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HYBRIDA # 14 / Théâtres diasporiques (revue Hybrida)

HYBRIDA # 14 / Théâtres diasporiques (revue Hybrida)

Publié le par Marc Escola (Source : Domingo Pujante González)

HYBRIDA # 14 / Théâtres diasporiques

APPEL À CONTRIBUTIONS

Dossier coordonné par Henry F. Vásquez Sáenz / Université du Valle (Colombie) 

Date limite des soumissions pour le DOSSIER : 31 décembre 2026

Les autres sections reçoivent des propositions à tout moment de l’année

https://ojs.uv.es/index.php/Hybrida/about/submissions

Pour toute correspondance : hybrida@uv.es

Directeur en chef : Domingo Pujante / Université de Valence (Espagne)

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Le quatorzième numéro de la revue HYBRIDA sera consacré aux « théâtres diasporiques », impliquant un déplacement physique, mental et identitaire lié à l’expérience de l’exil au sens vaste. En effet, nous focaliserons notre intérêt sur la production théâtrale qui se crée à partir du déplacement lui-même, dans une langue d’accueil, le français dans toute sa diversité, dans des pays de passage ou d’installation forcée, et qui interroge par sa pratique même les conditions de production, de diffusion et de réception de l’art dramatique hors du territoire d’origine. Cette perspective entre en écho avec les réflexions développées dans l’ouvrage collectif, sous la direction d’Annamaria Bianco, Omar Fertat et Zohra Makach, Arts du spectacle et diasporas : créations, circulations et identités en mouvement (2026), qui envisagent également la création diasporique non comme un simple déplacement géographique, mais comme un espace de circulation culturelle et mémorielle où se négocient les tensions entre héritage et modernité. En ce sens, l’ouvrage collectif dirigé par Jonathan Châtel et Pierre Piret, Théâtre et exil (2023), proposait déjà de déplacer le regard porté sur les phénomènes migratoires contemporains : là où la notion de « migration » invite à penser en termes de masses et de gestion politique, celle d’« exil » restitue la complexité des trajectoires individuelles et la capacité du théâtre à en rendre compte dans sa singularité. 

Du point de vue thématique, on s’intéressera également aux sujets du déracinement, de la perte et la reconstruction identitaire, de l’entre-deux culturel, de la langue, voire de la mémoire, comme matière dramaturgique, comme sujet représenté sur la scène. En effet, les questions du corps et de la mémoire, liées souvent aux expériences traumatisantes du colonialisme, occupent une place centrale dans cette problématique. En ce sens, Diana Taylor, dans The Archive and the Repertoire: Performing Cultural Memory in the Americas (2003), propose de penser la scène comme un répertoire de savoirs incorporés, irréductibles à l’archive documentaire, où le geste et la présence vivante deviennent les vecteurs privilégiés d’une mémoire que l’histoire officielle tend à effacer ou à occulter et Sylvie Chalaye, dans Corps marron. Les poétiques de marronnage des dramaturgies afro-contemporaines (2018), analyse comment la mémoire du déracinement se reconstruit sur la scène afrodescendante et diasporique. Cette élaboration mémorielle se poursuit dans des écritures contemporaines qui déplacent également la focale vers d’autres ex-colonies françaises où les voix des femmes occupent une place prépondérante. On peut souligner celle de Marine Bachelot Nguyen qui interroge les mémoires familiales et coloniales franco-vietnamiennes et celle de Gerty Dambury qui inscrit la mémoire diasporique antillaise dans le sillage du marronnage théorisé par Chalaye.

Ces réflexions théoriques générales trouvent également leur source chez des dramaturges qui ont fait de leur propre expérience du déplacement ou de l’exil un objet de pensée. Rappelons brièvement quelques cas concrets : Hélène Cixous, née à Oran, a consacré sa thèse de doctorat à L’Exil de James Joyce ou l’art du remplacement (1968) avant de devenir, aux côtés d’Ariane Mnouchkine et du Théâtre du Soleil, l’une des voix dramaturgiques majeures de la scène française contemporaine. Kateb Yacine, dans Le Polygone étoilé (1966), théorise à sa manière ce qu’il nomme son « exil intérieur », né de la rupture avec la langue maternelle imposée par la scolarisation coloniale en français ; quelques années plus tard, il fondera une troupe de théâtre itinérant jouant en arabe algérien et en kabyle dans les foyers de travailleurs immigrés, faisant ainsi du théâtre non seulement un discours sur l’exil, mais également une pratique de et pour les communautés diasporiques. Quelques décennies plus tard, l’autrice franco-algérienne Fatima Gallaire prolonge cette veine en interrogeant la possibilité même d’un retour depuis l’exil. Cette tension entre déracinement linguistique et réinvention théâtrale trouve également un écho outre-Atlantique chez la dramaturge libano-québécoise Abla Farhoud mettant en dialogue l’écriture dramatique et la condition de l’apatride.

