Tradition et invention.
L’œuvre filmique de Luchino Visconti
Colloque international
Paris 1 Panthéon – Sorbonne / Institut Acte ; Université de Pise
Sous la direction de Massimo Olivero, Sarah Leperchey et Chiara Tognolotti
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À l’occasion du double anniversaire des 120 ans de la naissance de Visconti (1906) et des 50 ans de sa disparition (1976), ce colloque, organisé en plusieurs rencontres, entend rouvrir les principaux enjeux esthétiques, critiques et historiques autour desquels s’est structurée la réception de son œuvre. Centré sur sa création filmique, mais conçu autour d’un problème artistique plus large, entre tradition et invention, cet événement en trois temps vise à proposer de nouvelles lectures sur la production du cinéaste et à réexaminer certains problèmes théoriques soulevés de longue date par la critique.
Une séance d’ouverture exceptionnelle aura lieu à la Cinémathèque française, le 4 novembre. Elle sera suivie par deux journées de colloque à Paris, les 5 et 6 novembre, en salle 6 du Centre Panthéon de l’Université Paris 1, puis par deux journées de colloque à Pise, les 10 et 11 décembre 2026, à l’Université de Pise.
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Presentation et axes de reflexion
Dès son premier texte théorique, l’article « Tradizione e invenzione », publié en 1941, Luchino Visconti affirme la nécessité de renouveler et de nourrir le cinéma par l’apport de la culture littéraire, en particulier celle du roman du XIXe siècle. Le cinéaste y esquisse un nouveau rapport à l’art filmique, fait d’influences réciproques avec les autres arts, sans lequel il reste isolé, appauvri et séparé de la longue tradition des siècles précédents. Suivant ce principe, ce dont le cinéma a besoin, selon lui, ce ne sont ni des modèles à imiter ni des récits à transposer, mais des idées capables de refonder son langage, de stimuler son invention formelle. Cette ouverture constante de Visconti à l’altérité invite à reconsidérer son œuvre à l’aune d’un héritage humaniste de la mimésis, lequel se déploie par un jeu de miroirs entre le cinéma, d’un côté, puis la littérature, le théâtre, l’opéra, la musique ou la peinture, de l’autre.
Ces deux pôles, tradition et invention, orienteront ainsi l’ensemble de ces journées de débats, lesquelles entendent particulièrement interroger le rapport dialectique entre le cinéma de Visconti et les autres formes artistiques, rapport que le texte de 1941 identifiait déjà comme moteur d’innovation : le cinéma ne devient un art qu’en s’exposant à ce qui le précède, en réinventant les traditions qu’il accueille.
Aussi, s’agira-t-il au cours de ces rencontres, en France et en Italie, d’apporter une contribution nouvelle à la recherche viscontienne depuis des perspectives plurielles (analyse, génétique ou critique) ; en dialogue avec une bibliographie déjà riche, diverse et solidement établie ; suivant des axes de réflexions variés, capables d’éclairer l’œuvre filmique en question sous des angles nouveaux.
1. Le problème historiographique
Comment situer Visconti dans l’histoire du cinéma italien et européen ? Les catégories historiques établies, cinéma néoréaliste, classique, moderne, peinent à cerner une œuvre dont la singularité et l’« impureté » résistent à toute assignation à une école ou à un mouvement. En effet, la réécriture fortement symbolique du réel ne l’inscrit que partiellement dans l’esthétique néoréaliste, tandis que sa dimension réflexive l’éloigne de la phase dite « classique », et que son attachement à la tradition culturelle, incarnée dans une écriture fondée sur le pathos, l’écarte des paradigmes du cinéma moderne. Trouver une position historique à Visconti est donc complexe et souligne le caractère souvent anachronique de son travail. Quelle place occupe-t-il dans l’histoire du cinéma ?
2. Catégories esthétiques
Les catégories du réalisme et du mélodrame, celles du progressisme et du décadentisme, ont longtemps été mobilisées comme des polarités opposées structurant l’œuvre du cinéaste, créant une césure critique particulièrement marquée après Il Gattopardo et Vaghe stelle dell’Orsa… (1963-1965). Un tel découpage implique néanmoins de problématiser ses antinomies afin de montrer comment les contradictions esthétiques et culturelles, loin de figer l’œuvre, demeurent productives à chaque étape de son parcours. Réexaminer ces catégories pertinentes pour penser l’esthétique viscontienne permettra de mieux saisir les mouvements, les transformations et les continuités d’une carrière courant sur plus de trente ans, d’Ossessione (1943) à L’Innocente (1976). L’unité de l’œuvre prévaut-elle sur ses discontinuités, ou il y a plusieurs « Visconti » ?
