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Un livre change de titre (Y. Reza).

Un livre change de titre (Y. Reza).

Publié le par Marc Escola

Yasmina Reza à double titre

LE MONDE DES LIVRES | 05.03.09 | 11h22  •  Mis à jour le 05.03.09 | 11h22


Surle site Internet de la Fnac, le roman de Yasmina Reza figure au rayon"livres", avec sa date de parution : février 2009. Un inédit ? C'est entout cas ce que donne à penser la page d'accueil consacrée à ce livre.D'autant que la couverture médiatique de cette "nouveauté" pourrait, àjuste titre, faire pâlir plus d'un écrivain, même raisonnablementconnu. Seulement voilà : Hommes qui ne savent pas être aimés est bien un texte de février, mais de février 2003, date à laquelle il avait été publié sous le nom du personnage éponyme, Adam Haberberg.Excellent livre, au demeurant, dans lequel Yasmina Reza déploie lemeilleur de son talent, le plus aigu. Une note de l'éditeur, placée enouverture du livre et au dos du volume, prévient le lecteur qu'ils'agit d'une reprise - un bis, en quelque sorte. Assez pour mettre engarde les flâneurs distraits, les groupies impatients ou les acheteursen ligne ? Pas sûr. Tous pourraient bien se retrouver, une fois lacaisse passée, les heureux propriétaires d'un deuxième exemplaire dumême ouvrage, juste habillé d'un nom différent.

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Pourquoi donc une telle opération ? Pour aller vers plus d'"universalité",affirme l'éditeur, qui signale aussi que ce titre était désiré parl'auteur. Laquelle donne une explication légèrement différente. "A l'époque où ce livre est paru pour la première fois, je n'ai pas eu l'impulsion de choisir ce titre, dit Yasmina Reza. Hommes qui ne savent pas être aimés figurait pourtant sur ma liste et je l'ai regretté presque immédiatement."Portrait cruel, extraordinairement juste et drôle d'un écrivain raté,hypocondriaque et dépressif, le roman n'a pas été lu autant quel'aurait voulu Yasmina Reza - qui le considère pourtant comme cequ'elle a "écrit de mieux" : "Quand mon éditeur m'a proposéde le republier, j'ai tout de suite pensé à prendre ce titre qui avaitété adopté, entre-temps, par certains éditeurs étrangers."

L'honnêtetéde l'auteur n'est pas en cause et l'on peut aisément comprendre latristesse d'un écrivain dont le livre n'est pas lu à sa juste mesure.Peut-être, d'ailleurs, que la question du costume n'est au fond qu'uneaffaire de coutume... C'est vrai, les habitudes ont la vie dure : ilest de mise, généralement, de ne publier un livre que sous un seultitre. On a déjà vu, bien sûr, des ouvrages changer de nom - parexemple, les Confessions de saint Augustin, devenues Les Aveuxdans la nouvelle traduction de Frédéric Boyer (POL, 2008). Outre quel'auteur n'est plus là pour donner son avis, le titre en question étaitle fruit d'une traduction, ce qui laisse évidemment une marged'interprétation.

Mais, finalement, ce sont là des conventionsfort désuètes. Pourquoi les écrivains ne pourraient-ils pas publierdeux fois (voire plus) des textes qui leur tiennent particulièrement àcoeur ? Ou remettre en circulation d'anciens ouvrages rechapés, quandl'inspiration leur manque pour en écrire de nouveaux ? Il faut imaginerla joie des lecteurs, qui découvriraient en vitrine des nouveaux titresde Malraux, de Sartre, de Balzac ou de Flaubert.

Après tout, le client est roi et Madame Bovary manque un peu d'universalité : Femme qui ne sait pas être aimée ferait à coup sûr un bien meilleur titre.


Raphaëlle Rérolle