Parutions Acta Fabula https://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta « Voltaire tout entier » : une histoire de l’édition Kehl (1779-1789) https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13521 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13521/41eTZvFUC+L._SX328_BO1,204,203,200_.jpg" width="100px" />Ce livre très érudit, tiré d’une thèse de doctorat sous la direction de Michel Delon, étudie dans le détail l’aventure éditoriale, entre 1779 et 1789, des premières Œuvres complètes de Voltaire, qui fut la « dernière grande entreprise philosophique du siècle » (selon François Bessire, cité p. 1322). Proposant des réflexions dans les domaines de l’histoire littéraire, de l’histoire du livre et de l’histoire des idées, il rend compte de la genèse de l’édition et complète les travaux précédents, parfois lacunaires en raison de la partialité des sources et des idées reçues sur l’opportunisme de Beaumarchais dans cette affaire ou encore sur les « supercheries1 » des éditeurs, qui n’hésitèrent pas à intervenir sur le texte de Voltaire, ce qui était admis auxviiie siècle. La table des matières, ordonnée et précise, facilite grandement la manipulation des deux imposants volumes.La réflexion de Linda Gil s’appuie sur une masse très importante d’archives souvent inédites. Reprenant à son compte le principe défendu par Nicholas Cronk d’une édition « datée » (p. 891), qui reflète les pratiques de son temps, elle inscrit le projet dans le contexte du tournant des Lumières (1770-1780) et dans un moment d’« effervescence éditoriale » autour de Voltaire (p. 207). L’édition Kehl replace le philosophe « au cœur d’un réseau dont il est le centre » (p. 976), et dont Beaumarchais tire parti, en sollicitant l’appui d’hommes de lettres et de princes éclairés, le roi Frédéric II, l’empereur Joseph II, et Gustave III de Suède. Elle est également un défi à la monarchie française, qui considère alors le philosophe comme un auteur subversif. En s’appuyant sur l’étude de la correspondance, L. Gil éclaire les rôles respectifs de Beaumarchais, de Condorcet, du libraire Nicolas Ruault et de l’homme de lettres Jacques Joseph Marie Decroix dans l’entreprise éditoriale. Elle met en lumière la recherche de « cohérence » chez les éditeurs et leur désir de « réhabilitation » de Voltaire (p. 1006). Son travail renouvelle les travaux d’André Magnan sur l’image de Voltaire véhiculée par l’édition Kehl2 et sur la relation Condorcet-Ruault, de Christophe Paillard sur les prémices « laborieuses » de l’édition3, de Gunnar von Proschwitz sur le rôle de Beaumarchais éditeur4, de Charles Coutel sur le supplément biographique de Condorcet5. Il prolonge et complète les réflexions d’Olivier Ferret sur le Dictionnaire philosophique ou lesmélanges6, de Jacqueline Marchand sur le rôle de Decroix7, de François mar., 06 avril 2021 15:03:04 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13521 acta Le fantastique & ses objets https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13523 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13523/md30754611363.jpg" width="100px" />Il Lato oscuro delle cose, essai d’Ezio Puglia paru en italien aux éditions Mucchi, est une étude comparatiste de premier plan sur le fantastique, à la fois en tant que genre historique et en tant que « mode narratif ». Nous reviendrons plus loin sur cette distinction. Toute l’originalité du livre tient au fait que l’auteur étudie la littérature fantastique du point de vue des objets qui y figurent. Francesco Orlando, dans son essai intitulé Les Objets désuets dans l'imagination littéraire, est l’un des premiers à avoir opéré, en 1993, une révolution copernicienne dans les études de lettres en relisant l’histoire littéraire du point de vue des « choses ». Il proposait une interprétation sociohistorique de l’omniprésence, à partir du xixe siècle, d’objets « défonctionnalisés » dans les poèmes et les romans européens (antiquités, églises désacralisées, fleurs séchées, trésors cachés, etc.). De manière tout aussi féconde, E. Puglia s’inscrit dans cette veine et se détourne de la catégorie centrale de « personnage » au profit des objets. Cet angle d’approche lui permet, d’une part, de jeter une lumière nouvelle sur des textes que nous croyions connaître par cœur, et d’autre part, de proposer une réinterprétation du genre fantastique qui, dans toute sa complexité, apparaît comme une clé fondamentale pour comprendre les bouleversements socioculturels provoqués par l’avènement des sociétés industrielles et capitalistes.Le premier chapitre se fonde sur une étude de cas visant à mettre en évidence l’oubli des objets par la critique littéraire, et les conséquences qui s’ensuivent. Le texte en question est The Minister’s Black Veil, une nouvelle de Nathanael Hawthorne racontant l’histoire d’un pasteur qui décide du jour au lendemain, sans explication, de couvrir son visage d’un voile de crêpe noir. De façon passionnante, E. Puglia juxtapose les innombrables interprétations successives de ce voile, toutes contradictoires, mais toutes persuadées d’avoir le dernier mot. Cette réduction herméneutique d’un dispositif textuel qui pourtant prévoit une multiplicité de lectures (en ce sens, le texte préfigure Kafka selon l’auteur), empêche de comprendre