L’influence en trompe-l’œil de Lanson
Lit-on vraiment Lanson à la fin du xxe siècle ?
1Lanson est-il un penseur de l’influence ? La doxa a retenu dans la figure de l’historien de la littérature l’homme du couple « sources et influences », qui structura pendant longtemps les études littéraires. Jauss, quand il s’en prend à l’histoire littéraire et à ceux qu’il désigne comme ses représentants, « Gervinus, Scherer, Lanson, De Sanctis » ([1978] 1990, p. 21), s’attaque en priorité au « développement excessif de l’étude des sources » et à la résolution de « la spécificité de l’œuvre littéraire en un faisceau d’“influences” » (p. 29) — deux notions qui reposeraient sur un « principe d’explication purement causale » (p. 29). Cette critique du positivisme lansonien n’est pas neuve, mais dans les années 1950-2000, elle retrouve de l’élan, portée par la remise en question des notions de source et d’influence. Dans « Les deux critiques », Barthes voit une partie de l’héritage de Lanson dans le « problème des sources ». Ce problème tient dans l’habitude d’inscrire tel détail d’un texte dans une généalogie, au mépris de sa fonction dans le texte même (Barthes, [1963] 1981, p. 248-250). Mirage de l’analogie, dont Barthes trouve une formulation plus épistémologique dans un entretien paru un an plus tard. À la question de savoir s’il pensait exercer une influence sur la littérature de son temps, la réponse contestait la possibilité même de la question : « à mon sens, déclare Barthes, ce qui se transmet, ce ne sont pas des “idées”, mais des “langages”, c’est-à-dire des formes que l’on peut remplir différemment ; c’est pourquoi la notion de circulation me paraît plus juste que celle d’influence ; les livres sont plutôt des “monnaies” que des “forces” » ([1964] 1999, p. 33).
2Si dans ces dernières lignes, Lanson n’est plus l’interlocuteur de Barthes, la critique de l’influence résonne avec celle faite un an auparavant de l’héritage de Lanson dans la critique universitaire. De Lanson, on critique, sans le lire, le psychologisme et le déterminisme, que symboliserait par excellence la notion d’influence. Mais cette critique est faite autant de mélectures que de non-lectures. Bourdieu, par exemple, dans une digression contre l’histoire littéraire, s’emportait au Collège de France contre l’influence : « [L’influence], s’écrie-t-il, est une notion débile qui est du même type que la notion de source […] : en effet, on suppose qu’il y a d’un côté, par exemple, Schopenhauer qui a écrit Le Monde comme volonté et comme représentation et, de l’autre, qu’Untel l’a lu et que ça a circulé. En fait, ça ne se passe pas du tout comme ça. » (Bourdieu, [2013] 2016, p. 98) Il ne vise pas directement Lanson, mais le pourrait-il ? Dans Les Règles de l’art, par exemple, il ne l’évoque qu’en termes généraux. Une première fois, pour le rattacher au « scientisme » triomphant de la fin du xixe siècle, et pour lui associer, classiquement, Durkheim, Seignobos, Aulard, Lavisse et Brunot (Bourdieu, [1992] 1998, p. 212). Une seconde fois, pour critiquer « les monographies universitaires à la Lanson (“l’homme et l’œuvre”) » (Bourdieu, [1992] 1998, p. 314). Rien qui témoignerait d’une lecture, même superficielle, de l’historien. L’histoire littéraire, les sources, les influences, Lanson, ne sont plus ici que des noms vagues, présumés synonymes, utilisés comme des contre-modèles. À l’opposé, donc, de l’incertaine transmission psychique d’un livre à son lecteur, Bourdieu oppose une analyse en termes de disposition. Lire et écrire ne sont pas des actes individuels, ils sont informés par des schèmes pratiques communs, déterminés socialement. Ainsi, le lecteur de Schopenhauer en 1999 ne lit pas Schopenhauer « en soi », mais tel qu’il est lisible en 1999. L’erreur de la notion d’influence serait de faire croire à une vérité du texte qui se transmettrait, causalement, dans la lecture.
3Or Lanson ne dit pas autre chose. Certes, il n’existe pas chez lui de philosophie de la pratique — mais après tout, il n’est ni philosophe, ni sociologue —, cependant il ne conçoit pas autrement que Bourdieu les études d’influence. Dans l’article de 1904, « L’histoire littéraire et la sociologie », il écrit ainsi que « l’écrivain n’exerce pas une influence par lui-même, […] mais par son livre » (Lanson, [1904] 1965, p. 70) — c’est-à-dire par ce que ce livre est devenu à l’époque où il est lu.