Cette perspective permet également d’ouvrir la réflexion aux dramaturgies des Amériques hispaniques à travers des figures transnationales majeures. D’une part, les parcours de l’auteur argentin Copi ou du Chilien Alejandro Jodorowsky dont les mouvements vers Paris se traduisent par un geste politique de quête de liberté et de rupture esthétique radicale. Dans le cas de Copi, mis à part l’adoption du français, cela s’accompagne d’une déconstruction des mythes identitaires nationaux. Quant à Jodorowsky, sa trajectoire d’exil se matérialise par la création des « Éphémères paniques », ces performances rituelles qui réinventent l’action théâtrale hors des salles conventionnelles. Loin de la nostalgie, ce théâtre subversif, profondément lié aux avant-gardes des années 1960-1980, qu’incarne également le dramaturge espagnol Fernando Arrabal ayant fui le régime franquiste, se sert de la déterritorialisation comme espace métaphorique de liberté et fait de l’expérience diasporique le terrain d’élection d’une esthétique de la transgression. D’autre part, l’exil côtoie la métamorphose poétique et la mise en scène du trauma dictatorial à travers les œuvres du dramaturge argentin Arnaldo Calveyra où l’éloignement géographique engendre une réinvention lyrique de la langue, une écriture théâtrale suspendue entre deux mondes. Une trajectoire analogue, venant de l’Est de l’Europe, est celle de Matéi Visniec qui, depuis son exil en France, continue à dénoncer la censure du régime de Ceaușescu ; ou, plus récemment, celle de la metteuse en scène russe Tatiana Frolova, contrainte à l’exil en 2022 après l’invasion de l’Ukraine, poursuivant en France l’activité de sa compagnie « Le KnAM Théâtre ». 

L’objectif de ce DOSSIER est donc de réunir des contributions issues de disciplines transversales (études théâtrales, arts de la scène, littérature comparée, études culturelles et postcoloniales, sociologie, histoire) afin d’interroger les formes multiples que prend le théâtre en langue française lorsqu’il naît de, avec ou dans l’expérience du déplacement, de l’exil ou des diasporas au sens large. Les propositions pourront porter, entre autres pistes possibles, sur les dramaturgies de la diaspora et de l’exil et sur leurs représentations scéniques ; les pratiques théâtrales itinérantes ou communautaires produites par des populations diasporiques, exilées ou migrantes ; les questions de langue et de diversité linguistique ; les hybridations et l’entre-deux culturel et identitaire ; les corps « diasporiques » comme lieux de mémoire et de résistance ; le tout dans un contexte de production francophone.

La section MOSAÏQUE inclut des articles ne répondant pas à la thématique centrale du DOSSIER mais qui respectent les perspectives proposées par la revue sur les hybridations culturelles et les identités migrantes. Une section de création appelée TRACES accueille des œuvres littéraires et artistiques inédites d’auteur·e·s de tout horizon (textes, images, témoignages, entretiens…). La section ÉVENTAIL est consacrée aux comptes rendus critiques, littéraires ou artistiques d’œuvres ou publications récentes.

La revue HYBRIDA s’intéresse tout particulièrement aux contextes culturels d’expression française ou en comparaison avec ceux-ci. HYBRIDA est une revue semestrielle en accès libre avec un comité scientifique international et un comité d’évaluation par les pairs publiant des recherches originales dans les domaines des études culturelles qui prennent en considération les perspectives postcoloniales, de genre et queer. Nous acceptons des articles dans tous les domaines des sciences humaines et sociales. Nous privilégions le français comme langue d’expression mais les textes pourront être écrits également en anglais ou en espagnol. Les travaux seront soumis au système de révision en double aveugle. Pour soumettre un texte à évaluation, il est nécessaire de s’inscrire sur la plateforme OJS de la revue HYBRIDA et de respecter scrupuleusement les normes d’édition. Une déclaration de transparence académique concernant l’usage éthique et responsable de l’intelligence artificielle (IA) devra être remplie. 

Date limite des soumissions pour le Dossier « THÉÂTRES DIASPORIQUES » : 31 décembre 2026.

Les autres sections reçoivent des propositions à tout moment de l’année.