Parutions Acta Fabula https://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta L’âge des possibles : le théâtre tragique du XVI<sup>e</sup> siècle https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13157 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13157/98316.jpg" width="100px" />Si l’on trouve en format poche, et depuis plusieurs années, non seulement le théâtre de Corneille, Molière et Racine, mais également Le Véritable Saint Genest de Rotrou, La Mariane de Tristan L’Hermite ou Les Amours tragiques de Pyrame et Thisbé de Théophile de Viau, pour s’en tenir à quelques pièces du xviie siècle éditées dans la collection GF-Flammarion, il n’existait jusqu’à présent qu’une édition du théâtre du xvie siècle au format poche : celle des Juives de Garnier procurée par Michel Jeanneret pour la collection « Folio Théâtre » en 2007. C’est peu de dire que l’anthologie conçue par Emmanuel Buron et Julien Goeury vient combler un manque : elle rend enfin accessible au plus grand nombre un florilège de tragédies qui n’avaient bénéficié jusqu’à présent que d’éditions savantes, pour certaines un peu anciennes — même s’il faut rappeler l’existence d’un vaste programme éditorial franco-italien qui, depuis 1986, ambitionne de donner à lire l’intégralité du Théâtre français de la Renaissance (Florence/Paris, Olschki/PUF, 1986-, 17 volumes parus).L’entreprise s’inscrit dans un important mouvement de renouvellement du discours sur le corpus tragique de la période, qui se manifeste de plusieurs manières : par différentes publications collectives générées par les programmes des Agrégations de lettres (sur Hippolyte et Les Juives ou Hippolyte et La Troade de Garnier, pour les plus récents), par la parution du beau volume de l’« Avant-Scène théâtre » consacré au théâtre français du Moyen Âge et de la Renaissance (dir. Darwin Smith, Gabriella Parussa et Olivier Halévy), par des thèses récentes (celles de Florence Dobby-Poirson ou de Nina Hugot notamment), mais également par la mise en scène de Cléopâtre captive par Charles Di Meglio et la présentation du spectacle à la Bibliothèque nationale de France et au Château-Musée d’Ecouen en 2018.La tragédie du xvie siècle a désormais droit de cité et fait l’objet d’approches et de travaux neufs, riches et pour tout dire passionnants, auxquels E. Buron, l’un des maîtres d’œuvre de cette anthologie, a contribué avec énergie et constance. Son complice, J.Goeury, est par son expertise en matière d’écrits et de discours protestants, à l’origine de l’œcuménisme esthétique et religieux qui caractérise cette anthologie. Car qui dit anthologie dit évidemment choix ; mais celui qui a été retenu est particulièrement pertinent. D’abord parce que les quatre pièces qu’on lira, Cléopâtre captive (1553) d’Étienne Jodelle, David comba jeu., 15 oct. 2020 18:05:17 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13157 acta Réussir le roman d’une guerre manquée https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13167 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13167/Sigalas.jpg" width="100px" />Le présent ouvrage, dont il faut souligner l’exigence et l’ambition, porte sur une période historique à la fois riche d’enjeux et peu représentée dans les études de littérature française. Il prouve à quel point la réflexion sur l’écriture de l’histoire, prenant un nouvel élan parmi les historiens1, constitue un objet que les chercheurs en littérature gagnent à investir tout autant. Issu d’une thèse soutenue en 2015 à l’Université Paris-Sorbonne, l’essai de Clément Sigalas étudie un corpus composé d’une quinzaine d’œuvres qui constituent autant de « fictions pensantes » — pour reprendre le titre de la collection où paraît cette étude — sur la Seconde Guerre mondiale. Si cet échantillon permet d’interroger la mémoire du conflit, il conduit plus largement à revisiter l’histoire littéraire de la seconde moitié du xxe siècle. Sans renoncer à l’étude de textes majeurs (ceux de Claude Simon et de Julien Gracq en tête), C. Sigalas rend justice et donne une visibilité nouvelle à des auteurs moins reconnus par le canon littéraire : Emmanuel Bove, Henri Calet, Roger Nimier, Robert Merle, Pierre Gascar ou encore Georges Hyvernaud.Les romans retenus ont pour point commun de ne pas s’inscrire dans la doxa « résistancialiste », qui a prévalu dans la période de l’après-guerre. Face à la légende dorée de l’adhésion, sinon de la participation active, de l’immense majorité des Français à la lutte contre l’occupant, un contre-discours romanesque s’est précocement élevé. Quoique les auteurs divergent par leurs partis pris esthétiques et leurs positionnements politiques, leur âge et leur notoriété, ils font montre d’un comparable recul critique en révélant avoir vécu une guerre peu glorieuse, voire manquée. C. Sigalas recourt à la notion d’épopée pour mieux mesurer, par contraste, à quel point les romans s’en éloignent. Ce faisant, il développe une saisie à la fois littéraire et politique des textes, l’épopée renvoyant à la fois au déploiement d’un registre spécifique et à la construction discursive d’une communauté. Les structures narratives, les faits de langue, les personnages ne sont pas analysés en tant que tels mais rattachés à une réflexion