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Nouvelle parution
Agnès Fontvieille-Cordani, Nicolas Laurent (dir.), La Négation à l'oeuvre dans les textes

Agnès Fontvieille-Cordani, Nicolas Laurent (dir.), La Négation à l'oeuvre dans les textes

Publié le par Marc Escola (Source : Agnès Fontvieille-Cordani & Nicolas Laurent)

Cet ouvrage de stylistique générale étudie les formes et enjeux de la négation : des formes les plus grammaticales à ce qui relève, plus généralement, de la sémantique négative. La question, envisagée à partir de genres variés, couvre un corpus allant du XVIIe au XXIe siècle.

Comment la négation opère-t-elle dans les textes littéraires ? La négation, qui traverse toutes les disciplines des sciences humaines, a donné lieu à des travaux considérables en logique, en philosophie, en psychanalyse ou en linguistique. Mais son fonctionnement dans les œuvres n’a pas encore fait l’objet d’une approche stylistique générale tant les mots grammaticaux – plus instructionnels que conceptuels – peuvent passer inaperçus. L’objet du présent volume est d’examiner le « travail » en contexte des formes négatives, dans le sillon desquelles seront aussi considérés la négation lexicale et ce qui relève, plus largement, de la négation sémantique, voire de la « négativité ».

Opérateur majeur de l’énoncé, la négation est en général décrite comme l’inverseur de la valeur de vérité d’une proposition, ou, plus largement – puisque nier n’est pas toujours signifier une inadéquation logique – comme ce qui permet à un locuteur de rejeter un autre énoncé supposé. Invitant, sur le plan énonciatif, à examiner les jeux propres à la polyphonie et au(x) dialogisme(s), elle possède, d’un point de vue textuel, une évidente dimension transphrastique, faisant parcourir tout le continuum linguistique, du morphème au texte, en passant par les paliers du syntagme et de la phrase. Encore faut-il préciser qu’une négation n’opère pas toujours sur un énoncé positif présent en co(n)texte, et que, du plus réfutatoire au plus descriptif, se conçoit toute une échelle de négativité. 

De fait, dans le cadre d’une stylistique attentive au détail grammatical, nous avons voulu partir de ces mots tels que ne… pas, point, rien, jamais, personne, nul.le.s, aucun.e.s, etc., qui sont si répandus qu’on en sous-estime généralement la capacité organisationnelle et la force poétique. La négation, qui implique l’au-delà (énonciatif, textuel) de la phrase, accompagne les circonvolutions du dire et creuse la part non dite, ou obscure, du dit. Elle opère en surface comme en profondeur, livrant les textes à une mécanique fine du sens, à de subtils jeux de bascule entre positif et négatif, de la variation infime – valorisant notamment les évaluations quantitatives – au renversement binaire pur et simple. 

Par sa visée discursive, la négation est au cœur des genres argumentatifs. Quels jeux propres au dialogue et au(x) dialogisme(s) peut-on observer dans le théâtre, dans l’essai, la littérature morale, mais aussi dans d’autres genres non immédiatement interactionnels tels que roman, nouvelle ou poésie ? Par ailleurs, la négation est le ressort essentiel de nombreuses figures : comment fonctionnent-elles en contexte ? Et de quelle manière la négation interagit-elle avec les autres figures ? Comment, enfin, envisager la contrepartie référentielle de la négation, sa puissance de représentation ? Comment, entre dit et non-dit, les mots négatifs posent-ils la question des limites du langage lorsqu’ils servent paradoxalement à dire ce qui n’est pas – selon les ontologies diversifiées de l’absence, de l’inexistence, du néant ?

