"Cancel culture" et Antiquité classique (revue Lychnos – Connaissance Hellénique)
« Cancel culture » et Antiquité classique
Appel à communications
Lychnos – Connaissance Hellénique
À l’été 2026, le succès mondial du film de Christopher Nolan adaptant l’Odyssée homérique a replacé l’Antiquité classique au cœur de la conversation culturelle. Avec 1,68 milliard de dollars de recettes mondiales à la mi-septembre 2026, l’adaptation a également suscité une intense discussion publique portant sur les choix de casting, la fidélité au poème homérique, les transformations opérées par le réalisateur et la manière dont une œuvre antique peut être réappropriée aujourd’hui. Ces débats ont notamment donné lieu à des campagnes de dénonciation et à des appels au boycott, tandis que d’autres voix défendaient la liberté de l’adaptation et la pluralité des façons de transmettre les œuvres antiques.
Cet épisode récent invite à revenir sur une notion devenue omniprésente dans les débats culturels contemporains : la « cancel culture ». Le terme désigne, selon les contextes et les usages, des pratiques de dénonciation publique, de retrait de soutien, de boycott, de mise à l’écart ou de demande de réévaluation d’une personne, d’une œuvre ou d’une institution. Mais peut-on appliquer cette notion contemporaine aux sociétés anciennes ? Les Grecs et les Romains ont-ils eux aussi cherché à effacer, condamner, exclure ou faire taire certaines figures et certaines œuvres ? Et, inversement, que nous apprend l’Antiquité sur nos propres manières de juger le passé, de sélectionner ce qui mérite d’être conservé et de décider de ce qui peut encore être montré, lu, enseigné ou représenté ?
Ainsi, Lychnos souhaite interroger les rapports entre « cancel culture » et Antiquité classique dans un numéro thématique à paraître en juillet 2027. Il s’agira moins de plaquer une catégorie contemporaine sur les sociétés anciennes que d’étudier les formes historiques de condamnation, d’exclusion, d’effacement et de réévaluation, ainsi que les usages contemporains de ces catégories lorsqu’elles sont appliquées aux mondes grec et romain. Voici quelques pistes (non exhaustives) :
L’Antiquité face à l’effacement, à l’exclusion et à la condamnation
1. Condamner et exclure dans les cités grecques. Ostracisme, exil, atimie, condamnations politiques : quelles formes de mise à l’écart des individus et quels rapports avec la mémoire collective ?
2. La damnatio memoriae et les politiques de la mémoire à Rome. Effacer un nom, détruire une image, modifier une inscription : peut-on parler d’une « cancel culture » antique, et à quelles conditions ?
3. Textes, auteurs et savoirs censurés. Interdictions, condamnations d’œuvres, bibliothèques détruites ou textes marginalisés : comment les sociétés antiques déterminaient-elles ce qui pouvait être transmis ?
4. Figures controversées et images publiques. Poètes, philosophes, sophistes, tyrans, empereurs : qui est condamné, par qui et pour quels motifs ? Destruction, mutilation ou remploi des statues et monuments : quelles pratiques de « dé-célébration » ?
La « cancel culture » contemporaine et les mondes anciens
1. Peut-on « effacer » l’Antiquité ? Les débats sur l’enseignement des classiques, la représentation des sociétés anciennes, l’esclavage, le genre et les normes sociales antiques.
2. Réécrire, adapter, traduire. À partir de quel moment une transformation d’un texte antique est-elle perçue comme correction, actualisation, trahison ou nouvelle création ?
3. Les œuvres et les auteurs « problématiques ». Faut-il contextualiser, annoter, réinterpréter, retirer ou continuer à transmettre ? Quels arguments sont mobilisés dans les controverses ?
4. Antiquité, identités et appropriations contemporaines. Qui peut représenter les Grecs et les Romains ? Questions de casting, de race, de genre et d’appropriation culturelle.
5. La réception numérique de l’Antiquité. Réseaux sociaux, campagnes de dénonciation, mèmes, pétitions et phénomènes viraux : comment ces espaces transforment-ils la réception des œuvres et figures antiques ?
Le cas de L’Odyssée de Nolan et les usages contemporains de l’Antiquité
1. Fidélité et liberté de l’adaptation. Transformations de l’intrigue, des personnages, des dieux, de la violence ou des rapports de domination : que révèlent les réactions au film de Nolan sur nos attentes envers une adaptation d’Homère ?
2. Réception et controverses. Choix de casting, représentation des identités, débats sur la « fidélité » à l’Antiquité : comment les controverses contemporaines construisent-elles leur propre image du monde antique ?
3. Conserver, transmettre, réévaluer. Patrimoine, statues, musées, programmes scolaires et universitaires : qui décide de ce qui doit rester visible, enseigné ou célébré ?
4. Pour une histoire comparée des pratiques d’exclusion. Contributions permettant de distinguer, rapprocher ou mettre en tension les pratiques antiques et les phénomènes contemporains regroupés sous l’expression « cancel culture ».
Les propositions d’articles (titre, résumé d’une demi-page – 1700 caractères maximum, mots-clés) sont à envoyer avant le 31 octobre 2026 à rr.marseglia@gmail.com. Une réponse vous sera apportée avant le 14 novembre 2026. Sauf cas particulier, les articles définitifs ne dépasseront pas 30.000 signes, notes comprises. Dans l’esprit de Connaissance hellénique, les articles conjugueront la rigueur scientifique avec l’effort d’être accessibles au plus large public possible. Les manuscrits sont à remettre avant le 30 mars 2027 pour une parution au mois de juillet 2027.
Pour tout autre renseignement, n’hésitez pas à nous contacter : rr.marseglia@gmail.com