explorant les liens entre le genre romanesque et le récit historique.L’ouvrage s’organise en trois grands mouvements équilibrés en volume, dont les deux premiers forment bloc. Chacun dresse les contours de la vision de la guerre développée par les romans : l’un à partir de la notion de combat, l’autre à partir de celle, complémentaire sam., 17 oct. 2020 16:45:30 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13167 acta Marcel Proust : écrivain ou critique ? https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13169 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13169/Proust acte critique.jpg" width="100px" />Derrière l’ouvrage Proust et l’acte critique se cache un colloque qui s’est tenu les 10 et 11 décembre 2016 à l’Université de Kyoto et qui était initialement intitulé « Proust et la critique ». Ce changement de nom interroge le lecteur dans la mesure où il semble porteur de sens. Là où le nom du colloque laissait entendre que « Proust » et « la critique » entretenaient un rapport de comparaison, celui des actes, Proust et l’acte critique, indique un rapport beaucoup plus intime entre un écrivain et une modalité de l’écriture. En effet, le premier titre connotait un rapprochement entre deux réalités simplement juxtaposées alors que le second suggère une subtile imbrication de Proust, à entendre ici par « œuvre proustienne », et de la critique.L’ajout, au passage, du mot « acte » n’est certainement pas en reste. Avec Proust et l’acte critique, la question ne se pose pas de savoir si les commentaires réflexifs, et autres propos sur l’art qui jalonnent À la recherche du temps perdu relèvent de la critique ou non. Cela est posé comme un acte, comme un fait. Ainsi, ce colloque se propose d’observer l’œuvre critique et l’œuvre littéraire de Proust comme un tout cohérent. Les auteurs envisagent tant les commentaires critiques de l’écrivain au sens strict du terme que la dimension critique de son œuvre littéraire, dimension qui, selon les directeurs de l’ouvrage, Yuji Murakami et Guillaume Perrier, « n’avait pas échappé, en effet, aux premiers proustiens japonais » (p. 9).Dans cet ancrage japonais réside peut-être une force supplémentaire des publications reprises dans Proust et l’acte critique. D’une part, cet ancrage nous rappelle le rayonnement international de l’œuvre de Proust, et avec elle, celui de la littérature française. D’autre part, c’est l’occasion également de décloisonner quelque peu nos perspectives européennes, voire francophones, afin de nous ouvrir au regard de spécialistes étrangers, en l’occurrence japonais, dont les écrits sont parfois peu médiatisés en Europe. D’autant plus que le caractère international de ce colloque qui fait dialoguer critique française et critique japonaise pourrait bien s’avérer porteur de pistes fécondes pour les études proustiennes. Selon l’ambition même des directeurs de l’ouvrage : « notre souci a été d’offrir un large éventail de la critique proustienne franco-japonaise, en donnant à réfléchir sur l’acte critique de Proust, dans ses manifestations et ses intentions les plus diverses, aussi bien heuristiques que créa sam., 17 oct. 2020 16:49:49 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13169 acta Balzac & la comédie des sciences humaines https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13171 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13171/Balzac sociologie.png" width="100px" />Jeune hypokhâgneux tout à l’émerveillement d’un Paris qui donnait réalité à des réminiscences littéraires, je m’identifiais naïvement à Balzac (stupéfiante première rencontre de sa statue, au carrefour Vavin !), au point qu’il m’est arrivé plusieurs fois de suivre, au cours de mes sorties du dimanche, des inconnus, pour découvrir leur quartier, leur maison, leurs entours, que j’essayais de deviner1.Ainsi Bourdieu se dépeint‑il lors de ses années de formation, s’assimilant à Balzac ou devenant un de ses personnages, un de ces flâneurs observateurs que nous rencontrons fréquemment au hasard des pages de La Comédie humaine.Balzac, inspirateur de Bourdieu, Balzac précurseur de la sociologie : c’est une idée bien enracinée dans la critique. L’auteur de La Comédie humaine aurait été sociologue sans le savoir, il serait représentatif de cette littérature du début du xixe siècle qui aurait, selon Jacques Rancière, cherché à représenter le monde social via des modes d’intelligibilité et des paradigmes repris, des années plus tard, par les sciences sociales2. L’ouvrage dirigé par Andrea Del Lungo et Pierre Glaudes n’entend pas dénier à Balzac ces qualités sociologiques, mais plutôt nuancer une bipartition trop stricte entre un roman précurseur et une discipline à venir. Le titre du recueil, Balzac, l’invention de la sociologie (en écho au volume Balzac, l’invention du roman3), met ainsi l’accent sur une démarche dynamique : Balzac construit son entreprise romanesque au moment où, en prenant l’homme social comme objet de savoir, les sciences sociales se construisent. C’est en effet en 1839 qu’Auguste Comte emploie les mots de « sociologie », de « science sociale » et de « physique sociale » pour désigner une démarche qui tente de décrire le monde social par des lois spécifiques distinctes des lois de la