Le présent volume rassemble les contributions de stylisticiens, sémioticiens et linguistes de tous horizons, spécialistes de genres et de siècles différents (xvie-xxie), qui se sont retrouvés pour échanger au sujet de « la négation à l’œuvre dans les textes » dans le cadre historique et magnifique du Château de Cerisy, entre le 22 et le 29 juillet 2019. Il porte aussi trace de la présence à ces journées de deux artistes, l’écrivaine Michèle Audin et le plasticien franco-autrichien Hervé Massard, qui se sont saisis du thème pour rendre compte de leurs processus de création. Ce colloque venait conclure un séminaire de deux années co-organisé à Lyon par les laboratoires de recherche Arts & Littératures Passages XX-XXI (Lyon 2) et IHRIM (ENS Lyon). C’est grâce à leur soutien et à celui du laboratoire ASLAN, ainsi qu’à l’engagement d’Edith Heurgon et de son équipe, que ces journées ont pu avoir lieu.

Textes de Agnès Fontvieille-Cordani, Nicolas Laurent,  Michèle Audin, Sémir Badir, Romain Benini, Marc Bonhomme, Fabienne Boissieras, Éric Bordas, Roselyne de Villeneuve, Suzanne Duval, Lucile Gaudin-Bordes, Martine Groult, Émily Lombardero, Hervé Massard, Sophie Milcent-Lawson, Claude Muller, Sibylle Orlandi, Christelle Reggiani Stéphanie Thonnerieux, Thomas Franck, Isabelle Serça, Denis Vigier, Sandrine Vaudrey-Luigi,  Ilias Yocaris, Philippe Wahl.



L’ouvrage fait se succéder :

- un double prologue ;

- cinq parties intitulées 1. Mots négatifs et représentation, 2. Figures et négation, 3. Négation, énonciation & polyphonie, 4. Textualités négatives et 5. Les genres au prisme de la négation ;

- en guise de conclusion, deux carnets de création (« Ne pas oublier » de M. Audin et « La Mer à bord » de H. Massard).

Les deux premiers textes font office de Prologue pour l’étude de la négation dans les textes. Dans le premier, A. Fontvieille-Cordani (« Négation et figure »), interroge la capacité de l’énoncé négatif à faire figure. Après avoir envisagé certaines catégories rhétoriques au prisme de la négation, elle rend compte, plus particulièrement, des ressorts figuraux de la dénégation, de la négation contradictoire et de la négation inférentielle. Dans le second, N. Laurent (« Sémantique du style et négation ») explore la force émergentielle des marques de négation en contexte littéraire et leur capacité à structurer un « espace logique » constitutif d’un style d’œuvre. 

Les cinq parties qui constituent le corps principal de l’ouvrage balisent le champ stylistique de la négation. Il va sans dire que les entrées proposées, qui mettent successivement l’accent sur les mots négatifs, les figures, l’énonciation, le texte et le genre, correspondent seulement à des dominantes, et que telle communication incluse dans Négation, énonciation & polyphonie peut aussi concerner les figures ou la textualité négative : on ne saurait s’arrêter, dès lors qu’on cherche à décrire la négation en contexte, et plus encore en contexte littéraire, à une dimension du fait ou à un paramètre. Simplement, il nous a semblé que, dans l’ensemble, les contributions illustraient prioritairement l’un ces axes, l’ensemble donnant l’image d’un continuum – nécessairement partiel – qui nous fait aller du mot aux genres. 
 
Mots négatifs et représentation fait donc débuter la réflexion par l’étude des mots négatifs en contexte et de leur puissance de représentation. S. Milcent-Lawson (« “Romances sans paroles” et “sourire sans chat”. Négation et reconfiguration du sens dans les syntagmes de type N1 sans N2 ») analyse les propriétés des syntagmes binominaux du type N1 sans N2 et leurs effets en discours : aptitude à se convertir en patron prosodique et figural, prédisposition à modéliser, au cœur de la littérature, un questionnement sur le langage et sur le monde. La pratique de la via negativa est au cœur de la recherche de S. Orlandi (« La négation chemin faisant : poésie et via negativa chez René Daumal et Jacques Roubaud »), qui en examine les manifestations morphosyntaxiques (en particulier les usages de non) dans les créations poétiques de Daumal (Le Contre-Ciel) et de Roubaud (Quelque chose noir). C’est aussi un corpus poétique qui est sollicité par S. Thonnerieux, dont la contribution (« Négation et poésie du deuil : les morts (ne) sont plus que des mots ») porte sur la poésie du deuil de la fin du xxe siècle (Deguy, Roubaud et Sacré). Elle y analyse notamment des énoncés négatifs singuliers, voire paradoxaux, fondés sur la prédication d’inexistence, ainsi que le mot rien.

