Agenda
Événements & colloques
Gustave Doré et le livre illustré (Strasbourg)

Gustave Doré et le livre illustré (Strasbourg)

Publié le par Marc Escola (Source : Pierre-Emmanuel Moog et Ghislaine Chagrot)

Ces journées d’études proposent de porter un regard actualisé sur l’œuvre imprimé de Gustave Doré en étudiant ses sources graphiques et littéraires et en situant sa production dans le paysage éditorial de l’illustration. L’étude de son interprétation des Contes de Perrault constituera une séquence de ces rencontres qui seront complétées par le regard d’illustrateurs et d’éditeurs qui nous éclaireront sur la réception contemporaine de ce patrimoine graphique.

Comité Scientifique :

Ghislaine Chagrot (BnF), Pierre-Emmanuel Moog (BnF), Franck Knoery (Musées de la Ville de Strasbourg)

Journée 1 : Jeudi 17 mars      

9h30-9h45 : Introduction : Ghislaine Chagrot (BnF), Pierre-Emmanuel Moog (BnF), Franck Knoery (Musées de la Ville de Strasbourg)
 
9h45-10h30. Philippe Kaenel : « Le livre en représentations : Gustave Doré et Rabelais »

Gustave Doré s’est tourné vers Rabelais à deux occasions - un cas unique dans son parcours : une première fois avec les Œuvres de François Rabelais en 1853, au tout début de son projet d’illustrateur, et une seconde fois vers la fin de sa carrière, en 1873, avec deux somptueux volumes intitulés Œuvres de Rabelais. Les livres sont un sujet central dans les écrits rabelaisiens. Ils participent à l’espace diégétique de la fiction. Doré a saisi cette occasion pour mettre en image le livre dans le livre, dans un exercice de dialogismeau sens de Mikhaïl Bakhtine : mises en abîme, diffractions, réfractions manifestant une culture du livre révolutionnée par l’esthétique romantique.

Philippe Kaenel est professeur d’histoire de l’art contemporain à l’Université de Lausanne. Ses travaux portent sur les arts graphiques en général : sur l’illustration, la caricature, la bande dessinée, l’affiche, la photographie ainsi que la théorie, l’art et la critique. Il a publié divers ouvrages dont Le métier d’illustrateur 1830-1900. Rodolphe Töpffer, J.-J. Grandville, Gustave Doré (2005); et était commissaire de l’exposition Gustave Doré (1832-1883). L’imaginaire au pouvoir(2014).
 
10h30-11h15. Ségolène Le Men : « De la page au tableau : le frontispice des contes de Perrault »

Le frontispice pour les Contes de Perrault illustrés par Gustave Doré (Hetzel, 1862) s'inscrit dans l'histoire des frontispices de contes, tout en annonçant un protocole de lecture visionnée qui fait référence au tableau en même temps qu'à la scène de contage.

Ségolène Le Men, professeur émérite d'histoire de l'art à l'université Paris Nanterre, travaille sur l'illustration au XIXe siècle ; a publié divers ouvrages et articles sur Gustave Doré et organisé le colloque de l'exposition du musée d'Orsay en 2014.

11h15-11h30. Pause

11h30-12h15. Valérie Sueur-Hermel : « Gustave Doré et la gravure sur bois de teinte »

Le programme éditorial conçu par Gustave Doré, en 1855, de chefs d’œuvre de la littérature illustrés de planches in-folio repose sur la mise au point de la technique de la gravure sur bois de teinte en collaboration avec des praticiens choisis. Nous étudierons les sources, la mise en œuvre et les enjeux esthétiques d’un procédé dont l’histoire se confond avec la carrière de Doré.

Valérie Sueur-Hermel est conservatrice générale au département des Estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France, responsable des collections du XIXe siècle. Elle enseigne également à l’École du Louvre dans la spécialité « Histoire de l’estampe ». Elle a été commissaire de plusieurs expositions dans ce domaine.
 
