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Colloque international: Le centre dans la littérature de voyage anglophone

Colloque international: Le centre dans la littérature de voyage anglophone

Publié le par Noémie Rochat Nogales (Source : Anne Rouhette)

Le centre dans la littérature de voyage anglophone – 20, 21 et 22 mai 2027

Colloque porté par le CELIS et la SELVA - MSH Clermont-Ferrand 

 

La recherche sur le récit de voyage, comme sur d’autres objets littéraires, a quitté ces dernières années les sentiers plus ou moins battus arpentés par un voyageur européen appartenant aux classes supérieures, sinon pour déconstruire ces récits et la perspective autocentrée qui les sous-tend souvent. Le regard critique s’est décentré, à partir de perspectives féministes, écocritiques ou postcoloniales, donnant naissance à de nombreux travaux, parmi lesquels tout récemment Twenty-First Century Perspectives on British Travel Writing. Decentring Epistemologies[1], paru à la suite du dernier congrès de la SELVA en 2023. Quatre ans plus tard, ce colloque se propose de revenir aux questions abordées lors de ce congrès à partir d’un angle différent, en mettant le centre justement au « centre » des débats, sans perdre de vue les acquis des recherches récentes. Il ne s’agira pas en premier lieu de revenir à des analyses déjà bien établies de l’éventuel ethnocentrisme du voyageur ou de la voyageuse, avec par exemple le « regard impérial » étudié par Mary Louise Pratt[2], ou de réétudier des motifs centraux de la littérature viatique comme ce que James Buzard appelle « the central tale of the Grand Tour »[3], même si des interventions permettant des approches nouvelles de ces questions seront bienvenues. Nous nous concentrerons plutôt sur les approches suivantes du centre en littérature de voyage :

 

Sis à Clermont-Ferrand, ce colloque souhaite mettre à l’honneur le centre géographique de la France, et plus précisément les 4 départements auvergnats, en travaillant sur les représentations de l’Auvergne dans les récits de voyage en anglais qui s’y déroulent au moins en partie (Sterne et le Bourbonnais dans A Sentimental Journey [1768], Stevenson partant de Haute-Loire avec son âne dans Travels with a Donkey in the Cévennes en 1879), ou dans des œuvres de fiction où un voyage en Auvergne joue un rôle important, comme dans The Rain before it Falls de Jonathan Coe (2007). D’autres lieux centraux pourront faire l’objet de travaux, l’Europe centrale, les États centraux des États-Unis, Alice Springs et le cœur de l'Australie… 

On s’intéressera également au centre topographique pris dans diverses acceptions, qu’il s’agisse de centres urbains, de centres intellectuels, voire de centres commerciaux, ce qui peut conduire à une réflexion sur la notion a priori paradoxale de centre en déplacement, le récit de voyage étant plutôt en général une affaire de « seuils » et de « traverses »[4]. Cela pourra permettre d’analyser les stratégies par lesquelles certaines œuvres mettent au centre de la perception et du récit des lieux traditionnellement perçus comme excentrés, tels que des îles par exemple. Cette approche conduira peut-être à questionner l’arbitraire ou du moins le caractère tout relatif du rapport entre marge et centre, puisque l’on sait que du point de vue des insulaires l’île n’est pas tant périphérique que centrale et même matricielle, omphalos ou « nombril de la terre » pour les Grecs, ou encore « centre secret du monde » pour les Samoans, comme le suggère l’onomastique du nom de leur archipel. La notion de centre peut en effet également faire signe vers les origines et se doubler d’une dimension symbolique et même spirituelle qu’il sera intéressant d’explorer. On pourra ainsi s’intéresser aux récits de pèlerinages ou de voyages en quête du centre originaire de la terre, qu’ils soient religieux (comme ceux de Saint Brandan), fictionnels ou liés aux grandes découvertes, souvent sous-tendues par la quête mystique de ce centre fuyant, qu’il prenne la forme d’un Âge d’Or à jamais perdu, d’un Eldorado ou même d’un Paradis terrestre. À mesure que l’île s’étoile en archipel à l’époque moderne, on pourra également s’interroger sur la multiplication des centres, et la mise en question de cette notion même au profit de celle de réseaux et de maillage polyfocal , voire de pluricentralité ou d’approche polycentrique

