Parutions Acta Fabula http://www.fabula.org/revue/ Dans l'ensemble des publications consacrées à la littérature, Acta fabula sepropose de recenser les essais présentant de nouveaux objets théoriques,mais aussi les ouvrages collectifs qui, relevant d'un champ disciplinaireplus étroit, recèlent de réels enjeux de poétique générale. fr contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) 60 Copyright © Fabula contacts@fabula.org (Webmestre Fabula) acta Récits d’intellectuels allemands sur la Ville Lumière et ses révolutions http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10591 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Paris vu par les Allemands : les récits et témoignages rassemblés dans cette volumineuse anthologie s’intéressent autant aux évolutions politiques, sociales et sur le plan des mœurs, qu’à l’actualité littéraire, culturelle ou encore aux innovations scientifiques, technologiques ou architecturales. Leur somme documente enfin de façon systématique et appropriée l’intérêt allemand pour la métropole française, de la Révolution française jusqu’à l’accession d’Hitler à la chancellerie. Si le sujet évoque la grande enquête de Karlheinz Stierle, traduite en français sous le titre La capitale des signes. Paris et son discours1, les bornes chronologiques de l’étude présentée ici sont plus larges et surtout, quand K. Stierle enrichit l’histoire littéraire, le recueil de Gerhard Kaiser, en proposant une vue d’ensemble de l’intérêt des intellectuels allemands pour la capitale française, embrasse plus largement. L’auteur traite là d’un sujet qu’il connaît bien et sous un angle encore inexploré, puisqu’il a fait le choix d’exclure toute forme de fiction et de limiter cette anthologie aux comptes rendus, ce qui autorise les reportages, récits de voyage, témoignages, portraits, essais ou gloses, mais exclut notamment les romans. Il a par ailleurs écarté les extraits, choisissant (à de rares exceptions près) des textes déjà publiés de manière autonome. Qu’en est-il alors de la littérarité des textes : reportages ou récits de voyages sont-ils bien des textes littéraires, et la matière n’est-elle pas par trop aride ? Plus crûment, y a-t-il un intérêt, pour le lecteur non spécialiste, à lire ce genre d’écrits à un ou deux siècles de distance ? L’identité des auteurs offre un premier élément de réponse : nous sommes en des époques où journalistes et chroniqueurs peuvent s’appeler Heinrich Heine, Ludwig Börne, Karl Gutzkow puis Heinrich Mann ou Theodor Fontane ; en un mot, de très grands noms de la littérature se côtoient ici. Pour les trois premiers, écrivains de la Jeune Allemagne, Paris était la capitale, revendiquée ou secrète, bien davantage que Düsseldorf ou Berlin ; il n’était que naturel qu’elle devienne un sujet privilégié. En retour, la capitale française devint une école du journalisme allemand. Qu’ils soient célèbres ou tombés dans l’oubli, ce qui est commun à la plus grande partie de ces centaines de témoins, c’est combien dans leur manière de rendre compte, ils s’élèvent au-dessus des péripéties quotidiennes, essayant d’apporter de la compréhension, de rendre intel dim., 19 nov. 2017 21:24:28 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10591 acta L’employé de bureau, ou la fusion entre un archétype & une analyse comparée http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10633 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />L’analyse comparative menée par Cyril Piroux est centrée sur le personnage de l’employé de bureau, nommé aussi rond-de-cuir, bureaucrate, gratte-papier ou scribouillard. En progressant à la fois sur les axes diachronique et synchronique, l’auteur de cet essai revisite l’histoire littéraire du roman, de sa phase d’apogée au xixe siècle à nos jours. La vision focale réglée sur l’observation d’un personnage largement oublié par la critique a le mérite de faire revivre des textes jugés mineurs. Et c’est en s’appuyant sur l’architecture du genre romanesque que cette figure littéraire révèle le mieux sa richesse dissimulée sous des apparences par trop minimalistes. Il faut donc commencer par circonvenir la figure en question pour établir un semblant de statut dans le cadre textuel. Mais comme le roman de l’employé de bureau glisse parfois vers le roman de la bureaucratie, l’essai soulève la question d’un possible chronotope1 à l’œuvre. Il ouvre alors le champ à d’autres formes d’analyses littéraires.Une figure romanesque archétypique à l’épreuve de la critique littéraireL’essai de C. Piroux couvre deux siècles d’histoire littéraire en examinant un type de personnage de roman très présent dans un large champ littéraire, mais paradoxalement très peu étudié. La bibliographie en fin de volume a ainsi l’intérêt d’établir un corpus constitué de références classiques, enrichi par la présence d’œuvres oubliées et/ou méconnues mais redécouvertes par « des éditeurs avisés dans les années 80-90 » (p. 202). Issue d’une histoire littéraire hétérogène (auteurs français et étrangers, période couvrant diverses écoles littéraires, reconnaissance ou non des écrivains en question), la constance de la figure de l’employé de bureau impressionne. Malgré la polysémie que recouvre le terme « bureau » (p. 110), force est de