Pause déjeuner
 
14h-14h45. François Fièvre : « Doré et Perrault : comment raconter des histoires en images ? »

Comment l'image transforme-t-elle le temps du récit en espace narrativement signifiant ? Pour saisir la singularité de l’approche narrative de Doré, il s’agit de mieux comprendre la manière dont s’organisent spatialement ses illustrations, et de comparer ses compositions aux précédentes illustrations des contes, notamment celles de l’édition Curmer, mais aussi aux procédés à l’œuvre dans la peinture d’histoire et de paysage de son temps.

François Fièvre est historien de l’art, chercheur associé au laboratoire Intru (université François Rabelais, Tours). Il est l’auteur d’études sur l’iconographie des contes de Grimm et de Perrault, en particulier : « Doré dévore Perrault », Études de lettres, n° 310, 2019.
 
14h45-15h30. Pierre-Emmanuel Moog : « Quand Doré illustre les contes de Perrault, enjeux narratifs de la pagination »

L’ouvrage luxueux que réalisent Hetzel et Doré en 1861 se distingue d’abord par la qualité graphique et technique des images, des planches pleine page de grand format. Mais il se singularise aussi du lot des éditions illustrées par le nombre important de planches et la liberté laissée à l’artiste de ne représenter que les scènes qui l’inspirent, et toutes les scènes, ce qui aboutit à une grande irrégularité des passages illustrés. Du fait des contraintes éditoriales de pagination, et notamment la volonté de répartir de manière plus régulière les illustrations dans l’ouvrage, la plupart des images se retrouvent éloignées des passages textuels représentés ou placées dans un ordre incongru, ce qui n’est pas sans conséquence sur leur lecture narrative.

Pierre-Emmanuel Moog est chercheur en anthropologie narrative. Il est l’auteur de plusieurs articles sur les contes merveilleux et co-directeur, avec Ghislaine Chagrot, du programme de recherches sur « Les Contes de Perraultillustrés par Gustave Doré » de la BnF : https://perraultdore.hypotheses.org/

15h30-16h15. Ghislaine Chagrot : « Les rééditions étrangères des Contes de Perraultpar Gustave Doré, une diffusion à géométrie variable »

Les Contes de Perrault illustrés par Gustave Doré, publiés par l’éditeur Hetzel fin 1861, vont connaître une diffusion rapide à l’étranger : dès 1862 aux États-Unis et aux Pays-Bas, en 1863 en Espagne, en 1865 en Grande-Bretagne, en 1867 en Allemagne et en Russie, en 1873 au Danemark et en Suède, en 1880 en Italie. Ces rééditions étrangères, comprenant tout ou partie des illustrations de Doré, recouvrent cependant des projets éditoriaux différents qui, dans certains cas, s’éloignent du programme artistique initial de Doré.

Ghislaine Chagrot est bibliothécaire à la BnF, spécialiste du conte au Centre national de littérature pour la jeunesse. Elle est l’auteure de plusieurs articles dans ce domaine et co-directrice, avec Pierre-Emmanuel Moog, du programme de recherches sur « Les Contes de Perraultillustrés par Gustave Doré » de la BnF : https://perraultdore.hypotheses.org/

16h15-16-30. Pause

16h30-17h15. Table ronde 1. « L’illustration des contes après Doré » :

Jean Claverie, Philippe Jalbert / modération Ghislaine Chagrot, Pierre-Emmanuel Moog
 
*

Journée 2 : Vendredi 18 mars
 
9h00-9h45. Franck Knoery : "Les sources strasbourgeoises de Gustave Doré"

Les principaux biographes de Gustave Doré soulignent l’importance de l’enfance strasbourgeoise de l’artiste comme de sa précocité, participant à la construction du récit d’une mythologie personnelle. Nous chercherons à documenter les sources culturelles, littéraires et graphiques du jeune Doré, pour les mettre en relation avec son corpus illustré et tenter de mieux circonscrire des épisodes souvent décrits comme une vocation artistique, paradoxalement placée sous la figure tutélaire de Gutenberg.

