Corps et ruralités dans les dramaturgies et sur les scènes contemporaines (Toulouse)
Appel à communications – Colloque jeunes chercheur·euses
Corps et ruralités dans les dramaturgies et sur les scènes contemporaines
Les 20 et 21 mai 2027 à Toulouse
Organisé avec le soutien de l’unité de recherche LLA-CRÉATIS, de l'université de Toulouse-Jean-Jaurès et de la région Nouvelle-Aquitaine dans le cadre du projet E.T.C.21 – Des écritures théâtrales contemporaines en mutation au 21ᵉ siècle.
Ce colloque jeunes chercheur·euses porte sur la relation entre corps et ruralités dans les arts de la scène sur la période contemporaine. Constatant à la fois l’omniprésence et la résurgence du motif de la ruralité dans les écritures dramatiques et sur les scènes contemporaines, nous souhaitons explorer ces démarches artistiques multiples et singulières afin de cerner leurs enjeux esthétiques, politiques, philosophiques, éthiques et écologiques. Terme polysémique qui recouvre des réalités disparates, nous proposons de penser les ruralités dans toutes leurs particularités sans jamais en restreindre ou en limiter le sens de sorte que nos réflexions puissent se saisir de sa pluralité.
Définie comme la « condition de choses et des gens de la campagne[1] » mais également comme « ce qui appartient aux champs, qui concerne les champs », la ruralité peut être pensée à la fois géographiquement – ce qui se réfère au territoire rural – et subjectivement – les individu·es qui peuplent ces territoires. Étymologiquement issu du terme latin rusticitas, qui signifiait « choses ou mœurs de la campagne, gaucherie, façons campagnardes », le terme revêt encore à ce jour une dimension péjorative en opérant une partition entre les gens de ville « droits et civilisés » et ceux de la campagne, « troubles » et « gauches ». Ainsi, évoquer la ruralité ne se limite pas à poser un cadre géographique à une œuvre, mais convoque également les dimensions esthétiques de la marge et de l’ailleurs, de l’excentré et du décentré, du sauvage et de l’inexploré. Des dimensions par ailleurs « clichées » et fantasmatiques, souvent pensées depuis la position urbaine. À cela s’ajoutent des perspectives sociales autour des êtres qui peuplent les campagnes, populations stigmatisées et/ou idéalisées, qui interrogent la solitude et la communauté, les us et coutumes entre traditions séculaires et pratiques contemporaines. Enfin, notons également la multiplicité des relations induites par la ruralité, entre êtres humains et non-humains, entre corps et territoire et entre centre et périphérie, de sorte que la ruralité apparaît comme un point de tension, une interzone, une forme de faille ou de fêlure qui matérialise le rêve des grands espaces et des lieux reculés, qui conjugue des imaginaires, des stéréotypes multiples, des écosystèmes singuliers et partagés. Un imaginaire qui peut être perçu comme une unité monolithique ne prenant pas en compte la pluralité des ruralités. En outre, la relation entre corps et ruralité cristallise des enjeux politiques – sociaux et environnementaux – exacerbés par de nombreuses paniques morales et identitaires qui mobilisent les affects des « gens de la campagne », délaissés par les « dirigeants des villes ». En opposition à ces perspectives réactionnaires, la ruralité est également un terrain de luttes et de militantisme, un espace où les corps s’opposent, résistent et se défendent notamment face à un monde soumis à l’accélération climatique[2] (Latour, 2015).
Dès lors, le terme « ruralité » révèle de multiples tensions, nous proposons ici de réfléchir à sa relation avec le corps dans ses dimensions esthétiques et politiques au sein d’œuvres qui interrogent une ou plusieurs des caractéristiques énoncées. Puisqu’il est polysémique et non figé, les communications pourront s’emparer du terme et le redéfinir à loisir afin d’élargir les champs de la réflexion et de contribuer à dresser un panorama non exhaustif de productions artistiques – scéniques et/ou dramatiques – qui l’évoquent.
Enfin, envisager la relation entre corps et ruralités est également une invitation à penser les corporéités, à la fois sur scène et dans les textes afin de cerner ce qu’elles exposent, critiquent, déplacent ou inventent avec la ruralité. Aussi, nous aurons à cœur de penser l’espace rural, non comme un paysage ou un décor, mais bien comme un espace agissant ou interagissant avec les corps. À ce titre, le colloque entend explorer à la fois des textes dramatiques et des créations artistiques contemporaines de tous genres – théâtre, danse, cirque, performance et formes scéniques interdisciplinaires et indisciplinées – afin de créer un espace où dialoguent ces différentes approches et points de vue.
