Tel qu’on se le figure depuis au moins deux cents ans, l’écrivain est une espèce de super-individu : il vit à l’écart du troupeau, souverain en sa royale solitude, et jette, plume à la main, un regard plein de dédain sur le reste de l’humanité. À n’en pas douter, la littérature a été et demeure le lieu où se déploie le plus vivement une tension fondamentale propre à la démocratie, partagée entre l’affirmation de la singularité de chacun et la reconnaissance de l’égalité de toutes et tous. Dans Seul contre tous. Histoire de l'individualisme littéraire (Gallimard), Alexandre de Vitry se place au croisement des études littéraires et de la pensée politique pour interroger l’individualisme littéraire tel un miroir grossissant ou un passage aux aveux des contradictions qui habitent notre modernité. Construite en zigzag, cette coupe dans l’histoire des lettres nous conduit de Maurice Barrès et André Gide à Jean-Jacques Rousseau, de Charles Baudelaire, Stendhal et Simone de Beauvoir à Philippe Sollers ou Guillaume Dustan. Fabula vous invite à lire un extrait de l'ouvrage…
(Illustr. : silhouettte de Benjamin Constant tracée à l’encre de Chine en 1792 par Marianne Moula. ©Bibliothèque publique et universitaire de Neuchâtel)