Si bien que suivre la fortune d’un chef-d’œuvre, c’est, souvent, moins regarder ce qui passe d’une pensée individuelle dans le domaine commun des esprits, que lire dans un appareil enregistreur certaines modifications d’un milieu social. (Lanson, [1904] 1965, p. 70-71)
4Aucun des trois auteurs mentionnés dans cette introduction ne renierait cette déclaration, et pourtant, tous rattachent vaguement à Lanson la thèse contraire. S’agit-il alors de dénoncer une lecture au mieux lâche, au pire inexistante, de la part de Jauss, Barthes et Bourdieu ? Mon propos sera un peu différent et invite à un retour au texte même de Lanson et à certains débats des années 1910-1920 sur l’influence. Il n’y a pas de notion unifiée d’influence chez Lanson. S’il est possible, dans la deuxième moitié du xxe siècle, d’associer l’historien à l’influence, cela s’explique par le fait que la conceptualisation du terme s’effectue dans la réception immédiate de Lanson et dans les réflexions épistémologiques sur son héritage. L’objet de cet article est donc d’évaluer ce décalage entre Lanson et sa réception première et de montrer comment, au regard des textes mêmes qu’il a publiés, l’influence est une notion en trompe-l’œil.
Brève histoire du mot influence
5Je partirai du fait que Lanson n’est pas le premier à utiliser le mot influence dans le discours littéraire, mais plutôt qu’il en hérite, au terme d’une histoire lexicale aujourd’hui bien connue (Roustang, [1991] 2011 ; Diaz, 1997 ; Naïm, 2019). Je résumerai à grands traits les temps forts de cette histoire, avant d’en venir aux textes de Lanson.
6L’apparition du mot influence dans le discours littéraire peut être datée, approximativement, de la deuxième moitié du xviiie siècle. Le terme a longtemps été réservé à l’astrologie, avant de connaître une vogue considérable dans ce qu’on n’appelle pas encore les sciences de l’homme. Influence désignait alors l’action que les astres exerceraient sur les destinées humaines ; mais cette définition, que l’on retrouve dans les dictionnaires du xviiie siècle, est problématique, dans la mesure où elle décrit l’influence dans le vocabulaire de la causalité1. Or le lien qui se noue entre les astres et les hommes dans les traditions d’augure a quelque chose de plus analogique que causal, et renvoie à un système de déchiffrement complexe2. Mais au xviiie siècle, le paradigme analogique tombe en désuétude et n’est plus compris par les philosophes qui requalifient l’influence en termes de causalité. Dès lors, s’il faut parler d’influence des astres sur les hommes, ce ne peut être qu’à la manière de la physique moderne, par la recherche de tous les effets mesurables des astres sur la Terre, et des conséquences indirectes pour les hommes. Ce seront les marées, la chaleur du Soleil ou les nombreux dérèglements causés par la Lune (Menuret, 1766, p. 729). Tout le reste ne serait que superstition3.
7Le mot influence trouve une vitalité nouvelle à la faveur de cette requalification causale. Parce qu’il connote la cause occulte, obscure, invisible, il se prête à merveille aux nombreuses disciplines émergentes dont l’épistémologie reste fragile et qui ont besoin de penser de nouvelles causalités. L’histoire, l’économie, la médecine, les sciences naturelles s’approprient le mot à bas bruit, sans le revendiquer ni le conceptualiser, comme une évidence de la pensée. Pour Montesquieu, par exemple, le rôle que joue l’émancipation des femmes en Russie sur la forme du gouvernement se dit en termes d’influence (Montesquieu, [1748] 1995, p. 578). Pour Turgot, le rôle de la circulation de la monnaie dans la richesse d’un pays se dit en termes d’influence (Turgot, [1766] 1997, p. 213). Aucun processus n’est commun à ces deux emplois, et nul ne prétend au xviiie siècle que le mot influence renverrait toujours à un même mécanisme. Tout simplement, influence est le mot des relations causales non expérimentables, des relations de détermination théoriques. Un signe de ce dynamisme du mot est dans l’évolution de sa famille morphologique. Au début du siècle, influence fait système avec influx, et le verbe en usage est influer. Mais influx se spécialise au moment où influence gagne en généralité, de manière à devenir le pivot lexical de la famille morphologique. Le barbarisme influencer apparaît, de même que l’adjectif influent (tous les deux dans le dernier tiers du xviiie siècle), et au milieu du xixe siècle, commence à être attesté influençable4.