nature. Balzac, contemporain de cette mutation épistémologique, ne peut élaborer sa poétique romanesque que par rapport aux sciences du savoir qui se construisent à son époque. Si les contributrices et contributeurs du volume ne se refusent pas à voir dans Balzac un auteur dont les « intuitions » (Tortonese, p. 175 ; David, p. 195 ; Glaudes p. 207 ; Novak‑Lechevalier, p. 302) préfigurent des travaux sociologiques d’envergure au xxe siècle, il s’agit cependant également, comme le résume Jérôme David, d’« historiciser les rapports du roman et de la sociologie » (p. 196), en se refusant à reléguer à « l’enfer du pré‑scientisme tout ce qui était antérieur à Durkheim » (p. sam., 17 oct. 2020 16:54:56 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13171 acta Michèle Métail, un travail à plusieurs dimensions https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13145 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13145/Métail.jpg" width="100px" /> Michèle Métail a reçu en 2018 le prix d’honneur Bernard Heidsieck pour l’ensemble de son œuvre, une œuvre originale, à la croisée des arts, des pays comme des groupes d’appartenance. Première femme à avoir été cooptée à l’Oulipo, en 1975, elle se rattache surtout à la poésie sonore. Ayant refusé, pendant plus de vingt ans, les publications écrites et les enregistrements, au profit de ce qu’elle appelle des « publications orales », elle a longtemps échappé au grand public, alors qu’elle bénéficie d’une reconnaissance internationale. Depuis le début du siècle, de nombreuses publications (écrites) permettent d’accéder plus facilement à son travail, qui a toujours été exposé. En 2020 encore, deux expositions importantes ont eu lieu à Marseille : l’une à la galerie des bains‑douches de la Plaine, l’autre au CIPM. L’ouvrage collectif qui est paru à son sujet fin 2019 répond donc à une évidente nécessité. Le volume est dirigé par Anne‑Christine Royère, maîtresse de conférences à l’université de Reims Champagne‑Ardenne et spécialiste de la poésie dans la diversité de ses modalités, livresque, exposée, sonore et performée. Il propose un véritable bilan de cette œuvre, s’ouvrant par un entretien très complet avec Michèle Métail, qui expose ses grandes étapes et ses lignes de force. Il comporte également une bibliographie critique et un répertoire des publications (y compris lorsqu’elles ont été performées ou exposées). C’est donc un outil extrêmement précieux.Un parcours oulipien L’entretien initial permet de comprendre le parcours de Michèle Métail, depuis ses années d’étudiante à l’université pluridisciplinaire de Vincennes, avec en particulier l’importance de la formation musicale et la proximité avec le Germ, le Groupe d’Études et de réalisations musicales de Pierre Mariétan. Sa place au sein du champ poétique est rendue sensible par la participation de nombre de ses acteurs, en particulier de plusieurs poètes majeurs, français et étrangers, qui interviennent en tant que témoins, auteurs, traducteurs ou analystes de l’œuvre : de ce point de vue, l’ouvrage tient du volume de mélanges, des « mélanges poétiques ». Par surcroît, Camille Bloomfield analyse la posture de cette « travailleuse du texte » « au prisme du genre », notamment sa relation avec l’Oulipo. Michèle Métail a intégré ce groupe après y avoir présenté les Compléments de noms, dont les vers sont constitués chacun par six compléments du nom successifs (d’où le titre du poème). D’un vers à l’autre, un dim., 11 oct. 2020 21:57:12 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13145 acta Cartes & textes : arpenter le monde d’Henry David Thoreau https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13150 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13150/Arpenteur.jpg" width="100px" />L’Arpenteur vagabond de Julien Nègre part du postulat que la pratique cartographique de l’écrivain américain Henry David Thoreau constitue un trait distinctif dans l’ensemble de son œuvre et qu’elle implique un régime de lecture particulier dans les interactions qu’entretiennent la carte et le texte. Il s’agit donc d’étudier non pas simplement les liens qui les unissent, mais également la manière dont Thoreau lit les cartes et le rôle qu’elles jouent dans son travail d’écriture. Ainsi les rapports d’oppositions entre le visible et le lisible cèdent la place à une dialectique entre le « faire voir » et le « faire advenir », au sens où les cartes ne se contentent pas de représenter l’espace, mais proposent une grille de lecture qui influence notre rapport au monde. La spécificité des textes de Thoreau repose sur une apparente contradiction : le positionnement critique à l’égard d’un geste cartographique envisagé comme moyen d’appropriation et de simplification de l’objet représenté n’y est pas absent, mais il n’engendre pas un « désaveu de la cartographie » (p. 20) puisque l’auteur envisage textes et cartes comme complémentaires. Il convient ici de préciser que la carte chez Thoreau se saisit aussi d’espaces « a priori insignifiants » (p. 293) tels que le trou d’un écureuil ou la cave d’une maison, et s’affranchit même parfois de support lorsqu’elle devient « carte mentale » (p. 289). Objet polymorphique, elle oscille donc entre tentation de la mesure dans un rapport