La deuxième partie Figures et négation explore un certain nombre de figures dont le mécanisme, le fonctionnement contextuel ou l’interprétation à réception impliquent, à des degrés divers, quelque rapport avec la négation. E. Lombardero (« Aimer ou ne pas haïr : la litote en question dans les nouvelles historiques et galantes ») renouvelle notre compréhension du « parangon de litote » ne pas haïr en explorant un corpus classique de nouvelles historiques et galantes et montre que, dans ce corpus, son emploi met en jeu des contraintes imposées à la représentation et à l’expression du désir féminin. S. Duval (« La négation grammaticale à l’œuvre dans la subjectivité épistolaire du premier xviie siècle ») analyse, elle, la contribution de la négation aux formes de subjectivation propres à l’écriture épistolaire du premier xviie siècle, croisant notamment la litote, la concession ou l’hyperbole ; in fine, il apparaît que la stylisation négative participe crucialement de la dynamique discursive. C’est à l’interrogation rhétorique dans les Fables de La Fontaine qu’est consacré l’article de M. Bonhomme (« Modalités et fonctions de la négation dans l’interrogation rhétorique. L’exemple des Fables de La Fontaine »). Y sont analysés le statut énonciatif complexe de la figure, ses mécanismes d’inversion entre polarités positives et négatives, le rôle du contexte dans ce processus inversif, ainsi que le mode de participation de la figure au processus de stylisation des fables. La dernière contribution de la section (« Rhétorique de la négation dans l’œuvre de Roland Barthes »), due à S. Badir et à T. Franck, étend en quelque sorte le concept de figure en décrivant la négation, telle qu’elle est employée dans Mythologies (1957) et Fragments d’un discours amoureux (1977) de Barthes, comme une figure de pensée, qui intervient, dialectiquement, dans le double processus de production et de commentaire du discours mythique comme du discours amoureux.

Sans interrompre l’analyse des mots négatifs eux-mêmes et en retrouvant, parfois, les figures de négation, les contributions de la partie suivante intitulée Négation, énonciation & polyphonie déploient une problématique plus spécifiquement énonciative, même si, répétons-le, toutes les interprétations du fait négatif proposées dans le volume entier en font bien – mais à des degrés divers, et selon des méthodes également diverses – un fait énonciatif. I. Serça s’interroge sur les différents types de négations : « Nier, est-ce contredire ou dire l’absence ? ». Elle s’appuie, pour répondre à cette question, sur la conception selon laquelle l’affirmation est au cœur de la négation, dans un parcours qui mène de la linguistique à la littérature, à la philosophie, et à la psychanalyse. Afin de décrypter la stratégie argumentative typique du discours politique d’extrême droite telle qu’elle est représentée dans Les Bienveillantes de J. Littell, I. Yocaris (« “Ne pensez pas que je cherche à vous convaincre de quoi que ce soit” : réfutation, polyphonie et (dé)négation dans Les Bienveillantes ») étudie les rapports entre négation et polyphonie, entre négation et discours implicite ainsi que les prolongements psychanalytiques des tournures négatives. É. Bordas, envisageant la négation comme « lieu discursif », s’attache à décrire la pragmatique de « sentences » expressives présentes dans certains affrontements d’aujourd’hui (« “Non, c’est non !” Négation et tautologie ») : au fond, toute négation, en tant qu’affirmation d’un refus ne disant rien d’autre que lui-même, paraît « tautologique ». L’article de F. Boissiéras, lui, opère un retour à la littérature (« Mouvements involontaires et renversements spectaculaires : les opérations négatives dans les comédies de Marivaux »). Il y est analysé l’importance de la négation dans la dynamique marivaudienne de mise au jour d’une « réalité » subjective ; ainsi, grâce à la négation, les personnages de comédie s’humanisent. Enfin, D. Vigier et M. Groult (« Négation et polyphonie chez d’Alembert dans la querelle des forces vives ») montrent dans quelle mesure la négation constitue une entrée privilégiée pour l’étude des textes de l’Encyclopédie consacrés à la querelle des forces vives, querelle lancée par Leibniz en 1692 dans l’Essai de dynamique.  