8Le discours littéraire ne reste pas à la marge de ce mouvement. Dès 1780, il est acceptable de dire d’un écrivain qu’il exerce une influence pour signaler le pouvoir qu’il exerce sur l’opinion5. Influence, cependant, devient surtout le mot de la mise en histoire de la littérature. Dès 1793, un débat oppose ceux qui pensent que la Révolution résulte de l’influence des philosophes et ceux qui nient cette influence (Naïm, 2018). Si la ligne de fracture, évidemment, est politique, l’usage du mot est commun à tous les auteurs, quelles que soit leurs opinions. Cette histoire polémique du pouvoir des livres trouve une formulation plus épistémologique à la fin du siècle chez des auteurs comme Ginguené, de Staël, Bonald ou Chateaubriand, qui participent à la formation d’une conscience historique de la littérature. La nécessité d’historiciser la littérature devient une évidence qui trouve aux premières lignes de De la littérature une formulation canonique : « Je me suis proposé d’examiner quelle est l’influence de la religion, des mœurs et des lois sur la littérature, et quelle est l’influence de la littérature sur la religion, les mœurs et les lois. » (Staël, [1800] 1991, p. 65). Or, en dépit de la présence du mot influence dans ce programme d’étude, de Staël, pas davantage que ses devanciers, n’a un usage conceptuel du mot. Sous sa plume, le terme désigne l’action des salons féminins sur la littérature du xviie siècle6 autant que la relation entre l’héroïsme moral du Grand Siècle et l’imagination tragique de Racine7. Le mot influence reste un appoint du discours. Mais il n’en demeure pas moins qu’il devient le langage de l’histoire littéraire, qui sera parlé par Chasles, Sainte-Beuve, Taine ou Brunetière, sans qu’aucun d’entre eux ne songe, ni à unifier les usages du mot, ni à le conceptualiser.
Les influences de Lanson
9Gustave Lanson hérite de cet usage lâche du mot influence, et pas davantage que ses prédécesseurs, ne conceptualise le mot. Il est même sensible — mais il n’est pas le seul dans le siècle — à l’espèce de facilité que celui-ci impose à la pensée, dès lors qu’il conduit à conclure à des liens de causalité sans fondement. Un passage de « La méthode de l’histoire littéraire » le dit avec clarté :
Il est chimérique de vouloir poser d’un seul coup la question de l’influence de tout un groupe d’œuvres sur tout un groupe de faits. L’influence de la littérature sur la Révolution ne sera tant mal que bien perceptible que lorsqu’on aura observé patiemment de 1715, et même de 1680, à 1789, les échanges multiples qui se sont faits sans interruption entre la littérature et la vie. (Lanson, [1910] 1965, p. 46)
10Dans ces lignes s’entend la même méfiance envers les « sourciers » (Thibaudet, [1923] 2007, p. 836) que celle qui s’exprimera plus tard sous la plume de Thibaudet. Plus encore qu’un hypothétique mécanisme d’influence, Lanson revendique l’ethos de l’historien, l’humilité devant les archives, la méthode de travail, le temps long de l’histoire. Dans son article de 1896 sur « L’influence de la philosophie cartésienne », le recours au mot influence comme outil de recherche s’accompagne d’une posture de défense à l’égard de ceux qui peuvent avoir « la tentation de rapporter tout à Descartes dans la littérature du xviie siècle » (Lanson, [1896] 1965, p. 211-212). Le geste lansonien sera d’abord d’élimination. Il faut écarter, dans les études d’influence, ce qui relève des « ressemblances verbales » ou des « caractères généraux de la littérature classique » (Lanson, [1896] 1965, p. 212). Lanson achève l’introduction à son étude par une déclaration de méthode :
On ne saurait donc trop soigneusement s’attacher à distinguer, lorsqu’on étudie les rapports du cartésianisme et de la littérature, ce qui est simplement convenance, harmonie, parallélisme, et ce qui offre réellement une liaison d’antécédent à conséquent, de cause à effet. Puis on se souviendra que des causes multiples de tout ordre ont pu concourir avec le cartésianisme, et que dans le cartésianisme tout n’est pas nouveau et original. En sorte que, là où il y a affinité certaine, si, sur le point examiné, le cartésianisme lui-même a reçu une influence du dehors, il se peut que la littérature ait reçu l’empreinte non du cartésianisme, mais de la même cause à qui le cartésianisme se retrouve redevable. Si donc on veut mesurer exactement l’apport littéraire de Descartes, il faudra s’attacher à trouver des relations entre certains faits littéraires nettement déterminés, et ce qu’il y a de plus propre et personnel à Descartes dans la philosophie cartésienne. (Lanson, [1896] 1965, p. 213).
11Si cette prudence est en phase avec les affirmations d’une rigueur nécessaire en histoire littéraire, elle révèle aussi le caractère empirique des études d’influence pour Lanson, dont le mot-titre ne renvoie pas à un concept univoque.
