Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta Pour une approche méthodologique de la médiologie du discours critique http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11632 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11632/9782271092557-475x500-1.jpg" width="100px" />L’ouvrage collectif dirigé par Ivanne Rialland se propose d’aborder un champ des études intermédiales encore peu développé, celui du discours sur l’art. Ce riche travail, mené dans le cadre du programme de recherche « Littérature, Arts, Médium » sous l’égide de Bernard Vouilloux (Sorbonne Université-CNRS), analyse les interactions à l’œuvre entre les écrits critiques artistiques et leur médium. Dans la lignée des travaux de Donald Francis McKenzie1, les études proposées explorent l’influence des conditions matérielles de production et de diffusion sur une parole ayant pour vocation de représenter, d’interpréter et de juger une œuvre d’art. Le médium s’avère donc participer pleinement de la construction axiologique du discours critique. L’un des intérêts principaux de cet ouvrage est de prendre en compte l’impact sur le discours critique des révolutions audiovisuelles, au xxe siècle, puis numériques, au xxie siècle, tout en les inscrivant dans une tradition héritée de la presse, de la revue, du livre et de la collection éditoriale. Un ouvrage didactique & méthodiqueLa conception et l’organisation didactiques de Critique et médium sont particulièrement pertinentes. Tout d’abord, refusant une définition purement essentialiste de la notion de médium, l’ensemble des contributeurs a varié et croisé les outils d’analyse issus de la médiologie, des sciences de l’information et de la communication, de la sociocritique comme de la sémiologie et de la génétique textuelle. Une telle approche permet ainsi de prendre pleinement en compte la dimension axiologique des énoncés critiques, souvent peu abordée par les chercheurs issus des sciences de la communication. En outre, si ces contributions s’ancrent dans les apports des fondateurs de la médiologie (Régis Debray) et de la génétique (D. F. McKenzie), elles s’enrichissent également des recherches anglo‑saxonnes sur les « comparative textual media » (Katherine Hayles et Jessica Pressman2) et des travaux récents de Marie‑Ève Thérenty et Alain Vaillant3 sur la « poétique du support4 ». La richesse de ces outils d’analyse complémentaires et le parti pris de la chronologie permettent d’aborder de manière méthodique un corpus d’objets hétérogènes en apparence. En effet, la limitation aux xxe et xxie siècles favorise le rapprochement entre des médiums aussi variés que la presse, le livre, la collection éditoriale, la radio, la télévision et le web. Dans « Le cas de la critique de livre “participative” sur les réseaux » (p. mar., 06 nov. 2018 17:03:39 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11632 acta Les multiples paraphes de l’être multiface : quand le monstre signe sa présence dans les arts & les sciences http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11637 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11637/Signatures du monstre.jpg" width="100px" />Le présent recueil1 correspond aux actes d’un colloque qui se tint les 12 et 13 novembre 2015 à Brest. Celui‑ci entendait interroger les différentes pensées du monstre du point de vue des lettres, des arts comme des sciences en axant sa réflexion sous l’angle de la sémiotique pour ne pas faire doublon avec d’autres études. Quels critères, quels signes permettent de reconnaître un monstre comme tel ? Là est la problématique générale de l’ouvrage qui fait la part belle aux représentations anciennes du monstre comme aux plus contemporaines dans l’idée de discerner des schémas, des signatures atemporelles et communes ou au contraire des surprises, des hapax selon les époques. Le monstre, en effet, n’a cessé de fasciner, d’effrayer ou d’amuser depuis l’aube de l’humanité et il a toujours été un sujet de préoccupation pour toutes les disciplines et tous les genres artistiques. À ce titre, l’ouvrage interroge notamment les rapports entre science et art : comment la première nourrit‑elle le second de ses découvertes sur le monstre ? À l’inverse comment l’art réinvestit‑il la science, parfois la précède dans son imaginaire et souvent l’expérimente pour s’en faire la vitrine ? S’il reste un travail à dominante littéraire et artistique, le livre Signatures du monstre se veut le fruit d’un échange interdisciplinaire. Les quatre parties qui le constituent en sont équilibrées, comportant chacune quatre communications dont le regroupement présente une réelle cohérence qui permet en même temps de faire avancer la réflexion et d’assimiler les idées exposées.Mille monstres, mille signesL’ouvrage commence par une introduction détaillée équivalant à une histoire générale des représentations du monstre2 dans laquelle les auteurs reviennent sur les déplacements sémiotiques de l’Antiquité à nos jours (p. 7‑19). Ils tentent, en bon souci de méthode, d’en donner une définition a minima tant il est vrai que « pour effrayant que soit un monstre, la tâche de le décrire est toujours un peu plus effrayante que lui3 ». Certaines pistes sont avancées : le monstre existe toujours à travers le regard de l’autre ; il pose la