Textualités négatives, la quatrième partie, explore les manières dont la négation structure les textes et définit des poétiques d’auteur, affirmant une dimension transphrastique qui va bien au-delà du simple fait syntaxique. Dans son étude « La textualité négative de Réparer les vivants de Maylis de Kerangal », S. Vaudrey-Luigi montre que la syntaxe de la négation, polarité essentielle du texte, s’articule à une réflexion ontologique et constitue, par ses emblèmes – « rien » et « non » –, un principe agissant. Puis P. Wahl, dans « Poétiques négatives. Beckett en diachronie »), envisage la négation comme un principe de stylisation qui permet de mesurer l’évolution esthétique de l’œuvre de Beckett. Après avoir opéré en faveur d’une logique teintée de scepticisme dans la première période, la négation devient, dans la seconde, le vecteur d’une dramaturgie énonciative, puis, dans la troisième, plus minimaliste, elle accompagne une mise en cause radicale de l’ontologie. C’est encore en tant que stylème d’auteur et outil d’étalement discursif que la négation est saisie par L. Gaudin-Bordes dans Un été de glycine de M. Desbordes (« “Elle n’avait rien à voir, aussi bien était-elle…”. Négation et étalement discursif dans Un été de glycine de M. Desbordes »). La négation ajoute au mystère d’une œuvre marquée d’une triple indétermination : générique, énonciative et référentielle.

La cinquième partie, Les genres au prisme de la négation, rapporte la question de la négation à celle du genre littéraire, suscitant une série d’interrogations : quelles contraintes le genre fait-il peser sur l’emploi des formes négatives ? La négation peut-elle être envisagée comme un stylème générique ? Comment infléchit-elle en retour certains genres littéraires ? C’est d’abord la relation entre négation et patron métrique qui est minutieusement observée par R. Bénini sous le titre : « La négation dans l’écriture métrique : quels enjeux ? ». Si, parmi d’autres, les critères de concordance ou de cohésion du vers interviennent dans le choix et le placement des formes négatives, force est de constater que ces usages varient dans le temps, comme le montre le corpus à large empan historique sur lequel s’appuie cette étude. De théâtre en vers, il sera à nouveau question dans la contribution de R. de Villeneuve qui se livre à une comparaison entre trois versions du Cid (« D’un Cid à l’autre : négation, “tragédisation”, exception »). Au fil des variantes, l’ajout de négations, en particulier des négations exceptives, œuvre à la « tragédisation » de la pièce. Enfin, les deux contributions suivantes rapportent l’emploi de formes négatives au jeu obligé de variations des points de vue dans certains types de récit. Dans « Négation et récits à présentation autobiographique », C. Muller montre que la distance qui sépare les personnages, le décalage temporel entre les différents « moi », confèrent aux négations, dans les récits à caractère autobiographique, une vibration particulière et un rôle structurel. Dans le récit de voyage encore, comme le montre C. Reggiani (« La négation du voyage »), les négations, contre toute position dogmatique, déterminent un mode de donation de la référence qui est à même de préserver l’altérité de ce qui est traversé.