12En effet, qu’est-ce que l’influence pour Lanson ? Quelques formules semblent dégager des pistes. Dans « La méthode de l’histoire littéraire », par exemple, Lanson parle de l’influence de Racine. Il explique que « Racine ne nous intéresse pas uniquement parce qu’il absorbe Quinault, contient Pradon et engendre Campistron, mais d’abord parce qu’il est Racine, une combinaison unique de sentiments traduits en beauté » (Lanson, [1910] 1965, p. 35). Tout ce que la modernité rejette dans la notion d’influence semble se retrouver dans ce passage : une chronologie de la littérature centrée sur les seuls noms d’auteurs, et ce vocabulaire de l’absorption, de l’engendrement pour expliquer leur succession8. L’affaire est entendue, l’influence, pour Lanson, est quelque chose comme un mécanisme biologique d’assimilation. Cette conclusion semble d’autant plus sûre pour qui lit le volume d’essais recueillis par Henri Peyre en 1965 et tombe sur le sixième chapitre, intitulé « La notion d’influence ». Le titre est de l’invention d’Henri Peyre, qui ne donne à lire dans ces deux pages qu’un court extrait d’un article à l’ambition moins philosophique : « Études sur les rapports de la littérature française et de la littérature espagnole au xviie siècle (1600-1660) ». Mais il est vrai que dans ces deux pages, Lanson s’efforce de décrire ce qu’il nomme « la véritable influence » : « On peut rechercher combien parmi les œuvres originales de notre littérature, sont inspirées, adaptées, imitées d’une littérature étrangère. Mais est-ce là une influence ? » (Lanson, [1901] 1965, p. 95) La question rhétorique indique la marche de la pensée, qui aboutit à cette conclusion positive :
La véritable influence est celle que l’on saisit dans une littérature quand ni la tradition antérieure ni l’originalité individuelle n’y rendent raison d’une modification soudaine, et que seule l’introduction d’une parcelle d’âme ou de goût étrangers peut faire comprendre la tendance ou la forme constatées. À vrai dire, c’est moins dans un choix de sujets que dans la manifestation d’un esprit que consiste la véritable influence : elle se marque moins par la matérialité des emprunts que par la pénétration des génies ; il y a des couleurs et des tours de pensée qui la démontrent là où nul fait ne la signale. (Lanson, [1901] 1965, p. 96)
13Sans doute faut-il saisir dans ces formulations tâtonnantes la recherche d’une pensée encore fragile, mais l’on ne peut nier un travail conceptuel, justifiant en partie le titre imposé par Peyre. Il s’agirait de penser l’influence comme un processus profond, impliquant tout l’être, et qui s’opposerait aux emprunts qu’un écrivain peut faire à ses modèles. L’influence apparaîtrait comme une notion prenant le relais de l’imitation dans la compréhension par la modernité du geste de création littéraire.
14Or au chapitre précédent du même volume d’Henri Peyre, un autre article de Lanson défend une idée contraire. Il s’agit cette fois de la reprise in extenso d’une conférence new-yorkaise de 1917, centrée également sur les questions d’influence, et dont Peyre conserve le titre d’origine, « La fonction des influences étrangères dans le développement de la littérature française ». Le contexte politique y justifie sans doute le propos, un éloge de la littérature française dont l’essence même serait de se nourrir des littératures étrangères. Il n’est plus question dans ces lignes d’opposer influence et imitation, devenus quasi-synonymes au détour d’une phrase, lorsque Lanson explique qu’« au point de départ de beaucoup de nos progrès, il y a une influence du dehors, un parti pris d’imitation » ([1917] 1965, p. 91). Le mécanisme d’influence devient alors quelque chose comme la mélecture (misreading) qu’Harold Bloom met au centre de sa théorie dans The Anxiety of Influence (1973) :
On nous voit, au cours de notre histoire, les yeux toujours fixés sur les littératures étrangères, occupés à les admirer, à les introduire, à les copier. Et l’on nous dit toujours que nous sommes incapables de les comprendre. […] C’est qu’en fait, ce qui nous intéresse, ce n’est pas de reproduire la pensée étrangère, le poème étranger, tels qu’ils sont, avec ce qui les fait ressembler et plaire à la nation qui les a produits : nous n’en prenons que ce qui est à notre usage. (Lanson, [1917] 1965, p. 92)
15La différence entre cette thèse et celle de 1901, voire de 1910 tient d’abord à une différence d’échelle. Dans l’article de 1901, l’influence désigne un mécanisme psychique propre à la création et à la formation de soi. Dans l’article de 1917, l’influence concerne le problème de la circulation des œuvres et de leur médiation dans des territoires géographiques différenciés. Que se passe-t-il entre ces trois articles ? Lanson change-t-il de position ? Sa pensée a-t-elle évolué ? J’incline à penser que le volume d’Henri Peyre, en isolant l’extrait de 1901 dans un chapitre intitulé « La notion d’influence », force à la lecture notionnelle de l’influence chez Lanson. Sans doute Peyre n’est-il pas entièrement responsable et il se fait l’écho, on le verra, de la réception première de Lanson. Mais à relire sans ce filtre les autres articles du volume, on s’aperçoit que la définition de 1901 est un hapax, qui ne trouve pas de prolongement9. Lanson, comme la plupart des auteurs du xixe siècle, recourt au mot influence pour désigner des mécanismes très divers. La différence entre la thèse de 1901 et celle de 1917 tient moins à une évolution de la pensée qu’à une constance dans l’appréhension relativement lâche du terme.