l’enjeu véritable du récit. Pour s’en approcher, il faut tourner le dos aux lectures symboliques ou allégoriques du voile, pour l’observer dans sa matérialité propre : en d’autres termes, il faut « mettre entre parenthèses ses significations secondaires potentielles, et […] décrire sa concrétude objectuelle » (p. 29). C’est là mar., 06 avril 2021 15:04:36 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13523 acta Isidore Isou & les arts plastiques https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13525 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13525/isidore-isou-9782880061036_0.jpg" width="100px" />Jusqu’ici essentiellement connu comme le fondateur du lettrisme, Isidore Isou (1925-2007) est aussi un artiste majeur du xxe siècle. Tel est en tout cas le constat auquel conduit la lecture du livre de Frédéric Acquaviva. Illustré de plus de 150 œuvres superbement reproduites, l’ouvrage, qui a reçu le Prix du Festival International du Livre d'Art et du Film (FILAF) en 2019, est une véritable somme, qui reconstitue avec une précision documentaire remarquable le développement de l’œuvre et de la pensée d’Isou dans le domaine artistique. Fr. Acquaviva était sans aucun doute le mieux armé pour mener cette entreprise, qui ne nécessita pas moins de quatre années de travail. De 1998 à 2007, il a fréquenté Isou assidûment. Lui-même compositeur, il a enregistré ou orchestré quatre de ses symphonies. Il lui a consacré plusieurs expositions : « Isidore Isou, du lettrisme à la créatique » en 2006 à la galerie de l’hôtel de ville de Besançon (ce devait être la dernière exposition du vivant de l’artiste) ; « Introduction à un nouveau poète et à un nouveau musicien » en 2007-2008 au cipM ; « Bientôt les lettristes (1946-1977) » avec Bernard Blistène en 2012 au Passage de Retz. Il a publié ses romans hypergraphiques (Isidore Isou, Hypergraphic novels – 1950-1984, Institut culturel roumain de Stockholm, 2012), écrit sur d’autres lettristes aussi : Gil J Wolman, I am immortal alive (MACBA, 2010), Lemaître, une vie lettriste (La Différence, 2014), entre autres. Avec Isidore Isou, il signe une monographie qui fera date, et sur laquelle devront s’appuyer tous les travaux ultérieurs qui aborderont de près ou de loin non seulement Isou, mais aussi Maurice Lemaître, et tous ceux qui firent à un moment partie du groupe lettriste.Fulgurances & lenteursNé en Roumanie en 1925, Isidore Goldstein (Isou est le diminutif que lui donnait sa mère) se lance à 16 ans dans l’apprentissage du français, qui lui semble alors être la langue de l’avant-garde. Il arrive en France en août 1945, illégalement. Tout s’enchaîne ensuite très vite. On est frappé par le foisonnement de son activité, la force de son caractère, héritée dira-t-il de son père, et tout simplement le culot avec lequel il fraie son chemin. Deux jours après son arrivée, il s’arrange pour rencontrer Gaston Gallimard en prétextant vouloir l’interviewer. Gallimard publiera ses deux premiers livres, Introduction à une nouvelle poésie, et L’Agrégation d’un nom et d’un messie. Isou aura alors seulement 22 ans. La première manifestat mar., 06 avril 2021 15:07:46 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13525 acta La vie des choses peintes https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13529 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13529/101072.jpg" width="100px" />Le terme de « nature morte » n’est pas seulement un oxymore : il est aussi anachronique. Dans son essai Stilleven : peindre les choses au xviie siècle, Jan Blanc revient sur les fondements d’une pratique picturale qui s’est constituée comme un genre artistique autonome vers 1630 dans les Provinces-Unies, et qu’on désignait alors par le terme hollandais de stilleven. Si les langues germaniques ont conservé le mot d’origine, le français a opté au xviiie siècle pour une désignation erronée qui s’est pourtant imposée anachroniquement, et a faussé ce faisant notre conception du genre. À travers une réflexion lexicologique rigoureuse qui nous incite à réviser notre connaissance du néerlandais, nourrie de fines analyses qui nous font voyager dans bien des merveilles de ce « siècle d’or hollandais », dont l’auteur avait déjà éclairé des pans insoupçonnés1, le présent essai de Jan Blanc propose une reconstruction historique de la spécificité de « l’art de peindre des choses » au moment de son émergence comme genre autonome et reconnu. Loin d’être considérée comme une pratique artistique inférieure — comme le veut un lieu commun persévérant dans notre tradition théorique occidentale —, la stilleven jouissait à l’époque moderne d’une prestigieuse réputation, dont témoigne notamment la pratique du genre, qu’on peut bien dire florissante, aux Pays-Bas. Certes, dès avant la Renaissance, les textes sont nombreux à faire l’éloge des peintres d’Histoire aux dépens des peintres des “choses”, mais comme le souligne l’auteur tout au long de son essai, le classement hiérarchique des genres n’implique pas un discrédit général de la peinture du rang inférieur. Ainsi, lorsque en 1668, André Félibien établit la tripartition des genres dans la célèbre préface des Conférences de l’Académie royale de peinture et de sculpture pendant l’année 1667 en distinguant, en fonction des sujets