Agnès Fontvieille-Cordani & Nicolas Laurent

Table des matières

Agnès Fontvieille-Cordani et Nicolas Laurent 

Présentation du volume . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .    7 

PROLOGUES 
 
Agnès Fontvieille-Cordani 

Prologue I. Négation et figure  . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .   15 

Nicolas Laurent 

Prologue II. Sémantique du style et négation . . . . . . . . . . . . . . . .   39 


Première partie  

MOTS NÉGATIFS ET REPRÉSENTATION 


Sophie Milcent-Lawson 

«Romances sans paroles » et «sourire sans chat ». Négation et reconfiguration du sens dans les syntagmes de type N1 sans N2. . . . . . . . .   59 

Sibylle Orlandi 

La négation chemin faisant. Poésie et via negativa chez René Daumal et Jacques Roubaud . . . . . . . . . . . . . . . . . .   85 

Stéphanie Thonnerieux 

Négation et poésie du deuil. Les morts (ne) sont plus que des mots . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  107

 

Deuxième partie 

FIGURES ET NÉGATION 
 

Émily Lombardero 

Aimer ou ne pas haïr. La litote en question dans les nouvelles historiques et galantes . . . . . . . . . . . . . . . . . .  133 

Suzanne Duval 

La négation grammaticale à l’œuvre dans la subjectivité épistolaire du premier xviie  siècle . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  153 

Marc Bonhomme 

Modalités et fonctions de la négation dans l’interrogation rhétorique. L’exemple des Fables de La Fontaine . . . . . . . . . . . . .  173 

Sémir Badir 

Rhétorique de la négation dans l’œuvre de Roland Barthes . . . .  195 

 

Troisième partie 

NÉGATION, ÉNONCIATION & POLYPHONIE 

 

Isabelle Serça 

Nier, est-ce contredire ou dire l’absence? . . . . . . . . . . . . . . . . . .  219 

Ilias Yocaris 

«Ne pensez pas que je cherche à vous convaincre de quoi que ce soit ». Réfutation, polyphonie et (dé)négation dans Les Bienveillantes. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  235 

Éric Bordas 

«Non, c’est non!». Négation et tautologie . . . . . . . . . . . . . . . .  257 

Fabienne Boissieras 

Mouvements involontaires et renversements spectaculaires. Les opérations négatives dans les comédies de Marivaux . . . . . . .  267 

Denis Vigier et Martine Groult 

Négation et polyphonie chez d’Alembert dans la querelle des forces vives . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  287 

 

Quatrième partie  

TEXTUALITÉS NÉGATIVES 

 
Sandrine Vaudrey-Luigi 

La textualité négative de Réparer les vivants de Maylis de Kerangal . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  313 

Philippe Wahl 

Poétiques négatives. Beckett en diachronie . . . . . . . . . . . . . . . .  331 

Lucile Gaudin-Bordes 

« Elle n’avait rien à voir, aussi bien était-elle…». Négation et étalement discursif dans Un été de glycine de Michèle Desbordes . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  359 

 

Cinquième partie 

LES GENRES AU PRISME DE LA NÉGATION 
 

Romain Benini 

La négation dans l’écriture métrique. Quels enjeux ? . . . . . . . . .  379 

Roselyne de Villeneuve 

D’un Cid à l’autre. Négation, « tragédisation», exception . . . . . .  407 

Claude Muller 

Négation et récits à présentation autobiographique . . . . . . . . . .  433 

Christelle Reggiani 

La négation du voyage . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  457 

 

Et pour ne pas ­conclure 

DEUX CARNETS DE CRÉATION… 

 

Michèle Audin 

Ne pas oublier . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  473 

Agnès Fontvieille-Cordani et Nicolas Laurent 

« Hervé Massard, La Mer à bord. Entretien ». . . . . . . . . . . . . . . .  479 

 

Bibliographie critique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  489 

Index des auteurs cités . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  509 

Index des mots et des notions . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  511 

Résumés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .  513

 

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RÉSUMÉS 

 
Au seuil de l’ouvrage, après avoir argumenté en faveur d’une étude stylistique de la négation, cet article présente, succinctement, l’ensemble des contributions et justifie le plan adopté. 