Voici quelques axes de travail proposés de façon non exhaustive qui se recoupent et dialoguent ensemble :
Corps et ruralités, entre réalité et fiction :
Ruralités et théâtre documentaire : on pensera dans cet axe aux relations entre théâtre documentaire et ruralité, notamment via les expériences de théâtre in situ (Que ma joie demeure, Le prélude de Pan, Clara Hédouin, 2023, 2025), de théâtre documenté (Nous étions la forêt, Agathe Charnet, 2024) ou d’enquête (Retourner l’effondrement 1, 2, 3, Guillaume Cayet, 2016-2017) qui jouent sur cette tension entre réel et fiction et ce, à des degrés variés.
Ruralités et fictions : on envisage ici des œuvres qui usent de procédés de fictionnalisation pour raconter la relation entre corps et ruralité et qui inventent des mondes possibles ou impossibles, désirables ou invivables. Des œuvres qui opèrent des écarts par la fiction pour dépeindre la relation entre corps et ruralité (Nous qui habitons vos ruines & De quoi hier sera fait, Barbara Métais-Chastanier). On pourra notamment s’interroger sur les procédés de fictionnalisation mis en place et des détours opérés dans le texte et/ou sur scène.
Corps et travail rural : on étudiera ici des pièces dans lesquelles se dessine la réalité des métiers de l’agriculture où le rapport au travail cristallise une relation entre le corps et la terre, entre le corps et les animaux, entre le corps et les matières organiques (Pig Boy 1988-2358, Gwendoline Soublin, Nous étions la forêt, Agathe Charnet, Les poules à chair, Sylvain Septours, Neuf mouvements pour une cavale, Guillaume Cayet).
Corps et espaces de la ruralité
Territoires des ruralités : on pensera au sein de cet axe à des œuvres dans lesquelles les territoires ruraux sont omniprésents et entrent en friction avec le corps. Le territoire peut être celui de la ferme (Tom à la ferme, Michel Marc Bouchard, 2009, Farm Fatale, Philippe Quesne, 2019), de l’entrepôt (Les poules à chair, Sylvain Septours) ou de la route départementale (Lac artificiel, Marine Chartrain, 2025).
Dichotomie rural/urbain : il s’agira d’analyser des œuvres qui jouent sur cette tension entre corps de la ville et corps de la campagne (Tom à la ferme, Michel Marc Bouchard, Sa bouche ne connaît pas de dimanche, Rebecca Chaillon, Nous étions la forêt, Agathe Charnet).
Espaces autres : on pense à des œuvres qui inventent des espaces hybrides, inconnus, impensés. Des espaces fantasmés qui inspirent d’autres possibles et contribuent à changer notre regard sur la ruralité.
Ruralités, corps et politique
Ruralités, désir et corps troubles : on étudiera des œuvres qui cristallisent le désir et le trouble, qu’il soit homoérotique (Les poules à chair, Sylvain Septours, 2024) ou queer (Sa bouche ne connaît pas de dimanche, Rebecca Chaillon, 2019, La Gouineraie, 2024).
Ruralités et écopolitique des corps : l’écopolitique vise à explorer comment les corps vivants sont intégrés dans des contextes politiques et écologiques. Dans ce sous-axe, nous analyserons des créations qui nous invitent à penser les corps intégrés à un contexte rural. Nous pourrons nous demander quelles perspectives offrent ces créations qui composent avec le vivant en termes de changement de points de vue et de points de vie. Comment nous invitent-elles à disloquer notre anthropocentrisme et à repenser les corps ? Comment renouvellent-elles notre attention au vivant ?
Corps humains et non-humains : ce sous-axe nous permettra d’envisager les relations entre corps humain et non-humain au sein d’œuvres qui explorent notamment des corps hybrides (Pig Boy 1988-2358, Gwendoline Soublin, 2017), ou des corps animalisés (Tueurs de chien, Inès Tahar, 2024), (La nuit des taupes, Philippe Quesne, 2016).
Corps et lutte : dans ce sous-axe, on pourra évoquer la relation entre corps, ruralité et luttes politiques. Des Zads aux mouvements de résistance pour défendre le vivant, comment ces grands moments de contestation et les luttes militantes rejaillissent dans les œuvres contemporaines ?
