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Le consentement amoureux et sexuel dans la littérature française du XVIe siècle (univ. Paris Nanterre)

Le consentement amoureux et sexuel dans la littérature française du XVIe siècle (univ. Paris Nanterre)

Publié le par Léo Mesguich (Source : Sarah Caro)

Le consentement amoureux et sexuel dans la littérature française du XVIe siècle

 

27-28 mai 2027

Université Paris Nanterre 

 

« Mais je suis accablée et affligée d’entendre tant d’hommes dire que les femmes désirent le viol et que cela ne leur déplaît pas d’être violées par un homme, même si elles le repoussent en paroles. Mais il me serait bien difficile de croire qu’une telle infamie pût leur être agréable. »

Christine de Pizan, Le Livre de la Cité des Dames (éd. 2023, p. 580-581)

 

Comité d’organisation :

Sarah Caro (Sorbonne Université), Mathilde Laporte (Université Lyon 2), Inès Raffin (Université Paris Nanterre/Université de Genève)

 

Comité scientifique :

Michèle Clément (Université Lyon 2), Véronique Ferrer (Université Paris Nanterre), Anne-Pascale Pouey-Mounou (Sorbonne Université), Caroline Trotot (Université Gustave-Eiffel)

 

La notion de consentement sexuel n’a sans doute jamais été aussi actuelle. Depuis le mouvement #Metoo, elle connaît un important retentissement médiatique, et s’est retrouvée dernièrement au cœur des affaires Epstein et Pélicot. Mais elle est aussi entrée très récemment dans le code pénal français avec la promulgation de la loi de 2025 : le consentement définit désormais par la négative le viol et les agressions sexuelles, et a été spécifié à l’aide de cinq critères (libre, éclairé, réversible, enthousiaste et spécifique).

Face à l’actualité brûlante de la notion, l’étude de sa place dans la littérature du XVIe siècle ne paraît pas évidente. Si la Renaissance constitue un moment « charnière[1] » dans la perception du viol, qui a déjà fait l’objet de plusieurs études[2], à l’inverse, ou corollairement sans doute, le consentement a suscité très peu de travaux pour le XVIe siècle. Ce constat n’a rien de surprenant : le consentement n’était alors pas pensé comme tel. D’abord, il est absent des textes juridiques : le « oui » des femmes, dans l’Ancien Régime, reste en effet assujetti à la tutelle d’un père, d’un mari ou d’un autre responsable légal[3], et la société renaissante reconnaît le viol davantage comme un déshonneur familial ou masculin que comme une atteinte à l’intégrité physique et morale de la femme[4]. De plus, le concept de « devoir conjugal » alors en vigueur témoigne lui aussi de l’anachronisme de la notion de consentement sexuel. Enfin et surtout, si le consentement n’existait pas en tant que tel, c’est paradoxalement parce qu’il était présupposé partout : une « certitude du consentement[5] » régnait alors, dans la mesure où des lectures physiognomonistes misogynes prêtaient à la femme une propension naturelle au désir sexuel[6], qui en faisait un être par nature consentant[7] – d’autant plus qu’on considérait à la Renaissance qu’une grossesse impliquait nécessairement le consentement féminin[8], et qu’une femme non-consentante aurait toujours la force physique de se défendre face à un homme[9].

On pourrait dès lors interroger la pertinence d’une recherche sur le consentement dans un siècle qui ne le conçoit pas selon nos critères actuels. Néanmoins, c’est précisément parce qu’il était pensé en des termes différents qu’il peut être intéressant de partir à la recherche des origines de ce concept pour mieux comprendre son histoire. À la suite des travaux de Véronique Lochert, Zoé Schweitzer et Enrica Zanin sur la question du viol dans l’Ancien régime, nous proposons ainsi de procéder à un « anachronisme raisonné[10] » : la démarche consiste à traquer un concept dont la définition actuelle paraît a priori anachronique pour le XVIe siècle, mais avec l’ambition de tisser des parallèles que nous espérons féconds entre notre présent et une époque où les femmes, au cœur de la « Querelle des Amyes », devenaient le centre de débats et d’évolutions majeurs.