constater la forte homogénéité que renvoient les synonymes dépréciatifs de l’employé de bureau dans la littérature. Êtres maladifs, « personnages asociaux, névrosés et narcissiques » (p. 125), ils sont généralement célibataires et ont une piètre image d’eux-mêmes :Cela constitue en effet un trait commun à l’ensemble de nos bureaucrates incertains, que de se trouver laids, tristes et insignifiants lorsqu’ils se regardent dans une glace ; au point, parfois, de s’apparaître complètement étrangers à eux-mêmes. (p. 88)Ces antihéros semblent en permanence, dans leur vie familiale et leur parcours professionnel, stagner dans un espace liminaire2. Il existe entre eux de nomb dim., 10 déc. 2017 14:44:29 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10633 acta « La flamme éteinte se rallume » : lecture du livre VII des <em>Métamorphoses</em> d’Ovide nouvellement traduites par Marie Cosnay http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10635 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />« Il s’agit de sortir Les Métamorphoses du décor et des classes de latin, et de faire avec Ovide ce que Jean-Michel Déprats a fait avec Shakespeare ou André Marcowicz avec Dostoïevski », écrit Cosnay. Disons d’emblée que la première moitié de l’objectif est réussie : sans numéro de page, sans préface, accompagné seulement des notes les plus strictement nécessaires et d’un index des personnages le moins érudit possible, l’ouvrage est quasiment inutilisable en classe. Du reste, il s’agit d’un très beau livre à la couverture dorée et à l’agréable papier épais, hors de portée de la bourse de nos étudiant·es.Quelles régions de Grèce survole Médée lorsqu’elle fuit sur son char tiré par des dragons ? Qui sont les camarades de Jason dans sa quête de la Toison d’or ? Autant de questions auxquelles les éditions précédentes ne manquaient pas de répondre en bas de page, ou à la fin. Mais rien ne se perd et tout se métamorphose : débarrassé de ce « prêt-à-bachoter », deux millénaires après son apparition, le texte d’Ovide retrouve un corps neuf et comme l’énergie de sa jeunesse. Pas seulement parce qu’on s’épargne, en lisant, les allers-retours entre le texte et la glose. Cosnay « n’a pas traduit le latin », mais bien « ce qu’Ovide a fait du latin », une langue imagée, mouvante et rétive (explique la postface) à toute forme de pétrification.—Dans le détail, quelle fut la méthode de Cosnay ? D’abord, choix beaucoup mis en avant dans la presse, ses vers libres suivent d’assez près la structure du vers latin, dans laquelle la grammaire n’assigne pas aux mots de place fixe. Le français n’est pas familier de ces rejets du sujet ou du verbe en fin de phrase, mais l’amateur de poésie en trouvera l’invention heureuse, comme au retour de Thésée :Résonne de la faveur du peuple et des prières pour le hérosla maison royale.Ou, au sujet de la peste d’Égine :Une peste atroce, sur le peuple, par la colère de l’injuste Junonest tombée.Plus troublant, Cosnay ose certains « latinismes », comme les pronoms relatifs « de liaison » en début de phrase. Il est bien connu que la deuxième personne peut servir d’impersonnel en latin, un peu comme en anglais. Mais, ici, la traductrice a toujours conservé la deuxième personne. Dans une traduction scolaire, on restituerait le sens concret des allégories (« le feu » pour Vulcain, « la guerre » pour Mars), mais Cosnay conserve aussi les allégories, au risque de l’extravagance. Enfin le latin ne connaît pas la ponctuation, et les traducteurs ont tout lun., 11 déc. 2017 17:31:23 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10635 acta L’intelligence des images http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10637 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Dans L'Imagination fantastique. Images, ombres et miroirs à la Renaissance, Saverio Ansaldi, maître de conférences habilité à l'Université de Montpellier III et chercheur à l'ENS-Lyon, mène une réflexion sur l'image à partir de textes majeurs de la Renaissance italienne. L'auteur vise en particulier à établir la généalogie intellectuelle reliant la théologie platonicienne de Marsile Ficin (1433-1499), l’art de la mémoire de Giordano Bruno (1548-1600), l’anthropologie de Pic de la Mirandole (1463-1494) et la relecture « cabalistique » des Écritures saintes. L’ouvrage est fondé sur un chapitre inaugural consacré aux travaux du cardinal Nicolas de Cues (1401-1464). Il évoque aussi sporadiquement d’autres auteurs, notamment Le Tasse (1544-1595).Le travail de Saverio Ansaldi se concentre donc sur une période allant du milieu du xve siècle au milieu du xvie siècle durant laquelle le théocentrisme est grandement bousculé tout en demeurant central1. La question de l’image est étroitement associée à la question divine et aux problèmes de la Création, de l’Invisible, du perceptible et de l’imitation. La Renaissance, en Italie et ailleurs en Europe, est une époque charnière : le théocentrisme est remis en question, notamment avec les travaux de Giordano Bruno sur l’univers infini, provoquant dès lors une redéfinition de l’homme et de sa place dans l’univers2. L’image, dans l’histoire occidentale, est tour à tour valorisée ou dévalorisée, à des degrés divers, selon que l’on définisse l’image