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Appels à contributions
Les Lignes de Bouaké-La-Neuve, 

Les Lignes de Bouaké-La-Neuve, "L'identité dans la peau"

Publié le par Sarah Lacoste (Source : UFR Communication, Milieu et Société)

"L'identité dans la peau" 

Revue Les Lignes de Bouaké-La-Neuve

Université de Bouaké, 2010

Sans que cela ne leur soit exclusif, les sociétés africaines sont, beaucoup plus aujourd'hui qu'hier, sujettes à des changements rapides, brusques et chaotiques ; elles sont constamment traversées par des faisceaux d'influences multiples, soumises à des chocs parfois violents. Ainsi agressées en permanence, leurs structures et leurs fondements s'en trouvent profondément bouleversées ; le corps social tout entier se trouve alors durablement imprégné de lignes de forces et de tendances nouvelles porteuses de dynamiques identitaires et de formes d'invention ou de réinvention de soi (Kaufmann 2004) pour le moins originales et jusque-là insoupçonnées. Aujourd'hui, en Afrique, des formes d'identification, individuelles ou collectives, se donnent à voir dans des identités quasiment à fleur de peau. De nouvelles formes vestimentaires, plus proches du dévêtement que de toute autre forme de protection de la nudité du corps, des tatouages ostentatoires, de dépigmentation de la peau, des signes ostensibles de religiosité, de nouveaux codes et de nouvelles formes langagières, apparaissent.

Le temps est loin où « black is beautiful » faisait recette. Nombreux sont les femmes et les hommes en Afrique qui se dépigmentent la peau pour être plus « clairs » ou plus « blancs ». Les femmes africaines se font « blanches » à force de pommades mortifères. Ailleurs, la peau cherche la lumière du soleil pour « bronzer». Ailleurs encore, ou partout, on change de peau pour être bien dans son corps ou pour devenir une image fantasmée de l'autre. Au Moyen Orient les hommes veulent changer de nez pour s'occidentaliser. La mode y est pour beaucoup. Ce n'est pas tout. Des individus changent de visage, d'empreintes digitales pour échapper aux mailles des identifications sécuritaires. Les stratégies de l'identité sont variées et multiples pour perturber, neutraliser, ruser avec, suspendre, les couches successives qui font les identités d'appartenance ou de référence. Mais, il reste toujours qu'un tel prisme déformant et réifiant ne soit que l'arbre qui cache la forêt d'une société en « re-création » de son Soi identitaire, lui-même aux prises avec les incongruités et tiraillements d'un entre-deux culturel parfois difficile à assumer.

Vu de cette façon, il devient bien difficile d'établir des grilles d'intelligibilité et des critères univoques pertinents permettant de discriminer, de façon objective, les logiques identitaires. En effet, il est une incontestable réalité : aucune discipline scientifique, aussi bien dans les contextes africains ou ailleurs, n'est à même d'établir avec certitude l'identité d'un individu et sa place dans l'ordre social, ce d'autant plus que les conditions et les modalités de l'identification des individus et de leur appartenance collective évoluent constamment et de façon profonde (Guillo 2006). Comme dans les sociétés contemporaines, modernes et postmodernes, les repères habituels d'appartenance tendent à se distendre, à se dissoudre, ouvrant, autant de marges d'indétermination et gonflant à l'infini l'espace de l'individualité (Simard 1988).L'identité devient davantage élective, construite, mais aussi et surtout plus incertaine, plus imaginée.

La question suivante est une piste possible pour de multiples réponses : et si l'identité était dans la peau, cette surface « dépourvue de profondeur » que Gilles Deleuze a appelé une « pellicule fantasmée » ? A la frontière du sens et du non sens, les individus se construisent des identités passagères, fictives, factices, trompeuses, lumineuses, ludiques d'autant plus fortes qu'elles cristallisent ce qu'ils veulent être et non ce que les identités les font être même au défis de la destruction et de la mort.