Car malgré son inexistence juridique, la question du consentement sexuel et amoureux n’est pas pour autant absente de la littérature française de la Renaissance. Dans une société de cour qui se civilise et se raffine dans la première moitié du siècle, un nouvel idéal amoureux se constitue, sous l’influence du néoplatonisme : celui de la « parfaite amitié », qui implique une forme de bonne entente et d’égalité des époux au sein du microcosme social qu’est le couple. Dans le même temps, le mariage est à nouveau valorisé par l’Église et par un certain nombre de penseurs humanistes, dont Érasme, et le consentement des époux constitue le socle du mariage chrétien. Ainsi, si les femmes acquièrent une place plus importante dans la sphère socio-culturelle, en dépit du recul de leurs droits et de leur statut juridique[11], on peut s’interroger sur les éventuels liens entre la promotion des femmes telle qu’elle est amorcée dans une partie de la littérature du XVIe siècle, et la place accordée à leur consentement dans les domaines de la sexualité et de l’amour.

La complexité et l’ambiguïté de la notion de « consentement » nous invitent ainsi à nous interroger sur sa définition, sur sa place et sur la valeur qu’il faut lui consacrer au XVIe siècle. Peut-on parler de consentement amoureux et sexuel dans le champ littéraire, alors même que la notion n’existe pas en tant que telle sur le plan juridique ? Et s’il nous faut redéfinir la notion au XVIe siècle, selon quels termes, et comment est-elle abordée par les auteurs.rices ? 

 

Pistes d’analyse :

 

1) Approche lexicale : les mots du consentement

On pourra d’abord interroger l’histoire du mot consentement (ainsi que du verbe consentir), en procédant à son étude lexicale dans un corpus donné du XVIe siècle, comme d’autres critiques ont pu le faire avec le terme de viol[12]. Le mot existe depuis le Moyen Âge, époque où il est déjà employé dans le cadre du mariage (qui repose sur le libre consentement des époux). Mais le terme est-il usité au XVIe siècle en dehors de la sphère matrimoniale, au sujet des relations sexuelles ? Dans quel(s) contexte(s), quels types de textes et quels genres littéraires privilégiés le mot consentement apparaît-il à la Renaissance ? Au-delà de ce terme, quels autres substantifs (liberté, volonté, choix…) et quels autres verbes (vouloir, accorder…) permettent d’exprimer la notion de « consentement » dans les textes de la première modernité ?

 

2) La théorie du consentement

Si le consentement n’est pas appréhendé au XVIe siècle dans les termes que nous utilisons aujourd’hui, il reste à définir ce qui caractérise sa conception à cette époque. Comment la notion est-elle théorisée dans les textes non-fictionnels du XVIe siècle ? Quelle place le consentement occupe-t-il dans la conceptualisation de l’amour et des relations amoureuses ? Le consentement amoureux et sexuel constitue-t-il un prérequis dans les développements renaissants sur la « parfaite amitié » ? La théorisation du consentement dans les essais parus lors de la « Querelle des Amyes » est-elle cohérente ou entre-t-elle en contradiction avec la pratique littéraire et poétique ? A l’inverse, dans quelle mesure le discours théorique sur le consentement imprègne-t-il les scènes de fiction ?

 

3) Le consentement sexuel au fil du siècle : la piste diachronique

On pourra également s’interroger sur les évolutions de la pensée du « consentement » au fil de la période : y a-t-il des moments spécifiques et des tournants propres à la théorisation du consentement au cours de la Renaissance ? Comment l’évolution du système juridique autour du mariage influence-t-elle les représentations littéraires du consentement ? Le consentement sexuel féminin prend-il une signification particulière au moment des guerres de religion[13] ? La brutalité du contexte historique a-t-elle un effet sur les représentations de la sexualité à l’époque ?

 

4) Forcer le consentement : le jeu de la rhétorique

La pratique curiale de l’amour à la Renaissance s’inscrit dans l’héritage de l’amour courtois médiéval, c’est-à-dire dans une pratique codifiée. Les hommes et les femmes qui s’adonnent au jeu amoureux doivent le faire selon des règles sociales préexistantes, aussi bien au niveau du langage que du comportement. Ainsi, on ne s’étonnera pas que la question du consentement soit évoquée dans des argumentations pour « convaincre » la dame de se donner à l’amant. Quels arguments sont utilisés par les locuteurs en question ? Quelles stratégies stylistiques et rhétoriques ? Au-delà de ces stratégies de persuasion, le consentement peut-il être forcé par d’autres moyens (philtre d’amour, magie…) dans les fictions littéraires ?