comme un produit de l’inventivité humaine, dynamique et inspirée par le modèle naturel, ou comme une pâle copie dégradée du modèle divin.Cadre de l’étudeLes penseurs de la Renaissance tentent une conciliation entre les héritages aristotélicien et platonicien (même si le platonisme paraît dominant) mêlés à une nouvelle philosophie de la nature. Les distinctions effectuées par Platon entre phantasma, eidolon, eikon sont réutilisées abondamment. La richesse sémantique de l’image suscite des interprétations diverses. Chez Platon, « si phantasma relève de façon univoque du faux et du non-être, eidolon et eikon désignent soit l’image plus ou moins fidèle de l’intelligible, qui en permet la réminiscence, soit l’imitation d’un objet sensible, ombre, reflet ou produit de la technique de l’imitation, mais toujours copie de copie éloignée de trois degrés de la vérité. Le monde, pourtant, œuvre du démiurge, est une image du monde intelligible, copie imparfaite en raison de la cause errante à lun., 11 déc. 2017 17:32:26 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10637 acta <em>Dans le leurre des mots </em>: la dialectique du traducteur http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10634 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />« L’enjeu, pour moi, c’était de sauver dans la traduction cette voix qui monte chez Shakespeare des situations les plus diverses qu’il met en scène. Une voix qui est l’expérience de l’être même1. »Depuis une dizaine d’années, l’œuvre de traducteur d’Yves Bonnefoy suscite l’intérêt des chercheurs et des lecteurs2. Dans le cadre de son doctorat de traductologie à l’université McGill au Canada, Stéphanie Roesler est la première à comparer les cinq traductions d’Hamlet publiées par le poète entre 1957 et 1988. Ayant reçu en 2014 le prix de la traduction John Glassco pour sa traduction du recueil d’Elena Wolff Helleborus et Alchémille, elle aborde en spécialiste la question de la traduction de la poésie. Elle se propose d’« établir la poétique de traducteur d’Yves Bonnefoy, telle qu’il la pratique » (p. 11) par une analyse minutieuse du texte de Shakespeare comparé aux cinq propositions de traduction du poète français. Bonnefoy traduit de la poésie, mais il est aussi poète ; il traduit donc en poète, position paradoxale que S. Roesler se propose d’explorer dans son analyse : « Comment la traduction de Bonnefoy peut-elle être à la fois fidèle au Hamlet de Shakespeare et faire œuvre de création ? »(p. 11).Traduire ou créer : un préjugé très ancienS’inscrivant dans la thématique des « belles infidèles3 », S. Roesler constate à son tour l’impossibilité d’une traduction objective : le traducteur ne peut pas reproduire à l’identique le texte de départ. La différence des langues rend la copie conforme impossible. Il y a des différences entre l’anglais et le français qui interdisent une transposition directe et demandent un choix conscient du traducteur. À titre exemple, le vers anglais repose sur l’accent tonique tandis que le vers français repose sur le nombre de syllabes. Face à cette impossibilité de transposer le pentamètre iambique de Shakespeare en français, les traducteurs doivent se résoudre à un compromis. Seul Yves Bonnefoy choisit le vers libre à onze pieds. C’est ici la différence entre les deux langues qui force le traducteur à la créativité, mais même sans cette altérité, il serait impossible de gommer l’existence du traducteur, médiateur entre les deux textes. Sa lecture, son interprétation est présente dans la traduction. Bonnefoy s’écarte ainsi de l’anglais pour clarifier le contexte ou préciser le caractère des personnages. Il nous explique comment il les comprend. Si la traduction est possible, elle apparaît comme devant être nécessairement imparfai dim., 10 déc. 2017 14:50:19 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10634 acta Dans le laboratoire des études littéraires cognitives http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10619 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Françoise Lavocat fait paraître un ouvrage de synthèse sur les études littéraires cognitives qui, comme elle le dit si justement, « peine[nt] en effet à sortir de la marginalité, malgré quelques conquêtes » (p. 5).Introduction aux études littéraires cognitivesSi l’on eût souhaité que son introduction donnât une définition claire et précise de l’articulation interdisciplinaire informe qui rend ardue la description de ce champ, en raison de ses sous-catégories hétéroclites aux objectifs parfois bien différents, l’on appréciera en revanche les informations relatives aux études littéraires cognitives dans le champ francophone. Pour subdiviser la progression tentaculaire des études littéraires cognitives, je propose de la sérier en cinq tendances de parenté épistémologique : l’histoire littéraire cognitive qui présente une évaluation synoptique ou retrace les cadres conceptuels des études littéraires cognitives (les écrits de Françoise Lavocat et de Terence Cave en sont de bonnes illustrations), la critique littéraire évolutionniste qui va des approches bioculturelles au darwinisme littéraire (voir la contribution d’Alexandre Gefen), la neurocritique littéraire1 (une vision neurologisante de la littérature comme celle