question du rapport à la norme ; il peut être à la fois prodige, créature étrange, hideuse, avertissement des dieux. À cela les pages suivantes rappelleront d’autres critères, voyant par exemple dans l’excès, la privation, le déplacement des signes physiques fréquents du monstre tandis que sera rappelée la distinction établie par Canguilhem entre monstruosité et monstru ven., 09 nov. 2018 15:26:15 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11637 acta Quelques pistes pour une anthropologie de la fiction http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11650 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11650/9782271118974-475x500-1.jpg" width="100px" />Le titre que nous avons choisi place d’emblée ce compte-rendu en double porte-à-faux en regard du projet déclaré de l’auteur de Littérature et anthropologie. Aussi nous empresserons-nous de justifier un choix qui pourrait sembler réducteur et hardi. Loin de nous l’intention de faire basculer l’ouvrage du côté de la dérive ou de la « mode intellectuelle » consistant à « promouvoir une anthropologie de tout (et de rien) » (p. 15), vis-à-vis de laquelle l’auteur entend se démarquer. Le rapprochement entre littérature et anthropologie n’a certes rien de novateur. Jean Jamin en est l’un des penseurs emblématiques et cet ouvrage rassemble de façon exhaustive ses recherches et ses réflexions sur le sujet, menées en parallèle de ses travaux proprement ethnographiques et de ses recherches sur l’histoire et l’épistémologie de l’anthropologie sociale. Il propose ici une compilation « composite et libre » d’essais rédigés sur plus de trente années (de 1979 à 2016), tous revus et remaniés pour l’occasion. On ne s’étonnera pas, dès lors, de la diversité et de l’hétérogénéité des problématiques abordées, articulées suivant la logique des « fantaisies1 » musicales plutôt qu’en fonction d’un thème dominant, manière de « swing2 » qui fera toute la difficulté de notre tâche. Jean Jamin ne prétend pas « constituer un champ disciplinaire nouveau » et unilatéral mais, comme l’indique la conjonction de coordination, « examiner les rapports possibles, parfois ambigus, entre les deux domaines » (p. 15), sans se limiter à un angle ou à une approche spécifique, et sans renoncer à la distinction entre deux disciplines que certains travers théoriques post-modernes conduisent à confondre3. Vaste panorama dans lequel s’entrelacent diverses voies ouvertes au gré des questionnements d’une carrière voire d’une vie entière. Paysage luxuriant où il est aisé de perdre son chemin, et au travers duquel nous aimerions indiquer au lecteur quelques « pistes » majeures.Force est de souligner tout d’abord qu’en dépit du titre, c’est bien de « fiction » plutôt que de « littérature » qu’il est question. L’auteur ne se limite pas à l’étude des seules œuvres littéraires, mais il accorde une belle part de l’analyse à des arts tels que le théâtre, l’opéra ou le cinéma, tandis que la poésie est entièrement occultée (quelques vers chantés par Ophélie dans Hamlet mis à part). Il prête attention aux structures narratives, à leurs ressorts et à leurs effets avant tout, et assez peu à la lettre des textes. La l lun., 12 nov. 2018 11:22:11 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11650 acta Analyse de trois formes du discours journalistique au XVIII<sup>e</sup> siècle http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11648 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11648/Nouvelles formes du discours journalistique.jpg" width="100px" />« J’aime à présenter votre Journal comme l’image fidèle de nos conversations rapides, où l’on effleure tout, sans disserter sur rien ; où les saillies frivoles croisent les discussions profondes ; où les nouvelles du quartier sont coupées par des réflexions philosophiques ; où des transitions imperceptibles lient les matières les plus disparates ; où les détails d’une coiffure à la mode succèdent à ceux de l’apparition d’une comète ; où l’on parcourt en un quart d’heure le cercle des connaissances & des sottises humaines. » — Le Journal de Paris, 23 février 1778.Il s’agit ici de rendre compte d’un ouvrage collectif sur la presse au xviiie siècle. Conformément à l’idéologie de la période concernée, ce livre s’oppose à des préjugés et entend « écraser l’infâme », pour reprendre la devise de Voltaire, en l’occurrence l’occultation de la modernité de la presse des Lumières par le xixe siècle regardé comme la civilisation du journal. Les ténèbres de l’ignorance sont donc remplacées par les lumières de la connaissance parce que, loin d’être l’esclave du pouvoir, la presse de cette époque invente deux nouvelles formes — à savoir le courrier du lecteur et la nécrologie — et en renouvelle une troisième : la querelle médiatique — celle qui oppose alors Voltaire à Rousseau. En outre, le modèle dominant de la presse comme une grande machine de journalistes et de reporters avait été précédé par celui de la petite entreprise soutenue par des rédacteurs bénévoles, qui revient précisément au goût du jour. Forts de ces raisons, Samuel Baudry, spécialiste des rapports entre presse et littérature en Grande Bretagne au xviiie siècle et Denis Reynaud, également universitaire et responsable du site www.gazettes18e.fr se proposent de montrer