Relationships at work : Penser la collaboration entre proches dans le travail, le militantisme et les arts aux États-Unis (XIXe-XXe siècles)(Champs-sur-Marne)
Relationships at work : Penser la collaboration entre proches dans le travail, le militantisme et les arts aux États-Unis (XIXe-XXe siècles)
Appel à contributions pour une journée d'étude
Laboratoire LISAA, Université Gustave Eiffel
Quelle place accorder aux nombreux exemples de collaborations dans les domaines professionnels, militants et artistiques, entre des personnes liées par des relations familiales, amicales ou romantiques ? Quelles sont les motivations qui poussent certaines personnes à s’inscrire dans des projets aux côtés de leurs proches ? Le contexte états-unien des XIXe et XXe siècles offre un terrain d'observation particulièrement fécond pour l'étude des collaborations entre individus, comme l’ont souligné les études conduites par Gamm et Putnam (1999) ou encore Carnevali (2011). Entre le XIXe siècle et le début du XXe siècle, les formes d'association, de partenariat et de coopération constituent un élément structurant de la société états-unienne, qu'il s'agisse des sphères politiques, économiques, scientifiques ou culturelles. Les productions artistiques et littéraires de cette période témoignent elles aussi de collaborations décisives (entre auteur·rices, éditeur·rices, illustrateur·rices, traducteur·rices, critiques ou encore mécènes) qui invitent à penser ces pratiques dans une perspective commune avec d’autres formes de coopération sociale.
Ce projet est ouvert aux spécialistes des États-Unis, qu’iels soient civilisationnistes, spécialistes de littérature, ou chercheur·euses travaillant sur les cultures visuelles ou les médias, dès lors que leurs propositions portent sur une démarche collaborative ayant comme point d’ancrage les États-Unis durant cette période. Le dialogue entre ces approches diverses apparaît particulièrement fructueux puisque croiser ces perspectives permet de mieux comprendre la place centrale des pratiques collaboratives dans la société états-unienne de cette période. Cette journée d’étude visera ainsi à faire émerger collectivement la place de cette question fructueuse dans le cadre des objets d'étude des participant·es.
Penser la collaboration dans son sens large permet de décorréler les représentations du succès de la figure de l’individu isolé, souvent masculin, dont la réussite ou l’échec ne sont le fait que de ses actions propres (Hornung 1999 ; Cullen 2004). En mettant en avant la collaboration et l’intersection entre les sphères privées et publiques, il est possible de rendre visible la multiplicité des relations, dont les configurations peuvent être asymétriques, exploitantes, et traversées par des logiques de race, de genre, de classe, ou d’âge.
Propositions
Les propositions de communication pourraient s’inscrire dans quatre grands axes qui délimitent quatre temps de l’interconnexion des relations affectives avec les cadres du travail, du militantisme et de l’art.
Axe 1/ Initier la collaboration : des règles, des cadres ?
Cet axe porte sur les conditions de la collaboration. Quand peut-on établir qu’une relation affective est devenue un partenariat de travail, et quels sont les signes de cette transition ? Les propositions de communication pourraient s'intéresser aux conditions d’entrée en collaboration, et aux paramètres pris en compte (limitation dans le temps, déclaration de la relation affective au reste du milieu professionnel ou militant). La collaboration peut par ailleurs faire partie du mode de vie choisi, et pourra ainsi faire l’objet de développements tournés vers des modes de vie en communauté (communautés utopiques, couple, colocation) où les sphères privées et publiques sont souvent perméables l’une à l’autre.
Axe 2/ l'interférence fructueuse du travail et des relations affectives
Les communications pourront s’intéresser aux collaborations qui permettent de nourrir la créativité, de forger des liens durables ou de faire de l’amitié une force créatrice, tout en interrogeant les conditions sociales, politiques et affectives qui rendent de telles relations possibles. Plus largement, il s’agira de questionner les critères à partir desquels une relation de collaboration est considérée comme une « réussite » puisque la production ou la reconnaissance d’une œuvre ne sauraient constituer à elles seules un indicateur de la qualité d’une relation, tant l’histoire artistique et culturelle est traversée par des rapports de domination, d’exploitation ou de violence longtemps demeurés invisibilisés. Plutôt que d’évaluer la valeur marchande ou symbolique des productions issues de ces collaborations, les contributions pourront examiner les conditions d’une relation de travail ou de création fondée sur une bonne entente, la réciprocité et le respect mutuel, ainsi que les stratégies, négociations et compromis mis en œuvre par les personnes concernées pour construire et maintenir de telles relations.
Axe 3/ travail et domination
Des communications soulignant des problématiques d’invisibilisation et de travail dissimulé au sein des relations pourront également être proposées. Elles pourront aborder les inégalités de patrimoine, le débordement du personnel sur le professionnel et inversement, la possibilité d’obtenir un salaire pour la collaboration avec un·e proche, le mariage comme neutralisation de la concurrence (Rossiter 2003, 25), ainsi que des arbitrages quant à la carrière de l’une des personnes impliquées. Cet axe invite à lire les relations affectives comme prenant part dans un contexte de domination, et pouvant donc conduire à une exploitation économique et affective. Le travail du care, s’il peut être radical et politique (hooks 1990, England et Folbre 1999, Hobart, Kawehipuaakahaopulani et Kneese 2020), est aussi l’occasion d’attribuer une charge affective accrue, en particulier aux femmes.
Axe 4/ La fin de la collaboration
Enfin, la question de la fin de l’un ou des deux versants d’une relation personnelle et professionnelle semble également pertinente. En effet, dès lors que la collaboration se termine pour diverses raisons, qu’advient-il de ses participant.es et de leurs travaux ? Lorsqu’il s’agit d’une fin conflictuelle, une nouvelle relation de rivalité peut naître et donner lieu à de nouvelles productions très différentes. D’autres situations, telles qu’une séparation, un départ ou même le décès d’un membre peuvent être des événements bouleversants qui forcent à mettre fin à un travail en commun. Dès lors qu’une relation se termine, le travail change : quelles ont été des manières de réinventer un travail fait à plusieurs, et de combler un manque ?
Comité d'organisation : Blandine Colas (doctorante, LISAA, Université Gustave Eiffel) & Marie Rabecq (doctorante TRIANGLE, Université Lyon 2)
Les communications prendront la forme d’une prise de parole de 20 minutes en français ou en anglais. Les propositions de communications sont à envoyer aux organisatrices pour le 15 octobre 2026 : Blandine Colas [blandine.colas2@edu.univ-eiffel.fr] et Marie Rabecq [marie.rabecq1@univ-lyon.fr]. Elles contiendront un résumé d’une longueur de 350 à 550 mots environ, ainsi qu’une notice bio-bibliographique de quelques lignes détaillant votre parcours et rattachement institutionnel. La journée d'étude aura lieu sur le campus de l'Université Gustave Eiffel à Champs-sur-Marne.
Comité scientifique : Claire Delahaye (Université Gustave Eiffel), Marie Ménard (Université de Picardie Jules Verne), Alexandra Meyer (Université Paul Valéry), Pierre Mourier (Triangle), Julien Nègre (ENS de Lyon)
Bibliographie indicative
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