de Guillemette Bolens, dont la neuroesthétique est une des expressions), les théories préexistantes augmentées de la dimension cognitive (voir l’historicisme cognitif que Mary Crane explore dans cet ouvrage ou la poétique cognitive de Ziva Ben-Porat, auxquels s’ajoutent les études postcololoniales cognitives, la rhétorique cognitive, etc.) et la théorie littéraire de l’affect (voir l’article de Jérôme Pelletier).Avec toute l’hétérogénéité qui caractérise les études littéraires cognitives, les chercheurs gagnés à ce courant de pensée tendent à renouveler le regard sur le fait littéraire avec des approches et des cadres conceptuels originaux (tels la théorie de l’esprit, la compréhension incarnée, les nœuds dans les réseaux sémantiques, les simulations kinésiques, etc.) – autant de moyens efficaces qui permettent d’oxygéner un climat intellectuel que d’aucuns jugeraient au bord de l’asphyxie. Mais les cinq tendances des études littéraires cognitives ne bénéficient pas unanimement du même accueil chaleureux. C’est à bon droit que F. Lavocat, comme A. Gefen, émettent de sérieuses réserves quant à l’apport des théories évolutionnistes que le darwinisme littéraire exacerbe.Les limites inhérentes aux études littéraires cognitives – qui sont fortement cor lun., 04 déc. 2017 21:41:31 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10619 acta Reconfiguration des imaginaires dans les fictions de la Francophonie http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10621 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />La refonte des encyclopédiesLa question centrale de cet ouvrage porte sur l'écriture de la mémoire et la représentation de l'Histoire dans les fictions romanesques francophones. S'appuyant dans son introduction sur les avancées théoriques de Zeraffa et de Ricœur, Jean de Dieu Itsieki Putu Basey1 s'applique à cerner les « rapports complexes du roman à l'Histoire » (p. 15), rapports s'avérant de « dissonance et de concurrence » (p. 16) dans la réinterprétation constante des faits historiques. Dans son livre, il convoque les œuvres de cinq écrivains francophones rarement rapprochés par la critique (comme le souligne la Quatrième de couverture) : Aquin (Québec), Bauchau (Belgique), Boudjedra (Algérie), Chraïbi (Maroc) et Kourouma (Côte d'Ivoire), fictions qui visent d'autres finalités que la réécriture de l'Histoire et ses effets délétères. Ainsi que l'écrit l'auteur, « la mémoire de l'Histoire n'est que le prétexte, mieux le révélateur d'une entreprise plus importante de refonte des encyclopédies » (p. 20). Notion essentielle dans la structuration de l'argumentation, celle-ci a trait aux sociétés et aux cultures dont sont issus les cinq écrivains étudiés et ce, en fonction d'un processus dialectique faisant en sorte que la « médiation du roman » transforme « la mort ou le désastre » « en renaissance ou en résurrection » (p. 28). Il existe diverses acceptions du terme « encyclopédie », comme l'explique l'auteur, se référant à l'épistémologie, à l'archéologie du savoir (Foucault), à la sémiotique (Klinkenberg), au discours social (Angenot), à l'herméneutique (Ricœur, Goodman) ou encore à la sémiologie (Barthes). Justifiant la « disparité de [s]es sources » (p. 29) et faisant valoir leur fécondité sur le plan heuristique, l'auteur appréhende l'encyclopédie en tant que « machine ou fabrique de l'imaginaire » (p. 30) opérant « comme un moule ou une matrice » (idem) paradigmatique. Au-delà de la société et de la culture, l'encyclopédie est aussi définie « du point de vue de l'individu » (idem). Ainsi qu'il l'écrit, c'est ce dernier qui « rend efficace [l'encyclopédie] en l'intériorisant dans le fond de son imaginaire. Les métaphores de la folie, de la maladie et autres pulsions de mort [présentes dans le corpus] montrent que la question de refonte des encyclopédies se pose aussi, et peut-être surtout, à l'homme intérieur » (idem). Ultimement, le concept d'encyclopédie renvoie à une « grammaire de la pensée, de l'agir et de l'être individuel et sociohistorique » (id lun., 04 déc. 2017 21:50:04 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10621 acta Dis-moi qui tu imites, je te dirai qui tu es (un livre qui ne vous fera pas bâiller) http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10622 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Nous le savons tous, il suffit de voir un semblable bâiller pour bâiller à notre tour. Il ne viendrait à l’esprit de personne d’interpréter une telle communication d’après un modèle intellectualiste ou volontariste de l’action – « j’ai pensé que je devais aussi bâiller pour le mettre à l’aise » – ni même selon une conception altruiste de l’empathie : « je me suis mis à sa place, il avait l’air tellement fatigué ! ». Si nous convenons volontiers du caractère automatique de l’imitation des bâillements, il n’en va pourtant pas de même d’autres communications de comportement, et notamment des passions : soit nous en dénions le caractère passionné, perceptif et spontané pour en affirmer la dimension volontaire et altruiste (« il souffre, il faut se mettre à sa place ! »), soit nous en dénions le caractère imitable (« tu ne peux pas comprendre ce que je ressens »). Quoi qu’il en soit, nous ne prenons certainement