16Un deuxième exemple permet de s’en convaincre. Dans l’article de 1904, « L’histoire littéraire et la sociologie », Lanson formule une série de lois, six, que l’on pourrait tirer de l’histoire littéraire. Il cherche à démontrer que les nombreuses études de cas accumulées par les littéraires peuvent donner lieu à une montée en généralité, comparable, peu ou prou, à celle que pratique la sociologie. Chaque loi est numérotée et fait l’objet d’un marquage graphique spécifique. La deuxième loi, par exemple, est dite « Loi des influences étrangères », et décrit le mécanisme par lequel une littérature peut intéresser les lecteurs d’un pays étranger. Deux cas de figure se présentent pour Lanson : soit le pays de cette littérature possède une « grandeur politique et militaire » ([1904] 1965, p. 75) qui justifie son rôle de modèle international, soit la littérature du pays recevant végète et cherche dans d’autres littératures une ressource vitalisante. Dans les deux cas, cette loi des influences étrangères formulée en 1904 concerne davantage l’influence telle qu’elle est exposée en 1917 que celle décrite dans les articles de 1901 et de 1910. Mais, plus intéressant encore, dans ce même article, une sixième loi, dite « Loi de l’action du livre sur le public », porte sur un mécanisme proche de ce qu’on pourrait dénommer influence. Lanson s’intéresse ici à la manière dont un livre « fournit à tous les hommes d’une même génération à peu près le même contenu, conforme à leur conscience et à leurs goûts actuels ou virtuels » ([1904] 1965, p. 79). Il s’agit, plus précisément, de rendre compte de la « puissance de l’écrivain », de sa capacité à donner les mots d’ordre d’une époque, « à créer […] de la pensée collective » (Lanson, [1904] 1965, p. 79). Lanson donne l’exemple de Voltaire. Ce dernier, au xviiie siècle, aurait donné des mots comme tolérance et humanité, et, par son Traité sur la tolérance, orienté l’opinion publique vers la préoccupation de la justice. On pourra lire cette analyse comme une contribution au débat sur l’influence des philosophes dans l’avènement de la Révolution française.
17À propos de cette sixième loi, le mot influence n’est pas utilisé. Lanson l’évite-t-il ? Cherche-t-il à distinguer, par exemple, l’action et l’influence ? Si tel était le cas, il n’en dit rien. La tentation est grande d’aller regarder dans son Voltaire quasi-contemporain (1906), où l’on trouve un chapitre, le dernier, intitulé « L’influence de Voltaire ». Or sous ce titre, ce sont les mêmes analyses que celles de l’article de 1904 qui se retrouvent, plus déployées bien sûr, et associées désormais au problème de l’influence. Lanson explique combien il est difficile de mesurer l’influence d’un auteur — remarque qu’il répète souvent — mais qu’on pourrait s’en tenir, a minima, à l’idée que Voltaire « fixe l’ordre du jour de l’opinion » (Lanson, 1906, p. 202). L’idée n’est pas inintéressante et peut faire écho à certaines préoccupations contemporaines de la sociologie des médias10. Mais le mot influence n’y sert que d’opérateur temporaire de description et n’a pas vocation à ressortir comme une notion ou une loi univoque et stabilisée. Lanson, en cela, est de son temps. Et en son temps, le mot influence n’est pas une notion. Il y a, chez Lanson, au moins quatre emplois du terme influence, qui renvoient à quatre problématiques différentes et quatre enjeux importants à distinguer :
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Un enjeu politique et identitaire à travers la question des influences étrangères. L’influence renvoie alors à un processus de circulation des œuvres dans un espace géographique donné.
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Un enjeu sociologique concernant le rayonnement d’une œuvre dans la société. L’influence renvoie ainsi à l’action sociale d’une œuvre (thématique que l’on retrouvera beaucoup chez les marxistes, par exemple, dans les années 1930, quand ils réfléchissent sur les rapports entre littérature et révolution).
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Un enjeu esthétique, à travers la question de l’évaluation de l’identité d’un auteur. L’influence renvoie ici à ce qui s’oppose à l’originalité.
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Un enjeu anthropologique lié à la création, à la compréhension de l’acte créateur. L’influence renvoie ici à une sorte de phénomène psychique inconscient, à un ressort non-intentionnel, et le mot s’oppose alors à celui d’imitation.
18Ces quatre entrées ne traduisent rien d’autre que la diversité des objectifs de l’histoire littéraire « à la Lanson » dans les années 1900-1920, qui poursuit en même temps des problématiques de nature sociologique, anthropologique, esthétique et politique. Le mot influence peut donner l’illusion d’une unité de ces projets, mais en réalité il n’apparaît qu’un prête-nom temporaire pour des épistémologies montantes.
