L’habitabilité en tension. Environnements, imaginaires et sociétés (Nancy)
Colloque international et pluridisciplinaire
L’habitabilité en tension
Environnements, imaginaires et sociétés
24, 25 et 26 mai 2027 - Nancy
Institut européen de cinéma et d’audiovisuel
Présentation générale
À l’heure des crises environnementales, sanitaires, sociales et politiques qui traversent nos sociétés contemporaines, la question de l’habitabilité de la Terre s’impose comme un enjeu central. Elle engage une réflexion sur les conditions matérielles du vivant, mais aussi sur les représentations, les imaginaires et les formes de relations sociales qui structurent nos manières d’habiter le monde aujourd’hui et de nous projeter dans l’avenir (Rosa, 2018 ; Citton et Rasmi, 2020). Entre promesses de transitions et scénarios d’effondrement, le futur apparaît comme un espace de tensions où se confrontent espoirs, peurs, récits concurrents et conflits de valeurs (Rollot, 2017 ; Latour, 2021).
Penser l’habitabilité ne consiste pas uniquement à interroger la capacité de la planète à soutenir la vie humaine. Il s’agit également d’examiner les rapports que les sociétés entretiennent avec leur environnement (Chakrabarty, 2022), les modes de production et de consommation qui façonnent les territoires, ainsi que les dynamiques citoyennes et interactionnelles qui conditionnent le vivre-ensemble. L’habitabilité se construit ainsi à l’intersection des relations au vivant et à l’environnement, des conditions sociales et politiques du vivre-ensemble et des imaginaires à travers lesquels se pensent les territoires et les futurs possibles.
Le colloque international « L’habitabilité en tension : environnements, imaginaires et sociétés » qui fait partie du projet (Sur)vivre sur Terre ? Représentations d’un futur en tensions, porté par l’équipe Praxis du Crem, propose d’analyser ces mutations à travers une approche pluridisciplinaire et critique. Il s’attache à comprendre comment se construisent, circulent et s’affrontent les représentations du futur. Elles influencent les pratiques individuelles et collectives et in fine questionnent les conditions d’habitabilité de la Terre.
Structuré autour de trois axes complémentaires — environnement et durabilité, sociétés et pouvoirs, imaginaires et fictions — l’ambition de ce colloque est d’explorer les liens entre les transformations écologiques, les récits sociaux et culturels et les dynamiques relationnelles et politiques contemporaines. En croisant les regards issus des sciences humaines et sociales, il vise à éclairer les tensions qui traversent nos sociétés face aux défis planétaires, tout en identifiant les leviers symboliques, sociaux et citoyens susceptibles de contribuer à la construction de futurs plus durables, inclusifs et habitables.
Axe 1 — Environnement et durabilité : questionner la relation au vivant
Ce premier axe examine les conditions de l’habitabilité à partir des relations entre sociétés, environnements et vivant. Les travaux pourront notamment s’inscrire dans les réflexions relatives à la santé globale (« One Health »), qui invitent à penser conjointement les dimensions humaines, animales et environnementales des crises contemporaines.
Les pollutions industrielles, les contaminations chimiques, les effets des pesticides, des métaux lourds ou encore les phénomènes d’antibiorésistance interrogent les formes de cohabitation entre humains et non-humains, ainsi que les capacités des sociétés à maintenir des espaces de vie durables et soutenables. Ces enjeux invitent également à analyser les modèles économiques, les formes de territorialisation et les régimes de production qui participent à la dégradation des écosystèmes (Rockström et al., 2009 ; Charbonnier, 2020 ; Tsing et al., 2025, Barrioz et Laslaz, 2025).
Cet axe accorde une attention particulière aux discours, aux médiations et aux représentations qui structurent les perceptions des crises environnementales et sanitaires. Il s’intéresse à la manière dont médias, institutions, organisations scientifiques, associations, entreprises ou collectifs militants construisent et diffusent des récits sur la durabilité, les risques environnementaux et les transformations écologiques. Les formes de médiatisation des savoirs scientifiques, les controverses publiques, les stratégies de communication institutionnelle ou industrielle, les dénonciations de greenwashing, ainsi que les dynamiques de polarisation du débat public constituent ici des objets centraux.