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Ce colloque est ouvert à tous·tes: doctorant·es, post-doctorant·es, chercheur·euses, maîtres·esses de conférence et professeur·es. Il est porté par une équipe de jeunes chercheur·euses.
Les propositions (500 mots) de communications de lecture ou de performance + une courte notice bibliographique doivent être envoyées à cette adresse : corpsruralité@gmail.com avant le 26 novembre 2026.
Date : 20 et 21 mai 2027 à l'université de Toulouse-Jean-Jaurès.
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Bibliographie indicative
Œuvres dramatiques
AMANN, Baptiste, Des Territoires (nous sifflerons la Marseillaise), Paris, Théâtre Ouvert, 2015.
AMANN, Baptiste, Des Territoires (d’une prison à l’autre), Paris, Théâtre Ouvert, 2017.
AMANN, Baptiste, Des Territoires (et tout sera pardonné…), Paris, Théâtre Ouvert, 2019.
BOUCHARD, Michel, Marc, Tom à la ferme, Montreuil. Éditions théâtrales, 2011.
CAYET, Guillaume, Une commune, Retourner l’effondrement, tentative 1, Montreuil, Éditions théâtrales, 2016.
CAYET, Guillaume, Dernières pailles, Retourner l’effondrement, tentative 2, Montreuil, Éditions théâtrales, 2016.
CAYET, Guillaume, La terre se dépose au fond. Retourner l’effondrement, tentative 3, Montreuil, Éditions théâtrales, 2017.
CHARNET, Agathe, Nous étions la forêt, Éditions l’Œil du Prince, Paris, coll. « Théâtre contemporain », 2024.
CHATRAIN, Martine, Lac artificiel, Paris, Théâtre Ouvert, 2023.
MÉTAIS-CHASTANIER, Barbara, Nous qui habitons vos ruines & De quoi hier sera fait, Toulouse, Presses universitaires du midi, 2022.
PIEDNOEL DUVAL, Clément, Et dire que j’ai ton sang dans les veines, Paris, Théâtre ouvert, 2025.
PRIAJKO, Pavel, La récolte, traduit du russe par Larissa Guillemet et Virginie Symaniec, Paris, L’espace d’un instant, 2017.
SEPTOURS, Sylvain, Les poules à chair, Paris, Théâtre Ouvert, 2024.
SEPTOURS, Sylvain, Les jours brûlants, non publié.
SOUBLIN, Gwendoline, Pig Boy 1988-2358, Montpellier, Espaces 34, 2018.
SOUBLIN, Gwendoline, Tout ça, tout ça, Montpellier, Espaces 34, 2018.
TAHAR, Inès, Tueurs de chiens, Paris, Théâtre Ouvert, 2024.
VEKEMANS, Lot, Truckstop, Montpellier, Espaces 34, 2010.
VOSSIER, Frédéric, Prairie, Montpellier, Espaces 34, 2013.
ZAMBON Catherine, Les Agricoles, Manage, Lansman Éditeur, 2014.
Spectacles :
CHARNET, Agathe, Nous étions la forêt, 2023.
CHAILLON, Rébecca, CALDERAN, Sandra, La Gouineraie, 2024.
CHAILLON, Rébecca, GUILLOIS, Pierre, Sa bouche ne connaît pas de dimanche, 2019.
HÉDOUIN, Clara, Que ma joie demeure, 2020.
HÉDOUIN, Clara, Prélude de Pan, 2022.
PAPADOPOULOS, Christos, Mycelium, 2023.
QUESNE, Philippe, La Nuit des taupes, 2018.
QUESNE, Philippe, Farm Fatale, 2019.
CIE LE SIXIÈME MUR, Les jours brûlants, 2024.
CIE LA JOIE ERRANTE, Vacarme(s) ou comment l’homme marche sur la terre, 2020.
CIE LE COMPOST, MORELLE, Cécile, La Trouée, road-trip rural, 2023.
Écrits théoriques
AMSELLEM-MAINGUY, Yaëlle, Les filles du coin. Vivre et grandir en milieu rural, Paris : Presses de Sciences Po, 2021.
BIGÉ, Emma, Mouvementements, Écopolitiques de la danse, Paris, La Découverte, coll. « Terrains Philosophiques », 2023.
BIGE Emma, MAILLET Clovis, Ecotransféminismes, Paris, Les liens qui libèrent, 2025.