Lanson des sources
19S’il n’y a pas de notion d’influence chez Lanson, pourquoi Peyre, Barthes, Bourdieu, pourquoi Jauss s’y réfèrent-ils comme à une évidence ? Qu’est-ce qui vient rigidifier la vision du lansonisme ? Il est probable qu’il en va avec Lanson comme, apparemment, avec Voltaire : celui-là donne un vocabulaire à l’histoire littéraire, qui vivra indépendamment de lui. Alors que Lanson montrait un désintérêt relatif, sauf peut-être en 1901, pour une discussion de l’influence en tant que notion, les débats nombreux des années 1910-1920 sur l’histoire littéraire, sa pertinence, son dépassement possible ou son complément par la littérature comparée se font, en partie, autour du mot influence. Ces questionnements sur le mot sont éloignés, on va le voir, de la doxa caricaturale retenue dans la deuxième partie du xxe siècle. En revanche, ils installent l’idée que discuter Lanson et l’histoire littéraire revient à rechercher les méthodes d’analyse des sources et des influences.
20Les comparatistes sont ceux qui contribuent le plus à l’émergence de l’influence comme notion. Partant de l’histoire littéraire, ils cherchent, pour partie d’entre eux, à s’en distinguer en en étendant les principes à l’échelle mondiale. Ils s’intéressent d’abord aux enjeux politiques et sociologiques de l’influence tels qu’on les retrouve chez Lanson. Paul Hazard, par exemple, dans un article de 1914, affirme que l’objectif de la littérature comparée est d’étudier l’influence (Hazard, 1914a et 1914b). Mais l’influence, pour Hazard, n’est pas la transmission directe d’un contenu. « Le mécanisme de l’influence, écrit le comparatiste, c’est la déformation. » (Hazard, 1914b, p. 212) S’en suit un long développement dans lequel Hazard explique que le geste de déformation premier est celui de la traduction qui, pour des raisons morales ou religieuses, déforme l’œuvre et l’adapte au public recevant ; et de déplorer l’absence d’une « théorie des traductions » (Hazard, 1914b, p. 215). Mais alors que le problème de l’influence est abordé dans ces lignes en termes sociologiques, quelques pages plus loin, Hazard donne du mot une lecture plus psychologique, dans des termes proches de l’article de 1901 de Lanson. Avec l’influence, écrit Hazard, nous « atteignons ce qu’il y a de plus intime dans l’œuvre d’art, non seulement son caractère et son être, mais la façon même dont elle a été conçue, et le moment de sa création » (1914b, p. 216). L’influence implique la transformation de tout l’être, comme le montre la fable suivante :
Un esprit suit le cours de son évolution normale, dans son propre milieu ; il rencontre un élément étranger, qu’il s’assimile en partie : du jour où cette sève nouvelle produit ses effets, il est transformé : sa qualité tout entière peut s’en trouver changée. Latin, il aimait voir les objets dans la lumière ; il se plaisait à extérioriser tout, même les idées ; rien ne lui était plus cher que la logique et l’ordre. Voici qu’il subit l’influence de la culture germanique : la poésie des pénombres exerce sur lui son charme ; il admet que l’on puisse tout ramener vers le moi, même les formes extérieures du monde : il s’avoue à lui-même qu’il est bon d’être clair, mais qu’il est mieux quelquefois d’être profond. Cet esprit, s’il compte parmi ceux qui sont dignes de produire, fond en lui-même les deux éléments, l’ancien et le nouveau ; il traduit en œuvre éternelle, en acquisition pour toujours, suivant le mot de Shelley, l’union des dons qu’il a reçus de ses proches, et du don qu’il a reçu de l’étranger. (Hazard, 1914b, p. 216)
21Ce passage pourra se lire comme un plaidoyer néo-humaniste pour la littérature, dans un contexte de tensions internationales. Mais j’en retiens surtout que sa tonalité psychologisante tranche avec l’analyse sociologique des pages antérieures. C’est presque en termes vitalistes qu’Hazard reformule l’influence, faisant du mot moins la description d’une causalité mécanique que celle d’un devenir ontologique11. Si les études d’influence ont du succès, explique Hazard, c’est justement parce qu’elles « se rapportent au “devenir”, et comme à la production de la vie » (1914b, p. 217). Hazard achève son article en invitant à la prudence, à ne pas tirer de conclusions trop vite et à laisser à « nos petits neveux » l’établissement « des synthèses, qui permettront de voir, d’un seul coup, sous ses multiples aspects, l’influence » (Hazard, 1914b, p. 220).
