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Archives vivantes du spectacle : valorisation, médiation, création

Archives vivantes du spectacle : valorisation, médiation, création

Publié le par Marc Escola (Source : Valentine Peschard)

Appel à communication

Colloque Archives vivantes du spectacle : valorisation, médiation, création

31 mars, 1er et 2 avril 2027, Université de Caen Normandie et IMEC.

Comité d’organisation :

Romain Jobez, Isabelle Evenard, Valentine Peschard (Université de Caen Normandie / LASLAR – UR 4256)

Le colloque Archives vivantes du spectacle : valorisation, médiation, création s’inscrit dans le projet « Le créateur et ses archives » mené à l’Université de Caen-Normandie par le LASLAR. Organisé en partenariat avec l’IMEC, il cherchera à interroger les usages et pratiques contemporains des archives du spectacle vivant. 

Depuis les dernières décennies du XXe siècle, on assiste du côté des chercheurs à un intérêt renouvelé voire à un « engouement pour les archives du spectacle vivant[i] », selon la formule de Marion Denizot, dont témoignent plusieurs colloques et publications. Pascale Goetschel souligne que « la volonté des institutions d’affirmer leur place dans le champ de la conservation [doit mener à] mettre l’accent sur le renouvellement des problématiques de recherche[ii] ». L’exploration des archives amène en effet à réécrire l’histoire des spectacles selon des perspectives nouvelles, à reconsidérer l’historiographie et à remettre en cause des hiérarchies établies. La Société d’Histoire du Théâtre parle de « déjouer des automatismes historiographiques qui orientent et grippent le récit collectif fabriqué par les études théâtrales[iii] ».

Au-delà de l’intérêt de la recherche et des pouvoirs publics pour ces documents – qui pousse les institutions à conserver davantage leur histoire, ou à les verser dans des centres d’archivage afin de préserver leur fonds ou ceux de grands créateurs – on observe un regain de conscience par les compagnies et les artistes eux-mêmes pour leurs archives. En effet, ces documents permettent aussi bien d’observer le processus de création d’un spectacle que de garder une trace du fonctionnement administratif d’une compagnie à un moment précis. La volonté des pouvoirs publics de les collecter, qui peut être perçue comme une injonction[iv], entraîne une augmentation de la quantité d’archives disponibles, que multiplient encore les possibilités quasi illimitées offertes par le numérique. A cela s’ajoute la diversité des objets collectés. La question de la conservation et du traitement de cette masse de documents variés se pose alors.

Trésors pour la recherche, les archives sont aussi un matériau brut pour la création théâtrale. Si la mise en scène d’archives est fréquente depuis quelques décennies, en lien avec l’essor du théâtre documentaire, ce sont plus récemment celles du spectacle vivant qui sont régulièrement convoquées et exploitées par les créateurs, de manière variées. On peut s’interroger sur le statut des archives ainsi mises au plateau, à propos desquelles Aliénor Fernandez parle de « désarchivement[v] ».

Enfin, la volonté de valoriser les archives du spectacle auprès d’un public non spécialiste donne lieu à nombre de manifestations telles que des expositions, des lectures, des podcasts ou des ateliers, qui donnent à réfléchir sur leur dimension patrimoniale.

 En focalisant la réflexion sur les archives concernant les spectacles des XXe et XXIe siècles, le colloque a pour volonté d’étudier le geste d’archiver et les raisons qui l’entraînent, en lien avec les nouvelles perspectives de recherche qui se développent à partir de ces archives, ainsi que leur intérêt dans la création contemporaine, et plus largement dans les actions de médiation pour le grand public qui se multiplient ces dernières années. Les propositions de communications peuvent s’articuler selon les axes suivants. 

Axe 1. Le geste d’archiver

Cet axe questionne les raisons du geste d’archiver, qu’elles soient le souhait de la préservation d’un patrimoine, d’une mémoire ou d’un processus de création. A partir de ces différentes volontés, comment décider de ce que l’on conserve ? Comment s’opère le choix parmi les documents ? Ces décisions induisent inévitablement une part de subjectivité, elles ne seront pas les mêmes si un archiviste professionnel s’empare d’un fonds ou si un créateur s’occupe de ses propres archives. Quelles formes peut prendre la collaboration entre le producteur ou le donateur et l’archiviste ? Comment ces choix produisent-ils un discours sur les œuvres ou les artistes ? Le travail sur la classification d’un fonds d’archive du spectacle vivant est aussi à explorer dans cet axe, en prenant en compte les problèmes posés par la diversité de nature et de supports des documents, avec notamment les contraintes des archives numériques. 

Les propositions de communications peuvent porter 

-          sur des compagnies qui sont dans une démarche d’archivage ;

-          sur des institutions : théâtres, médiathèques, musées ;

-          sur des campagnes ou des programmes de collecte et de traitement d’archives.  

