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Avoir une âme pour les pierres

Avoir une âme pour les pierres

Publié le par Marc Escola

"Avoir une âme pour les pierres" : tel était le souhait de Lenz, le poète éponyme du récit de Büchner (1836) qui exprime le désir romantique de communiquer avec le monde sensible des forêts, des nuées et des roches. C’est dans ce sillage et celui d’un renouvellement du lien entre l’homme et la nature, qu’il faut aujourd’hui repenser notre rapport aux pierres, à l’inerte et à l’inorganique. Car, sous l’impulsion des penseurs et des artistes, la pierre s’anime, la pierre vit et n’est plus, dans l’échelle des êtres, aussi radicalement séparée de l’homme. En dépit de la tendance de la modernité à réduire le minéral à un matériau utile au développement économique, la littérature et les arts manifestent le désir d’établir une familiarité, une continuité entre l’homme et la pierre. Plus encore, ce désir donne à cette continuité un langage qui l’investit d’une puissance symbolique, laquelle, sans tarir la mélancolie attachée à l’impermanence du vivant, ouvre les possibilités du rêve en conservant à la pierre sa part d’opacité. Le volume réuni par P. Glaudes, A. Vasak et B. Saint Girons sous le titre "Avoir une âme pour les pierres" (P.U. Rennes) vient en faire la démonstration. Fabula vous invite à parcourir la Table des matières… et à en lire l'introduction…

Rappelons la parution en 2022 du livre signé par le dramaturge David Wahl, Le Sexe des pierres (Premier Parallèle), qui nous a remis en mémoire les fascinantes thèses d'un médecin ordinaire du XVIIe siècle : Pierre Borel qui assurait détenir dans son cabinet de curiosités la preuve irréfutable de la sexualité des pierres. Ce débat, virulent, oppose deux camps : ceux qui croient la Terre inerte et ceux qui la pensent comme un organisme vivant. La pierre et la chair seraient-elles plus proches qu’on ne le croit, et l'humanité aurait-elle des origines géologiques ?

Plus haut dans le temps Sophie Lefay nous avait rappelé que les pierres ont pu parler, tout au long du XVIIIe siècle au moins qui a connu des usages littéraires de l'inscription : son essai intitulé L'Éloquence des pierres (Classiques Garnier) avait fait l'objet en son temps d'un compte rendu par Hugues Marchal pour Acta fabula sous le titre "Inscrire / Écrire".