que « loin de se cantonner à des formats et à des rubriques immuables et sclérosantes, les journaux du xviiie siècle ont inventé, testé, développé et imposé certaines formes spécifiques de discours qui apparaissent encore aujourd’hui comme participant de l’essence même du journalisme. » (p. 5). Du point de vue du corpus, la presse est abordée de part et d’autre de la Manche avec, en plus, une incursion en Espagne. Nous proposons de reconfigurer le plan de l’ouvrage de la façon suivante : le plan formel est remplacé par trois faisceaux d’approche qui sont la géographie, la médiatisation et l’idéologie.1. La Presse de part & d’autre de la MancheL’un des enjeux du livre est une comparaison constante entre la presse française et la press ven., 09 nov. 2018 16:55:51 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11648 acta Pour une réforme des humanités. La théorie des média selon N. Katherine Hayles http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11620 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11620/76319.jpg" width="100px" />On peut s’interroger sur la raison pour laquelle Lire et penser en milieux numériques : attention, récit, technogenèse est le premier livre de la théoricienne des média N. Katherine Hayles à être intégralement traduit en français1. À première vue, c’est un choix qui peut surprendre dans la mesure où How We Became Posthuman : Virtual Bodies in Cybernetics, Literature, and Informatics (1999) ou encore My Mother Was a Computer : Digital Subjects and Literary Texts (2005) sont considérés outre‑Atlantique comme des classiques de la theory, tandis que Lire et penser en milieux numériques est moins connu. Ce choix peut être lu comme un appel à repenser, voire à réformer les humanités et en particulier les études littéraires en France. Lire et penser en milieux numériques part du constat que l’imprimé ne constitue plus le médium dominant de notre époque marquée par le passage aux média numériques. Si ce fait apparemment simple a des répercutions de grande ampleur pour les humanités en général et les études littéraires en particulier, c’est parce que le médium, c’est‑à‑dire la matérialité culturelle‑technique spécifique dans laquelle les pratiques de conservation et de transmission du sens et de l’information prennent corps, détermine nos modes de pensée et d’action. Si jusqu’à l’ère digitale, l’identité des humanités résidait, comme l’affirme N.K. Hayles, dans la pratique de la lecture rapprochée (close reading) (p. 122), autrement dit dans l’explication de texte, l’évidence de cette identité est aujourd’hui mise en cause par les changements médiaux. Les raisons en sont multiples : les média numériques et le flux exponentiel d’informations qu’ils mettent à disposition de façon quasi‑instantanée conduisent à des transformations qui, comme le montre N.K. Hayles études à l’appui, affectent jusqu’à l’architecture du cerveau. Ces transformations neuronales sont corrélées à la modification des modes d’attention qui affectent à leur tour les pratiques de lecture et d’interprétation. Refuser de prendre en compte ces changements conduit à creuser l’écart entre étudiants et enseignants, entre humanités classiques et humanités digitales, ainsi qu’entre les humanités en général et la société. Lire et penser en milieux numériques n’est pas un livre pessimiste ni résigné : N.K. Hayles offre des pistes quant à la façon dont les humanités peuvent se transformer, tout en continuant d’être un lieu de la critique et de la résistance. En vue de cela, elle propose une approche qu’elle sam., 27 oct. 2018 07:28:36 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11620 acta La littérature mise en demeure (un cours de yoga wittgensteinien) http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11625 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11625/9782917131480-475x500-1.jpg" width="100px" />Assez tôt, le lecteur d’Explore tombe sur une définition de ce qu’il a commencé à lire : « une mise en jambe mobilisatrice pour explorateurs compétents » (p. 24). Explore se veut une manière de manuel de yoga intellectuel pour littéraires essoufflés mais disponibles et ouverts à de nouvelles postures. La définition citée déclare l’ambition de son auteur — décrasser le littéraire, lui faire voir ses réflexes et ses mauvaises habitudes posturales en ouvrant le champ des études littéraires aux enjeux anthropologiques et politiques de la littérature — et sa philosophie, wittgensteinienne, comme le titre suffit à l’indiquer : il s’agit donc de l’entraîner à des exercices destinés à le faire entrer dans le sens social de la littérature, à s’étirer intellectuellement et à se dégager de l’étroite chaire d’où parle d’ordinaire le spécialiste de littérature, de manière à « affronter les questions épineuses auxquelles se confrontent la philosophie du langage et l’épistémologie des sciences sociales ». Des définitions programmatiques de la littérature — s’y articulent en effet ce que peut la littérature et ce que doivent faire les études littéraires —, il en est beaucoup de mémorables dans le livre de Florent Coste, et c’est l’un de ses intérêts. Les deux volets de la réflexion (la littérature, les études littéraires) y entretiennent un rapport parfois étroit (dans le premier chapitre, puis