1Malgré soixante-quatre romans, des pièces et des vers, malgré vingt-quatre années de comptes-rendus pour la rubrique « Romans » du célèbre Mercure de France, dont on disait qu’elle était la « patronne » avec Alfred Vallette, son mari, aucun colloque n’avait encore été dédié à Rachilde. C’est ce surprenant impensé que vint combler la rencontre internationale des 25 et 26 septembre 2025, à l’Université de Łódź, coorganisée par Morgane Leray (Aix-Marseille Université) et Anita Staroń (Université de Łódź), qui a réuni des chercheurs venus d’Europe, d’Amérique du Nord et du Sud, et d’Asie (programme : Étudier, enseigner et éditer Rachilde, en France et à l’étranger (Łódź, Pologne)).
2Ces actes rendent compte d’une recherche variée et vivante – à l’image de l’œuvre de Rachilde. Organisés en trois sections – Identités, Poétiques, Transferts –, ils illustrent la richesse des approches thématiques, narratologiques, genrées, intertextuelles et transmédiales, translinguistiques, éditoriales ou encore pédagogiques que suscite l’œuvre foisonnante de Rachilde, « au carrefour des esthétiques » (Staroń 2015), au croisement des genres, à la fois ancrée dans son temps (ou plutôt dans les différentes époques qu’elle traversa : 1860-1953) et comme en résonance avec le nôtre. C’est aussi ce que témoigne le caractère intergénérationnel des contributeurs : les rachildiens reconnus côtoient ici une jeune génération de chercheurs dans une dynamique de regards croisés, de pensées dialogiques, qui révèlent épaisseur, complexité, approches renouvelées et stimulantes d’une œuvre qui tantôt semble se donner facilement – avec ses récurrences de motifs, ses structures obsédantes –, tantôt résiste, se dérobe, invite à des analyses plus profondes, des investigations plus subtiles et des rapprochements inattendus.
3Le renouveau des études rachildiennes doit beaucoup au travail de fond mené par la critique pour redonner voix aux femmes occultées par l’histoire littéraire1. Entreprise nécessaire, salutaire et féconde. Celle-ci ne doit toutefois pas permettre à de tristes sires de coller de nouveau une étiquette qui serait par trop réductrice : l’œuvre de Rachilde est celle d’une femme, oui, avec tout ce que cela suppose de mépris, de violence, d’humiliations essuyés pour cette raison même – et il convient de s’en souvenir et de le rappeler ; mais surtout œuvre d’une écrivaine de grand talent.
4Nous espérons que ces actes finiront de convaincre ceux qui la classent encore dans les Minores – mais là encore, canons et discours doxiques évoluent pour le mieux en ébranlant les fondements mêmes de cette verticalité parfois très relative – et participeront de ce nouvel intérêt pour l’écriture protéiforme de Rachilde dont le rire tonitruant, aussi douloureusement lucide qu’insolent de force vitale, ne finit pas de traverser les âges.