3. Le rapport avec l’histoire
On considère souvent que le cinéma de Visconti, dans sa première période, entretient un rapport étroit avec la réalité historique ainsi qu’avec les enjeux politiques et sociaux de l’Italie et de l’Europe, alors qu’à partir des années 1960 il s’en écarterait pour se replier dans la nostalgie d’un passé révolu, idéalisé et finalement perdu. Éprouver à nouveau cette interprétation permettra de nuancer ses conclusions, qui négligent le fait que les films postérieurs à Rocco et ses frères portent eux aussi un regard critique sur la réalité contemporaine, tout en interrogeant la capacité du cinéma à formuler un jugement lucide et non complaisant sur l’histoire. Le décadentisme de sa dernière période ne constituerait-il pas, en réalité, une nouvelle forme de son réalisme critique ?
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Mercredi 4 novembre
Séminaire, de 16h à 18h
Salle Musidora de la Cinémathèque française
Suzanne Liandrat-Guigues (Université Paris 8) : "Visconti ou l'appel du détail"
Laurence Schifano (Université Paris 10) : "Visconti à la trace"
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Colloque : 5 et 6 novembre
Salle 6 du Centre Panthéon, aile Soufflot, 2e étage - Université Panthéon-Sorbonne Paris 1, 12 Place du Panthéon, Paris, 5e.
Jeudi 5 novembre
14h - Accueil et Présentation Massimo Olivero et Sarah Leperchey
14h30 - Ivo Blom (Vrije Universiteit, Amsterdam, Pays-Bas) : "Années de formation : Visconti à Paris"
15h - Lucia Cardone (Université de Sassari, Italie) : "Visconti résistant. Passions, politique et masques cinématographiques dans le récit de Maria Denis"
15h30 - questions
15h45 - Pause-café
16h - Matthieu Couteau (Université Paris 3) : "Le bruit : entre voix et musique, ou le « réalisme critique » sonore de Luchino Visconti"
16h30 - Alessandro Cariello (Université Paris 1) : "Les « violences du paysage » de la Sicile viscontienne"
17h00 - Marie-Laure Guétin (Université de Poitiers) : "Visconti et le contemporain : l’œuvre en abyme ou les considérations d’un inactuel"
17h30 - questions
17h45 - Fin de la première journée
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Vendredi 6 novembre
9h30 - Accueil des participants
10h - Paolo Desogus (Sorbonne Université) : "Visconti lecteur de Gramsci. Méridionalisme et national-populaire au cinéma"
10h30 - Virgilio Mortari (Université Lille 3) : "Ossessione ou comment reconduire le Mythe à l’Histoire"
11h - Federico Lancialonga (Université Paris 1) : "Visconti : le marxisme, moins le progrès ? Une lecture antimoderne"
11h30 - questions
12h00 - Pause déjeuner
14h - Chiara Tognolotti (Université de Pise, Italie) : "« Chevaux de race » : Luchino Visconti et Anna Magnani dans Bellissima et Siamo donne".
14h30 - Simona Busni (Université de Catane, Italie) : "Romy selon Luchino : sur les métamorphoses d’une reine"
15h - questions
15h15 - Pause-café
15h30 - Esther Hallé (Classe préparatoire Lycée Henri Martin) : "Défaite et subversion. Les femmes déchues chez Visconti"
16h - Élodie Hachet (Université Paris 8) : "Visconti et la comédie à sketches. Étude de La sorcière brûlée vive (1967)"
16h30 - Aurore Renaut (Université de Lorraine) : "Claudia Cardinale et Silvana Mangano. Deux muses pour Luchino Visconti"
17h - Questions et mot de conclusion du colloque.
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Intervenants aux journées parisiennes
Suzanne Liandrat-Guigues (Université Paris 8) Laurence Schifano (Université Paris 10)
Ivo Blom (Vrije Universiteit, Amsterdam, Pays-Bas) Simona Busni (Université de Catane, Italie) Lucia Cardone (Université de Sassari, Italie)
Alessandro Cariello (Université Paris 1) Matthieu Couteau (Université Sorbonne Nouvelle)
Paolo Desogus (Sorbonne Université) Marie-Laure Guétin (Université de Poitiers) Élodie Hachet (Université Paris 8)
Esther Hallé (École Normale Supérieure de Lyon) Federico Lancialonga (Université Paris 1)
Virgilio Mortari (Université Lille 3)
Aurore Renaut (Université de Lorraine) Chiara Tognolotti (Université de Pise, Italie)
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Comité scientifique
José Moure, Sarah Leperchey, Chiara Tognolotti, Massimo Olivero, Matthieu Couteau, Federico Lancialonga.
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Pour assister au colloque, prière de s'inscrire.
Contact : sarah.leperchey@univ-paris1.fr