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Par-delà l’humain : penser les formes de vie entre sciences, littérature et création artistique (EHESS, Paris)

Par-delà l’humain : penser les formes de vie entre sciences, littérature et création artistique (EHESS, Paris)

Publié le par Faculté des lettres - Université de Lausanne (Source : Mara Magda Maftéi )

Par-delà l’humain : penser les formes de vie entre sciences, littérature et création artistique 

Séminaire de recherche animé par

Mara Magda Maftéi et par Felipe Kaiser Fernandes 

LAP | UMR 8177 | CNRS-EHESS 

Les rencontres organisées depuis quatre ans à l’EHESS dans le cadre du LAP | UMR 8177 | CNRS-EHESS, ainsi que les travaux collectifs initiés dans le volume Discours écologiques francophones des nouvelles subjectivités (Presses Universitaires de Bordeaux, coll. Modernités, 2026), seront prolongés cette année sous la forme de ce séminaire et de nouveaux partenariats.

Notre approche est interdisciplinaire. La réflexion épistémologique et théorique porte sur les différentes formes de vie étudiées par les sciences qui remettent en question les limites du « sujet ». Aux pistes d’investigation anthropologiques, philosophiques, sociologiques et juridiques s’ajoute l’étude des nouvelles formes d’expériences esthétiques associées aux discours critiques environnementaux, animaliers et aux études posthumaines. La littérature contemporaine constitue ici un espace privilégié d’expérimentation de ces déplacements, en interrogeant notamment les frontières du corps, les modalités de l’identité et les relations entre l’individu et les institutions.

Qu’il s’agisse des entités nouvelles aux yeux des modernes (éléments de la nature, animaux doués d’agentivités) ou des vivants qui naissent à l’intersection de la biologie et de la technoscience (post-animaux, post-humains, formes d’intelligence artificielle), leur coexistence invite à réfléchir à un mode de pensée critique provoquant des mutations tant sur les « corps » que sur les normes et règles encadrant leur mode de vie. Les métarécits dictés par un regard non-moderne sur la « vie » supposent une réflexion sur des paramètres tels que le langage, la biopolitique, les rationalités de gouvernement, les pratiques de régulation des corps et les institutions aptes à encadrer ce nouveau regard sur la relation humain / non-humain.

Ces réflexions s’inspirent des analyses de penseurs tels que Michel Foucault, Michael Hardt et Antonio Negri, Pierre Dardot et Christian Laval, des « anthropologues phénoménologiques » comme Jan Patočka et Maurice Merleau-Ponty ou encore Bruno Latour, et s’articulent avec les pistes contemporaines proposées par Baptiste Morizot (langage des indices des animaux), Angeliki Lazaridou (langage algorithmique autonome), Périg Pitrou (cosmobiopolitique), Isabelle Stengers (cosmopolitique) ainsi que des recherches sur la gouvernance de la biodiversité et sociodiversité des formes de vie (Bruno Latour), des nouvelles subjectivités (Muriel Ubéda-Saillard), des réflexions de Donna Haraway, Eduardo Kohn, Frank Poupeau …

Leur travail vise à repenser les configurations culturelles et sociopolitiques de la « vie » non-moderne, les normes sociales, les formes de gouvernementalité, les modes d’agentivité des acteurs humains et non humains, ainsi que leurs relations avec les collectifs auxquels ils appartiennent ou participent. Ces dynamiques s’enrichissent des formes de pouvoir, de contrôle et de résistance issues d’institutions politiques étatiques et non étatiques qui encadrent et structurent leurs actions, en particulier lorsque l’on considère les vivants humains et non humains au sein de processus techniques destinés à modifier leur « corps ». Certains de nos invités écrivains et écrivaines enquêtent sur les corps humains (Philippe Claudel, Mazé Torquato Chotil, Camille Laurens, Gaëlle Obliégly) et les institutions qui les encadrent ou qui les marginalisent. Les œuvres de Camille Laurens, notamment dans leur attention portée au corps, à l’intime et aux constructions sociales de l’identité, de Gaëlle Obiégly, qui explore les formes singulières de perception, d’existence et de relation au monde, de Philippe Claudel, à travers son interrogation des violences, des appartenances et des mécanismes d’exclusion, ainsi que de Sandra de Vivies, dont les travaux littéraires permettent d’interroger les relations entre corps, vulnérabilité et environnement, prolongent ainsi, par la fiction, les questionnements théoriques de l’atelier.

