L’Imaginaire de la sécularisation en littérature (XIXe-XXIe siècle). Discours, temporalités, personnages.
Colloque
L’Imaginaire de la sécularisation en littérature (XIXe-XXIe siècle). Discours, temporalités, personnages
Université de Lorraine — Metz, 26–27 novembre 2027
Argumentaire
La critique du XXᵉ siècle a pu s’intéresser au tournant de la sécularisation en portant son attention sur les nouveaux succédanés du religieux : ainsi, la littérature – et plus largement l’art – ont pu être analysés comme des nouveaux champs de sacralité. Toutefois, il semble que le travail d’analyse de ce mouvement de sécularisation en
littérature française ait surtout porté sur la fin du processus, sur son aboutissement en quelque sorte : il fallait déterminer ce qui allait prendre la place de l’ancien ordre et se cristalliser en valeur surplombante. Or la littérature est un terrain privilégié d’observation des grands mouvements historiques et en particulier de la sécularisation, comme le montre par exemple l’usage massif que Charles Taylor fait des exemples littéraires, essentiellement anglophones, souvent toutefois comme illustrations de thèses préétablies.
Ce colloque voudrait reprendre et élargir la problématique en étudiant la mise en scène par la littérature et les écrits théoriques et réflexifs des écrivaines et des écrivains du passage d’une société religieuse à une société sécularisée. Il s’agira moins d’emprunter le questionnement déjà arpenté des nouvelles sacralités, que d’étudier comment la littérature met en scène l’effacement, la conversion du religieux en autre chose que lui-même mais aussi bien sûr ses mutations et plus généralement le changement de régime de la croyance que l’on s’accorde aujourd’hui à voir derrière la notion de sécularisation. L’objectif sera de faire surgir des récits de la sécularisation et d’en dégager des aspects manifestes afin de la comprendre dans toutes ses dimensions.
En sus, il s’agit aussi d’aborder une question philosophique et métalittéraire, à travers les exemples de la littérature moderne et contemporaine : celle de la possibilité même du changement des imaginaires et le lien entre imaginaire et attitudes de croyance, possibilité souvent évoquée de nos jours lorsqu’il est fait référence aux crises économique et/ou écologique. En prenant comme terrain d’étude la question religieuse, nous souhaiterions rejoindre cette préoccupation contemporaine : qu’est-ce que l’histoire littéraire nous apprend sur les possibilités, les moyens et les limites du changement des imaginaires ?
Axes thématiques
Les propositions pourront s’inscrire, sans exclusive, dans l’un des axes suivants :
1. Fictions du combat et du retrait. Une première partie du colloque s’intéresse aux fictions du combat et du retrait et donc à une littérature à tendance polémique. Celle-ci met en scène la transition avec des phénomènes de renforcement narratif (liés à l’esthétique de la littérature à thèse) et d’explicitation axiologique assez forts (voir, par exemple, Les Mystères du peuple d’Eugène Sue). Comment est mise en scène la transition sur un mode agonistique (en lien avec les luttes laïques) ? Quels sont les dispositifs littéraires qui sont privilégiés ? Cet axe ne pourra ignorer la question du lien entre fiction et éducation. Il questionnera également la nature même de la diégèse : quel temps est mis en scène ? Quels sont les personnages hérauts de ce changement ? Le lien avec l’historiographie pourra être établi puisque la projection dans une époque précise est la marque de perspectives spécifiques sur l’imaginaire religieux. Mais aussi : comment la littérature met-elle exactement en scène le retrait du religieux hors de l’espace public, voire l’affaiblissement de la croyance ?
2. Discours d’autrices et d’auteurs sur la sécularisation en littérature : raisons et déraisons. Un autre axe concerne les discours littéraires sur la nécessité de la transition (dans les correspondances, les écrits théoriques ou préfaciels des auteurs). Quelles figures convoquent ces discours et commentaires pour mettre en scène la sécularisation ? Qu’on pense à Alphonse Esquiros appelant de ses voeux une abolition de « la propriété des choses saintes » faisant référence aux luttes sociales et déployant tout un imaginaire révolutionnaire sur la question (la sécularisation serait un nouveau 4 août à faire advenir) ou encore à Jules Michelet et à sa projection d’une nouvelle « légende dorée ». Cette réflexion apportera le questionnement afférent sur une possibilité de la résistance symbolique : tout peut-il être repris et déplacé ? Observe-t-on la résistance de certains motifs ? Autrement dit, la désaxiologisation et l’infléchissement des imaginaires sont-ils toujours possibles ? Dans le mouvement de transition, quel(s) crible s) sont mis en place par les auteurs ? Quels sont les autrices et les auteurs qui, tel Melville, résistent au « processus du déclin religieux » ? En dehors des raisons proprement religieuses, y a-t-il d’autres explications de cette résistance ?
3. Le registre de la sécularisation dans les textes : pour ou contre le désenchantement ? Un troisième axe visera à poursuivre, dans les directions ouvertes par Charles Taylor et Hans Joas, ou au contraire en dialogue critique avec eux, l’étude de la sécularisation comme récit de désenchantement (cf. Max Weber). La notion marque encore fortement l’études des littératures du XIXe et XXe siècle. Pourtant elle cache aussi toute une littérature qui a associé des registres multiples à la question du changement. Ce colloque se propose d’offrir des études littéraires qui seraient le pendant de cette réflexion critique sur la notion de désenchantement et qui s’attelleraient à remettre en question, via la littérature, ce récit, pour offrir une vision plus complexe du processus, non comme déploiement linéaire d’une vision scientifique du monde, mais comme reconfiguration des significations du religieux.
4. Les genres de l’imaginaire de la sécularisation : au-delà du roman historique. Enfin, même si la question semble être intimement liée à la question de l’histoire (et donc engage souvent des récits à teneur réaliste), une réflexion sur les genres littéraires serait tout à fait bienvenue : quel est la part du romanesque en tant que genre de l’expérimentation, par exemple, dans ces fictions ? En mettant en scène des consciences aux prises avec le monde, ne permet-il pas une exploration plus grande de la transition vers un monde non religieux ? Par ailleurs, qu’advient-il du mythe dans ces récits de la sécularisation ? Est-il liquidé ou ses modalités d’énonciation sont-elles réinvesties, subverties, retravaillées par les auteurs ? En poésie, le sous-genre de la poésie philosophique est-il une occasion de réfléchir à cette transition (Vigny, Hugo)?
Les soumissions, d’environ 2 500 à 3 000 signes (hors bibliographie), seront accompagnées d’une courte notice biobibliographique et sont à adresser, au format PDF, à : magalie.myoupo@univ-lorraine.fr et anthony.feneuil@univ-lorraine.fr avant le 31 janvier 2027.