Agnès Fontvieille-Cordani, « Prologue I. Négation et figure » 

Comment la négation fait-elle figure? Les figures de points de vue, fondées sur la contradiction et l’inférence, consistent en un dédoublement du dire produisant une tension (1) tantôt entre ce que l’on dit et ce qui est, (2) tantôt entre les points de vue, (3) tantôt entre le dit et ce qui est sous-entendu. Opérateur d’ajustement énonciatif, la négation s’emploie, dans les romans de la voix des XXe et XXIe  siècles, à fonder une textualité négative empruntant les voies mystérieuses du déni. 

Nicolas Laurent, « Prologue II. Sémantique du style et négation » 

Les marques de négation invitent à un parcours complexe, qu’il s’agisse des modalités de la présence du positif à travers le négatif et des jeux figuraux concernant un possible positif imposé, visé ou suggéré, des modes de contextualisation du morphème négatif qui peut condenser, impliquer, tout un discours, ou encore du rôle dévolu à la négation dans la structuration en un espace logique qui participe du style de l’œuvre. La négation est un agent dynamique de la forme et de la pensée.  

Sophie Milcent-Lawson, « Négation et reconfiguration du sens dans les syntagmes de type N1 sans N2 »

L’étude aborde, à partir d’un corpus littéraire, une configuration morphosyntaxique singulière, celle où la négation de type [N1 sans N2] revêt une dimension paradoxale selon le modèle de Romances sans paroles. Sont examinées l’aptitude de ce schème à se convertir en patron prosodique et figural, ainsi que les déterminations structurales internes qui le prédisposent à modéliser un questionnement sur le langage et sur le monde.  

Sibylle Orlandi , « La négation chemin faisant. Poésie et via negativa chez René Daumal et Jacques Roubaud »

La pratique de la via negativa innerve les créations poétiques de R. Daumal (Le Contre-Ciel) et de J. Roubaud (Quelque chose noir). Les manifestations linguistiques de la négation dans les recueils témoignent d’un héritage et d’une subversion : vidée de son substrat théologique, la via negativa ouvre chez Daumal sur une ascèse individuelle, tandis qu’elle donne forme, chez Roubaud, à une expérience de l’absence. 

Stéphanie Thonnerieux, « Négation et poésie du deuil. Les morts (ne) sont plus que des mots » 

La poésie du deuil de la fin du XXe  siècle (Deguy, Roubaud et Sacré) présente des énoncés négatifs singuliers associant glissements énonciatifs (maintien de l’adresse) et paradoxes référentiels (être inexistant). L’étude du mot rien, très polyvalent sur les plans syntaxique et sémantico-référentiel, confirme le statut particulier donné à l’être disparu, celui d’un absent-présent dans une parole consciente des excès de la subjectivité et de la naïveté d’une consolation poétique.  

Émily Lombardero, « Aimer ou ne pas haïr. La litote en question dans les nouvelles historiques et galantes » 

Cet article est consacré à l’interprétation en litote de la négation ne pas haïr : en examinant cette expression dans la fiction en prose du XVIIe  siècle, nous souhaitons interroger le lien qui unit la litote à la négation, et évaluer le rendement stylistique de cette figure, symbole des contraintes qui pèsent sur la représentation et l’expression du désir féminin. 

Suzanne Duval, « La négation grammaticale à l’œuvre dans la subjectivité épistolaire du premier XVIIe  siècle » 

L’écriture des recueils épistolaires publiés dans les premières décennies du XVIIe siècle, à ce jour peu étudiée, se caractérise par une abondance de tournures négatives déterminées par les contraintes de la politesse, mais favorisant aussi l’expression stylisée de la subjectivité du scripteur. 

Marc Bonhomme, « Modalités et fonctions de la négation dans l’interrogation rhétorique. L’exemple des Fables de La Fontaine »

Cet article étudie l’interrogation rhétorique chez La Fontaine à travers ses renversements de valeurs de vérité qui touchent la négation et la négativité. Sont analysés les modalités énonciatives de cette figure, ses mécanismes d’inversion entre polarités positives et négatives, ainsi que le rôle du cotexte dans ce processus inversif. L’article examine enfin les fonctions de ces jeux de bascule, en liaison avec le style des fables. 