Franck Knoery est conservateur de la Bibliothèque des Musées de Strasbourg, et chargé de cours à la Haute École des Arts du Rhin. Spécialisé dans les relations entre les graphiques et le livre aux XIXe et XXe siècles, il est l’auteur de plusieurs articles et expositions. Sur ce sujet, il a publié deux articles récents sur les albums de jeunesse et les sources alsaciennes de Doré.
 
9h45-10h30. Laurent Baridon : « Grandville-Doré : une filiation paradoxale ».

Gustave Doré arrive à Paris en 1847, quelques mois après la mort de Grandville. L’adolescent s’est très tôt familiarisé avec l’œuvre de son aîné, ainsi qu’en témoignent des dessins de jeunesse. Il hérite des procédés qui ont rendu Grandville célèbre, et en particulier du recours à l’animal pour satiriser les humains. Les deux artistes partagent également une ambition qui les pousse à vouloir dépasser leur statut d’illustrateur de journaux et de livres. Elle les conduit pourtant à emprunter des voies différentes sur les plans artistique et esthétique.

Laurent Baridon est professeur d’histoire de l’art contemporain à l’université Lumière Lyon 2 et membre du LARHRA (UMR 5190). Il est spécialiste de l’histoire des idées et des représentations de l’architecture, et de l’histoire de la caricature et de la satire visuelle. Il a notamment publié en collaboration avec Martial Guédron, L’art et l’histoire de la caricature (2006, 2021). Il a co-organisé le colloque La satire visuelle du XVIIIe siècle à nos jours en 2015.
 
10h30-11h15. Antoine Sausverd : « Imiter et dépasser Töpffer, les Travaux du jeune Doré »

Quand il publie en 1847 son premier album Les Travaux d’Hercule, le jeune Gustave Doré s’applique à reprendre le modèle initié par le Genevois Rodolphe Töpffer : la « littérature en estampes ». Émaillant ses dessins de références graphiques à son Maître, le collégien d’une quinzaine d’années ne se contente pas de le suivre fidèlement mais capte d’instinct les potentialités de ce nouveau moyen d’expression, ancêtre de la bande dessinée.

Antoine Sausverd est historien de la bande dessinée. Spécialiste de Rodolphe Töpffer et des origines de de ce genre, il a fondé et anime le site Töpfferiana.fr. Auteur de nombreux articles, il a notamment publié une postface à la réédition de l’album de Gustave Doré Les Travaux d’Hercule aux Éditions 2024, en 2018.
 
11h15-11h30 : pause
 
11h30-12h15 : Élise Canaple : « Récré Doré »

La dette de l’imaginaire contemporain à l’égard de Gustave Doré est incommensurable. Son influence ayant irrigué la culture populaire des principaux pourvoyeurs visuels qu’ont été au XXe siècle les États-Unis et le Japon, on ne cesse de le trouver au détour de plans de films, de cases de bandes dessinées, de pages d’albums jeunesse, et bien plus encore. Qu’il soit cité, adoré, détourné, remixé voire inconsciemment émulé, il reste assurément d’actualité. Quoi de mieux à la fin d’un colloque qu’une forme de récré, tout en images et en héritiers plus ou moins assumés.

Élise Canaple est bibliothécaire. Tête curieuse d’images de toutes sortes, elle a œuvré à la collection consacrée au graphisme et à l’illustration de la Médiathèque André Malraux à Strasbourg de 2008 à 2019 avant de rejoindre le projet de construction de la future Médiathèque Nord à Schiltigheim. Elle a été commissaire de plusieurs expositions consacrées à l’illustration dans les médiathèques strasbourgeoises, et commis quelques articles et conférences sur le sujet à l’invitation de la HEAR et de l’EESI.

12h15-12h30 : Conclusion Franck Knoery, Ghislaine Chagrot, Pierre-Emmanuel Moog.