Sur le plan discursif, on reviendra au relateur ou à la relatrice du récit comme centre de perception, « the little hero of each tale »[5] selon l’expression de Mary Wollstonecraft, en s’interrogeant plus généralement sur la perspective à travers laquelle le voyage est présenté. Parallèlement au processus d’archipélisation de la terre, l’autorité de cette perspective unique en vient-elle également à être sapée par une multiplication des centres focaux dans la relation de voyage ? Il pourra être intéressant également d’examiner quel élément, quel lieu, quel épisode se voit matériellement placé au centre du récit : il est significatif par exemple que l’abbaye de Melk, « ce chef-d’œuvre architectural de l’idée européenne » selon Jan Morris[6], se trouve exactement au milieu de A Time of Gifts, premier tome d’une trilogie où Patrick Leigh Fermor interroge l’identité culturelle de l’Europe.

Dans le prolongement direct du dernier congrès de la SELVA en 2023, des questions épistémologiques seront au cœur de nos travaux : que se passe-t-il quand on place la littérature de voyage au centre du spectre littéraire et non aux marges où elle est le plus souvent reléguée ? Si, par exemple, on envisage l’œuvre d’un auteur ou d’une autrice qui a écrit aussi bien des œuvres fictionnelles que des récits de voyage à partir de ces derniers ? Ou bien si on regarde la production littéraire d’une période à partir de la place qu’y occupe la littérature de voyage, au lieu de traiter celle-ci comme un appendice ? Si une telle approche est parfois adoptée pour le XVIIIe siècle, est-il possible de la généraliser ? On pourra également examiner comment certaines autres disciplines mettent parfois le récit de voyage au centre de leurs travaux, comme le fait par exemple Edward Saïd dans Orientalism (1978). Si ce colloque s’adresse en premier lieu aux spécialistes du récit de voyage réel ou fictionnel, il accueillera avec plaisir des contributions d’historiens, d’anthropologues ou de philosophes, entre autres.

 

Langue de travail : français et anglais

Les conférences plénières seront assurées par Carl Thompson (University of Surrey) et Laura Kirkley (University of Newcastle)

 

Comité d’organisation :

Adeline Barel (UCA – CELIS)

Catherine Morgan-Proux (UCA -CELIS)

Anne Rouhette (UCA – CELIS)

 

Comité scientifique :

Vanessa Alayrac-Fielding (Paris Cité – Echelles)

Adeline Barel (UCA – CELIS)

Julie Gay (ULCO – HLLI) 

Claire McKeown (Paris Sorbonne - REIGENN)

Catherine Morgan-Proux (UCA -CELIS)

Anne Rouhette (UCA – CELIS)

 

Les propositions (250 mots) pour des communications de 25 minutes, accompagnées d’une brève bio-bibliographie, sont à adresser avant le 10 décembre 2026 aux trois adresses suivantes :

adeline.barel@doctorant.uca.fr

catherine.morgan-proux@uca.fr

et anne.rouhette@uca.fr


 
[1] Dirigé par Samia Ounoughi, Emmanuelle Peraldo et Anne-Florence Quaireau. Routledge, 2025. La question du « centre » est interrogée par Susan Pickford à partir d’une perspective toute différente dans Le Voyage excentrique. Jeux textuels et paratextuels dans l’anti-récit de voyage, 1760-1850 (ENS Editions, 2018).
[2] Imperial Eyes : Travel Writing and Transculturation, Routledge, 1992.
[3] « The Grand Tour and After (1660-1840) », dans The Cambridge Companion to Travel Writing, dir. Peter Hulme et Tim Youngs, CUP, 2002, p. 38. 
[4] On reprend ici les termes du titre des deux volumes parus aux éditions du CRBC en 2002, Seuils et traverses, enjeux de l’écriture du voyage (dir. Jean-Yves le Disez [volume 1] et Jan Borm [volume 2]).
[5] Letters Written in Sweden, Norway, and Denmark, 1796, éds. Jon Mee et Tone Brekke, Oxford : Oxford University Press, 2009, p.3.
[6] Jan Morris, « Introduction », dans Patrick Leigh Fermor, A Time of Gifts, Londres : John Murray, 2013, p. xi.