représentés, entre peinture d’Histoire, portraits et peintures de « choses mortes et sans mouvement », il souligne que certaines œuvres peuvent sortir du rang de leur genre par l’excellence — ou en “descendre” au contraire par la faiblesse — du pinceau de l’artiste.2 Si les peintures d’Histoire sont ontologiquement supérieures aux peintures de stillevens, dans la mesure où elles représentent aussi et surtout des figures humaines en action (p. 172), les stillevens les surpassent « en intensivité » par le fait qu’elles offrent une représentation diversifiée des phénomènes de la nature, note Jan Blanc, en f mar., 06 avril 2021 15:11:15 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13529 acta Manuel universitaire de littérature de jeunesse https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13511 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13511/Litt jeunesse.jpg" width="100px" />« Je joue aux livres que j’ai lus. »Robert Louis StevensonBénédicte Milland‑Bove, médiéviste et auteur de La Demoiselle arthurienne. Écriture du personnage et art du récit dans les romans en prose du xiiie siècle1 et Marie Sorel, vingtiémiste et auteur de Le Jeu dans l’œuvre de Montherlant2 proposent ici un manuel universitaire de littérature de jeunesse qui se présente sous la forme d’une anthologie didactique précédée d’une introduction critique. Conformément au genre de l’anthologie dans sa forme didactique, la focale de l’ouvrage est le texte de jeunesse. Ainsi le lecteur se voit‑il offrir vingt‑six analyses qui s’étendent d’un extrait de La Bonne Mère, théâtre à l’usage des jeunes personnes (1780) de la comtesse de Genlis à Aussi loin que la lune (2019) de Sylvain Levey. Les deux auteurs présentent leur dessein de la façon suivante :Ce manuel, qui n’a aucune prétention à l’exhaustivité, n’est pas un « Lagarde et Michard » de la littérature de jeunesse. Loin du corpus de textes panthéonisés, l’ouvrage entend mettre en avant la diversité des approches (littérature, linguistique, étude de genres, didactique, génétique, traductologie…) auxquelles peuvent ouvrir les œuvres pour la jeunesse. Les « classiques » (Les Malheurs de Sophie, Alice au pays des merveilles…) y côtoient des œuvres contemporaines ou plus confidentielles et les analyses ne sont pas des commentaires de textes canoniques, encore moins des modèles à imiter.L’ampleur de l’objet exige la substitution du concept d’exemplarité à celui d’exhaustivité. Convoquant un modèle anthologique canonique, à savoir le Lagarde et Michard, les auteurs tentent de s’en distinguer, non seulement par leur objet, mais aussi par leur méthode et leur esprit, à savoir un rapport non exclusif au canon. C’est peut‑être pour cette raison qu’apparaît, en première de couverture, une illustration de John Tenniel pour Alice au pays des Merveilles de Lewis Caroll ; Le Chat du Cheschire montre que la littérature de jeunesse n’est pas, ou pas seulement, un univers rassurant.« Foire » aux questionsL’introduction de l’ouvrage, intitulée « La Littérature de jeunesse ? “Voilà qui est bien curieux !” » se présente comme une « foire » de questions estudiantines, questions « faussement naïves » (p. 11) regroupées en cinq thèmes :Qu’appelle‑t‑on littérature de jeunesse ? A‑t‑elle toujours existé ?La littérature de jeunesse, est‑ce un genre particulier ?La littérature de jeunesse est‑elle de la « vraie » littérature ?Y a‑t‑il de bons lun., 29 mars 2021 08:44:09 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13511 acta La masse, la rature, l’exemple : à quoi tient la valeur d’une correspondance ? https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13512 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13512/Andre-Gide-dans-ses-lettres.jpg" width="100px" />Roland Barthes disait que Gide était son Ursuppe1. Trente mille lettres, plus de deux mille destinataires : voici l’Ursuppe de Gide. La correspondance de Gide est l’une des plus abondantes du xxe siècle, et il était plus que souhaitable qu’une synthèse vienne guider le lecteur dans ce corpus foisonnant. C’est ce qu’offre en partie ce numéro de la revue Épistolaire qui réunit les actes du colloque organisé par Paola Codazzi sur André Gide dans ses lettres en mars 2019.Mais au-delà de la quantité, quelle valeur l’étude groupée de cette correspondance présente-t-elle ? L’apport documentaire de cette masse de liasses presque impossible à éditer est inestimable, à propos de Gide comme de ses correspondants et de la vie des lettres au tournant des xixe et xxe siècles. Pierre Masson, dans l’« État de la question de la correspondance d’André Gide » qui, dans cette livraison de la revue Épistolaire, suit les actes du colloque, insiste sur le choix récurrent fait par les chercheurs gidiens de ne pas réduire la correspondance à un monologue pour l’envisager comme « une correspondance à deux voix, mais qui devient, dans la perspective d’une correspondance générale, une correspondance à deux mille voix » (p. 304-305). Il relève quatre niveaux d’apport documentaire (p. 305-306) : l’histoire littéraire et l’histoire de la N.R.F. en particulier ; l’histoire en général ; le roman familial de Gide ; l’itinéraire de Gide vers le roman.Cependant, la centaine de correspondances déjà éditées a largement été exploitée en ce sens et la