Agenda
Événements & colloques
Roman et phénoménologie

Roman et phénoménologie

Publié le par Dominique Vaugeois

Colloque "Roman et phénoménologie"

En première analyse, il s'agira, bien sûr, de mesurer l'influence de la phénoménologie sur les écrivains qui s'en sont réclamés (Sartre, Sarraute, Robbe-Grillet...). Mais on ne s'en tiendra pas forcément aux romanciers explicitement marqués par Husserl ou ses successeurs, on pourra aussi s'attacher à relire les oeuvres de fiction à la lumière de la phénoménologie, que cette lecture se fonde ou non sur une filiation avouée. Du reste, les affinités entre l'univers du roman moderne et les grands thèmes de la phénoménologie ne manquent pas. Ainsi l'Ecole de Genève a-t-elle naguère ouvert la voie en considérant l'oeuvre littéraire comme l'expression d'une vision du monde.

Depuis Flaubert, depuis Proust, la modernité du roman serait même dans cette cristallisation d'un rapport au monde, de sorte que les relations à l'espace et au temps, le traitement des objets et des corps sont autant de directions majeures d'une phénoménologie du roman. Loin d'être absente de la fiction, la référence, si l'on en croit P. Ricoeur, ne s'y trouve dès lors que tenue en suspens, en attente d'une refiguration de la réalité quotidienne et de nos actions par le monde du texte. Introduite dès Le Temps raconté, la notion d'identité narrative permet alors de résoudre de façon dynamique, toujours selon Ricoeur, les anciennes apories de la conscience de soi.

Plus classique est la question de la conscience d'autrui, les problèmes de l'intersubjectivité constituant à la fois une thématique privilégiée du roman contemporain, par exemple chez Sarraute, et le fondement de la phénoménologie de la lecture développée par W. Iser. De façon moins générale, on pourra encore confronter l'étude systématique, par les phénoménologues, des différentes positions de la conscience -- selon qu'elle est imageante, hallucinée, oniruqe... -- avec l'expression de plus en plus approfondie de la vie mentale que se sont employés à donner les novateurs du roman dpuis l'invention des courants de conscience.

Dans tous les cas, l'éclairage phénoménologique du roman est d'autant plus stimulant pour la critique qu'il interroge le fond préréflexif et antéprédicatif de notre présence au monde, en deçà des représentations constituées et comme en deçà de la langue elle-même. Ici le thème phénoménologique de la chair du monde rejoint l'une des préoccupations de la conscience linguistique moderne : celle de l'incarnation des signes. Or il n'est pas sûr que l'invention d'une langue située au plus près des phénomènes et en prise immédiate sur les choses soit l'ambition du seul poète. A cet égard la notion de style, chère à Merleau-Ponty, devrait être l'une des plus fructueuses de ce colloque, parce qu'elle est l'entrelacs d'une forme et d'un sens, le lien entre la configuration d'un dire et une manière d'être au monde.

Centre Roman 20-50
Centre de recherches sur le roman des années 1920 aux années 1950