pas la mesure de la détermination sociale, automatique et impersonnelle de notre vie affective la plus commune : nous la réduisons en effet à des situations insignifiantes qui n’ont pour elles que notre étonnement (bâillement), et dans le meilleur des cas à des conditions de détresse et de joie extraordinaires qui ont l’avantage de masquer l’ordinaire de notre condition. L’ouvrage de Philippe Drieux intitulé Perception et sociabilité. La communication des passions chez Descartes et Spinoza vient remédier à cette insuffisance, et de façon fort appréciable, tant pour les spécialistes de Spinoza, de Descartes et de l’âge classique, que pour tout lecteur même facilement enclin à bâiller. Ce sont tout autant les analyses cartésiennes et spinozistes du mécanisme physiologique et psychologique d’une telle imitation que leurs enjeux anthropologiques et éthiques qui sont ici étudiés, non sans références à leurs prolongements contemporains. La préface de Pierre-François Moreau contribue à en éclairer le contexte et les problématiques.Les grands enjeux d’une théorie pourtant elliptique Le phénomène de l’imitation affective engage d’abord une réflexion sur la perception : il conduit à interroger ce qui, dans la simple appréhension physiologique et psychique d’un corps extérieur, peut déclencher une émotion et une action. L’un des enjeux de cet ouvrage est de rompre avec l’opposition traditionnelle entre perception et action, en mettant l’accent sur leur intrication et leur implication réciproque dans la détermination d’un comportement (p. 184). Loin d’être la pure lun., 04 déc. 2017 21:51:12 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10622 acta Paul Celan, poétique de la cendre & de la survivance http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10624 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />La poésie est‑elle encore possible après Auschwitz ? Cette question, qui fut celle d’Adorno, reste ouverte. En elle opère un travail de résistance qui est également un héritage de la mémoire. Elle vise à congédier une illusion. Celle de croire qu’après l’irruption abrupte de la monstruosité la plus inimaginable, la poésie soit capable d’un retour en arrière, qu’elle puisse retisser ensemble les bribes du monde ancien. Après Auschwitz, plus rien ne sera comme avant. Pas même la poésie. Cette question est obsédante. Elle marque une césure qui ne cesse de revenir, au point de nous hanter comme un fantôme, car elle laisse derrière elle un monde qui fut celui de Paul Celan, ce lieu d’où il fut arraché un jour par la Shoah. Cette question ne fut pas simplement adressée à Paul Celan. Elle définit son œuvre tant il fut le poète de la survivance, le poète qui incarne pour toujours la cendre sous le nom de Sulamith.C’est ainsi que la revue Europe a voulu revisiter l’œuvre de Paul Celan, quelques quinze ans après lui avoir consacré un premier dossier. Le premier volume, daté de janvier 2001, partait de ce constat : l’apparition d’une soudaine prolifération de commentaires internationaux autour de l’œuvre de Paul Celan, tout en remarquant combien la part « française du corpus secondaire consacré à l’œuvre de Paul Celan1 » demeurait congrue. Au moyen de traductions de textes majoritairement en langue allemande, elle entendait donc offrir au lecteur français la possibilité d’accéder à une vue plus internationale des travaux en cours sur Celan. Ainsi, le dossier Celan visait à se faire le « passeur de l’entre-deux », tandis que l’entretien de Jacques Derrida avec Evelyne Grossman, sur l’appartenance de la langue2, permettait de boucler la boucle en revenant dans les parages d’un texte qui avait probablement induit cette attention internationale sur l’œuvre du poète, le Schibboleth pour Paul Celan. Par contraste, le récent volume coordonné par Danielle Cohen-Lévinas propose de revenir en France pour rassembler les différentes générations de traducteurs, avant de donner la parole aux philosophes et aux spécialistes de la poésie de Celan qui renouvèlent la lecture de son œuvre. De fait, il s’agit de revenir sur certains commentaires qui ont fait de Celan un des grands poètes du xxe siècle. Dès les premières lignes, on constate un changement de ton, un léger glissement qui déplace quelque peu la perspective à partir de laquelle on approchait jusqu’alors l’œuvre du poète. Un lun., 04 déc. 2017 21:52:01 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10624 acta Le Neveu de Rameau connaît la musique http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10627 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Jean-Philippe Rameau (1683-1764), théoricien (Traité de l’harmonie réduite à ses principes naturels,1722) et compositeur de musique, avait effectivement un neveu. Né en 1716 et mort en 1777, Jean-François Rameau enseignait le clavecin et le chant, et menait une vie de bohème. Son personnage fantasque a inspiré Diderot dans le Neveu de Rameau, texte qui condense les polémiques musicales qui ont agité le siècle aux alentours de 17501. C’est un opéra du compositeur italien Jean-Baptiste Pergolèse – La serva padrona (La servante maîtresse), 1733 – qui suscite, l’histoire la retiendra sous cette dénomination, « La querelle des Bouffons ». S’opposant désormais aux