quantitatif au réel, objet heuristique placé au même niveau que le texte et pure abstraction ; c’est pourquoi le travail de J. Nègre en propose à la fois une lecture historiciste et une lecture esthétique. L’Arpenteur vagabond soulève également la problématique du langage comme outil de déchiffrement, mais aussi d’encodage du monde : la manière dont Thoreau parle du monde recèle une dimension politique explicite qui place au cœur de ses enjeux la question du territoire et la figure de l’arpenteur annoncée par le titre. Notre parcours de ce texte s’attachera dans un premier temps à montrer que la figuration de l’espace dans l’œuvre de Thoreau ne vient pas l’aplanir, mais au contraire en exhibe la profondeur en déplaçant l’opposition entre le visible et l’invisible du côté d’une redéfinition de la « découverte ». Nous reviendrons ensuite sur les différentes couches successives qui caractérisent à la fois le lieu et sa figuration dans le travail de Thoreau, avant de conclure sur la figure de l’arpe dim., 11 oct. 2020 22:00:07 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13150 acta Saint‑John Perse, un poète masqué https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13153 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13153/Perse.jpg" width="100px" />Contrairement à ce que pourrait laisser penser son titre, l’ouvrage dirigé par Henriette Levillain et Catherine Mayaux n’est pas un dictionnaire au sens commun du mot, à savoir dans lequel les différentes entrées seraient classées par ordre alphabétique. C’est plutôt un dictionnaire « conceptuel », divisé un peu arbitrairement en deux grandes parties, qu’ont préféré les deux universitaires : chronologique pour l’une, thématique pour l’autre. À l’intérieur de la première, quelques grands chapitres, correspondant aux grands moments de la vie de Saint‑John Perse (1887‑1975) ; dans la seconde, d’autres chapitres concernant la « fabrique de l’œuvre », les diverses sources d’inspiration du poète, ses thèmes de prédilection, ses procédés stylistiques et linguistiques. L’ouvrage se termine par plusieurs chapitres « inclassables », concernant aussi bien ses rencontres littéraires et artistiques que son goût pour l’autoportrait et le masque, ou la réception critique de son œuvre. Ainsi, en plus de six cents pages, sont dévoilées les multiples facettes aussi bien de la vie que de l’œuvre du poète.En fin d’ouvrage, plus classiquement, un index liste l’ensemble des notices, par ordre alphabétique cette fois, ainsi que les thèmes ou personnalités n’ayant pas eu droit à une notice spécifique, avec des renvois vers celles qui les citent. Chacune, ici, est suivie du nom complet d’un des trente‑deux rédactrices ou rédacteurs sollicités, alors que dans le corps du livre, juste deux initiales le signalent. Cet index prend place au milieu de diverses annexes : une bibliographie sélective, une chronologie ainsi qu’un index des noms de personnes renvoyant aux pages où elles sont citées. L’ouvrage se clôt par un index, alphabétique lui aussi, des contributeurs comportant une courte biographie pour chacun d’eux, suivi d’une table des matières reprenant l’intégralité des intitulés des notices ainsi que l’intégralité des index.***H. Levillain et C. Mayaux sont des spécialistes de la vie et de l’œuvre de Saint‑John Perse1, auquel chacune a déjà consacré plusieurs ouvrages. Nous pouvons citer, à titre d’exemples, la monumentale biographie que la première a consacrée au poète, et la pénétrante étude que fit la seconde des Lettres d’Asie, révélant pour la première fois la mystification mise en point par SJP les réécrivant quasiment toutes a posteriori. Mais toutes deux ont écrit de nombreux autres ouvrages en relation avec le poète objet de ce dictionnaire. Elles seront d’ailleurs prése lun., 12 oct. 2020 10:02:34 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13153 acta Immanence de l’image : formes visuelles & forces imageantes selon Gilles Deleuze https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13156 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13156/Deleuze.jpg" width="100px" />La lithographie de Paul Klee, Seiltänzer (Funambule), datée de 1923, qui se dessine sur la première de couverture de l’ouvrage Deleuze penseur de l’image délivre, de façon ténue, quelques indices sur le contenu de cet ouvrage. Elle constitue une première entrée qui, pour expliciter la théorie deleuzienne des arts visuels, instaure un dispositif muséal donnant en regard des textes de Judith Michalet un dessin d’Antonin Artaud, des peintures de Francis Bacon, des photogrammes issus de films de Rossellini, Beckett ou Vertov. Le funambule de Klee, parce qu’il évoque simultanément équilibre et déséquilibre, concentration et vertige, stabilité et chute, maîtrise et risque, ligne à suivre et ligne de fuite, devient même l’emblème du lecteur parcourant cet ouvrage qui, solide, stable, concentré, sera invité à laisser sa subjectivité flancher.J. Michalet est maîtresse de conférences en esthétique et philosophie de l’art à l’École des Arts de la Sorbonne de l’université Paris 1. Ses travaux portent sur la pensée esthétique de Gilles Deleuze, et plus particulièrement sa conception de la subjectivité, de la création et de la réception. Dans