Tout en prolongeant certaines formes traditionnelles d’autorité morale et d’influence sociale, les « institutions » dites nouvelles — telles que le laboratoire ou l’espace numérique — constituent également des lieux où s’expriment les logiques et normes du capitalisme. Elles tendent par ailleurs à s’émanciper de l’État, envisagé comme une organisation d’institutions politiques chargées d’administrer une communauté (Éric Weil, 1956) et d’exercer des formes de pouvoir au sens foucaldien. La littérature permet alors d’observer ces institutions depuis les expériences singulières de celles et ceux qui les traversent : elle donne à voir leurs effets sur les corps, les subjectivités et les manières d’habiter le monde.

Les chercheur·e·s qui analysent ces mutations encouragent la création d’un espace critique particulièrement fécond, permettant de réinvestir symboliquement et culturellement nos environnements technologiques et sociopolitiques. Ces dialogues sont prolongés par l’imaginaire, dont les formes se multiplient et se transforment. L’imaginaire devient même un outil mobilisé par différentes sciences sociales qui, avec les arts, s’emparent de ces questions très récentes. Plusieurs de nos invités sociologues (Cyril Lemieux, Anne de Rugy) cherchent dans la fiction des notions et des perspectives capables de stimuler leur discipline car la fiction met en œuvre des enjeux sociétaux, elle est complémentaire de la société. Les échanges avec les écrivaines et écrivains invités — parmi lesquels Camille Laurens, Gaëlle Obiégly, Philippe Claudel et Sandra de Vivies — permettront précisément d’interroger ce que la littérature fait à ces objets : comment elle déplace les catégories, transforme les expériences en récits et fait émerger d’autres manières de penser les formes de vie.  

Riches d’expériences historiquement situées et de méthodes d’investigation similaires (enquêtes, prises de notes, témoignages, formulation d’hypothèses), différentes sciences sociales, certaines formes de fiction contemporaine et des artistes (Fréderic Claquin) interrogent le même objet d’étude et les problématiques liées à la démultiplication du sujet. Cependant, la réflexion épistémologique ne conduit pas aux mêmes formes de restitution. Les écritures de Camille Laurens, Gaëlle Obiégly, Philippe Claudel, Sandra de Vivies et Mazé Torquato Chotil offrent, chacune selon des modalités singulières, des exemples de cette transformation de l’expérience en forme littéraire et permettent ainsi de confronter les régimes de savoir, de récit et de représentation.

Comment les sciences et les arts se croisent-ils, notamment lors des processus de montage et de recomposition des recherches reposant sur une intertextualité et une interdiscursivité fortes ? Comment des formes d’écriture et des expressions artistiques diverses, parfois expérimentales, rendent-elles compte d’un mode de vie non-moderne, en ouvrant des pistes de réflexion fondées sur la modification de plusieurs paramètres encadrant la « vie » au XXIᵉ siècle ?

Nous répondrons à ces questions lors de la deuxième partie de chaque séance, la première étant consacrée aux fondements théoriques des hypothèses que nous avançons.

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Séance 1 : jeudi 28 janvier, 16h00 - 19h00 AS1_24 - 54 bd Raspail

Habiter le monde : formes de vie et expériences du sensible

Perig Pitrou, Directeur de recherche au CNRS, à la Maison Française d’Oxford et au Laboratoire d’anthropologie sociale du Collège de France

L’écrivaine Gaelle Obliégly

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Séance 2 : jeudi 25 février, 16h00 - 19h00 AS1_24 - 54 bd Raspail

Catégoriser, raconter : individus et sociétés

Cyril Lemieux, Directeur d’études à l’EHESS

L’écrivain Philippe Claudel (Président de l’Académie Goncourt)

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Séance 3 : jeudi 11 mars, 16h00 - 19h00    BS1_05/BS1_28 - 54 bd Raspail

Nommer, représenter, devenir : les nouvelles subjectivités

Muriel Ubéda-Saillard, directrice d’études à l’EHESS

L’écrivaine Sandra de Vivies

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Séance 4 : jeudi 25 mars, 16h00 - 19h00    AS1_24 - 54 bd Raspail

Les vies possibles : normes sociales, choix et récits de soi

Anne de Rugy, MCF en Sociologie - LIPHA (E7373)

L’écrivaine Camille Laurens

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Séance 5 : jeudi 22 avril, 16h00 - 19h00     AS1_24 - 54 bd Raspail

Questionnement des formes de domination 

Franck Poupeau, Directeur de recherche au CNRS

L’artiste Fréderic Claquin

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Séance 6 jeudi 13 mai, 16h00 - 19h00         BS1_05/BS1_28 - 54 bd Raspail

Faire monde : attachements, mémoires et transmissions

Antoine Hennion, Directeur de recherches au Centre de sociologie de l'innovation (CSI) de l’École Mines ParisTech.

L’artiste Judah Roger

L’écrivaine Mazé Torquato Chotil.