ramistes, des compositeurs français (Dauvergne, Monsigny, Philidor) introduisent une forme de « légèreté » dans l’opéra classique (ou « tragédie lyrique ») : l’opéra-comique français (le terme de « bouffe » apparaissant sous la plume d’Offenbach au xixe siècle) vient de naître, directement « importé » d’Italie (l’opera buffa, opéra léger, fut créé à Rome au xviie siècle, à l’instigation du cardinal Rospigliosi). L’intérêt de Diderot pour la musique se manifeste dans un certain nombre de textes, qui vont de traités à caractère scientifique (Mémoires sur différents sujets de mathématiques, 1748) à des écrits de facture plus « littéraire » comme le Neveu de Rameau2, Les Bijoux indiscrets3, La Religieuse (1780).Diderot déploie sa réflexion esthétique dans des textes qui empruntent au dialogue – Entretiens sur le Fils naturel4 – comme à des considérations philosophiques, tels la Lettre sur les sourds et muets5, et certains articles de l’Encyclopédie (dont l’article « Beau », 1752).Musique, théâtre et pantomimePourquoi avoir choisi de se prononcer sur la place de la musique et de la pantomime dans Le neveu de Rameau de Diderot ? C’est que le Neveu, selon les auteurs, traduit non seulement les enjeux musicaux, artistiques et théoriques de l’époque, mais introduit, à travers la description de la pantomime dans l’opéra-comique, une catégorie décisive pour l’esthétique musicale : celle de mimesis. Soulignons que le textese présente comme un dialogue entre « Moi » et « Lui », sans que l’on sache avec certitude si « Moi » est Diderot (philosophe) et « Lui », Jean-François Rameau, musicien qui fournit au texte son pré-texte. La question n’est pas anodine, comme en témoignent certains auteurs : comment « jouer », en effet, le Neveu de Rameau6? Un seul acteur peut-il respectivement endosser le rôle de « Moi » et de « lun., 04 déc. 2017 21:52:51 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10627 acta Complexités océaniennes : des littératures archipéliques http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10597 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Ce qui frappe d’emblée à la lecture de l’imposant numéro de la revue Interculturel Francophonies consacré aux « Littératures francophones océaniennes », dirigé par Andréas Pfersmann et Titaua Porcher-Wiart de l’Université de la Polynésie française, c’est la disparité de situations entre ces littératures que l’on a tout intérêt à découvrir. Disparité d’abord entre la littérature calédonienne, née au xixe siècle, et la littérature tahitienne, dont le premier roman « autochtone » date de 1991. Disparité encore du contexte linguistique puisque dans le premier cas, le français cohabite avec une trentaine de langues vernaculaires et dans le second, avec seulement (!) sept. Disparité enfin quant aux appareils institutionnels mis à la disposition des écrivains, car si des maisons d’éditions existent de part et d’autre, certains auteurs bénéficient de réseaux institutionnels plus nombreux pour publier leurs textes, notamment grâce à la présence de revues. Il n’en reste pas moins que ces littératures ont en commun le fait d’être produites dans une langue –—le français — qui se trouve en concurrence avec d’autres idiomes et oblige les écrivains à trouver les stratégies textuelles aptes à rendre compte de leurs cultures d’origine, profondément marquées par l’oralité. Une langue qui est, de plus, intimement liée à l’expérience de la colonisation. Aussi n’est-il pas étonnant de lire dans ce numéro une partie importante consacrée aux revendications de nature politique et aux manifestations du jeu des langues, dans les écrits des romanciers aussi bien que des poètes et des auteurs dramatiques. Tout est politiqueUne attention particulière est accordée à la littérature calédonienne, dont l’évolution est présentée à grands traits par Dominique Jouve. On apprend ainsi que cette littérature, d’abord le fait de voyageurs, de colons, de missionnaires, voire de bagnards, a connu un véritable essor au cours du xxe siècle avec le renouveau culturel kanak. Parmi les premiers écrivains, le nom de Louise Michel, déportée de la Commune, se distingue par son souci de faire entendre l’oralité kanak dans ses Légendes et chansons de gestes canaques, publiées en 1875. À partir des années 1980, de nouvelles voix se feront entendre, telles celles de Déwé Gorodé, de Nicolas Kurtovitch, de Pierre Gope, de Frédéric Ohlen, qui mettront en scène la condition actuelle du peuple kanak.La première partie de l’ouvrage, intitulée « Questions identitaires et politiques », insiste sur les relations entre dim., 26 nov. 2017 19:17:23 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10597 acta La chambre noire de Germaine de Staël http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10607 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Le bicentenaire de la mort de G. de Staël a été l’occasion cette année de redécouvrir cette femme d’exception qui a marqué le tournant des Lumières au Romantisme par ses écrits. Outre la réédition de ses essais, sur les passions et la période révolutionnaire, ainsi que son très beau journal d’exil dans la collection « Bouquins » préfacée par Michel Winock1 et sa consécration dans la prestigieuse collection de La