à la fin), parfois distendu ou invisible (dans les chapitres centraux), mais cette corrélation même intermittente intéresse, car il n’est au fond pas si fréquent qu’une réflexion sur la littérature, ses pouvoirs, ses modes de présence et ses usages dans le monde social, fasse retour vers ceux qui en sont les spécialistes, au sens simple où ils l’étudient (avant de l’enseigner) et sont censés construire un savoir sur elle : « les littéraires » dont fait partie Florent Coste, quoiqu’il ne le dise pas et même engage sa réflexion depuis la philosophie de Wittgenstein, affichant parfois, comme en une embardée, qu’il se pose les questions qu’il pose en philosophe (p. 250). Une ambiguïté sur laquelle on reviendra. Si Explore apparaît assez radical dans son travail de sociologisation et d’anthropologisation du discours littéraire, et en partie de la littérature, c’est pour beaucoup un effet de sa posture injonctive — explore ! —, et à l’ampleur de son geste d’intervention. Pour autant, il se situe dans une constellation d’ouvrages qui, depuis la crise des « humanités » et les approches fra lun., 05 nov. 2018 10:00:26 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11625 acta Poétique de la sérialité, de Robert Macaire à Pokémon http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11627 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11627/9782021320916-475x500-1.jpg" width="100px" />En octobre 2018 se sont tenues à Nanterre de grandes « Assises de la recherche sur les cultures populaires et médiatiques1 » qui entendaient faire le point sur l’ensemble des recherches, souvent transdisciplinaires, consacrées aux phénomènes littéraires, ludiques, et communicationnels liés aux cultures populaires qui peinent encore trop souvent à trouver une place dans l’institution universitaire, principalement dans le champ littéraire. C’est dans ce même mouvement de renforcement institutionnel et théorique des recherches en cultures populaires que s’inscrit l’essai de Matthieu Letourneux, par ailleurs co‑organisateur des « Assises » de Nanterre.Cet essai consacré aux littératures sérielles prend, premièrement, toute la mesure transdisciplinaire de son sujet en embrassant non seulement des corpus très larges (du xixe siècle à l’époque contemporaine, de la littérature au jeu en passant par le cinéma et la presse) mais aussi en empruntant aux méthodes de plusieurs champs du savoir, ainsi qu’il est d’usage dans les nouveaux domaines d’études, dans le sillon des studies anglo‑saxonnes. Deuxièmement, il se veut une synthèse des recherches existantes sur les cultures populaires touchant à la question de la sérialité, en s’appuyant sur un très important appareil critique. Cette ambition se fonde sur une terminologie précise, fixée dans l’introduction puis déclinée dans tout l’ouvrage. Ce parti pris induit souvent des effets de répétition, qui doivent cependant être replacés dans le projet général de l’essai qui se veut, non seulement une synthèse interdisciplinaire sur la sérialité, mais aussi un jalon méthodologique dans les études en littérature populaire.M. Letourneux part de deux constats paradoxaux, d’abord qu’« une part vertigineuse des objets culturels qui nous entourent met en jeu les mécanismes d’une communication sérielle » (p. 8), mais que cet état de fait a derrière lui une longue histoire, ensuite que la tradition critique se concentre sur ce qui est singulier dans les œuvres, alors que celles‑ci ne peuvent en réalité se penser en dehors de leur relation aux autres œuvres, aux supports, etc. En cela, bien que prenant le contre‑pied d’une tradition critique gênée par les productions littéraires non‑canoniques et les laissant souvent à distance, l’essai inscrit pourtant en partie son objet d’étude dans une lignée critique classique (Genette, Bakhtine, Todorov, Jauss) dont il montre l’efficacité des propositions dans le domaine « paralittéraire ». La lun., 05 nov. 2018 10:21:47 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11627 acta De quoi Tolstoïevski est‑il le nom ? http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11628 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11628/9782707344052-475x500-1.jpg" width="100px" />Un parcours thérapeutique ? Avec son dernier opus, Pierre Bayard revient à l’hypothèse fondatrice de deux de ses essais marquants — Maupassant, juste avant Freud (Les Éditions de Minuit, 1994) et Peut‑on appliquer la littérature à la psychanalyse ? (Les Éditions de Minuit, 2004) —, à savoir que la littérature propose des modèles de description de la psyché humaine potentiellement aussi pertinents que ceux qui ont cours dans le champ psychanalytique. En l’occurrence, il s’agit de chercher dans l’œuvre de Tolstoïevski des topiques (ou des « polytopiques ») rendant compte de la complexité de certaines personnalités, ou plutôt de la multiplicité intérieure de certaines personnes. Tolstoïevski ? Oui, car l’un des grands mérites du travail de P. Bayard est de mettre fin à une supercherie critique vieille d’un siècle, et qui consiste, au nom d’une chimérique cohérence stylistique et idéologique, à scinder en deux l’auteur d’Humiliés et offensés, des Cosaques, de Crime et châtiment, de L’Idiot, de Guerre et paix, d’Anna Karénine, des Frères Karamazov et de Résurrection — de le scinder en deux et d’attribuer certaines de ses œuvres à un dénommé Dostoïevski, d’autres à un certain Tolstoï.C’est donc la question des personnalités multiples qui est au cœur de L’Énigme Tolstoïevski. La pensée de P. Bayard se développe en trois temps : « Passion », « Destruction », « Réconciliation ». On peut dire, pour résumer grossièrement la dynamique du livre, que P. Bayard commence par étudier les symptômes qui, dans le domaine amoureux, révèlent l’existence en certains individus de personnalités, sinon concurrentes, du moins difficilement conciliables ; après quoi il montre comment le conflit entre ces personnalités peut détruire la personne qu’elles habitent ; enfin, il indique quelles sont les solutions à la fois métaphysiques et sociales qui permettent de dépasser les souffrances et les angoisses liées à la multiplicité psychique.La première partie, donc, explore les intermittences du moi dans le contexte de la passion. Quatre configurations sont mises en valeur : le saisissement — c’est‑à‑dire l’impression d’être dépossédé de soi‑même par la passion amoureuse ; le désamour — comprenez le sentiment de distance vis‑à‑vis de soi-même qui s’ensuit de l’évanouissement du sentiment amoureux ou de son report sur un nouvel objet ; le polyamour — qui est en quelque sorte l’équivalent en synchronie de ce qu’est le désamour en diachronie, un seul et même individu hanté par des personnalit lun., 05 nov. 2018 10:23:33 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11628 acta La ré-tension narrative http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11630 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11630/9782051028080-475x500-1.jpg" width="100px" />Avec ce livre, Raphaël Baroni revient sur son désormais célèbre premier ouvrage, La Tension narrative (2007). Comme son titre l’indique, Les Rouages de l’intrigue reprend et précise la question, centrale dans la théorie que R. Baroni exposait dans son précédent livre, de l’intrigue : sa définition, son fonctionnement et surtout son caractère opératoire, dans une perspective résolument orientée vers ses usages, en particulier dans l’enseignement de la littérature. Au fil des pages, R. Baroni se propose également de rassembler et d’harmoniser, au sein d’un discours propre, les nombreux travaux faisant usage de concepts liés à la tension narrative et à la dynamique du récit en général, montrant à la fois l’importance que ces concepts ont pris dans la critique littéraire actuelle et la nécessité d’un dialogue fécond quant à leur construction, toujours susceptible d’évolution.  Une dynamique à l’œuvre Pour envisager le problème de la définition de son objet, l’auteur en établit le positionnement dans le champ de ses pratiques, au sens le plus large possible. L’une des qualités de ce livre réside dans cet élargissement, prenant en compte « la didactique de la littérature, la théorie du récit, mais aussi la philosophe morale et les sciences cognitives » (p. 14), outre bien évidemment la ou les narratologie(s) qui en constitue(nt) le domaine disciplinaire fondamental. L’auteur envisage ainsi la définition de l’intrigue d’une manière souple, en tenant compte aussi bien du langage conceptuel (celui des spécialistes) que du langage notionnel, par lequel l’intrigue retrouve la valeur référentielle indexée par son usage courant. Ce double regard permet à R. Baroni de réhabiliter l’intrigant de l’intrigue, selon un point de vue résolument orienté vers les lecteurs de récits, confrontés dans leur pratique à une « réticence intentionnelle dans la représentation des actions » (p. 29). Car la synthèse des théories opérée dans la première partie du livre ne conduit pas à un confortable compte-rendu de l’état de la situation. R. Baroni opère des choix de définition, privilégiant le déséquilibre fécond à l’équilibre conciliateur – en termes ricœuriens, la discordance à la concordance : Tous les récits apparaissent effectivement comme un mélange de concordance et de discordance, mais pour certains D’entre eux, la discordance est une contrainte liée à des sources lacunaires que l’écriture cherche à surmonter, tandis que pour d’autres, elle constitue un objectif esthétique en soi lun., 05 nov. 2018 10:26:20 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11630 acta Danser sur la « page langue monde ». La poésie de Dominique Fourcade. http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11580 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11580/riva.jpg" width="100px" />Née dans les années 1960 avec quatre livres écrits sous l'influence de René Char, l’œuvre de Dominique Fourcade s'est interrompue pendant une décennie pour renaître dans les années 1980 sous le signe d'un regard particulièrement aigu sur le contemporain, et même l'extrême contemporain — qui ne se superpose pas à la modernité, comme le rappelle en particulier le rapport à la fois admiratif et distancié du poète à Mallarmé.Depuis, Dominique Fourcade ne cesse d'attirer la sympathie des poètes et l'attention des philosophes et des critiques, et non des moindres : Claude Royet‑Journoud, François Fédier, Jean‑Claude Pinson, Benoît Conort, Jean‑Michel Maulpoix, Jean‑Marie Gleize ou Emmanuel Laugier l'ont, parmi beaucoup d'autres, interrogé sur sa poésie ou ont