22Toutes les thèses qui sont développées dans cet article — l’influence comme déformation, la réflexion sur la traduction, l’influence comme devenir, la prudence dans la synthèse — ont été défendues à un moment par Lanson. Hazard écrit dans les pas de l’histoire littéraire, il en reformule les grands principes, s’en approprie le langage. Mais alors que chez Lanson, ces thèses sont dispersées dans différents articles, Hazard les relie à la problématique unique de l’influence. Il a ce regard notionnel sur le mot que Lanson n’a pas, mais sans toutefois s’éloigner fondamentalement du geste lansonien. Hazard, en cela, n’est pas seul. Nombreux sont les auteurs à la même période qui comprennent l’héritage de l’histoire littéraire à partir de la problématique de l’influence. Dans un article important, Louis Cazamian, angliciste et professeur à la faculté de Paris, prend l’occasion d’une thèse sur la réception de Gœthe en Angleterre pour proposer, d’après le titre, quelques « réflexions sur les problèmes d’influence » (1921). Cazamian prend la question de l’influence d’un point de vue épistémologique. Il est impossible d’affirmer, fait-il remarquer, que Gœthe, en tant qu’auteur, puisse modifier d’aucune façon un pays comme l’Angleterre — sauf à se perdre en généralités oiseuses. De sorte qu’étudier l’influence d’un auteur sur un pays ne revient pas à analyser son pouvoir ou son rayonnement, mais plutôt les déplacements effectués par le pays recevant, les mélectures dont il fait l’objet. Ainsi, étudier la réception de Gœthe en Angleterre en dirait davantage sur l’Angleterre que sur Gœthe lui-même. Lanson, on l’a vu, a tenu une thèse similaire. Mais lorsque Rudler traite de « La critique d’influence » dans son manuel, c’est l’article de Cazamian qu’il donne en référence (Rudler, 1923, 171, note 1), parce que Cazamian aborde les problèmes de la mélecture en les regroupant sous la catégorie présumée uniforme de l’influence.
23Dans les années 1920, le mot influence commence dès lors à être perçu comme la notion qu’il n’était pas chez Lanson, et, cause ou symptôme, fait système de plus en plus avec un autre mot important de Lanson, les sources. Quand et pourquoi les deux mots en viennent-ils à être associés, et toujours au pluriel ? Dans « La méthode de l’histoire littéraire », Lanson, en une formule souvent citée, avait écrit que la « détermination de l’influence littéraire n’est qu’une étude de sources renversée » (Lanson, [1910] 1965, p. 45). Mais dans les lignes qui suivent, il n’exploite pas davantage la symétrie des deux termes, préférant se concentrer sur les difficultés propres à l’examen de « l’influence sociale ». Il est probable que Lanson a conscience de la différence entre les deux vocables. Le mot « sources » provient de l’histoire, il renvoie à la documentation, à l’archive que l’historien doit consulter pour constituer la preuve. Il porte la marque du tournant positiviste des études littéraires. Le mot « influences » est plus ancien et n’a pas les connotations historicistes du premier. Il est surtout un mot de corrélation, qui jusque-là a permis d’interroger l’action d’un écrivain sans être trop regardant sur les sources. Il est intéressant de constater que Thibaudet, par exemple, dans « La Querelle des sources » (1925), ne reprend pas à son compte le parallélisme des sources et des influences et d’ailleurs n’utilise pas dans l’article le mot influence12. Hazard, dans l’article cité précédemment, distingue les sources comme documents de l’influence comme mécanisme. Il remarque ainsi que dans certains travaux de comparatistes plus attachés à la comparaison qu’à l’histoire, une « importance spéciale [est donnée] aux sources ; non pas, à vrai dire, en tant qu’éléments constitutifs et agissants d’une œuvre : mais pour collection toutes les formes possibles d’une donnée littéraire, qu’elles aient ou non influé l’une sur l’autre » (Hazard, 1914b, p. 220). Le parallélisme est plus évident dans un article de 1920 de Paul Van Tieghem, dont on rappellera la position singulière dans le champ universitaire. Ni comparatiste, ni historien de la littérature, il recherche une troisième voie, qu’il appelle « littérature générale », et qui renverrait à une sorte d’anthropologie historicisée des littératures. Dans un article qui porte sur le problème de la synthèse dans les études littéraires, il oppose ainsi « les études de sources qu’on appelle parfois crénologie, et les études de succès et d’influence, pour lesquelles j’oserais proposer le nom de doxologie, parce que l’opinion professée sur l’œuvre ou l’auteur en est le principal ressort » (Van Tieghem, 1920, p. 8). Si la reformulation terminologique a quelque chose d’ironique13, elle traduit, d’un point de vue polémique, la perception d’un couplage qui s’installe entre les sources et les influences. Mais son évidence ne semble pas encore acquise, puisque Van Tieghem ne ressent pas le besoin de reformuler l’opposition dans des termes savants.