Axe 2. Renouveler l’historiographie

La multiplication et la mise à disposition des archives mène les chercheurs à porter intérêt à des champs inexploités. Il en résulte des enrichissements ou des remises en cause de stéréotypes établis, ainsi que de l’écriture de l’histoire des spectacles.  

Les propositions de communications peuvent porter 

-          sur la redécouverte de pratiques occultées par des hiérarchies sociales ou esthétiques : histoire du cirque, du music-hall, du théâtre pour la jeunesse (avec par exemple le numéro de la Société d’Histoire du Théâtre sur les spectacles pour enfants, prévu à l’automne 2026), etc. ;

-          sur la mise en évidence, en lien avec les évolutions sociétales, d’artistes ou de spectacles invisibilisés, à la lumière des études de genre ou des études décoloniales, ou encore à l’occasion de la découverte de fonds inexploités ;

-          sur des travaux abordant l’histoire des spectacles par des perspectives jusqu’alors négligées : histoire des lieux, des techniques, des publics ;

-          sur les nouvelles perspectives de recherche amenées par les humanités numériques, en particulier avec la possibilité de traiter de grands corpus. 

 Axe 3. Nouvelles formes de valorisation et de médiation des archives du spectacle vivant

Les réflexions émergentes sur les archives du spectacle vivant entraînent l’apparition de nouvelles formes d’utilisations de celles-ci. Cet axe propose d’explorer ces nouvelles actions, qui visent à perpétuer des mémoires avec la valeur patrimoniale au cœur des interrogations, et veulent s’adresser à un public non spécialiste. Il peut s’agir de présenter les archives dans une perspective documentaire, ou d’accompagner les spectacles.

Les propositions de communications peuvent porter 

-          sur la valorisation d’archives de natures diverses : écrits, costumes, maquettes, documents d’accompagnement des publics… Comment les faire connaître, les présenter et les faire parler ? 

-          sur des formes originales de présentation des archives (par exemple la lecture performée Bonimenter les archives numériques du Festival d’Avignon à la Maison Jean Vilar en juillet 2026) ;

-          sur les formes numériques de valorisation proposées par exemple par la Société d’Histoire du Théâtre ou la BnF : expositions virtuelles, podcasts, entretiens filmés ;

-          sur les pratiques créatives à partir d’archives (par exemple les ateliers de S. Grangeat à l’IMEC sur les archives de Lagarce, du CNCS sur les costumes, de l’ANRAT avec des collégiens aux Archives nationales) ;

-          sur la façon dont les théâtres ou les compagnies accompagnent le spectacle par des archives diverses : traces de répétitions, documents de référence, expositions… L’archive devient-elle une partie du spectacle ? peut-on séparer l’œuvre et son archive ? 

Axe 4. Créer à partir des archives, l’archive du spectacle comme objet au sein de la représentation

L’archive est fréquemment utilisée, sur les scènes contemporaines, comme un élément du spectacle à part entière, et non plus uniquement comme outil dramaturgique. Quelle place lui donner ? Pourquoi la convoquer ? Comment l’utiliser ? Est-ce la même chose de mettre en scène les archives du spectacle vivant ou d’autres archives ?  Ces démarches interrogent les frontières entre archive, document et fiction.

Les propositions de communications peuvent porter sur des spectacles qui font (re)vivre les archives 

-          par la démarche du reenactment (Re-paradise ou les Molière de Vitez par Gwenaël Morin ; Forever. Immersion dans Café Müller de Pina Bausch par Boris Charmatz ; le projet de Maxime Kurvers d’une bibliothèque vivante pour l’art de l’acteur·ice), entre patrimonialisation d’une œuvre, transmission d’un savoir-faire et évaluation de l’écart entre les enjeux passés et présents ;

-          par la citation (la reprise d’une scène de Mère Courage, dans la mise en scène de Brecht, pour L’Esthétique de la résistance, mise en scène de Sylvain Creuzevault, de moments phares du Festival d’Avignon dans Cour d’honneur de Jérôme Bel par les mêmes acteur·ices ou dans Avignon, une école de Fanny de Chaillé par les élèves d’une école de théâtre) ;

-          pour transmettre une histoire du spectacle en proposant un point de vue (Mai, juin, juillet de Denis Guénoun sur le théâtre en 1968 ; Barbara (par Barbara), mise en scène d’Emmanuel Noblet ; Hériter des Brumes, la folle histoire du Théâtre du Peuple, mise en scène de Julie Delille au Théâtre du Peuple de Bussang) ;

  •          par la fictionnalisation de l’archive.
  • —

Les propositions de communication d’une page au plus, comportant un titre, un résumé et une brève bio-bibliographie, sont à adresser aux organisatrices pour le 2 novembre au plus tard, pour une réponse fin novembre.

