Ce livre se soutient d’une fiction minimale : qu’après quelque apocalypse implacable et grandiose, il ne reste qu’un seul poème, dont dépendrait désormais la définition même de la poésie.
Il s’agirait donc de tout recommencer à partir d’une ultime relique, dans le geste à la fois naïf et sublime du rescapé qui cherche à saisir le sens d’une culture par l’examen de ses traces à demi effacées.
Lisant donc ici un sonnet de Mallarmé (le fameux sonnet dit « en X »), je me propose d’en inférer cinq thèses qui cherchent à fixer, dans l’exercice d’un jeu sérieux ( joca seria), ce qui reste du poème aujourd’hui.
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Extraits :
Supposons qu’il faille inférer d’un poème, et d’un seul, la définition même de la poésie, dans le geste à la fois naïf et sublime du rescapé qui, après la destruction de toute chose, devrait tout recommencer, tout « reconstruire », à partir d’une ultime relique : un poème de Mallarmé, ou plus exactement non seulement le poème lui-même, mais aussi la lettre qui l’accompagne, adressée au poète et ami, Henri Cazalis.
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On se gardera donc de dire que Mallarmé supprime ainsi « toute transcendance » et referme « le langage sur lui-même » : la concaténation lexicale qui apparie ongle à onyx n’est pas de simple ludisme, puisque l’onyx constitue la matière même de l’ongle. Il n’y a donc pas clôture, mais tresse, ou nouage. L’insistance étymologique ne produit pas un pur effet d’immanence, mais accorde la matérialité « arbitraire » des signes à la matérialité d’un monde dont rien, en effet, ne garantit qu’il soit nécessaire. Le geste dédicatoire, ainsi, dramatise le surgissement du poème dans une analogie de principe avec toute apparition chosale (tout « phénomène ») : ce que dit le sonnet, c’est qu’il y a, quel que soit l’empire de l’absence et des cendres, quelque chose plutôt que rien, comme le marquait déjà la thèse reliquaire.
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La « fixation » du sept, c’est-à-dire du hasard demeuré hasard, est l’enjeu du poème comme exercice d’un jouir : c’est là la stricte conséquence de l’approbation d’un « quelque chose » (l’onyx) plutôt que rien, ou plus exactement d’un quelque chose « au lieu » du rien : « au salon vide, nul ptyx ».
G. A.-B.
Guillaume Artous-Bouvet est poète et poéticien. En plus de ses livres de poésie, il a publié des essais sur Sartre, Proust, Rimbaud, Derrida. Il enseigne en classes préparatoires, à Lyon.