24Le manuel de Rudler, Les Techniques de la critique et de l’histoire littéraire, marque sans doute un temps fort de la fixation conceptuelle de l’héritage lansonien. Parce qu’il se revendique comme disciple et qu’il écrit, justement, un manuel, Rudler recherche la pureté des termes qu’il emploie. Dès l’introduction, « sources » et « influences » sont employés ainsi comme des termes symétriques, figurant au nombre des techniques permettant les « recherches de causes » (Rudler, 1923, p. 31) ; idée que Rudler reformule plus loin, démarquant Lanson, quand il écrit que « les études d’influence sont à peu près, à la base, des études de sources retournées » (ibid., p. 159). Rudler écrit donc un chapitre sur « La critique de sources » (le sixième), un autre sur « La critique d’influences » (le huitième14), dispositif qui renforce le parallélisme des deux termes. Toute l’ambition de Rudler tient dans les distinctions qu’il propose. Il faudrait, écrit-il, distinguer « les influences qui s’exercent d’écrivain à écrivain » de celles qui « regardent aux groupes sociaux, aux milieux » (ibid., p. 161). Prenons garde, écrivait-il quelques pages auparavant, de bien différencier les « sources vivantes » constituant « l’expérience de l’écrivain » des « sources livresques » (ibid., p. 119), qui portent sur ses lectures. Ces distinctions précises, et dont Rudler est moins l’inventeur que l’ordonnateur, disent des techniques d’analyse, déterminent des domaines de spécialisation dans lesquels l’étudiant ou l’enseignant pourront s’investir. Mais Rudler dans ces lignes ne dit jamais ce qu’est ou ce que pourrait être l’influence. Les études d’influence, pour lui,
[…] recherchent comment, pourquoi et jusqu’à quel point, étant donné un écrivain, avec son passé et les nécessités de son talent, une excitation venue du dehors l’a fécondé, enrichi, dévié, lancé sur une voie nouvelle, modifié dans son être, ou comment, à son tour, il a exercé une influence ; comment, pourquoi et jusqu’à quel point, étant donné un milieu, avec ses pressions et ses nécessités internes, une excitation venue du dehors l’a éveillé, pénétré, travaillé, infléchi, ou comment son action a rayonné (ibid., p. 159).
25Il manque dans ce passage pourtant plein d’allant une certitude quant au mécanisme, au processus de l’influence. L’œuvre éveille, pénètre, travaille, infléchit, autant de termes fondamentalement différents, qui permettent aussi bien de penser l’influence comme une force que comme la modélisation dont se sert un écrivain pour composer son œuvre. Mais qu’est-ce que l’influence ? Est-ce un phénomène de circulation internationale des œuvres ? un effet de la puissance militaire d’un pays ? de la faiblesse littéraire d’un autre ? est-ce qu’imiter, c’est être influé ? est-ce que l’influence est un devenir ? Tous ces possibles qui traversent les écrits de Lanson et qui sont au cœur des débats épistémologiques dans les années 1910-1920 ne sont guère unifiés par Rudler qui les admet tous. Quelque chose d’une rigidification du lansonisme se joue dans ces lignes, qui donnent aux termes trop d’importance, au mépris peut-être de l’empirisme de méthode de Lanson. L’influence, chez Rudler, n’est pas devenue une notion philosophique. En revanche, elle est entrée dans un système lexical donnant l’illusion d’un concept, qui reste pourtant à formuler. Certains, on l’a vu, s’y sont essayés. Mais sans jamais parvenir ni même rechercher à le réduire à un processus uniforme.
Conclusion
26On demandait en introduction si Lanson est un penseur de l’influence comme la doxa semble l’indiquer. Ce qui ressort de cette étude est plutôt la difficulté à percevoir chez Lanson une caractérisation notionnelle forte d’un terme devenu fourre-tout au xixe siècle. Sur cette question de l’influence, Lanson ne diffère pas de ses prédécesseurs et utilise le terme quand il vient, mais jamais, ou presque jamais, pour le ressaisir en concept. Ce n’est que dans les années 1910-1920 que l’histoire littéraire telle qu’elle est défendue par Lanson est interrogée à partir du filtre grossissant de l’influence. Hazard, Van Tieghem, Rudler — qui ont servi ici de témoins — reformulent l’héritage lansonien à partir d’un terme dont ils perçoivent l’importance, mais qu’ils ne parviennent pas à clarifier. D’un article à l’autre, influence passe du vitalisme à la sociologie et acquiert un rôle plus heuristique que véritablement conceptuel. Si le deuxième xxe siècle s’en prend à Lanson et à l’histoire littéraire à partir de cette notion présumée d’influence, cela tient sans doute à la manière dont le terme devient le relais obligé de la pensée dans ces premières décennies du siècle. Mais la relecture a posteriori de ces débats montre aujourd’hui que l’influence, y compris chez Lanson, n’a jamais été qu’une notion en trompe-l’œil.