Valentine Peschard (valentine.peschard@unicaen.fr)

Isabelle Evenard (isabelle.evenard@etu.unicaen.fr)

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Bibliographie indicative

Coll., Archives, patrimoine et spectacle vivant, Revue de la BnF, no 5, 2000.

BARBÉRIS Isabelle (dir.), L’archive dans les arts vivants, SAIC, Presses Universitaires de Rennes, coll. Le Spectaculaire, 2015.  

BÉGOC Annie, BOULOUCH Nathalie, ZABUNYAN Elvan, La Performance. Entre archives et pratiques contemporaines, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2010.

BOISSON Bénédicte, DENIZOT Marion, LUCET Sophie (dir.), Fabriques expériences et archives du spectacle vivant, SAIC, Presses Universitaires de Rennes, coll. Le Spectaculaire, 2021.  

BRUN Catherine, et al. « L’auctorialité au prisme des archives ». Auctorialités théâtrales, édité par Benoît Barut et al., Presses universitaires de Rennes, 2025.

DENIZOT Marion, L’engouement pour les archives du spectacle, Écrire l'histoire, no 13-14, 2014, p. 88-101.

FARCY Gérard-Denis, AMIEL Vincent, Mémoire en éveil, archives en création. Le point de vue du théâtre et du cinéma, L’entretemps, Paris, 2006.  

FARGE Arlette, Le goût de l’archive, Paris, Seuil, coll. Points Histoire, 1989.  

FAURE Julie, HUTWOHL Joël, LE MEE Isabelle-Cécile, « Lever de rideau sur les patrimoines du théâtre », In situ. La revue des patrimoines, 2024. Disponible en ligne : https://journals.openedition.org/insitu/41303 :

FERNANDEZ Aliénor, « Présences et épreuves de l’archive à la scène – Ça ira (1) fin de Louis », in LEVEQUE Cyrielle et MARULL Mélodie, Esthétique et politique de l’archive en art, Proteus, Cahiers des théories de l’art, n°17, juillet 2021, p. 42-49.

FERNANDEZ Aliénor, L’Archive en compagnie : pratiques, territoires et enjeux. Le théâtre du Soleil (A. Mnouchkine), la Compagnie Louis Brouillard (J. Pommerat) et la Compagnie Zirlib (M. El Khatib), thèse de doctorat d’Etat, Université de Montpellier P. Valéry, 2025.  

GOETSCHEL Pascale, « Archives du « spectacle vivant », usages et écriture de l’histoire », Territoires contemporains, no 2, Université de Bourgogne, 2011.

GRÉSILLON, Almuth, MERVANT-ROUX, Marie-Madeleine, BUDOR, Dominique (dir.), Genèses théâtrales, Paris, CNRS Editions, 2010.

LUCET, Sophie, PROUST, Sophie (dir.), Mémoires, traces et archives en création dans les arts de la scène, Presses universitaires de Rennes, 2017.

POIRSON Martial, "Fiche méthode 1. L’analyse d’archives : une archéologie du spectacle vivant », in POIRSON M. (dir.), Manuel des études théâtrales, Armand Colin, coll. « Les arts de la scène et du spectacle », Paris, 2024, p. 122-141.

VIELMAS Violaine, Correspondance littéraire et journaux de travail de Jean Vilar : édition, étude et commentaire, thèse de doctorat d’Etat, Université de Rouen Normandie, 2024.

Coll., « Le théâtre d’enfance et de jeunesse par ses archives : mémoires, transmissions, [re]créations », Revue d’Histoire du Théâtre, n°303, 2e semestre 2026 (à paraître).

  
[i] Marion Denizot, « L’engouement pour les archives du spectacle vivant », Écrire l'histoire [En ligne], no 13-14, 2014.
[ii] Pascale Goetschel. « Archives du ”spectacle vivant”, usages et écriture de l’histoire », Territoires contemporains, n o 2, 2011.
[iii]SHT, Nouvelles circulations dans l’histoire et les mémoires du théâtre. Projet 2025-2027, consulté en ligne le 28 juin 2026, URL : https://sht.asso.fr/ct/nouvelles-circulations-dans-lhistoire-et-les-memoires-du-theatre/.
[iv] Sophie Lucet, Bénédicte Boisson et Marion Denizot, Fabriques, expériences et archives du spectacle vivant, Presses universitaires de Rennes, Rennes, 2021.
[v] Aliénor Fernandez, « Présences et épreuves de l’archive à la scène – Ça ira (1) fin de Louis de Joël Pommerat », in Cyrielle Lévêque, Mélodie Marull (dir.), Esthétique et politique de l’archive en art. Proteus - Cahiers des théories de l’art, no 17, juillet 2021, p. 45.