Dans ces conditions, où la multiplicité du champ des possibles dans l'identification des individus et des groupes s'impose de fait, les sciences sociales et humaines n'ont d'autre alternative que de proposer des approches diversifiées de l'identité, épousant du reste les contours fluctuants de la polymorphie (Dubar 2007) et de l'imprécision du concept. Aussi, qu'il s'agisse de l'approche « essentialiste », d'origine philosophique, qui penserait l'identité comme « mêmeté et ipséité » (Ricoeur), de l'approche « psychologique » qui assume la pluralité des identités en tant que « définitions de Soi » (Qui suis-je ?), de l'approche « interactionniste » pour laquelle l'identité est une relation entre assignation par les autres et revendication par soi ( Que fais-je de ce que les autres disent de moi ?) ou de l'approche « nominaliste » pour laquelle l'identité est une forme discursive inséparable d'une interprétation biographique (Comment rendre compte du cours de ma vie ?), de l'approche romanesque ou cinématographique, la question de l'appréhension de l'identité reste empreinte d'un malaise profond dans les sciences sociales et humaines. Pourtant, l'exercice reste d'une infinie nécessité. Aussi, dans le cadre du présent appel à contributions, la revue Les Lignes de Bouaké-La-Neuve propose de s'immiscer dans les interstices du débat contemporain sur l'identité en donnant l'occasion à tous les spécialistes de la question d'écrire de nouvelles lignes d'interrogations et de sens.

Axes de l'argumentaire

- L'approche « identitaire » de l'identité n'est-elle pas trop sérieuse pour ne pas laisser échapper les pratiques multiples qui la construisent ? Les problématiques de l'identité multiples, des identités brouillées, des identités revendiquées ou imposées, les identités plurielles ou métissées, les identités négociées, suffisent-elles pour prendre en charge les facteurs enjeu dans la crise des identités ?

- Ne doit-on pas être tenté par une approche plus récréative de l'identité soucieuse des « jeux de l'identité » ?

- Les écritures ludiques de soi ne font-elles pas appel à des formes d'institutions imaginaires de l'identité ? Les sciences de l'homme et de la société nous permettent-elles d'en éclairer les mécanismes ? (Littératures, psychologie, psychanalyse, sociologie, philosophie, etc.)

A quoi répondent les jeux ou les obsessions de la dépigmentation de la peau (Afrique, Asie, Amérique.) Quels en sont les enjeux sociaux, culturels, médicaux, commerciaux ?

- La publicité et la circulation des images sont-elles responsables de la transformation sociale de soi ?

- Quels sont les enjeux bioéthiques de la greffe d'organes apparents dans la reconstruction de l'identité ? (greffe de la main ou du visage)

Les textes à soumettre devront respecter les conditions de formes suivantes :

- le texte doit être transmis au format document doc ou rtf.

- Texte en Times New Roman 12

- Notes, en Times Roman 10, placées sous le texte et numérotées de 1 à n.

- Interligne de 1,5.

- Les citations dans le corps du texte doivent être indiquées par un retrait avec une tabulation 1,25 et le texte mis en taille 11 et en italique.

- il devra comprendre un maximum de 60,000 signes (espaces compris), double interligne, police de caractères Times 12.

- les figures et les tableaux doivent être intégrés au texte et présentés avec des marges d'au moins six centimètres à droite et à gauche. Les caractères dans ces figures et tableaux doivent aussi être en Times 10. Chaque figure et chaque tableau doivent avoir un titre.

- Précisions sur la première page :

• Le titre du texte,

• Pour chaque auteur, une notice comprenant :

- les nom et prénoms,

- le rattachement institutionnel,

- l'adresse électronique,

• Un résumé en un seul paragraphe de 1000 signes (espaces compris) maximum, qui devra être différent du premier paragraphe du texte. Il doit notamment énoncer l'objectif poursuivi par l'auteur.

• Proposer six mots clés.

• Proposer le texte lui-même.

Toutes les contributions doivent être adressées à l'attention du comité de rédaction par courrier électronique à : leslignesub@gmail.com

1) Les propositions sont à envoyer avant le 20 décembre 2010

2) La publication est prévue pour le 10 février 2011