Les propositions pourront également interroger les effets sociaux, psychologiques et politiques de ces crises : éco-anxiété, vulnérabilités sanitaires et territoriales, inégalités environnementales, sentiment d’abandon ou conflictualités liées aux usages inégalitaires des ressources. Une attention pourra être portée aux formes d’engagement citoyen, communautaire et politique qui émergent autour des questions écologiques, sanitaires et alimentaires, ainsi qu’aux récits de la transition et aux alternatives proposées : économie circulaire, agroécologie, sobriété énergétique, véganisme, énergies renouvelables ou nouvelles formes de coexistence avec le vivant. Les travaux portant sur les pollutions environnementales et leurs effets sanitaires (Paganelli & Labelle, 2025) pourront également nourrir les réflexions autour des vulnérabilités et des formes différenciées d’exposition aux risques.
Enfin, la réflexion sur l’habitabilité peut également être envisagée à l’échelle intime de la corporéité. L’avancée en âge, la maladie, la vulnérabilité physique ou psychique et les débats contemporains autour de la fin de vie interrogent les conditions du maintien d’une « habitabilité de soi » (Arnault, 2023). Les représentations médiatiques, sociales et politiques de la dignité, de l’autonomie ou de la finitude pourront ainsi être analysées comme des formes particulières de mise en tension du vivant et de ses limites.
Axe 2 — Sociétés et pouvoirs : interroger les enjeux sociopolitiques du vivre-ensemble
Cet axe interroge les conditions sociales, politiques et communicationnelles du vivre-ensemble, en accordant une attention particulière aux rapports de pouvoir, aux dispositifs médiatiques, aux environnements socionumériques et aux formes de circulation de la parole publique.
Les tensions entre société civile, institutions et pouvoirs politiques peuvent être questionnées au prisme des enjeux environnementaux, migratoires, sanitaires ou démocratiques (Samè, 2024). Les participations politiques dans les arènes publiques ainsi que les formes de démocratie participative (Blondiaux, 2008 ; Loisel et Rio, 2024), numériques ou non, mettent au jour des conflits de valeurs, des « batailles culturelles » et des oppositions, voire des antagonismes, entre différentes visions du vivre-ensemble (Saillant, 2016). Les communications sont invitées à prendre en compte les conditions sociales, politiques, économiques et communicationnelles du vivre-ensemble, ainsi que les mécanismes de négociation, de conflictualité et de co-construction du sens au sein des interactions sociales (Strauss, 1991 ; Flahault, 2005).
Si les pouvoirs publics entendent orienter et cadrer le débat public, les formes contemporaines d’engagement collectif mettent à mal ce processus de communication vertical. Il s’agira donc d’analyser les stratégies de communication des mouvements sociaux (associations, ONG, collectifs militants ou mobilisations citoyennes), leurs modes d’action et leurs usages des médias et des plateformes numériques qui révèlent les rapports de force symboliques et politiques en œuvre.
Les plateformes numériques, réseaux socionumériques et dispositifs collaboratifs transforment les modalités d’information, de visibilité et d’engagement politique. Ils ouvrent de nouveaux espaces d’expression et de mobilisation collective, tout en favorisant des phénomènes de désinformation, de polarisation, de viralité et de fragmentation du débat public (Le Béchec et Boulier, 2014 ; Smyrnaios, 2017 ; Revers, 2023 ; Eisenegger et Schäfer, 2023). Seront prises en compte également les limites et inégalités que ces dispositifs peuvent produire ou reconduire.
Les prises de parole publiques, les formes de dévoilement, de témoignage ou de silence peuvent être envisagées comme des pratiques socialement situées, traversées par des rapports de domination, de légitimité et de vulnérabilité.
Axe 3 — Imaginaires et fictions : penser les représentations symboliques et les récits du futur
Ce troisième axe se focalise sur les imaginaires contemporains, les représentations symboliques et les récits fictionnels à travers lesquels les sociétés pensent leur rapport au monde, aux territoires, au vivant et aux futurs possibles. Il s’agit d’analyser la manière dont les productions fictionnelles participent à la construction de visions collectives du vivre-ensemble, de l’habitabilité et des transformations sociales, écologiques et politiques.