valeur du recueil ne tient pas à son apport documentaire : de ce point de vue, il se résume à deux lettres d’intérêt modéré à deux interlocuteurs italiens, et à l’utilisation de certaines correspondances inédites, avec Marcel Arland en particulier.Une possibilité, non développée ici, aurait été de dessiner et cartographier les réseaux d’échanges et les flux, au-delà même des corpus édités : la vie des lettres l’aurait alors emporté, comme objet d’étude, sur le savoir sur Gide. Mais le cadre du colloque n’était pas le plus adapté à ce travail. Une autre possibilité encore aurait été d’envisager pleinement Gide comme écrivain épistolaire, en cherchant à définir ce qu’a de spécifique sa pratique de la lettre et à différencier son écriture de celle de ses interlocuteurs. Ce n’est clairement pas le choix d’un recueil qui, s’il se soucie de la textualité épistolaire, envisage surtout les interactions, les échanges, les continuités discursives et stylisti lun., 29 mars 2021 08:46:46 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13512 acta Lecteur du monde https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13514 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13514/Marx- bibliothèque monde.jpg" width="100px" />Étudier la littératureLa leçon de William Marx s’ouvre sur un constat : la « science » de la littérature se distingue par une place à part des autres, y compris les sciences humaines ; en effet, non seulement motivée par l’amour de son objet, elle l’est également par celui du Beau. La littérature se condamne donc à un déchirement constant entre sa tendance anthologique, ou esthétique, et son versant épistémologique. Voici qui donne d’emblée un objectif ambitieux à la chaire ouverte par le chercheur : franchir ces limites imposées et […] dépasser cette contradiction originelle en montrant que l’idéal scientifique d’objectivité, d’universalité et d’exhaustivité qui devrait être celui du chercheur en littérature peut être mis au service de l’expérience esthétique elle‑même. (p. 13)Ainsi en est‑il, dans le poème d’Heredia placé en ouverture, des conquérants qui regardent les étoiles nouvelles en direction des terres inconnues. « Admirer », « se laisser charmer », voici pourquoi l’on part en exploration et comment l’on découvre de nouvelles terres.Mais une fois cette contradiction exposée, et peut‑être résolue par la suite, le chercheur affirme qu’en réalité, c’est l’acception même du terme de littérature qui n’est pas sans poser question : Lire toute la littérature supposerait déjà de savoir ce qu’elle est. Est‑elle ce qui nous a été transmis sous ce nom par l’École ou par la tradition ? Mais le nom a varié avec le temps, et le périmètre qu’il définit n’a pas toujours eu l’unité que nous lui attribuons aujourd’hui. (p. 29)Comment effectuer des découpages internes à l’intérieur d’un objet si mouvant ? En parler, même, suppose bien un consensus sur le terme. Or cette définition doit être explicitée ; préalable d’ailleurs nécessaire, pourrait‑on ajouter à la remarque du chercheur, pour toute démarche scientifiquement honnête. Il reste donc à présupposer, avec le professeur, que tout lecteur est un théoricien qui s’ignore. Et que cette théorie a une histoire ; voilà comment W. Marx nous propose une sortie de l’aporie à laquelle il a abouti en tentant de circonscrire la littérature, après avoir rejeté une définition nominaliste à la Hegel (« la philosophie est formée de tout ce qui à un moment ou un autre s’est appelé philosophie ») : par la, ou plutôt les, littératures comparées – suivant le titre de la chaire concernée par cette leçon inaugurale.La « démarche comparatiste »Afin de définir la démarche, ou méthode comparatiste, W. Marx propose de s’inspirer des sci lun., 29 mars 2021 08:50:27 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13514 acta Maurice Barrès l’influenceur : modalités d’une admiration ambivalente https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13515 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13515/Dubosson Barrès.jpg" width="100px" />Si l’importance d’un écrivain se mesure à l’influence qu’il a pu avoir sur ses pairs, nul doute que Barrès occupe dès lors une place de tout premier plan, que sa réduction à des positions idéologiques gênantes a parfois pu faire oublier. L’impressionnante étude de Fabien Dubosson s’attache à expliciter la richesse de cette réception, en deux temps : une première partie est consacrée à la construction, par le futur « prince de la jeunesse », de son autorité (c’est l’époque du « barrésisme », terme apparu en 1892 sous la plume du poète et critique Camille Mauclair) ; une seconde partie s’intéresse aux contre-lectures auxquelles l’œuvre et la personne de Barrès ont pu donner lieu, auprès de plusieurs générations d’écrivains (les « jeunes gens de la Revue blanche », André Gide, Albert Thibaudet, Jacques Rivière, Louis Aragon, Joseph Delteil). La double approche adoptée (l’étude empruntant ses outils aussi bien à l’histoire littéraire qu’à la sociologie de la littérature) permet de proposer une analyse très fine tant des modalités de réception de l’œuvre et de la personne de Barrès, que – dans une perspective plus théorique – de la manière dont la réception d’un « maître » engage des enjeux de positionnement dans