la lignée de ses travaux de recherche, l’ouvrage Deleuze penseur de l’image entend tracer les contours précis de la pensée de l’image deleuzienne ; une pensée qui affirme l’immanence de l’image, et renverse la définition traditionnelle de l’image comme copie ou trace d’un substrat ou d’un sujet.Comment penser l’immanence de l’image qui n’est ni un manque, ni un double, mais qui revendique son statut de pure présence ? D’où provient et que permet la réception de l’image telle qu’elle est ainsi conceptualisée par Deleuze ? Pourquoi cette théorie de l’image est-elle renversante ? J. Michalet nous donne les clefs de compréhension des caractéristiques de cette philosophie immanentiste de l’image, en suivant un parcours qui nous permet, chapitre par chapitre, de mieux saisir « la spécificité de la conceptualisation deleuzienne des formes visuelles et des forces imageantes » (p. 9). En côtoyant, dans ce dispositif muséal, les images qui ont influencé Deleuze — images de Bacon, Artaud, Alain Resnais, Vertov —, images qui constituent les points de départs de l’analyse de J. Michalet, nous entrons alors « dans l’image » (p. 10) afin d’apprécier « la pure présence de ce qui est image, ainsi que la propagation directe des vibrations qu’elle véhicule » (ibid).Image & immanenceDans son introduction, J. Michalet nous annonce le projet de cet lun., 12 oct. 2020 10:04:46 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13156 acta Comment peut-on être libéral ? https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13133 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13133/Libéral.jpg" width="100px" />Comment peut-on être libéral ? Le titre choisi pour cette recension, en détournant une phrase bien connue des Lettres persanes, tâche de condenser les questions que soulève cet ouvrage collectif, dont les onze contributions sont réunies par Éléonore Le Jallé et Fiona McIntosh-Varjabédian sous le titre Libéral, libéralité, libéralisme : enjeux philosophiques, culturels et littéraires. En effet, l'un des objectifs de cet ouvrage, issu d'un symposium qui s'est tenu à Lille les 27 et 28 novembre 2015, est de définir aussi bien en synchronie qu'en diachronie ces trois termes qui entretiennent, ne serait-ce qu'à travers le prisme évident de leur étymologie, un rapport étroit les uns avec les autres. Se demander « comment on peut être libéral » revient donc à interroger la manière d'être de ce que l'on appelle un « homme libéral », ou encore tout simplement « un libéral », puisque l'adjectif est couramment utilisé comme nom commun, notamment dans son acception économique et politique (on parle des « libéraux »). Mais le point de départ de la réflexion repose sur un paradoxe : comment est-il possible qu'une vertu antique, la libéralité, que l'on peut considérer comme un synonyme de « générosité » ou de « largesse », entretienne un lien si étroit avec le libéralisme, un terme qui renvoie aujourd'hui spontanément à son acception économique, et dont la fin peut être définie comme « la liberté individuelle de chacun qui est celle de poursuivre ses intérêts1 » ? N'existerait-il pas dès lors une opposition diamétrale entre un terme positif, qui désigne une qualité considérée a priori comme une manifestation d'altruisme (la libéralité) et un terme renvoyant au système économique aujourd'hui le plus répandu et accepté dans le monde, mais qui pour autant fait de plus en plus l'objet de vives critiques, lesquelles interrogent précisément sa moralité – ou plutôt, en l'occurrence, mettent en cause son caractère immoral et injuste ? « Comment peut-on être libéral ? », dans ce contexte, est aussi une question qui peut prendre la forme d'une indignation : l'homme libéral devient dans cette perspective le chantre de l'injustice, ce qui revient à inverser totalement le sens premier de cet adjectif, qui faisait de la libéralité l'une des qualités de l'homme juste et vertueux.Un autre problème que soulève l'ouvrage, sans que son titre ne l'explicite, c'est le rapport, ne serait-ce qu'étymologique, que ces trois termes entretiennent avec la liberté (libertas) et donc les qualités de dim., 04 oct. 2020 08:35:49 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13133 acta Troubles épistémologiques. Quelles rencontres possibles entre le narratologue & le neuroscientifique ? https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13137 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13137/Schaeffer.jpg" width="100px" />Le défi que se lance Jean-Marie Schaeffer dans son introduction aux Troubles du récit est de taille : produire un lieu de rencontre entre la narratologie et les sciences cognitives qui puisse échapper aux écueils rencontrés par les précédentes tentatives (p. 34).C’est donc tout naturellement qu’il consacre son premier chapitre (« Prolégomènes : l’étude cognitive du récit ») à bâtir un état de la question sur les relations parfois difficiles entre cognition et narrativité, à partir duquel il pourra mener ses propres investigations. J.