Pléiade2, qui ne propose malheureusement que les textes les plus célèbres de l’écrivain, Stéphanie Genand, qui vient de co-diriger l’édition des deux derniers volumes de sa correspondance générale3, propose fort judicieusement de révolutionner le point de vue traditionnellement posé sur l’œuvre de Staël dans son brillant essai La Chambre noire. Germaine de Staël et la pensée du négatif.Anatomie du « malentendu staëlien »Le « Prologue » en est solidement charpenté, les titres des parties lapidaires, explicites et efficaces, posant d’emblée les bases du défi entrepris par Stéphanie Genand : il s’agit de dissiper le « malentendu staëlien » qui règne depuis trop longtemps sur la critique et surtout sur la manière dont on perçoit son œuvre. Délibérément, l’essayiste prend les chemins de traverse pour aborder ce massif immense de l’œuvre staëlienne, en laissant peu de place à Corinne ou à quelques autres chefs-d’œuvre trop connus de l’auteur, saturés de critiques et dont l’interprétation a abouti à un contre-sens souvent fâcheux, reléguant injustement cette grande intellectuelle de premier plan dans les oubliettes de l’histoire littéraire. L’entreprise de réhabilitation ainsi menée cherche à explorer les œuvres peu connues de Staël : les œuvres de jeunesse, les Lettres sur Rousseau, De l’influence des passions ou plus tard De l’Allemagne, un peu plus connu mais trop peu commenté. D’emblée, l’étude saisit par sa rigueur et son incroyable érudition : les notes très abondantes témoignent d’un travail de recherche remarquable en tous points qui font de ce livre le début d’une nouvelle ère dans les études staëliennes, après l’ouverture opérée par l’immense travail critique de la regrettée Simone Balayé. Mais quel est le fond du « malentendu staëlien » ? Celui de cantonner l’auteur de Corinne à son flot verbal de brillante animatrice de salon, de négliger les écrits au profit de l’oralité et de la faconde, de résumer « le mythe staëlien » à l’adverbe « trop » (p. 10). On invoque l’absence d’autobiographie de sa part, le désintérêt qu’elle aurait pour ses œuvre dim., 26 nov. 2017 19:19:07 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10607 acta <em>Se baigner deux fois dans le même fleuve</em>, enjeux & défis de la réécriture : des écrivains à l’épreuve http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10608 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Tout livre […] se nourrit […] non seulement des matériaux que lui fournit la vie, mais aussi et surtout de l’épais terreau de la littérature qui l’a précédé. Tout livre pousse sur d’autres livres, et peut-être que le génie n’est pas autre chose qu’un apport de bactéries particulières, une chimie individuelle délicate, au moyen de laquelle un esprit neuf absorbe, transforme et finalement restitue sous une forme inédite […] l’énorme matière littéraire qui préexiste à lui1.Ce dossier, dirigé par Moez et Makki Rebai, est issu de communications présentées au colloque international « Pratiques et enjeux de la réécriture » qui s’est tenu les 20 et 21 février 2015 à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Sfax (Tunisie). Composé de dix‑sept articles, un compte rendu et de deux contributions « varia », il a été publié dans le numéro 74 de la revue Littératures. Les différents contributeurs s’y proposent de repenser les conditions de la production d’une œuvre littéraire tout en mobilisant la notion de « réécriture » qui est à l’origine linguistique et que les travaux de Gérard Genette ont introduite dans le domaine de la poétique. Bakhtine dit que la réalité d’un texte est « altérée » (p. 12), car, dans tout texte, il y a un tissu d’autres textes cachés. La mémoire d’une œuvre est ainsi faite de connexions internes appelées « transtextualité » selon Genette et « dialogisme » chez Bakhtine. Cet ouvrage pose les jalons d’une réflexion sur la réécriture comme écriture, sans perdre de vue les défis et limites de ce genre de pratique.Petite histoire de la réécritureApparue dans les années soixante‑dix avec les réflexions de Jean Ricardou sur le Nouveau Roman2, celles d’Antoine Compagnon sur « la seconde main », Le Texte du roman de Julia Kristeva ou encore « le dialogisme » bakhtinien, la notion de réécriture compte à son actif une panoplie d’acceptions possibles que formalisera le génie de Genette avec les notions d’« hypertexte » et d’« hypotexte » (Palimpsestes, 1982). Réécrire ou (r)écrire, l’un et l’autre se disent et renvoient à une série de pratiques scripturales telles que la transposition, l’adaptation, l’imitation, la parodie, le pastiche, la copie, la traduction ou encore la correction. Nous admettons avec Barthes que « tout texte est un intertexte3 », que « l’œuvre littéraire s’inscrit dans une mémoire intertextuelle » (« Avant‑propos », p. 12) et qu’elle entretient avec les écrits qui la précèdent une relation impliquant à la fois proximité et dis dim., 26 nov. 2017 19:20:36 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10608 acta Saint-Simon électrique http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10610 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Le présent texte constitue la version française de la préface donnée par Marc Hersant au livre de Francesco Pigozzo. Il est