le champ littéraire du côté des « disciples ».La construction d’une posture « cohérente »La première partie de l’ouvrage est ainsi consacrée à décrire finement la manière dont Barrès s’est efforcé de construire sa posture et son autorité littéraires durant la première décennie de son écriture, entre 1888 et 1898. Malgré la diversité des milieux littéraires fréquentés durant cette période (milieu des « psychologues », des symbolistes, des idéalistes, des décadents pour l’essentiel), malgré, encore, l’éclectisme des références esthétiques convoquées, malgré, enfin, l’influence des différents engagements politiques, cette période se révèle déterminante en ce qu’elle voit l’émergence d’une « posture cohérente qui ne variera qu’insensiblement dans la suite de sa carrière » (p. 42). Cette posture, dont les principes se dévoilent à travers l’exercice de la critique (assidûment pratiquée les premières années) aussi bien que dans l’écriture des premiers romans, prolonge autant qu’elle renouvelle une certaine tradition littéraire.À ses débuts, le choix de Barrès de se présenter comme un « artiste » répond ainsi, d’un côté, au refus de souscrire au principe d’impersonnalité défendu par Gustave Flaubert et les naturalistes, de l’autre, à la reprise du culte wagnér lun., 29 mars 2021 08:53:44 +0200 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13515 acta Autour des étoiles https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13507 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13507/Capture d’écran 2021-03-22 à 20.25.07.png" width="100px" />Loin du confinement, loin de l’enfermement, loin du domestique, William Marx nous invite à regarder le ciel poétique. Dans son nouvel essai, Des étoiles nouvelles. Quand la littérature découvre le monde, paru dans la collection « Paradoxe » des éditions de Minuit (laquelle a déjà accueilli L’Adieu à la littérature (2005), Vie du lettré (2008), Le Tombeau d’Œdipe (2012) et La Haine de la littérature (2015). En 2018 paraissait aussi aux Éditions de Minuit Un savoir gai ; son premier livre, Naissance de la critique moderne. Eliot et Valéry, a paru chez Artois Presses Université en 2002), il invite le lecteur à une exploration de la littérature mondiale en suivant le fil des étoiles nouvelles, guides des explorateurs & des poètes.En lien avec sa leçon inaugurale au Collège de France, Vivre dans la bibliothèque du monde, & son cours actuel accessible en ligne, W. Marx propose une traversée des bibliothèques réelles & fictives & interroge notre rapport aux images & aux possibles de la littérature. Ce stimulant ouvrage débute par l’étude des « Conquérants » de José‑Maria de Heredia, l’un des rares sonnets qui appartiennent pleinement à notre mémoire collective. Passée l’étude de son incroyable réception immédiate dans la presse en 1905, William Marx propose une passionnante enquête sur les « étagères astronomiques », explorant des bibliothèques, mais pas que, du monde entier (de Tintin à Dürer, de Marco Polo à Proust, de Keats à Valéry, d’Aristote à Noir Désir). William Marx a accepté de se livrer au jeu de l’entretien pour Acta fabula, ouvrant une nouvelle rubrique — & une nouvelle page — de la revue.*Votre dernier essai, Des Étoiles nouvelles, paru aux Éditions de Minuit commence (& repose) sur le commentaire serré d’un sonnet d’Heredia puis s’ouvre rapidement à d’autres champs et à d’autres arts. Vous défendez l’idée d’une critique qui prenne en compte la diversité des littératures ; votre approche comparatiste va d’ailleurs bien au-delà des littératures, que vous n’entendez qu’au travers d’un maillage des arts.Je défends depuis longtemps l’idée d’une approche globale du fait littéraire, non restreint à ce qu’on entend traditionnellement aujourd’hui par littérature, à savoir réduit à des problèmes de forme, d’écriture, et dans le meilleur des cas à un dialogue entre la littérature et les arts. Rien ne me hérisse davantage que d’entendre parfois des comités ou des jurys universitaires de littérature dénigrer tel travail ou tel candid lun., 22 mars 2021 20:22:32 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13507 acta Femme, philosophe, féministe… & littéraire : Michèle Le Dœuff au matrimoine français https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13502 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13502/se-reorienter-dans-la-pensee-9782753578845_0.jpg" width="100px" />Faisant suite à deux journées d’études consacrées à la philosophe française Michèle Le Dœuff (tenues en septembre 2015 à l’Institut protestant de théologie), le volume coordonné par Jean-Louis Jeannelle et Audrey Lasserre réunit dix-huit communications de chercheur·se·s de différentes nationalités et de disciplines diverses. Il s’achève sur trois articles de la philosophe elle-même, dont l’un est publié pour la première fois in extenso (« Femmes – Philosophes – Féminisme : un post-scriptum »). Distribuées en quatre parties (« Défier la loi des genres » ; « Le sexe des savoirs » ; « À la barbe des philosophes » et « Recherches actuelles en philosophie féministe » – la cinquième partie, « Michèle Le Dœuff : un parcours », regroupant les textes de la philosophe), les contributions proposent une déambulation dans la pensée de la philosophe ; certaines s’attachant à un