-M. Schaeffer distingue trois évolutions majeures dans l’histoire des sciences psycho-cognitives face à la question du récit. La première consiste dans le passage d’un intérêt pour la réception à un engouement pour la production du récit, champ qui était longtemps resté vain en raison de l’incapacité technologique de fournir des données empiriques à ce sujet. La deuxième est caractérisée par une prise de distance des sciences psycho-cognitives face à la linguistique structuraliste telle que l’a popularisée Noam Chomsky ; en abandonnant le formalisme et les modèles qu’il propose, les sciences cognitives opposent désormais, à l’idée d’une grammaire abstraite du récit, celle d’une pluralité de modèles dynamiques et d’interactions cognitives : « il y aurait un feedback permanent entre l’activation de scripts par défaut et la correction-adaptation de ces scripts » (p. 27). La troisième évolution, enfin, tient à des expérimentations qui déplacent l’étude de l’histoire (la matière diégétique) vers celle du récit et de la narration.Outre la dette symbolique des disciplines psycho-cognitives envers l’approche structuraliste du récit (par rapport à laquelle elles se calquent et s’opposent successivement), il reste difficile de répondre efficacement à la question centrale des relations productives entre narratologie et psycho-cognition. Comment, notamment, composer avec la nature différente des récits qui sont étudiés, les uns simples et synthétiques lors d’études empiriques, les autres complexes et extensifs dans le cadre d’analyses phénoménologiques ? Enfin, comment passer outre les importantes divergences méthodologiques entre le travail qui se déroule en laboratoire et celui fourni en bibliothèque, qui exigent le recours à des heuristiques certes non-oppositionnelles mais parfois conflictuelles ?Si les écarts entre les objets de recherche, les ambitions et les épistémologies représentent des difficultés certaines, ils ne sont pas insu dim., 04 oct. 2020 08:38:50 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13137 acta Édouard Glissant : l’archipel créole https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13143 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13143/Archipels Glissant.jpg" width="100px" />Auteur d’Édouard Glissant. L’identité généreuse (2018), François Noudelmann s’est associé à Françoise Simasotchi-Bronès et à Yann Toma pour publier les actes du colloque « Archipels Glissant », qui s’est tenu du 31 mai au 2 juin 2018 et a réuni de nombreux chercheurs venus des quatre coins du monde. L’ensemble des contributions vise à éclairer différentes facettes de la pensée politique, esthétique et philosophique d’Édouard Glissant, placée sous le signe de la relation, qu’il s’agisse de la créolisation du monde ou de celle des identités qui, considérées comme une forme de mise en contact des différences, se conçoivent de façon dynamique sous les formes de l’échange et de la métamorphose. Le concept cardinal est celui, éponyme, d’archipel, considéré non comme une réalité géographique complexe, mais comme un paradigme, une catégorie de pensée. La vingtaine d’articles que contient l’ouvrage est distinguée en quatre ensembles : « Imaginaires et langues », « Politiques de relation », « Archipel des arts » et « Les vies d’Édouard Glissant ». Considérant, pour notre part, que l’effort principal des textes en question réside dans un exercice d’exégèse – étant donnée la réputation difficile de l’œuvre, qui invite à mettre en question son hermétisme –, nous proposons de sélectionner trois unités linguistiques pour rendre compte des gloses de Glissant : le mot, la phrase et le texte.Mots glissantiens : créolité, divers, relation, tremblementL’ensemble des contributeurs reprend et explique un certain nombre de lieux communs de la pensée de Glissant, qui repose notamment sur l’emploi d’un vocabulaire spécifique dont les enjeux méritent d’être déployés. Mais pour comprendre le vocabulaire de Glissant, plusieurs chercheurs pensent qu’un détour par l’art s’impose. Ainsi Y. Toma, dans « De la démesure de la démesure en art », soutient que l’apport des arts visuels en général et de la peinture en particulier est la condition sine qua non à la compréhension de la vision du monde de Glissant ainsi que de son rapport à l’acte créateur. Dans « La pensée baroque chez Édouard Glissant, ou l’esthétique antillaise », Nao Sawada recourt au peintre Wifredo Lam pour expliciter les enjeux du tremblement dans la poétique de Glissant. Incarnant la pensée archipélique en peinture, Wifredo Lam permet de reconnaître des formes du tremblement dans l’hésitation et la maladresse, et d’en trouver l’équivalent dans les soubresauts sismiques des îles. Le tremblement permet enfin de comprendre l dim., 04 oct. 2020 08:51:56 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13143 acta Quadriller l’espace en littérature https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13141 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13141/Gélinas-Lemaire.jpg" width="100px" />Dans cet essai paru en 2019 dans la collection « Théorie de la littérature », Vincent Gélinas‑Lemaire, s’inscrivant dans la lignée des études déjà nombreuses sur l’espace, présente un projet fort ambitieux : celui d’une « typologie générale de la poétique spatiale dans le récit »(p. 9). V. Gélinas‑Lemaire cherche ainsi à établir, à la manière de Gérard Genette, une typologie structurale utile pour étudier le récit d’espace tout comme l’espace au sein d’un récit. Il synthétise ainsi diverses approches coexistant depuis quelques décennies maintenant, de la vision deleuzienne de l’espace à la géocritique de Bertrand Westphal, en passant par la géopoétique de Kenneth White.Fort de ce projet, dans un souci constant de clarté et de pédagogie, V. Gélinas‑Lemaire liste dès l’introduction les cinq aspects de l’espace qu’il va se charger de décrire : 1. L’aspect géométrique permet de « dessiner un schéma précis » de l’espace, avec des lignes ou des mesures. 