 

5) Le consentement et la lecture des signes

De plus, dans une société où règne le jeu amoureux mondain[14] et où il n’est pas donné aux femmes le droit de dire ouvertement « oui »[15], celles-ci n’ont d’autre choix que de signifier leur consentement tout en se refusant verbalement à leur amant[16]. La lecture indicielle occupe par conséquent une large place dans la littérature de la Renaissance : l’amant cherche chez l’amante toutes sortes de signes (rougissement, clin d’œil, sourire) qui manifesteraient son désir. Apparaît dès lors ce qu’Hélène Merlin-Kajman nomme une « grammaire érotique », mais une grammaire sans règle stricte, un langage incertain à décoder et sujet aux errances herméneutiques[17]. Ainsi le consentement est-il, plus encore dans la littérature de cette époque qu’aujourd’hui, lié aux méprises et au brouillage des signes. Quels signes corporels sont associés au consentement de l’amante dans la littérature renaissante ? Quelles stratégies interprétatives sont déployées par l’amant ? Comment se manifeste la mauvaise foi de ce dernier ?

 

6) « Voir le consentement » dans les textes du XVIe siècle : enjeux métalittéraires

Plus largement, que dit le fait de « voir » le consentement sexuel dans la littérature de la Renaissance – comme d’autres critiques ont pu y « voir le viol[18] » – de notre posture de chercheur.euse.s et d’enseignant.e.s ? Si l’enjeu métalittéraire a déjà été abordé à propos des critiques sur le viol dans les littératures du passé[19], il reste à interroger ce que le prisme spécifique du consentement révèle de la critique contemporaine, nécessairement située[20]. En effet, cette notion fait partie des sujets délicats qui bousculent notre rapport aux œuvres, en nous poussant à nous questionner sur les impacts éthiques de certaines lectures et interprétations de ces « textes sensibles[21] ».

 

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Modalités de soumission

Les propositions (titre, résumé d’environ 300 mots et brève notice bio-bibliographique) sont à envoyer avant le mardi 1er décembre 2026 à l’adresse suivante : colloqueconsentementxvi@gmail.com.

 

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Bibliographie indicative

Debrosse Anne et alii, « Bouquet IV : Viol et ravissement », Le Verger, Cornucopia, 2013 (en ligne : https://cornucopia16.com/blog/2014/01/21/le-verger-bouquet-iv-viol-et-ravissement/, consulté le 31 août 2026).

Duby Georges, Michelle Perrot et Christiane Klapish-Zuber, Histoire des femmes en Occident, tome 2 : Le Moyen Âge, Paris, Éditions Perrin, 2002.

Fraisse Geneviève, Du consentement, Paris, Éditions du Seuil, 2017.

Gaudillat Cautela Stéphanie, « Questions de mot. Le “viol” au XVIe siècle, un crime contre les femmes ? », Clio, vol. 24, 2006.

Lazard Madeleine, Les Avenues de Fémynie, Paris, Fayard, 2001.

McClive Cathy et Nicole Pellegrin (éd.), Femmes en fleurs, femmes en corps, Sang, Santé, Sexualités du Moyen Âge aux Lumières, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, coll. « L’école du genre », 2010.

Merlin-Kajman Hélène, La littérature à l’heure de #metoo, Paris, Ithaque, coll. « Theora incognita littérature, esthétique, sciences sociales », 2020.

Serra Clara, La doctrine du consentement, Paris, La Fabrique éditions, 2026. 

Vigarello Georges, Histoire du Viol : XVIe-XXe siècle, Paris, Le Seuil, coll. « L’Univers historique », 1998.

Zenetti Marie-Jeanne, « Relire en féministes », En attendant Nadeau, 3 décembre 2024 (en ligne : https://hal.univ-lyon2.fr/hal-04870352, consulté le 15 septembre 2026).

Zenetti Marie-Jeanne, « Un point de vue critique qui ne s’ignore pas comme tel », COnTEXTES. Revue de sociologie de la littérature, n° 33, 18 octobre 2023 (DOI : 10.4000/contextes.11284, consulté le 15 septembre 2026).

Zenetti Marie-Jeanne, Littérature et savoirs situés, à paraître.

