sa majeure partie aux Archives nationales (1 AP), mais conservé pendant des siècles au château de Thouars, demeure aujourd'hui le fonds d' « archives privées » le plus important de France. Il offre un vaste ensemble de documents collectés et engrangés par la famille des La Trémoille, entre le XIIIe et le début du XXe siècle. Ce témoignage exceptionnel invite à réfléchir sur le sens et la valeur des fonds que la plupart des familles nobles avaient constitués au cours de leur existence.
A l'origine, ces chartriers revêtaient essentiellement une fonction économique et juridique : conserver les titres et les comptes de seigneuries, les chartes et les privilèges, qui, le cas échéant, pouvaient servir en justice et, à l'époque classique, fournir des preuves de noblesse.
Là pourtant ne se limite pas leur intérêt. En effet, les grandes familles prirent l'habitude de garder, en sus de ces documents utilitaires, tout ou partie de leurs papiers personnels et de leur correspondance. Tout cela constituait une masse en constante expansion. Il fallait bien, le moment venu, s'y retrouver. D'où un problème de classement, et aussi de préservation, dans une armoire, un coffre, un local spécialisé. D'où aussi la rédaction d'inventaires, comme il y en eut beaucoup, notamment au XVIIIe s. Le modèle royal ou princier joua à l'évidence son rôle.
Ces chartriers eurent beaucoup à souffrir, directement ou indirectement, des troubles révolutionnaires, et cela dès la Grande Peur. Mais tous furent loin de disparaître, d'autant que certains furent confisqués par la Nation. Des chartriers furent dispersés parfois à l'étranger, d'autres furent préservés, non sans aléas. Et surtout, au cours du XIXe s., dans un contexte de renaissance des châteaux et de la noblesse traditionnelle, des titres nouveaux vinrent s'ajouter au patrimoine écrit ancestral.
Des possesseurs de ces chartriers les reclassèrent à leur goût, les consultèrent à loisir, en tirèrent des travaux historiques, mirent leurs « trésors » à la disposition des érudits. Au même titre que les armoiries et les devises, les généalogies figurées et les galeries de portraits, les chartriers prétendaient démontrer l'ancienneté d'un nom et favorisaient la (re)construction d'une mémoire lignagère.
En conviant dans une perspective historique à une étude à la fois matérielle et symbolique, le colloque de Thouars se propose de mettre en lumière sur la longue durée, le processus d'émergence, d'enrichissement et de survie des chartriers seigneuriaux, et d'expliciter la vision du monde dont ils sont les vecteurs.
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