ici reproduit avec l’aimable autorisation de l’auteur et de son éditeur.L’œuvre océanique du plus grand de tous les mémorialistes français, qui semble défier la lecture, défie de manière encore plus évidente la traduction, et n’a jusqu’à présent été traduite intégralement dans aucune langue, alors même qu’on peut juger qu’il s’agit tout simplement d’un des textes majeurs de la littérature européenne. Pourtant, quelques-unes des lectures importantes de Saint-Simon ont été réalisées hors de France, la passion pour Saint-Simon défiant, semble-t-il, l’impossible : on peut citer l’œuvre critique remarquable de l’américain Herbert de Ley, qui avait sorti l’œuvre de son isolat pour la situer dans le kaléidoscope des Mémoires d’Ancien Régime, celle, sensible et délicate, de Malina Stefanovska, qui avait notamment creusé la solitude et la mélancolie poignante qui constituent son terreau existentiel, plus anciennement les pages remarquables écrites par Spitzer, et plus encore celles qu’ Auerbach avait consacrées à Saint-Simon dans Mimesis, les plus belles peut-être de toute la critique saint-simoniste, que j’ai relues cent fois en m’étonnant toujours d’y trouver tant d’intuitions magistrales qui m’ont souvent donné l’impression que mon propre travail n’avait fait que « creuser le sillon ». Tout amoureux de Saint-Simon y revient en effet sans cesse comme à une source pure d’intelligence et de capacité à saisir, en quelques traits, ce qui fait le pouvoir de fascination intact des Mémoires. C’est donc avec une intelligence très sûre que Francesco Pigozzo y a trouvé un ancrage essentiel de son propre travail.Il n’y a pas si longtemps, Auerbach était l’objet, en France tout au moins, d’une vénération un peu convenue, souvent teintée d’ironie. Sa vision de la littérature occidentale toute entière centrée sur le rapport entre écriture et réalité paraissait naïve et dépassée, un texto-centrisme un peu borné régnant presque sans partage, auquel succéda un contextualisme historicisant débarrassé tristement de toute passion pour les grands textes et entassant son inutile savoir érudit dans l’indifférence générale. On admirait plus ou moins sincèrement dans Mimesis ce qu’on percevait comme une litanie de belles explications de texte, sans comprendre la pensée profonde et cohérente qui les dirigeait. Or aujourd’hui, un retour à Auerbach se profile nettement dim., 26 nov. 2017 19:22:16 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10610 acta Faire parler les corps. Épistémocritique de l’incarnation chez Barbey d’Aurevilly http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10574 <img src="http://www.fabula.org/lodel/acta/" width="100px" />Relire « la transparence intermittente des corps1 » des récits aurevilliens à la lumière des principes de la physiognomonie lavatérienne : voilà, selon la belle formule empruntée à Brian G. Rogers dans son livre consacré à Proust et Barbey d’Aurevilly, l’ambitieuse entreprise épistémocritique à laquelle se livre Reto Zöllner dans son ouvrage.L’auteur fonde son approche sur un constat initial : le monde tel que Barbey le conçoit est pris dans une « tension fondamentale entre clarté et mystère » (p. 13). Oscillant entre vision providentielle et perception chaotique de l’Histoire, la pensée de l’écrivain se partage en effet entre la conviction d’une évidente lisibilité des événements, et le constat de leur irréductible résistance aux prédictions humaines. Or, pour R. Zöllner, cette dialectique matricielle entre opacité et transparence, sur laquelle repose la conception aurevillienne du macrocosme, vaut également pour le traitement que Barbey réserve au corps, envisagé dans toute son œuvre comme un véritable microcosme.Le livre se présente d’une part comme une enquête sur les fondements épistémiques de cette dialectique : pour l’auteur, c’est entre autres dans les principes de la physiognomonie lavatérienne que le connétable des Lettres a pu trouver une caution scientifique susceptible de soutenir la coincidentia oppositorum propre à son système sémiotique de représentation du corps. Outre ce travail de filiation, l’ouvrage se livre d’autre part à une analyse systématique des motifs physiognomoniques présents dans les œuvres de Barbey, entreprise qui n’avait jusqu’à présent jamais été menée exhaustivement dans la critique aurevillienne.Pour rendre pleinement justice au clair-obscur des textes du romancier, R. Zöllner adopte lui-même une « position charnière » (p. 151). Cherchant à nuancer la lecture d’Alice de Georges-Métral qui « place l’œuvre romanesque de Barbey d’Aurevilly sous l’enseigne de ce qu’elle appelle une “crise de la représentabilité” » (p. 151) tout autant qu’à modérer celle de Vigor Caillet pour qui les récits du romancier reposent, affirme-t-il, sur une « “explicite psychologie” » (p. 151), l’auteur entend quant à lui resituer cette dialectique aurevillienne dans l’épistémè de la seconde moitié du xixe siècle, tiraillée entre la tradition chrétienne des mystères, la propension romantique à la pensée analogique et les exigences nouvelles de l’enquête positiviste.On peut ainsi appréhender l’ouvrage de R. Zöllner tout à la fois comme une entrepri dim., 19 nov. 2017 17:17:23 +0100 http://www.fabula.org/lodel/acta/index.php?id=10574