proposé des lectures fines et sensibles de sa poétique. Mais toutes ces approches se limitaient à des cadres nécessairement fort restreints : articles, chapitres d'ouvrages, communications de colloque, entretiens. Le mérite de Silvia Riva, professeure de littérature française et francophone à l'université de Milan, est de proposer la première monographie consacrée à l’œuvre — encore en train de s'écrire – de ce poète majeur. Une telle tentative n'est pas aisée, tant parce que cette œuvre est déjà considérable par son ampleur, que parce qu'elle élabore une poétique singulière et dense, inventant volontiers ses propres concepts. Le recours, toujours pensé et justifié, à des néologismes expliqués par S. Riva, tels que l' « endeçàstrophe » (p. 64), l'écriture « toutarrivesque » (p. 26) ou la « poémogonie » (p. 14), en témoigne. Le parcours proposé pour quadriller cette œuvre, fruit de « presque dix ans » de lectures et de travail, comme le rappelle l'auteure elle‑même (p. 11), apparaît fort convaincant et repose sur quatre chapitres brefs mais pertinents.Pensée, légèretéLa poétique fourcadienne est saisie à travers les quatre dimensions de son déploiement. Le premier chapitre ouvre d'abord l’œuvre dans sa profondeur. Examinant trois réflexions critiques qui offrent, aux yeux de l'auteure, les plus riches perspectives d'interprétation — à savoir celles de François Fédier (qui pose dès 1985 la question du rapport de cette poésie au monde, au réel), de Jérôme Game (qui propose de la lire sous l'angle, d'inspiration deleuzienne, du rhizome) et de Jean‑Claude Pinson (qui y perçoit un rare équilibre entre sentimentalité et naïveté, c'est‑à‑dire, dans une perspective issue de Schiller, entre spéculation et sensibilité ven., 26 oct. 2018 18:48:12 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11580 acta Introduction au dossier critique « Théorie des média » http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11596 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11596/reconfigurable-electronic-pathways-3-small160.jpg" width="100px" />Le présent dossier critique a pour but d’engager la discussion autour de la théorie des média, un domaine de recherche qui s’est répandu aussi bien en Allemagne qu’aux États‑Unis dès les années quatre‑vingt à partir des travaux de Marshal McLuhan (1911‑1980) et de Friedrich Kittler (1943‑2011). Si la Medientheorie allemande est née en dialogue avec le poststructuralisme français, le mouvement inverse, c’est‑à‑dire la réception de la théorie des média allemande en France, n’a, jusqu’à très récemment, pas eu lieu. Les traductions françaises récentes sur lesquelles portent les comptes rendus rassemblés ici sont le produit d’un effort de réception important que nous tenons à saluer par ce dossier critique d’Acta Fabula. Ces traductions donnent désormais aux lectrices et lecteurs francophones un accès plus direct à l’un des courants théoriques les plus importants et les plus novateurs des 50 dernières années. Gageons qu’un accueil, même différé, dans le champ des sciences humaines francophones s’avèrera hautement productif, et viendra interroger les pratiques de recherche à l’université. C’est du moins ce qu’aussi bien Friedrich Kittler que plus récemment N. Katherine Hayles appellent de leurs vœux1.Comment peut‑on définir la théorie des média (Medientheorie ou Media Studies) ? En français, le terme de médium est d’usage peu fréquent et celui de média(s) est habituellement associé aux médias de masse tels que la télévision, les journaux ou internet. Or la théorie des média s’interroge sur la médiation dans un sens beaucoup plus général. Le médium ne désigne pas seulement ni toujours un appareillage technique de transmission, d’enregistrement et de diffusion de l’information, mais plus fondamentalement le milieu sensible dans lequel le sens ou l’information se trouvent matérialisés. Ainsi, pour des philosophes allemands des média tels que Sybille Krämer et Dieter Mersch, l’écriture, l’image et même la voix sont des média à part entière2. Si le signe renvoie à un référent dont il tient lieu, le médium ne fonctionne pas selon une structure de renvoi ; il est plutôt le lieu sensible dans lequel se présentifie un contenu (information ou sens)3. La perspective médiale exige par conséquent une attention portée moins à la signification qu’à la matérialité et à la technicité du médium dans lequel cette matérialisation se produit. Il faut souligner qu’il n’est pas de médium, aussi primaire soit-il, qui ne soit en même temps une technique culturelle (Kulturtechnik), autre sam., 27 oct. 2018 07:11:45 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11596 acta Feedback | noise gate | delay : échos différés de Friedrich Kittler http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11599 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11599/83250_2.jpg" width="100px" />Gramophone, Film, Typewriter (GFT) se présente comme une archéologie — au sens foucaldien — des média, ou plus exactement une archéologie de la convergence contemporaine des flux de données sonores, optiques et scripturales dans « la numérisation généralisée de l’information et des canaux » (p. 36). Au moment de la parution du livre, en 1986, cette convergence apparaît comme une perspective très