aspect de l’un des trois livres publiés par l’autrice ou de sa centaine d’articles, tandis que d’autres prennent une perspective plus générale sur son œuvre. L’ensemble permet de cartographier de manière ni linéaire ni dogmatique la pensée de la philosophe, pour reprendre la métaphore de navigation chère à l’autrice et reprise ici en titre de l’ouvrage :Ce qu’on appelle se ré-orienter dans la pensée c’est s’apercevoir qu’on est en train de se promener quelque part avec une carte qui n’était pas la bonne parce qu’on n’a pas pris en compte où l’on était1.Une reconnaissance française tardiveLa parution de cet ouvrage marque enfin la reconnaissance de l’importance du travail de Michèle Le Dœuff en France, bien après le monde anglo-saxon et en particulier l’Australie, comme le rappelle l’avant-propos (« Nouer avec Michèle Le Dœuff »). Rappelant le contexte des différents courants féministes dans les années 1980 et 1990, plusieurs articles explicitent l’opposition de Michèle Le Dœuff au différentialisme alors dominant et esquissent ainsi une hypothèse pour un tel retard, voire une telle invisibilisation de sa pensée2. Dans la mesure où le féminisme différentialiste ne fait qu’inverser la valeur associée au féminin en le revalorisant sans s’attaquer à la pensée dualiste, il sert les intérêts majoritaires, ce qui explique son succès, notamment en philosophie et en littérature, au détriment de penseuses plus corrosives qui, comme Michèle Le Dœuff, renversent les dichotomies tout en proposant des visions, des « modèles affirmatifs », comme le note Vanina Mozziconacci (p. 190) s’appuyant sur Le Sexe du savo lun., 22 mars 2021 10:25:26 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13502 acta À la recherche de l’origine des mythes https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13490 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13490/9782348059667_1_75.jpg" width="100px" />Voici un ouvrage important dont le but espéré est de tenter de résoudre, d’une manière différente de celles mises en œuvre par ceux qui se sont attaqués par le passé à ce sujet, l’énigme que constitue, au-delà de l’existence des mythes à la surface de la terre, le pourquoi des ressemblances que l’on peut déceler entre les versions de certains d’entre eux, et ce, quelles que soient les régions du monde et les époques où ils ont été diffusés. Les liens que l’on décèle entre eux sont-ils fortuits ? Sont-ils la conséquence d’une propagation ayant une origine unique, d’une « révélation primitive » ? Ou bien encore la preuve de l’existence d’archétypes universels ?Julien d’Huy veut nous donner à comprendre comment, à la suite de quels tortueux cheminements, il est possible de plus ou moins reconstituer des récits « premiers », de suivre leurs évolutions, d’ainsi nous éclairer sur l’évolution elle-même des peuples qui les ont « pratiqués », ainsi que sur le sens qu’ils leur donnaient.L’auteur a essayé de mener à bien cette tâche en utilisant des méthodes statistiques réservées habituellement aux biologistes et aux généticiens, voulant de ce fait s’écarter, sans les abandonner, des démarches précédentes, plus empiriques, fondées sur l’histoire des religions, la sociologie, bref, les sciences humaines.La thèse de J. d’Huy, inaugurée par une préface de Jean-Loïc Le Quellec, se compose de quatre mouvements précédés d’un prélude, hommage discret à son ainé, Claude Lévi-Strauss, dont le tome 1 des Mythologiques était lui aussi construit comme une œuvre musicale avec une ouverture suivie de divers « mouvements » (sonate, fugue, symphonie, etc.). Et même si, plusieurs fois dans son livre, il discutera telle ou telle hypothèse du grand anthropologue, jamais il ne remettra en cause ce qu’il lui doit, à lui comme aux très nombreux chercheurs auxquels il se réfère sans cesse, inscrivant son travail en droite ligne de celui de ses prédécesseurs.Chaque « mouvement » de l’ouvrage est dédié à un élément. Le « cycle de la terre » sera ainsi suivi du « cycle de l’eau », puis de celui du feu, avant que « l’air » ne conclue l’ensemble avec un dernier chapitre intitulé « Final en mythe majeur ».La méthode phylogénétiqueJ. d’Huy a choisi pour répondre à la question de l’origine des mythes de privilégier une démarche empruntée aux biologistes, et appelée « phylogénétique », par laquelle ces derniers ont établi un tableau de toutes les espèces vivantes, sous la forme d’arbres eux-mêmes dim., 21 mars 2021 21:58:21 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13490 acta Une « osmose entre théologie & littérature » : itinéraire à travers Port‑Royal https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13494 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13494/lc-115-port-royal-et-la-litterature-t3-de-cassien-a-pascal-9782745351944_0.jpg" width="100px" />Un « parcours d’un demi‑siècle avec Pascal » (p. 300) : c’est une part de ce long chemin d’étude du jansénisme et de l’auteur des Pensées auquel nous donne accès Philippe Sellier dans le troisième tome de son Port‑Royal et la littérature, De Cassien à Pascal. Divisé en cinq grandes sections, le recueil comprend vingt études, dont neuf sont inédites (soit un ratio plus important que pour les tomes précédents), et onze publiées ultérieurement, entre 2001 et 2019. Continuation d’un