 

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[1] Aurélia Tamburini, « Introduction », dans Anne Debrosse et al. (dir.), Bouquet IV : Viol et ravissement, Le Verger, Cornucopia, 2013.
[2] Pour un état de l’art sur l’étude du viol dans l’Ancien Régime, voir Stéphanie Gaudillat Cautela, « Le corps des femmes dans la qualification de “viol” au XVIe siècle », dans Cathy McClive et Nicole Pellegrin (éd.), Femmes en fleurs, femmes en corps, Sang, Santé, Sexualités du Moyen Âge aux Lumières, Saint-Étienne, Publications de l’Université de Saint-Étienne, 2010, p. 249-276.
[3] Geneviève Fraisse, Du consentement, Paris, Éditions du Seuil, 2017, p. 33-34 : « Dans les sociétés antérieures à l’ère démocratique, le consentement mutuel énoncé lors d’un mariage est nécessairement un échange de “oui” bancal, puisque l’être féminin est dénué d’autonomie, est hétéronome. Sous la tutelle d’un père ou d’un mari, son acceptation est relative à la liberté qui lui est donnée ou concédée. »
[4] Stéphanie Gaudillat Cautela, « Questions de mot. Le “viol” au XVIe siècle, un crime contre les femmes ? », Clio, vol. 24, 2006, p. 59-74.
[5] Georges Vigarello, Histoire du viol, XVIe-XXe siècle, Paris, Éditions du Seuil, 1998, p. 54.
[6] Véronique Lochert, Zoé Schweitzer et Enrica Zanin, « Introduction. Voir le viol dans les textes de la Renaissance, de l’Âge classique et des Lumières », dans Scènes de viol dans les littératures européennes (XVIe-XVIIIe siècles), dir. Véronique Lochert, Zoé Schweitzer et Enrica Zanin, Paris, Hermann, 2025, [p. 5-36], p. 13.
[7] Sur la distinction entre le désir et le consentement, voir Clara Serra, La doctrine du consentement, Paris, La Fabrique éditions, 2026, p. 94-99.
[8] Cathy McClive et Nicole Pellegrin (éd.), Femmes en fleurs, femmes en corps, op. cit., p. 270.
[9] Georges Vigarello, Histoire du Viol, op. cit., p. 54.
[10] Véronique Lochert, Zoé Schweitzer et Enrica Zanin, art. cit., p. 6-7.
[11] Éliane Viennot, « La fin de la Renaissance », dans Martine Reid (dir.), Femmes et littérature, Une histoire culturelle 1, Moyen Âge-XVIIIe siècle, Paris, Gallimard, "Folio essais", 2020, p. 236-238.
[12]  Cathy McClive et Nicole Pellegrin (éd.), Femmes en fleurs, femmes en corps, op. cit., p. 256-258.
[13] Aurélia Tamburini précise que « ce type d’agression est tristement courant et s’inscrit dans un contexte de violences accrues, en particulier au moment des affrontements religieux » (« Introduction », in Bouquet IV, op. cit., 2013.)
[14] Georges Duby, Michelle Perrot et Christiane Klapish-Zuber, Histoire des femmes en Occident, tome 2 : Le Moyen Âge, Paris, Académique Perrin Editions, 2002, p. 324 ; Madeleine Lazard, Les Avenues de Fémynie, Paris, Fayard, 2001 : dans le chapitre « L’amour et le “déduit” », elle parle de « mode » (p. 83), de l’amour « galant » ou encore de « jeu amoureux » (p. 86-87).
[15] Hélène Merlin-Kajman rappelle qu’au XVIe siècle, une femme même consentante doit toujours dire « non », pour conserver sa dignité mais aussi pour entretenir le désir masculin : « C’est le “non” féminin qui est investi érotiquement, c’est à lui qu’est prêté un pouvoir de séduction, c’est lui qui doit accompagner le désir, pourtant mutuel et reconnu comme tel. » (La littérature à l’heure de #Metoo, Paris, Ithaque, 2020, p. 31-33.)
[16] Geneviève Fraisse, Du consentement, op. cit., p. 127.
[17] Hélène Merlin-Kajman, La littérature à l’heure de #Metoo, op. cit., p. 33-34.
[18] « Voir le viol. Retour sur un poème de Chénier », Malaises dans la lecture (10 avril 2018), https://malaises.hypotheses.org/242. 
[19] Voir notamment Tabeling, « Voir ou ne pas voir le viol. L’Éthique du métadiscours », Transitions, juin 2018.
[20] Marie-Jeanne Zenetti, Littérature et savoirs situés, à paraître. 
[21] Expression empruntée à Marie-Jeanne Zenetti dans le cadre de son projet de recherche à l’IUF intitulé « Lectures situées : penser et accompagner la réception des textes sensibles ». Voir aussi Marie-Jeanne Zenetti, « Relire en féministes », En attendant Nadeau, 2024 (en ligne : https://hal.univ-lyon2.fr/hal-04870352) ; Marie-Jeanne Zenetti, « Un point de vue critique qui ne s’ignore pas comme tel », COnTEXTES. Revue de sociologie de la littérature, n° 33, 2023.