prochaine, un programme déjà en cours de réalisation et chacun pourra aisément en mesurer aujourd’hui le degré d’avancement. Mais en tant que projet archéologique, le livre a moins pour propos d’analyser cette évolution proprement dite vers un système transmédial placé sous le signe de la seule numération binaire positionnelle, devenue interpretans universel, que de décrire la mise en place de ses préalables, à savoir le déploiement autonome des systèmes de média optique, sonore et graphique dans les conditions de leur différenciation. Ce livre est l’histoire de leurs histoires, selon les mots de l’auteur (p. 30) : chacune des trois grandes parties qui le structure — et auxquelles renvoie le titre tripartite — présente ainsi l’étude du développement spécifique des supports de stockage et de restitution propres à chaque type médial de données.La méthode de Kittler superpose plusieurs couches analytiques interconnectées : une première vouée au réel, c’est‑à‑dire à l’histoire des dispositifs techniques‑matériels qui supportent l’enregistrement, le traitement et la transmission de l’information (du premier téléphone d’Edison aux microprocesseurs, en passant par la « sphère écrivante »). Sur celle‑ci vient se coupler une histoire des imaginaires interagissant avec ce réel dans des rapports de détermination réciproques, tout à la fois pour le désirer, le saisir et se laisser saisir par lui. S’ajoutent enfin plusieurs coupes dans le registre symbolique, en forme d’analyse du discours appliquée à des fragments de Rilke, Guyau, Friedlaender ou Heidegger1. L’intérêt de l’ouvrage tient davantage dans l’articulation virtuose et érudite de ces trois registres que dans la complétude et la systématicité de leurs études séparées. On ne trouvera pas dans ces pages d’histoire positive et raisonnée des technologies. Quant aux lecteurs avides de propositions systématiques et de concepts immédiatement exploitables pour d’autres analyses, ils seront certainement déçus. Kittler nous offre bien plutôt une lecture brillante qui démonte et remonte les câblages du complexe de média composite sam., 27 oct. 2018 07:19:59 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11599 acta Friedrich Kittler & Dieter Mersch : deux pensées allemandes du médium http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11607 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11607/83254.jpg" width="100px" />Prolégomènes : littérature & médiumLes dix-neuviémistes, en France, tels Alain Vaillant ou Marie-Ève Thérenty, ont beaucoup et brillamment œuvré depuis une bonne dizaine d’années pour nous faire saisir la littérature comme partie prenante de l’espace médiatique, et non pas comme son autre, son envers, sa glorieuse marge : l’histoire littéraire ainsi renouvelée par la saisie de la « civilisation du journal1 » ne cesse de faire apparaître l’intrication étroite des mondes de la grande presse, des revues, de l’édition, la circulation et la dépendances de leurs acteurs. L’étude même des discours, menée notamment par M.‑È. Thérenty dans son ouvrage de 2007, La Littérature au quotidien2, montre le poids des genres de la presse sur une littérature qui peut à bon droit être dite globalement « médiatique ». L’acception couramment péjorative de l’expression est révélatrice de l’identification entre la littérature et un support livre sacralisé, associé à la clôture, la perfection et l’éternité d’une forme engendrée par un auteur démiurge : le média de masse qu’est la presse, collective, éphémère, ne paraît l’altération de la littérature que dans la mesure où il s’oppose aux propriétés de l’objet livre. C’est sur ce point qu’insistait A. Vaillant, le 28 juin 2018, lors de la conférence « La littérature, entre livre et périodique » donnée à la Sorbonne à l’occasion du congrès annuel d’ESPRit (European Society for Periodical Research)3 : si la littérature n’est pas le livre, en tant qu’elle est un acte de communication, elle fait corps avec son canal dont les propriétés influent sur la production, la réception, et l’élaboration théorique même de l’idée de littérature. Invitant à s’étonner de la résistance de la forme archaïque, pré-médiatique qu’est le livre, A. Vaillant soulignait qu’il favorisait une conception poïétique de la littérature, propice à certains genres, comme le roman.Le médium dans sa matérialité se trouverait ainsi au cœur même de la définition de la littérature, non pas donc comme l’addendum historico-sociologique à une histoire des genres et des styles, non pas comme un substrat technique n’expliquant que des formes émergentes ou marginales du littéraire – twittérature, par exemple – mais comme donnée fondamentale de son incarnation historique et de sa pensée théorique.La réflexion sur le médium n’est pas absente de l’analyse littéraire en France. Elle a été notamment stimulée par le développement du numérique et d’Internet, qui, générant des « écr sam., 27 oct. 2018 07:23:25 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11607 acta Le médium & son milieu : une théorie élémentaire des média http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11609 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11609/82984.jpg" width="100px" />La récente traduction chez Vrin, dans la collection « Matière étrangère » del’essai