2. L’aspect localisé renvoie à l’étude du lieu, à la localisation sur une carte ou à la délimitation des frontières. 3. L’aspect allégorique explore quant à lui les potentialités abstraites et métaphoriques de l’espace au sein d’une œuvre littéraire. 4. L’aspect dynamiqueétudie les relations et les échanges entre un personnage et son environnement. 5. Enfin, l’aspect technique de l’espace « illustre sa médiation par une variété de savoirs ».V. Gélinas‑Lemaire insiste sur le fait que cet ouvrage n’est pas une « fin en soi »(p. 12), mais un point de départ à partir duquel chacun peut penser l’espace et ainsi fourbir de nouveaux outils qui n’épuiseront pas la richesse et la dimension protéiforme d’un lieu littéraire.Pour expliquer et détailler cette typologie, l’auteur s’appuie sur un corpus large, « en juxtaposant des œuvres du Moyen Âge jusqu’à l’époque contemporaine » (p. 12). L’espace, ici, sera donc détaché d’un cadre, d’un auteur et d’un contexte particuliers. V. Gélinas-Lemaire en convient lui‑même : le choix d’un corpus très étendu rend inévitable un certain survol des œuvres. De la même manière, il ne s’agit pas d’épuiser la richesse et la profusion des approches littéraires, et plus largement anthropologiques des études de l’espace.Qu’est‑ce qu’un espace ?Comment définir le terme d’espace ? Quel lien l’espace entretient-il avec le récit ? V. Gélinas‑Lemaire le reconnaît d’emblée, l’espace est difficilement définissable de façon synthétique. Loin d’être défini précisément, l’espace est toujours « représenté dim., 04 oct. 2020 08:45:46 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13141 acta Ampleur de la brièveté https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13110 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13110/Voisin.jpg" width="100px" />Si les contributions récentes à la théorisation de la brièveté ne manquent pas, aucune n’était aussi large et copieuse que cet imposant ouvrage collectif, qui réunit un grand nombre d’auteurs autour de la notion, méthodiquement repensée et ravivée, de brachylogie. Tous ceux qu’intéresse la notion de brièveté auront tout intérêt à consulter cet ample volume, ambitieux et stimulant, où ils trouveront certainement matière à réflexion, quel que soit leur domaine précis de spécialité.Polymorphie de la brachylogieEn découvrant le volume, on est en effet de prime abord désarçonné par la diversité des sujets traités : aux côtés d’écrivains attendus, comme La Rochefoucauld, Érasme ou Cioran, on est surpris de trouver des analyses sur des auteurs qu’on n’associe pas spontanément à la brièveté, comme Flaubert, Cendrars ou Rabelais. En effet, si Mohamed Anis Abrougui rappelle que « le genre de la maxime est substantiellement lié à la notion de brachylogie » (p. 165), Patrick Voisin considère que la réciproque n’est pas vraie : « la brachylogie ne limite pas sa présence au seul champ des proverbes, maximes, sentences et autres formes brèves » (p. 558). Après tout, Mathieu Perrot observe que la notion de brièveté est par définition relative et élastique : « Le bref ne l’est jamais que par rapport à quelque chose. Il n’y a pas de brachylogie dans l’absolu. » (p. 218) On en trouvera la raison dans les travaux de Catherine Kerbrat‑Orecchioni : « l’usage d’un adjectif évaluatif est relatif à l’idée que le locuteur se fait de la norme d’évaluation pour une catégorie d’objets donnée1 ». En d’autres termes, l’adjectif bref ne s’interprétera pas de la même façon selon qu’on parle d’un roman ou d’une nouvelle : tout dépend ici du repère retenu pour la comparaison implicite.Les contributions réunies dans le volume ne se limitent pas aux textes littéraires canoniques, bien d’autres domaines se voyant ponctuellement abordés : il est aussi question de cinéma, d’heroic fantasy, de séries télévisées, de formules bibliques, de santons provençaux et même de la définition précise de la mare, par opposition à l’étang ou au lac. Un chapitre analyse de façon très détaillée, par exemple, le film Crash de David Cronenberg, sans jamais malheureusement le confronter au célèbre roman de James Graham Ballard dont il est tiré. Cet élargissement du champ disciplinaire séduira légitimement les amateurs de cultural studies à l’américaine, mais on pourra aussi trouver le propos trop hétéroclite parfoi ven., 25 sept. 2020 19:51:20 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13110 acta La raison cartésienne & l’humanisme https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13125 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13125/Lelong.jpg" width="100px" />Philosophie & littératureIl est sans nul doute outrageusement schématique d’opposer, comme le faisait par exemple Giambattista Vico, une rationalité cartésienne