Sémir Badir et Thomas Franck , « Rhétorique de la négation dans l’œuvre de Roland Barthes » 

L’écriture de Barthes a travaillé la négation au point de la produire comme une figure de pensée. Selon les livres, cette négativité figurale intervient à des titres distincts, et même contrastés. Dans Mythologies, elle dénonce dans le discours du mythologue la positivité du mythe. Dans Fragments d’un discours amoureux, en revanche, elle se présente en excès, tel un lapsus révélateur. Toujours, cependant, elle a soutenu un projet éthique.  

Isabelle Serça, « Nier, est-ce contredire ou dire l’absence ? » 

Negare, « affirmer que… ne… pas ». De l’usage de l’inverseur justement chez Giraudoux (La Guerre de Troie n’aura pas lieu) au mot-trou de Duras (Le Ravissement de Lol V. Stein), on s’interrogera sur les différents types de négation : nier, est-ce contredire ou dire l’absence? On s’appuiera sur la conception de Ducrot, selon laquelle l’affirmation est au cœur de la négation, dans un parcours qui nous mènera de la linguistique à la littérature, la philosophie ou la psychanalyse. 

Ilias Yocaris, « Réfutation, polyphonie et (dé)négation dans Les Bienveillantes » 

Les énoncés négatifs observables dans Les Bienveillantes s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie argumentative implicitement apologétique, typique du discours politique de l’extrême droite. Afin de décrypter cette stratégie, on étudiera dans le roman de J. Littell les rapports entre négation et polyphonie, les rapports entre négation et discours implicite ainsi que les prolongements psychanalytiques des tournures négatives. 

Éric Bordas, « “Non, c’est non !”. Négation et tautologie » 

Dans les discussions contemporaines autour des rapports sexuels consentis ou non, la compréhension de la négation est devenue un objet juridique considérable. En avertissement se sont multipliées les sentences du type : Non, c’est non !; Quand c’est oui, c’est oui. Quand c’est non, c’est non. L’emploi d’une négation implique à la fois la valeur particulière du signe en cause et les effets présuppositionnels qui en dérivent. Jamais l’on ne comprend aussi bien que toute négation est tautologique. 

Fabienne Boissieras, « Mouvements involontaires et renversements spectaculaires : les opérations négatives dans les comédies de Marivaux » 

En privilégiant la négation dans ses comédies, Marivaux parie sur une stylistique transformationnelle capable de renseigner le spectateur sur les couches profondes de la signification. Fondée sur l’émergence d’une identité dynamique, sa comédie met à nu des obstacles internes que le principe de contradiction sait trahir par surprise. Devançant les investigations modernes sur la psyché, Marivaux dévoile « l’intelligence de la négation» (Paul Ricœur) à décoder dans un dédale de phrases négatives. 

Denis Vigier & Martine Groult, « Négation et polyphonie chez d’Alembert dans la querelle des forces vives » 

En choisissant le point de vue de l’homme, la philosophie des Lumières effectue un changement de perspective pour l’explication du monde. Cela ne s’est pas fait sans querelles. Celle « des forces vives » est l’une des plus présentes dans l’Encyclopédie. En croisant les points de vue de la philosophie, de l’épistémologie et de la linguistique, nous montrons en quoi la négation projette le lecteur au cœur de cette controverse qui a occupé quinze années de la vie de d’Alembert.  

Sandrine Vaudrey-Luigi, « La négation dans Réparer les vivants de Maylis Kerangal. De la syntaxe au stylème »

Réparer les vivants est la narration d’un éventuel refus qui se transforme en acceptation par des parents de laisser prélever les organes sur leur fils de 19 ans. En ce sens, la syntaxe de la négation est inséparable d’une dimension ontologique qui engage sa représentation mais également du matériau stylistique La langue construit ainsi une scénographie négative qui engage la syntaxe et la textualité et donne à lire de véritables emblèmes stylistiques au service d’une poétique négative. 

