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"Pouvoirs de la littérature et modèles de lacommunauté", journée d'étude (doctorants)

Publié le par Vincent Ferré (Source : Emmanuel Bouju)

Pouvoirs de la littérature et modèles de la communauté

Journée d'étude « jeunes chercheurs » du Groupe phi

(CELAM, Université Rennes 2)

Dans une époque marquée par la globalisation, la question de l'appartenance à une communauté se pose de façon aiguë, en interrogeant tout autant « vivre-ensemble » (1) et « vivre-avec »(2). Pour illustrer sa complexité définitionnelle, on peut partir de deux approches situées avant et après 1989.

En 1977, Roland Barthes déploie le « fantasme » d'une communauté idiorrythmique et interroge la possibilité de conjuguer un vivre-ensemble avec le respect du rythme propre à tout individu :

« idiorrythmiques = groupement peu nombreux et souple de quelques sujets qui essayent de vivre ensemble (non loin les uns des autres), en préservant chacun son rhutmos. Question : pourquoi se groupent-ils ? »

En 2001, au moment de la parution de La Communauté affrontée, longtemps après la chute du Mur et peu après les attentats du 11 Septembre, Jean-Luc Nancy redéfinit la notion de communauté par l'image de la brisure. Il souligne l'épuisement de la pensée de l'Un, alors même que la communauté se désagrège en des communautés qui s'affrontent entre elles.

Dans le contexte actuel, on assiste à l'infléchissement du fantasme de Barthes qui peut sembler paradoxal. En effet, la volonté d'un « vivre-ensemble » apparaît comme secondaire face au souci de préserver les particularités de l'individualité.

C'est pourquoi nous souhaiterions analyser plus largement la relation entre littérature(s) contemporaine(s) et communauté. On pourra ainsi interroger en termes de distance, d'écart, le rapport de l'un et du multiple, fondé par un spectre de l'investissement allant de l'« acédie » (perte d'investissement et du désir) à l'action pour la communauté. S' « il nous manque un mot » (Nancy) pour désigner l'être-en-commun ou l'être-avec, nous proposons d'analyser - au travers de lectures ouvertes de romans contemporains - l'investissement, la distance ou le retrait de la littérature face à la communauté.

Nous vous invitons à réfléchir à partir de trois groupements thématiques :

Représentation de la ou des communautés.

 

Comment la littérature contemporaine met-elle en scène la ou les communautés ? Quel(s) type(s) de communauté décrit-elle ? Selon quelles modalités ?

 

Investissement ou désinvestissement de la communauté par le littéraire.

 

Comment la littérature contemporaine investit-elle la notion de communauté ? Les oeuvres contemporaines peuvent-elles légitimer cette notion et oeuvrer pour la fondation de communautés ? Dans ce cas, quel(s) type(s) de communauté(s) peut ou veut mettre en place la littérature ? Quel télos lui assigne-t-elle ?

Comment penser la figure de l'auteur et son autorité dans la communauté ? Comment la « souveraineté de la communauté » rencontre-t-elle voire se confronte-t-elle à celle de l'auteur ?

 

Expressions communautaires, expressions littéraires.

La parole communautaire fait-elle violence à la parole littéraire, la parole littéraire donne-t-elle à entendre une parole communautaire ?

Ces pistes ne sont bien entendu pas exhaustives.

Cette journée d'études se tiendra le 11 mars 2011 à l'Université de Rennes 2, et sera principalement ouverte aux jeunes chercheurs et doctorants en littérature générale et comparée, mais également à des intervenants d'autres disciplines des sciences humaines (LLCE, philosophie et sociologie notamment). Elle s'inscrira dans le cadre du programme de recherche du groupe Phi (CELAM) « Pouvoir, puissance, force ».

Aurélien Bécue, Emilie Etemad, Chloé Tazartez

(Doctorants en littérature comparée, Groupe phi, CELAM)

Les propositions de communication sont à envoyer avant le 1er janvier 2011 aux adresses suivantes : chloe.tazartez@gmail.com emilie.etemad@gmail.com aurelienbecue@gmail.com. Elles comporteront, outre le titre provisoire de la communication, un résumé d'une page maximum. La durée des communications sera de vingt minutes suivies de dix minutes de dialogue.

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(1) BARTHES Roland, Comment vivre ensemble, Simulations romanesques de quelques espaces quotidiens (Cours et séminaires au Collège de France, (1976-1977)), Seuil IMEC, 2002, 245p

(2) Le « vivre-avec » fait ici référence à l'«être-avec », expression que Jean-Luc Nancy préfère au terme de communauté.

Cf. NANCY Jean-Luc, Jean-Luc Nancy/Chantal Pontbriand, Un entretien dans « L'idée de communauté », Parachutes, n°100, p 15 et NANCY Jean-Luc, La Communauté affrontée, Galilée, La philosophie en effet, 2001, 52p

(3) BARTHES Roland, Comment vivre ensemble, op.cit., p 78

(4) Pour reprendre la terminologie de François Hartog, nous faisons ainsi peut-être face à partir de 1989 à un nouveau régime d'historicité.

Cf. HARTOG François, Régimes d'historicité. Présentisme et expériences du temps, La Librairie du XXIe siècle, Seuil, 2003

(5) « Il ne s'agit ni de culpabiliser l'Occident, ni de revendiquer un Orient mythique : il s'agit de penser un monde en lui-même et par lui-même brisé, d'une brisure qui provient du plus reculé de son histoire et qui doit bien d'une manière ou d'une autre, pour le pire et peut-être - qui sait ? - pour l'un peu mois pire, constituer aujourd'hui son sens obscur, un sens non pas obscurci, mais dont l'obscur est l'élément. C'est difficile, c'est nécessaire, c'est notre nécessité aux deux sens du mot : c'est notre pauvreté et notre obligation. »

NANCY Jean-Luc, La Communauté affrontée, op.cit., p 20

(6) NANCY -Luc, Jean-Luc Nancy/Chantal Pontbriand, Un entretien, op.cit., p 15

(7) « Distinguons cependant le motif, la détermination, la causalité (objective), la cause (avec initiale minuscule), le pourquoi (en un seul mot) ; et la fin, le but, l'objet (l'idée) qui fascine, attire, oriente et mobilise un tropisme, la Cause (avec un grand C), le pour-quoi (en deux mots), le Télos. »

BARTHES Roland, Comment vivre ensemble, op.cit., p 78

(8) NANCY Jean-Luc, La Communauté affrontée, op.cit., p 15