fondée sur le « bon sens » et dressée par une méthode d’inspiration mathématique, et une raison humaniste respectueuse du « sens commun » (sensus communis), ce sens de la communauté et des choses pratiques qui ne saurait être cultivé que par les études littéraires et la fréquentation des méandres de la vie active1.Aussi Frédéric Lelong se propose‑t‑il dans son ouvrage Descartes et la question de la civilité de montrer non seulement que la philosophie de Descartes n’est nullement « hostile […] au sens commun » (quatrième de couverture), mais que la conception cartésienne de la rationalité n’est pas si purifiée d’enjeux pratiques que l’on voudrait bien le penser — autrement dit, qu’il y a une « irréductibilité de la conception cartésienne de la connaissance à une sphère strictement épistémique » (p. 126).L’opération typique de l’ouvrage consiste dès lors à indiquer, dans le discours de la science, l’immixtion d’éléments qui lui sont étrangers et qui sont proprement « littéraires » — au sens où ils relèvent de la tradition humaniste — tout en tâchant de démontrer que cette immixtion n’a pas valeur de simple décoration, ou d’artifice rhétorique, mais peut être également pourvue d’une signification philosophique.Le concept rendant possible cette opération est celui de « civilité », si l’on veut bien ne pas réduire cette « civilité » à n’être qu’un ensemble de normes historiquement déterminées qui contraignent le comportement de l’homme en société. Aussi faudra‑t‑il, au sein même de la tradition humaniste, montrer que la civilité est une « vertu rhétorique et morale métaphysiquement fondée » (p. 14), l’intérêt étant précisément que les différentes dimensions qui sont constitutives de la civilité changent de signification suivant la métaphysique qui les fonde. C’est là l’objet du chapitre 1, qui étudie « les concepts fondamentaux de la civilité humaniste et leur fondement métaphysique » (p. 17‑56). Sont successivement pris en compte, au prisme de cette méthode, la « facilité », la « grâce », la « convenance », la « douceur » et le refus du « pédantisme ».De quel fondement métaphysique est‑il question ? Il est, à chaque fois, relatif à l’idée que les différents auteurs étudiés se font de notre « nature », et des conditions dans lesquelles cette nature s’exprime. Dès lors, et pour s’en tenir à l’essenti sam., 26 sept. 2020 11:21:39 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13125 acta Réseaux de revues & chercheurs en réseaux : de l’Europe à l’Atlantique https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13117 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13117/europe_des_revues_une.jpg" width="100px" />L’Europe des revues II (1860-1930). Réseaux et circulations des modèles est la deuxième collaboration entre Évanghélia Stead et Hélène Védrine. Cette somme imposante (près d’un millier de pages) prend la suite d’un premier volume paru en 2008 sous le titre L'Europe des revues (1880-1920). Estampes, photographies, illustrations. Cet ouvrage couvrait une fourchette chronologique allant de 1880 à 1920 – tout en remettant en question le découpage rigide de la chronologie et d’autres cloisonnements qui ne rendent pas compte de la nature fluide de la revue littéraire. Il reconnaissait ainsi le flou des frontières chronologiques, géographiques, thématiques, voire idéologiques. Mais son plus grand mérite était de rendre toute sa place à l’image, dans la perspective des études médiatiques. L’accent était ainsi mis sur la matérialité et l’esthétique de ces objets culturels que sont les revues.Ce second volume offre un plan plus complexe et ambitieux, centré sur les réseaux et les circulations des modèles entre les périodiques. Réseau pourrait faire office de mot-clé non seulement dans l’ouvrage, mais aussi dans toute étude de société au xixe siècle, car il traduit également l’esprit de la période étudiée. En effet, dès les premières décennies du xixe siècle, de petites révolutions médiatiques voient le jour : la baisse considérable du prix de l’abonnement, la démocratisation du contenu, l’entrée dans une logique industrielle de la presse… Tous ces faits alimentent un réseau médiatique exponentiel. Il va sans dire que le développement des transports et des techniques de reproduction des images a aussi contribué à la circulation des périodiques. À la Belle Époque, de nombreux autres titres apparaissent, avec des tirages assez importants. Cet essor de la presse en France se retrouve outre-Atlantique : ainsi la période considérée coïncide approximativement avec « l’âge d’or » de la presse en langue française au Brésil, étudiée de 1850 à 1930 par Valéria Guimarães1.En présentant l’ouvrage, ses directrices rappellent les limitations imposées par ce qu’Olivier Corpet appelle le « positivisme statistique2 ». Les chercheurs ayant contribué à l’ouvrage ont été invités à « adopter une approche intersémiotique et interdisciplinaire » (p. 10) et proposent des panoramas de circulation des revues, des analyses transversales et des études de cas mettant en lumière la méthodologie déployée dans les recherches sur les périodiques littéraires. La tranche chronologique initiale a été é ven., 25 sept. 2020 20:01:13 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13117