Philippe Wahl, « Beckett en diachronie »

Contre les lectures négatives de l’œuvre de Beckett, on insistera sur l’énergie et le pouvoir configurant d’une écriture cherchant sa voie dans un «mal voir, mal dire », à travers trois moments de la création : la logique sceptique des jeux combinatoires de Watt; la dramaturgie énonciative de L’Innommable ; les dispositifs expérimentaux du minimalisme tardif. D’âge en âge, la vis negativa au principe de l’ascèse méthodique dessine un processus de stylisation littéraire. 

Lucile Gaudin-Bordes, «Négation et étalement discursif dans Un été de glycine de Michèle Desbordes » 

L’article étudie la négation en l’abordant à trois niveaux différents, comme mode indirect de donation du référent (niveau sémantique), comme moyen de convoquer les discours en circulation sur les objets décrits (niveau dialogique), comme outil de récriture des textes de Faulkner, auquel Desbordes rend hommage, et à propos duquel la négation est régulièrement évoquée comme un stylème d’auteur (niveau intertextuel). 

Romain Benini, « La négation dans l’écriture métrique : quels enjeux ? » 

Observer les marqueurs de négation et leurs propriétés syntaxiques et prosodiques permet de faire émerger plusieurs éléments complexes de la structuration du vers classique. Cet article vise à identifier les éléments en question et à exposer ce que la place de la négation dans les vers peut nous apprendre, d’une part, de la convergence entre les unités linguistique et le patron métrique et, d’autre part, de l’évolution de cette convergence.

Roselyne de Villeneuve, « D’un Cid à l’autre : négation, “tragédisation”, exception » 

La tragi-comédie du Cid (1637) est recatégorisée comme tragédie en 1648 et remaniée en 1660. Quelle est la part de la négation dans ce travail de tragédisation? À partir de données statistiques, le phénomène microtextuel de la négation est articulé à des questions de dramaturgie et de genre. On souligne sa fréquence dans les réécritures et l’importance de la négation exceptive, vectrice d’un tragique conçu comme entrave à la volonté. 
 
Claude Muller, « Négation et récits à présentation autobiographique » 

La négation ajoute ici à son registre habituel les effets de subjectivité du narrateur qui nie. Les quatre textes choisis montrent comment la négation intervient dans la recherche du vrai, mais aussi dans la description d’un malaise ou d’un désaccord, personnel ou social. La négation, souvent liée à la dépréciation, est aussi rupture ou révolte, et toujours un outil essentiel de structuration du texte.  

Christelle Reggiani, « La négation du voyage » 

Ayant par définition affaire à des référents relevant d’une forme d’altérité, le récit de voyage suppose, comme genre factuel, une accommodation linguistique. On se propose ici de montrer que la négation occupe une place cruciale dans cette économie, dans la mesure où la bascule du sens qu’elle représente fonde un art d’écrire capable de résoudre l’aporie constitutive d’un genre attaché par vocation à dire l’ailleurs avec les mots de l’ici. 

Michèle Audin, « Ne pas oublier » 

Négation => liberté => création littéraire : cette suite d’implications logiques lues dans Histoire du siège de Lisbonne de José Saramango (1992) permet de mieux comprendre le chemin de négation qui contraint par défaut les récits de Une vie brève (2013) à Oublier Clémence (2018). L’injonction de « ne pas oublier » réunit alors l’écrivaine, la mathématicienne et l’historienne.

Agnès Fontvieille-Cordani et Nicolas Laurent, « Hervé Massard, La Mer à bord. Entretien »

Dans un entretien avec Agnès Fontvieille Cordani et Nicolas Laurent, le photographe franco-autrichien Hervé Massard retrace avec humour et acuité son projet The Sea aboard. Convaincu des impasses de la représentation, il a délaissé la photo pour « prendre la mer », confrontant ainsi une vision stéréotypée de la mer avec la mer qu’on prend, lorsqu’on navigue. De négation il est question au travers de ce geste radical mais aussi dans la manière dont s’énoncent les « Dix ans de la biographie d’une idée ».