premier tome qui posait les pierres angulaires des relations entre Pascal et le milieu de Port‑Royal, puis d’un second s’intéressant à différents auteurs influencés par le jansénisme (La Rochefoucauld, Mme de Lafayette, Sacy et Racine, principalement), ce troisième tome met lui aussi « en présences des guides qui ont beaucoup compté pour le monastère » (p. 7). Comme le titre l’annonce, Cassien et Pascal occupent une part importante de l’ouvrage, mais de nouveaux auteurs et textes spirituels y trouvent également place. Car il s’agit ici d’embrasser, plus largement, « l’univers spirituel de Port‑Royal et de Pascal » (p. 7).Port‑Royal & ses frontières poreuses« Qu’est‑ce que Port‑Royal ? » : voilà le titre, mais aussi la question à laquelle se propose de répondre l’article qui figure en guise d’amorce de la première partie de l’ouvrage, nommée « Ouverture ». Après un survol historique dont l’idée est de faire apparaître Port‑Royal « sous son vrai jour » (p. 13), c’est‑à‑dire comme « un déploiement culturel de la prière » (p. 13), l’auteur présente les différents cercles constituants ce qu’il nomme « la rosace de Port‑Royal ». Cette métaphore lui permet de présenter les acteurs gravitant autour des moniales, réel cœur du milieu : les chapelains, les professeurs, les directeurs des religieuses et les maîtres des Petites Écoles, les Solitaires, les familles des moniales, mais aussi toutes les personnes fascinées par Port‑Royal, soit des théologiens, des religieux, des laïcs et différents membres de l’aristocratie du xviie siècle. Ph. Sellier insiste alors sur l’importance qu’eut Port‑Royal sur la vie culturelle de Paris, jusqu’à influencer des personnages de haut rang (le duc de Luynes, Armand de Bourbon, le prince de Conti, pour ne nommer qu’eux).C’est plus largement « l’influence considérable de la conception augustinienne de l’homme sur presque tous les écrivains que nous appelons “classiques” » (p. 17) qui est rappelée ici. À différents endroits, P. Sellier offrira d’autres exemp dim., 21 mars 2021 22:00:58 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13494 acta Défense & illustration d’un Beckett « à la française » https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13500 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13500/YmlMS01b.png" width="100px" />Un nouvel interdit se dresse aujourd’hui sur le seuil des études beckettiennes : « nul n’entre ici s’il n’est anglophone ». Naturellement, une telle règle n’est pas sans logique, compte tenu de l’importance du phénomène du bilinguisme dans l’écriture beckettienne. Elle se montre cependant plus pernicieuse qu’il n’y paraît, quand on constate que cette anglophonie est aussi nécessaire pour avoir l’espoir de « compter » dans le domaine des études beckettiennes, et, surtout, qu’elle ne répond absolument pas à un équilibre, ou à une réciprocité : la francophonie s’avère, au contraire, en perte de vitesse, comme s’il devenait anodin de pouvoir aborder Beckett par ce versant. Un tel constat se révèle non seulement douloureux mais également problématique, et se retrouve au cœur de la « note liminaire » de Llewellyn Brown qui inaugure l’ouvrage Samuel Beckett et la culture française, dirigé par Yann Mével : Le lien entre Samuel Beckett et la culture française est fondamentalement une question de langue, ce dont témoigne l’acharnement que l’auteur mit à systématiquement transposer — traduire, adapter — son œuvre d’anglais en français, et inversement, s’affrontant ainsi à la part d’impossible qui fait le socle de toute langue. C’est dire que les deux langues font une partie intégrante et fondamentale de l’œuvre. On ne peut donc que s’étonner du déséquilibre manifeste entre les communautés qui travaillent sur les écrits de Beckett. En effet, si, par le passé, les travaux en français ouvraient magistralement le champ de la réflexion — notamment les écrits de Georges Bataille et de Ludovic Janvier —, ce sont aujourd’hui les publications en anglais qui dominent très largement, faisant de Beckett l’un des auteurs les plus étudiés dans le monde. (p. 9)Voici ainsi mise à jour une tension qui, en définitive, parcourt, de manière plus ou moins explicite, l’ensemble des interventions réunies ici : y a-t-il encore de la place pour le versant francophone des études beckettiennes, et quelle serait la spécificité de ses apports ?On serait tenté de répondre oui à la première question — mais étant moi-même francophone et « beckettien », mon avis paraîtra forcément partial. Alors tournons-nous vers l’ouvrage qui débute en abordant frontalement cette question — et, peut-être, au fil de ses pages, pourrons-nous trouver quelques éléments de réponse. Il paraît en effet délicat de ne pas voir, dans le sujet retenu, celui de la relation entre Samuel Beckett et la culture française, une par dim., 21 mars 2021 22:44:15 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13500 acta Parler, écrire, penser à l’ère médiatique : changements d’optiques & nouveaux mythes https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13477 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13477/9782875622556-475x500-1.jpg" width="100px" />Fin connaisseur de Mallarmé et du xixe siècle, historien de l’édition et des institutions culturelles, spécialiste des théories de