Artaud contre "la bestialité". Entretien avec Thierry Galibert (Larevuedesressources.org)
Artaud contre "la bestialité". Entretien avec Thierry Galibert (Larevuedesressources.org):
Elisabeth Poulet : En 2008, vous avez publié, Thierry Galibert, un important essai, La bestialité, largement consacré à Antonin Artaud puisqu'il fut à la fois le plus clairvoyant critique et la plus évidente victime de cette « maladie de l'intelligence ». Est-ce à dire qu'il faut être fou pour approcher le Réel ? Artaud était-il fou ou seulement différent, suicidé volontaire de la société ?
Thierry Galibert : A la lumière de ce que nous constatons, depuis qu'existe la pensée philosophique ou, pour le moins, depuis la Renaissance, j'aurais tendance à répondre oui. Oui, il semble nécessaire d'être fou pour approcher le Réel. Or, et c'est là tout le paradoxe d'Artaud, s'il connaissait bien des problèmes psychologiques, il n'était pas fou. Le fou, en effet, c'est bien connu, n'écrit pas de façon logique, donc « littéraire ». Artaud était donc, pour une part, hors société, au sens où, ne pensant pas comme le commun, il était a-social. Et il a fini par revendiquer cette situation pour démontrer qu'il savait être lui-même la victime du mode de pensée qu'il dénonçait. Il ne faut donc pas être « fou » pour approcher le Réel, mais au moins a-social, ce qui en dit long sur la possibilité qu'offrent des pensées plus ou moins assujetties au social pour parler du Réel puisque, précisément, elles pensent que le social est le Réel.
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