Chose et Médium de Fritz Heider par Emmanuel Alloa permet enfin la lecture en français d’un des textes canoniques de la théorie des média anglo‑saxonne. Ce petit volume — initialement un article publié en 1926 — s’inscrit dans un mouvement plus large de traductions et publications de cette théorie des média allemande que la sphère francophone a trop longtemps ignorée. Si, jusqu’à ce jour, l’attention a été principalement centrée autour de la théorie déterministe et matérialiste de Friedrich Kittler, la publication de Chose et Médium vient ouvrir le champ francophone à une théorie plus « élémentaire » des média que le philosophe américain John Durham Peters1 appelait récemment de ses vœux, à l’heure où des notions telles que l’écologie médiale deviennent communes. Si le lien du médium à la nature et l’ouverture du champ des média à des considérations plus « environnementales » peuvent paraître une nouveauté2, l’étymologie complexe du terme « médium » nous prouve le contraire. Les travaux récents d’Antonio Somaini sur l’usage de cette notion chez Walter Benjamin révèlent une tendance théorique, celle d’une acceptation moins « technologique » de ce concept ; le médium est alors synonyme du « milieu3 ». La préface d’E. Alloa souligne le caractère fondateur de Chose et Médium pour la théorie des média. Son propos introductif nous met cependant en garde contre un « généalogisme stérile » qui ferait de ce texte une anticipation des théories de Marshall McLuhan. E. Alloa y précise le contexte philosophique contemporain de Chose et Médium, celui du débat opposant Alexius Meinong à Hermann von Helmholtz, une querelle portant sur la primauté des qualités sensorielles ou des objets réels dans le processus perceptif. Poursuivant les réflexions de son mentor Meinong, Heider prend parti contre Helmholtz et défend l’idée que l’objet est la cause principale de la perception. Contre une conception « psychique » défendue par Helmholtz, Heider en vient à considérer un élément tiers : le médium. D’une théorie de la perception à une théorie globale du sensCe qui conditionne le mécanisme de la perception, ce sont les propriétés physiques du médium, la nature du milieu dans lequel se trouve la chose perçue. Lorsque je vois un objet, entre cette chose et mon regard se déploie une chaîne causale ininterrompue. Dans l’exemple de la perception d’un crayon éclairé par une lampe, entre cet objet et mon sam., 27 oct. 2018 07:24:41 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11609 acta Y a‑t‑il une philosophie des média ? http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11612 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/11612/83254.jpg" width="100px" />L’ouvrage de Dieter Mersch, Théorie des médias. Une introduction, nous propose une présentation des principales facettes de la réflexion des sciences humaines et de la philosophie sur le médium, y compris lorsque le médium n’est pas encore thématisé comme tel et objet explicite d’étude. Si une telle introduction est la première éditée en France, l’ouvrage a sa place parmi de nombreuses autres introductions en Allemagne, où l’institutionnalisation de la Medienwissenschaft dans le champ universitaire s’est accompagnée de la parution de plusieurs (et bien utiles pour l’étudiant comme pour le néophyte) ouvrages introductifs1. Le caractère très didactique, doublé d’un souci d’exhaustivité préservant néanmoins le caractère accessible de cette introduction, a très certainement contribué aux choix des éditeurs et des traducteurs parmi ce grand nombre d’ouvrages.D. Mersch organise le panorama proposé en quatre parties, chronologiques, mais qu’il veut également thématiques au regard des intitulés donnés. Il s’attache tout d’abord à tracer les origines d’une pensée du médium chez des philosophes, de Platon à Nietzsche qui ne le théorisaient pas encore comme tel. Il décrit ensuite le moment que l’on pourrait dire réflexif d’une théorie du médium devenant consciente du déplacement du regard qu’elle induit, que ce soit dans les réflexions sur l’appareil de Walter Benjamin, la critique des médias de masse menée par le marxisme puis par l’école de Francfort, ou encore les études plus régionales de Bertold Brecht consacrées à la radio ou de Béla Balázs sur le cinéma. Une part importante de cette partie est consacrée à ce que l’on a pu appeler « l’école canadienne », regroupant un ensemble de personnalités, pour certaines attachées à l’université de Toronto, pour d’autres y ayant enseigné ou mené ponctuellement des recherches, qui a contribué à définir le champ de la théorie des média. La raison d’être thématique de la troisième partie de l’ouvrage de D. Mersch, intitulée « Les philosophies des médias » est moins évidente, non pas au regard des auteurs qui y figurent, dont l’importance pour la théorie des média est indéniable, mais en raison de son titre qui semble refuser aux théoriciens qui précédaient le statut de philosophes. D. Mersch achève enfin son tour d’horizon en présentant les derniers développements d’une discipline qui s’attache aujourd’hui à élargir son champ de recherche en réinscrivant ses analyses dans une philosophie de la technique ayant accompli le saut sam., 27 oct. 2018 07:25:58 +0200 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=11612