la communication et des médias, Pascal Durand, revenant dans son dernier ouvrage sur les interactions aussi nombreuses que fécondes entre presse et littérature à partir du xixe siècle et sur la circularité moderne entre culture et médias, s’attache aux transformations produites par ces interactions sur les formes d’écriture et d’expression, mais aussi plus fondamentalement sur les formes de pensée. Le mot-valise « médiamorphoses », choisi pour titre, désigne ainsi les changements de regard et de perspectives sur les objets culturels (œuvres, discours, textes, images…) et leurs supports, changements dus aux multiples effets de l’univers médiatique sur nos schémas de compréhension. Ces processus sont abordés à travers trois points de vue. Un point de vue historique, d’abord, visant à examiner en diachronie les changements intervenus des années 1830 à nos jours, et la façon dont les écrivains (Lamartine, Dumas ou Mallarmé) et penseurs (Le Bon ou Tarde, Gramsci, Benjamin ou McLuhan) rendent compte de ces mutations du regard et de la sensibilité. Un point de vue analytique, ensuite, permettant de passer divers objets au crible de la réflexion : la poésie, le roman-feuilleton, le Livre et les mythes nostalgiques ou eschatologiques qu’il suscite, le reportage, la publicité… Un point de vue théorique et critique, enfin, visant à dégager des pratiques et des théories de la communication les idéologies et les fantasmagories qu’elles recouvrent.La circularité entre presse, littérature, médias, culture médiatique & communicationCes différentes approches informent simultanément les chapitres composant l’ouvrage, issu de travaux publiés entre 1995 et 2015. Ces études d’abord autonomes, dont l’introduction du volume justifie l’ordonnancement au sein de ce dernier, sont réparties dans trois parties dont la première, « De la presse aux médias », examine principalement les mutations induites par l’essor de la presse depuis le xixe siècle. Après avoir clarifié le sens et chronologisé l’usage de mots ou d’expressions tels que médias ou culture médiatique (chap. I), P. Durand s’attache au regard porté sur le « présent des médias » par Lamartine, Mallarmé puis Gabriel Tarde (chap. II) ; il s’attarde ensuite sur la révolution du reportage dans les années 1880 et sur son impact dans le champ journalistique autant que littéraire (chap. III), avant lun., 15 mars 2021 11:51:45 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13477 acta Le stylet du critique : relire Céline en son siècle https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13484 <img src="https://www.fabula.org/lodel/acta/docannexe/image/13484/Capture d’écran 2021-03-15 à 11.54.04.png" width="100px" />La politique du styleHenri Godard publie en 1985 Poétique de Céline. Cette étude sur le style et la voix narrative du romancier français marque un jalon important dans le travail critique commencé plus d’une décennie plus tôt avec les éditions des œuvres de Céline dans la bibliothèque de la Pléiade. Cinq ans après cette étude sur la poétique célinienne, paraît dans la collection « L’Infini »de Philippe Sollers L’Autre Face de la littérature, un essai sur André Malraux. En évoquant l’autre face, on aurait pu croire effectivement que Céline se situe de l’autre côté de l’échiquier littéraire, car dès cette époque où André Malraux publie L’Espoir, Céline est de retour d’U.R.S.S., et quelque peu désillusionné par le manque de succès de Mort à crédit, décide de publier Mea Culpa, un violent texte anti-communiste qui relate son voyage en U.R.S.S. deux ans après la traduction par Elsa Triolet de son premier roman Voyage au bout de la nuit. La réception de ce texte est primordiale, à une époque où André Gide écrit son Retour de l’U.R.S.S., notes de voyage qui ne cachent pas sa déception mais dont les réactions virulentes nourriront son réquisitoire contre le stalinisme et sa dénonciation du totalitarisme soviétique. Alors que Voyage au bout de la nuit avait été très favorablement accueilli par des écrivains comme Malraux ou Bataille, l’échec de Mort à crédit et l’incompréhension devant Mea Culpa sera telle qu’il se lance dans la rédaction du pamphlet Bagatelles pour un massacre.Ici se situe le point de rupture pour tout lecteur de Céline. H. Godard a éclairé la cristallisation de ce moment, expliquant comment la violence de l’antisémitisme de Céline a opéré une cassure dans son expérience de lecteur. Il a d’abord commencé par lire Céline à travers l’œuvre tardive. Après le choc verbal D’un château l’autre, avec ses grandes découvertes langagières et stylistiques, il entame la lecture des pamphlets. Après l’éblouissement vient le haut-le-cœur. D’emblée une question se pose. Comment lire un des grands écrivains de la langue française du xxe siècle tout en sachant qu’il est en même temps l’auteur de pages dont l’antisémitisme soulève la révulsion la plus profonde ? Cette opposition entre le grand styliste et le « salaud » antisémite a été déclinée sous toutes les formes possibles1. Il est devenu le pont aux ânes de la critique célinienne. Cette opposition est dénoncée et étudiée dans Céline scandale en 1994. S’il convient de ne pas minimiser le scandale et le choc des lun., 15 mars 2021 13:59:46 +0100 https://www.fabula.org:443/lodel/acta/index.php?id=13484