Les communications pourront interroger la manière dont les fictions littéraires, cinématographiques, audiovisuelles, vidéoludiques ou sérielles produisent des formes de projection collective, entre utopies, dystopies, effondrement et transition (Jameson, 2007 ; Schröder, 2010 ; Rumpala, 2018). Les récits climatiques et écologiques, les représentations de sociétés futures, les mises en scène de crises environnementales ou sociales, ainsi que les imaginaires technologiques pourront être analysés comme des espaces d’élaboration symbolique des tensions contemporaines.
Les imaginaires, circulant entre activisme environnemental, médiatisation scientifique, communication institutionnelle ou contre-récits climatosceptiques, pourront être étudiés comme des formes de confrontation symbolique autour des futurs possibles. Les études portant sur les dispositifs de médiation scientifique, culturelle et éducative destinés aux jeunes publics et aux publics étudiants sont les bienvenues (Jeanneret, 2014).
Les territoires sont envisagés comme des constructions sociales, culturelles et médiatiques, traversées par des récits, des valeurs, des croyances et des mémoires partagées (Aldhuy, 2008 ; Bédard, 2017 ; Raoul, 2017, 2020 ; Noyer, Paillart, Raoul, 2021). Les représentations fictionnelles peuvent contribuer à produire des attachements aux lieux, à façonner des identités territoriales ou à révéler des conflits liés aux mutations écologiques, économiques et sociales. Les émotions, les expériences sensibles et les rapports affectifs aux espaces pourront ainsi être interrogés dans leurs dimensions communicationnelles, culturelles et politiques.
Les fictions et récits médiatiques peuvent participer à la reproduction, à la négociation ou à la subversion des normes sociales, notamment autour des masculinités, des féminités et des formes contemporaines du vivre-ensemble. Les projections contemporaines des formes d’inclusion, de reconnaissance et de solidarité, mais également les dynamiques d’exclusion, de stigmatisation, de marginalisation, de virilisme sont pensées dans une perspective intersectionnelle (Crenshaw, 2023 ; Laugier, 2015).
Références bibliographiques
Aldhuy, J. (2008). « Au-delà du territoire, la territorialité ? ». Géodoc, 55, pp.35-42.
Arnault, J. (2023). Maladie, vulnérabilité et réflexivité. Presses universitaires de France.
Barrioz, A., et Laslaz, L. (2025). Habitabilité et territoires en transition. Presses universitaires de Grenoble.
Bédard, M. (2017). Géographies de l’imaginaire. Presses de l’Université Laval.
Blondiaux, L. (2008). Le nouvel esprit de la démocratie. Actualité de la démocratie participative. Seuil.
Chakrabarty, D. (2022). Après le changement climatique, penser l’histoire. Paris, Gallimard.
Charbonnier, P. (2020). Abondance et liberté. Une histoire environnementale des idées politiques. La Découverte.
Citton, Y., & Rasmi, J. (2020). Générations collapsonautes. Naviguer par temps d’effondrements. Seuil.
Crenshaw, K. (2023). Intersectionnalité. Payot.
Eisenegger, M., & Schäfer, M. S. (2023), « Editorial: Reconceptualizing public sphere(s) in the digital age? On the role and future of public sphere theory ». Communication Theory. Volume 33. Issue 2-3. pp. 61-69.
Flahault, F. (2005). Le paradoxe de Robinson. Capitalisme et société. Mille et une nuits.
Jameson, F. (2007). Archéologies du futur. Le désir nommé utopie et autres sciences-fictions. Max Milo.
Jeanneret, Y. (2014). Critique de la trivialité. Les médiations de la communication, enjeu de pouvoir. Éditions Non Standard.
Latour, B. (2021). Où suis-je ? Leçons du confinement à l’usage des terrestres. La Découverte.
Laugier, S. (2015). Tous vulnérables ? Le care, les animaux et l’environnement. Payot.
Le Béchec, M., Boullier, D., & al. (2014). « Circulations informationnelles et espaces numériques », Questions de communication. 25. 13-29.
Loisel, J., & Rio, F. (2024). La démocratie participative à l’épreuve des transitions. Presses universitaires de Rennes.
Noyer, J., Paillart, I., & Raoul, B. (2021). Territoires en récit. Médias, imaginaires et communication territoriale. Presses universitaires de Grenoble.
