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La parole aux animaux. Conditions d'extension de l'énonciation (Paris)

La parole aux animaux. Conditions d'extension de l'énonciation (Paris)

Publié le par Romain Bionda (Source : Raphaël Horrein)

Les récentes polémiques concernant les conditions de mort dans les abattoirs le montrent : la question animale est d’actualité. Les réactions indignées, qui ont suivi la diffusion de vidéos par l’association L. 214 parlent souvent de traitements « inhumains ». Elles sont la preuve d’une identification forte entre humains et animaux. Cette identification n’est qu’une marque supplémentaire d’une mise à mal contemporaine des frontières traditionnellement posées entre humains et non-humains, entre nature et culture. C’est le sens par exemple de la proposition déjà ancienne de Bruno Latour, visant à créer un « Parlement des choses », qui consiste à intégrer la nature dans les décisions politiques, avec la médiation des scientifiques. De nombreuses recherches universitaires se sont développées autour de cet ébranlement des frontières, en éthologie, en anthropologie, en biologie, mais aussi en philosophie ou en littérature.

La sémiotique est pleinement investie dans le bouillonnement intellectuel provoqué par ce regain d’intérêt pour les animaux. L’ancienne zoosémiotique des années 60 se renouvelle aujourd’hui : un colloque se tiendra à Palerme, au début du mois de décembre 2016, sous le titre « Zoosemiotica 2.0 ». La journée d’étude que nous proposons s’inscrit dans la continuité de ce premier événement. Il s’agira d’interroger l’existence, sinon d’une énonciation, du moins d’une sémiose animale, d’un monde de significations auquel les animaux nous donneraient accès par un acte signifiant singulier, qu’il nous faudrait apprendre à recevoir, à comprendre et à respecter. Recherche sur les animaux, donc, mais aussi recherche sur l’énonciation. En effet, en s’intéressant à la possibilité d’une « énonciation » animale, c’est la théorisation de ce concept qui se trouve elle-même en, jeu, dans ses fondements. Elle pourrait se déplacer et trouver une nouvelle définition, à même de prendre en charge cette autre forme de mise en mouvement de la signification. Ce questionnement peut prendre plusieurs orientations.

 

Un animal peut tout d’abord être le support d’une énonciation humaine déléguée : c’est le cas de la fable, qui fait parler les animaux comme les humains. La cigale, la fourmi, l’agneau, le loup, ne sont que des masques ; ce ne sont pas des animaux, ce sont des hommes. Le phénomène rhétorique de la prosopopée qui s’y trouve à l’œuvre, déjà largement étudié, peut recevoir de la sémiotique des éclairages nouveaux par sa mise en perspective avec l’analogie, la métaphore ou la synecdoque. Plutôt que de parler de délégation, il est possible d’envisager une extension de l’énonciation aux animaux. Dans ce cas, l’existence de la singularité d’une énonciation animale est postulée, mais elle peut être interprétée en termes anthropomorphes, selon des modèles déjà bâtis et éprouvés par ailleurs. L’énonciation animale risque de devenir une énonciation uniquement figée dans l’usage : tel geste, tel cri, telle séquence de comportement se trouvent automatiquement assimilés à tel signifié univoque (cf. l’analyse éthologique). Une troisième voie est alors envisageable : il s’agit de ne plus considérer l’animalité ou l’animal, mais toujours les animaux, dans leur singularité, pour essayer de découvrir une énonciation « individuelle », riche d’éléments pathémiques et cognitifs, découverte qui peut se faire par la littérature, à travers des textes narratifs et poétiques (cf. Ponge, Michaux, Calvino…). Cette énonciation singulière pourrait s’inscrire dans la forme animale, dans sa présence et sa manifestation, dans son « apparence qui est à comprendre comme un langage » (J.-C. Bailly).

Au-delà de cette question d’une potentielle énonciation des animaux, celle de la nature et de la place des sujets énonciatifs peut être source de nombreuses interrogations. En effet, les animaux peuvent être à la fois émetteur (énonciateur ?) et récepteur (énonciataire ?), ou simplement émetteur, laissant le rôle d’énonciataire et/ou interprète à l’humain, et réciproquement (?). Tous ces cas de figure, qui s’éloignent donc de la communication habituellement analysée par la sémiotique – celle qui se déroule entre humains –, posent toujours la question du retour. C’est peut-être en effet par une analyse de l’interaction dynamique entre énonciateur et énonciataire que l’on pourra considérer chacune des situations possibles dans sa singularité, non pas pour rétablir une exception humaine, mais considérer le lien et la spécificité des différents modes d’échange, selon la nature, humaine ou non, des acteurs de l’énonciation.

C’est en s’attachant à ces questions, qui peuvent s’adosser chacune à des corpus différents (littérature, éthologie, philosophie, anthropologie), et par le biais de l’énonciation, que la sémiotique pourra contribuer à l’activité des « études animales ».

 

 

MODALITÉS DE SÉLECTION 

 

Les propositions seront sélectionnées par un comité scientifique composé de membres du GASP8 et de chercheurs extérieurs.

La proposition de communication doit être composée en Times New Roman 12, interligne 1,5 ; elle doit comporter :

  • Un résumé de la communication : 1500 caractères maximum.
  • Un titre pour la communication.
  • Une bibliographie indicative.
  • Les coordonnées du chercheur : prénom, nom, email, laboratoire de rattachement, discipline.  

 

La durée de communication est fixée à 20 minutes.

 

CALENDRIER  

 

Envoi des propositions de communication au plus tard le mercredi 30 novembre 2016, à l'adresse suivante : raphael.horrein@gmail.com  

Réponse : samedi 10 décembre 2016

Journée d’étude : le vendredi 27 janvier 2017.   

 

 

Le GASP8 

 

Le Groupe d’Activités Sémiotiques de Paris 8 (GASP8) a été fondé le 16 novembre 2015. Il est né de la volonté des professeurs de sémiotique de l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis, au département de Littérature française, Denis Bertrand et Michel Costantini, de donner au sein de notre université une place plus importante à la discipline fondée par A. J. Greimas, dans les années 1960. Deux idées principales ont présidé à la création de ce groupe : une volonté d’ouverture, tout d’abord, comme l’indique le choix du mot « activités » plutôt que « recherches », marquant bien la dimension à la fois théorique et opérationnelle de la sémiotique ; une volonté de transmission, ensuite, pour accompagner les jeunes chercheurs en sémiotique de Paris 8 et favoriser la pérennisation de la discipline au sein de notre département et au-delà. Le nom du groupe apparaît alors comme une forme de conjuration : il s’agit d’éviter que la sémiotique ne  pousse un « gasp », ce phénomène terminal de l’agonie... Pour ce faire, le groupe souhaite engager des discussions avec d’autres disciplines sur des problématiques actuelles. C’est dans cette perspective résolument interdisciplinaire que sept séances ont été organisées, entre novembre 2015 et juin 2016. Centrées sur la problématique des conditions d’extension de l’énonciation par delà la sphère strictement humaine, elles ont pris pour objet l’énonciation animale. L’organisation de sa première journée d’étude, qui aura lieu le 27 janvier 2017, est issue de ce questionnement.

Les membres du groupe sont : Denis Bertrand, Michel Costantini, Everardo Reyes-Garcia, Veronica Estay Stange, Rim Amira, Ludmila Boutchilina-Nesselrode, Grégory Carteaux, Veronika Chernaia, Eva Deyneka, Pauline Hachette, Raphaël Horrein, Inga Velitchko.

 

 

Pour toute information ou renseignement complémentaire, vous pouvez nous envoyer un mail à l'adresse suivante : raphael.horrein@gmail.com