CHAMBERT, Pierre [dir.], Théâtre en campagnes, Le Chambon-sur-Lignon : Cheyne, 1996.
DESPRET, Vinciane, Autobiographie d'un poulpe et autres récits d'anticipation, Actes Sud, 2021.
DESPRET, Vinciane, Habiter en oiseau, Actes Sud, 2019.
DESPRET, Vinciane, Meuret, M., Composer avec les moutons. Lorsque des brebis apprennent à leurs bergers à leur apprendre, Éditions Cardère, 2016.
DUVIGNEAU, Michel, Art, culture et territoires ruraux, Dijon : Eduagri, 2002.
GUETNY, Noël, Théâtre des villes, Théâtre des champs, Arles, Livredition, 2019.
HARAWAY, Donna, Quand les espèces se rencontrent, Paris, la Découverte, 2021.
LECERF-MAUPOIX, Cy, Écologies déviantes, Paris, Cambourakis, 2022.
LATOUR, Bruno, Face à Gaïa, Paris, La Découverte, coll. « les empêcheurs de tourner en rond », 2015.
OGOR, Yannick, Le paysan impossible. Récits de luttes, Paris : Éditions du bout de la ville, 2017.
RANCIÈRE, Jacques, Les temps modernes – Art, temps, politique , La Fabrique éditions, 2018.
SERMON, Julie., Morts ou vifs. Contribution à une écologie pratique, théorique et sensible des arts vivants, Éditions B42, 2021.
Articles
GARCIN-MARROU, Flore, « Pour un théâtre écosophique », dans : Anna Barseghian, Stefan Kristensen [dir.], La bête et l’adversité, Genève : Métis Presses, 2017.
Fabio D’Andrea, Olivier Sirost, « Des écologies et des corps », Corps 2017/1 N° 15 , pages 21 à 30, CNRS Éditions.
Revues
POUDEROU, Robert, SCHRÖPFER, Denise, « Théâtre et ruralité, un autre champ », Cassandre n°17, juillet-août 1997.
Zizanie vol. 4, Rencontres interespèces et hybridations: l’animal et l’humain vol. 4, no 1, 2020.
Zizanie vol. 5 n° 1, Incorporer l’altérité: l’animal et l’humain, 2024.
Conférence dérapante « Penser l’animal », Desprets, Vinciane, https://www.youtube.com/watch?v=RLSa0fWssxI
Thèses
GUIN Laurie, Les théâtralités militantes et politiques des ruralités depuis 1970. Enjeux dramaturgiques, esthétiques, politiques des représentations des luttes rurales en France, non publiée, Lyon, 2023
PERRIN, Climène, Un théâtre écologique ? Écocritique des processus et procédés de la création théâtrale contemporaine, thèse en cours.
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Comité scientifique
Lucie Dumas – Doctorante en arts de la scène, LLA-CRÉATIS, UT2J.
Thibault Fayner – Maître de conférences Études théâtrales, FORELLIS, POITIERS.
Laurie Guin – Docteure Études théâtrales, ENS, LYON.
Pierre Katuszewski – PR Études théâtrales, Scènes du monde, création, savoirs critiques, PARIS-8.
Muriel Plana – PR Études théâtrales, LLA-CREATIS, UT2J.
Théo Moine – Doctorant en arts de la scène, LLA-CREATIS, UT2J.
Rachel Rochwerger – Doctorant·e en arts de la scène, LLA-CREATIS, UT2J.
Élise Van Haesebroeck – PR Études théâtrales, LLA-CREATIS, UT2J.
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Comité organisateur
Lucie Dumas - Doctorante en arts de la scène, LLA-CRÉATIS, UT2J.
Théo Moine – Doctorant en arts de la scène, LLA-CREATIS, UT2J.
Rachel Rochwerger – Doctorant·e en arts de la scène, LLA-CREATIS, UT2J.
Élise Van Haesebroeck – PR Études théâtrales, LLA-CREATIS, UT2J.
Cyrielle Dodet - Maître de conférences en arts de la scène, LLA-CREATIS, UT2J.
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[1] Dictionnaire du CNRTL, définition de ruralité, [en ligne], consulté le 14 novembre 2025, URL : https://www.cnrtl.fr/definition/ruralit%C3%A9
[2] Bruno Latour, Face à Gaïa, Paris, La Découverte, coll. « les empêcheurs de tourner en rond », 2015.