Paganelli, A., & Labelle, S. (2025). Chlordécone : pollution, santé et controverses publiques. Presses universitaires des Antilles.
Raoul, B. (2017). « Imaginaires territoriaux et communication ». Communication & Organisation. 52. 89-103.
Raoul, B. (2020). Territoires, médias et imaginaires. Presses universitaires du Septentrion.
Revers, M. (2023). Contemporary Journalism in the US and Germany. Palgrave Macmillan.
Rockström, J., Steffen, W., Noone, K. & al. (2009). « A safe operating space for humanity ». Nature 461. p. 472–475.
Rollot, M. (2017). Critique de l’habitabilité. Libre et Solidaire.
Rosa, H. (2018). Résonance. Une sociologie de la relation au monde. La Découverte.
Rumpala, Y. (2018). Hors des décombres du monde. Écologie, science-fiction et éthique du futur. Champ Vallon.
Saillant, F. (2016). Pluralité et vivre ensemble. Presses de l’Université Laval.
Samè, J. (2024). « Désintermédiation et contre-discours des ONG. Lutter contre la désinformation sur les migrations Le cas de la Cimade ». Les Cahiers du numérique. 20(1). pp.21-44.
Schröder, H. (2010). Utopies et dystopies contemporaines. Presses universitaires de Rennes.
Smyrnaios, N. (2017). Les GAFAM contre l’Internet. Une économie politique du numérique. INA Éditions.
Strauss, A. (1991). La trame de la négociation. Sociologie qualitative et interactionnisme. L’Harmattan.
Tsing, A. L., Mathews, A. S., & Bubandt, N. (2025). Feral Atlas. The More-than-Human Anthropocene. Stanford University Press.
Modalités de soumission :
Les propositions de communication, d’une longueur maximale de 3 000 signes (espaces compris), devront comporter un titre, un résumé présentant la problématique, le cadre théorique et/ou méthodologique ainsi que le terrain ou corpus étudié, et 4 à 5 mots clés. Elles seront accompagnées d’une courte notice bio-bibliographique précisant le statut et le rattachement institutionnel de l’auteur·e ou des auteur·e·s.
Les propositions pourront être rédigées en français ou en anglais. Les communications pourront également être présentées dans l’une ou l’autre de ces langues.
Le colloque se déroulera en présentiel à l’Institut européen de cinéma et d’audiovisuel à Nancy.
Les communications sont à adresser à Laurence Corroy (laurence.corroy@univ-lorraine.fr) et à Delphine Le Nozach (delphine.le-nozach@univ-lorraine.fr).
Calendrier prévisionnel :
• 28 octobre 2026 : date limite d’envoi des propositions
• 26 novembre 2026 : réponses aux auteur·e·s
• 24, 25 et 26 mai 2027 : colloque, Institut Européen de Cinéma et d’Audiovisuel, Nancy
• 1er septembre 2027 : envoi des chapitres (25 000 - 30 000 signes max.)
• 30 octobre 2027 : retour des évaluations en double aveugle
• 15 décembre 2027 : date limite d’envoi des chapitres revus
• 1er semestre 2028 : publication de l’ouvrage
Comité d’organisation : Equipe Praxis, CREM, université de Lorraine
Comité scientifique :
Violaine APPEL, université de Lorraine
Nadège BROUSTEAU, université libre de Bruxelles Julie BRUSQ, université de Lorraine
Nathalie CONQ, université de Lorraine
Laurence CORROY, université de Lorraine
Mouna EL GAIED, université de Lorraine
Chadi EL NAR, université de Lorraine
Robin GAILLARD, université de Lorraine
Mariannig LE BECHEC, université de Lorraine Delphine LE NOZACH, université de Lorraine
Elise MAAS, IHECS Bruxelles
Pudens MALIBABO LAVU, IHECS Bruxelles Laurent MATTHEY, université de Genève
Ingrid MAYEUR, université de Liège
Pierre MOULIN, université de Lorraine
Christine SERVAIS, université de Liège
Johanne SAME, université de Haute Alsace Emmanuelle SIMON, université de Lorraine
Gaël STEPHAN, université de Lorraine
Maxwell THOMAS, université du Québec à Montréal Stéphanie YATES, université du Québec à Montréal